Quelques auteurs ont fait remarquer que les îles volcaniques sont

répandues, quoiqu'à des distances très inégales, le long des rivages

des grands continents, comme si elles étaient, jusqu'à un certain

point, en rapport avec eux. Pour l'île de Juan Fernandez, située à 330

milles de la côte du Chili, il existait indubitablement un rapport

entre les forces volcaniques agissant sous cette île et celles

qui agissaient sous le continent, comme cela a été montré par le

tremblement de terre de 1835. En outre, les îles de quelques-uns des

petits groupes volcaniques bordant des continents, comme nous venons

de le dire, sont situées sur des lignes qui présentent une relation

avec la direction que suivent les rivages voisins. Je citerai comme

exemples les lignes d'intersection aux archipels des Galapagos et du

Cap Vert, et la ligne la mieux définie des îles Canaries. Si ces faits

ne sont pas purement fortuits, nous voyons qu'un grand nombre d'îles

volcaniques éparpillées et de petits groupes sont mis en rapport avec

les continents voisins, non seulement par leur proximité, mais

encore par la direction des fentes d'éruption, relation que Von Buch

considère comme caractéristique pour ses grandes chaînes volcaniques.

Dans les archipels volcaniques il est rare que les cratères soient en

activité à la fois dans plus d'une île, et les grandes éruptions ne

se produisent d'habitude qu'à de longs intervalles. En considérant

le grand nombre de cratères que chaque île d'un groupe porte

habituellement et la quantité énorme de matières qu'ils ont émises, on

est porté à attribuer une très grande ancienneté à ces groupes, même à

ceux dont l'origine paraît relativement récente, comme l'archipel des

Galapagos. Cette conclusion concorde avec l'érosion prodigieuse

que l'action lente de la mer doit avoir fait subir à leurs côtes,

primitivement inclinées en pente douce et qui ont dû, si souvent,

reculer en se transformant en hautes falaises. Nous ne devons pas

croire, cependant, que la masse entière des matières qui forment

une île volcanique ait été toujours émise au niveau qu'elle occupe

actuellement; le grand nombre de dikes qui semblent invariablement

sillonner l'intérieur de tout volcan prouve, d'après les principes

exposés par M. Élie de Beaumont, que la masse entière a été soulevée

et fissurée. En outre, je crois avoir démontré dans mon travail sur

les récifs coralliens, qu'il existe un rapport entre les éruptions

volcaniques et les soulèvements contemporains s'opérant en masse[16]

et qui est attesté tant par la présence fréquente de débris organiques

soulevés que par la structure des récifs coralliens établis sur les

roches volcaniques. Je dois faire observer enfin que des éruptions se

sont produites dans un même archipel, depuis le commencement des temps

historiques, sur plus d'une des lignes de fissure parallèles; ainsi

dans l'archipel des Galapagos on a signalé les éruptions d'un cratère

de l'île Narborough et d'un cratère de l'île Albemarle, qui ne se

trouvent pas sur la même ligne; aux îles Canaries des éruptions se

sont produites à Ténériffe et à Lanzarote; et aux Açores sur les trois

lignes parallèles de Pico, de Saint-Georges et de Terceira. Ce fait me

paraît intéressant si nous admettons qu'il n'existe d'autre différence

essentielle entre une chaîne de montagnes et un volcan que celle qui

distingue une injection de roches plutoniques d'une éjaculation de

matières volcaniques, car il nous permet d'admettre comme probable que

lors du soulèvement des chaînes de montagnes deux ou plusieurs des

lignes parallèles d'une chaîne puissent avoir été soulevées et

injectées pendant une même période géologique.

Notes:

[1] _Description des îles Canaries_, pp. 190 et 191.

[2] On a trouvé que dans une masse de fer en fusion (_Edinburgh

New Philosophical Journal_, vol. XXIV, p. 66) les substances dont

l'affinité pour l'oxygène est plus grande que celle du fer pour ce

même gaz s'élèvent de l'intérieur de la masse vers la surface. Mais

il est difficile d'attribuer une cause analogue à la séparation des

cristaux de ces coulées de lave. Le refroidissement parait avoir

modifié dans certains cas la composition de la surface des laves, car

Dufrenoy (_Mém. pour servir_, etc., t. IV, p. 271) a constaté que les

parties internes d'une coulée située aux environs de Naples étaient

formées pour les deux tiers par un minéral attaquable aux acides,

tandis que la surface était composée principalement d'un minéral

inattaquable par ces réactifs.

[3] J'ai donné les poids spécifiques des minéraux d'après Von Kobell,

une des autorités les plus récentes et les meilleures, et celui des

roches d'après divers auteurs. Suivant Phillips, le poids spécifique

de l'obsidienne est 2.35, et Jameson affirme qu'il ne dépasse jamais

2.4; mais j'ai reconnu qu'il était de 2.42 pour un spécimen de

l'Ascension.

[4] Une notice détaillée et intéressante sur cette découverte, par M.

Pattinson, a été lue devant l'Association britannique en septembre

1838. Suivant Turner (_Chemistry_, p. 210), le métal le plus lourd

de certains alliages descend au fond du creuset, et il paraît que

ce phénomène se produit lorsque les métaux sont tous deux à l'état

liquide. Lorsque la différence de densité est considérable, comme

celle qui existe entre le fer et le laitier qui se forme pendant la

fusion du minerai, il n'est pas étonnant que les atomes se séparent

sans qu'aucune des deux substances soit à l'état grenu.

[5] Von Buch a trouvé 2,47 pour le trachyte de Java; De la Bèche 2,42

pour celui d'Auvergne, et moi-même 2,42 pour celui de l'Ascension.

Jameson et d'autres auteurs attribuent au basalte un poids spécifique

de 3,0, mais De la Bèche a trouvé qu'elle n'était que de 2,78 pour

certains spécimens d'Auvergne, et de 2.91 pour des spécimens de la

Chaussée des Géants.

[6] Consulter l'admirable _Description physique_ si connue de cette

île par Von Buch, qui peut être considérée comme un modèle de géologie

descriptive.

[7] La pâte cristalline de la phonolite est souvent traversée de

longues aiguilles de hornblende, ce qui prouve que ce minéral, quoique

l'élément le plus fusible de la phonolite, a cristallisé avant ou en

même temps qu'une substance plus réfractaire. Si mes observations sont

exactes, la phonolite se présente toujours à l'état de roche injectée

comme celles de la série plutonique; elle s'est donc probablement

solidifiée comme ces dernières sans subir de dérangements violents ni

répétés. Les géologues qui ont douté que le granite ait pu se former

par liquéfaction ignée parce que des minéraux de fusibilité différente

s'y moulent les uns sur les autres, doivent avoir ignoré le fait que

la hornblende cristallisée pénètre la phonolite, roche dont l'origine

ignée est incontestable. L'état visqueux que le quartz et le feldspath

conservent tous deux à une température bien inférieure à leur point de

fusion, comme on le sait aujourd'hui, explique facilement leur moulage

mutuel. Voir à ce sujet le travail de M. Horner sur Bonn. _Geolog.

Transact_., vol. IV, p. 439; et pour le quartz, l'_Institut_, 1839, p.

161.

[8] Des fragments de ces dikes ont été brisés et sont entourés

maintenant par les roches primitives dont les feuillets les

environnent en restant parallèles à eux-mêmes. Le Dr Hubbard a décrit

aussi (_Silliman's Journal_, vol. XXXIV, p. 119) un entrecroisement de

veines de trapp dans le granite des White Mountains, qui doit avoir

été formé, selon lui, lorsque les deux roches étaient à l'état pâteux.

[9] M. Phillips (_Lardner's Encyclop_., vol. II, p. 115) cite

l'opinion de Von Buch suivant laquelle le porphyre augitique s'étend

parallèlement aux grandes chaînes de montagnes et se rencontre

toujours à leur base. De Humboldt a constaté également l'existence

fréquente de roches trappéennes dans une position géologique analogue;

et moi-même j'ai observé plusieurs exemples de ce fait au pied de la

Cordillère chilienne. L'existence du granite dans l'axe des grandes

chaînes de montagnes est toujours probable, et je suis tenté de

croire que les masses de porphyre augitique et de trapp injectées

latéralement ont à peu près la même relation avec l'axe granitique que

les laves basaltiques avec les masses trachytiques centrales, autour

des flancs desquelles elles ont si souvent fait éruption.

[10] A en juger d'après les recherches incomplètes de Forster, il est

possible que l'île Saint-Georges ne soit pas volcanique. En ce qui

concerne les Seychelles je me base sur les affirmations du Dr Allan.

J'ignore de quel genre de roches est formée l'île Rodriguez dans

l'océan Indien.

[11] Ceci s'appuie sur l'autorité du comte V. de Bedemar pour Flores

et Graciosa (_Charlsworth Magazine of Nat. Hist_., vol. I, p. 557).

Suivant le capitaine Boyd, l'île Sainte-Marie n'a pas de roches

volcaniques (_Description de Von Buch_, p. 365). L'île Chatham a été

décrite par le Dr Dieffenbach dans le _Geographical Journal_, année

1841, p. 201. Jusqu'à présent l'expédition antarctique ne nous a

fourni que des renseignements incomplets sur l'île Kerguelen.

[12] Dans un mémoire présenté récemment à l'_American Association_,

les professeurs William et Henry Darwin Rogers ont insisté d'une

manière spéciale sur les directions de soulèvement qui affectent une

courbe régulière dans certaines parties de la chaîne des Appalaches.

[13] _Bulletin de la Société Géologique_, t. III, p. 110.

[14] _Description des Isles Canaries_, p. 324.

[15] _Description des Iles Canaries_, p. 393.

[16] Cette conclusion s'impose à la suite des phénomènes qui ont

accompagné le tremblement de terre de 1835 à Conception, et qui sont

décrits en détail dans la notice que j'ai publiée dans les _Geological

Transactions_ (vol. V, p. 601).

CHAPITRE VII

NOUVELLE-GALLES DU SUD, TERRE VAN DIEMEN, KING GEORGE'S SOUND,

CAP DE BONNE-ESPÉRANCE

Nouvelle-Galles du Sud.--Formation de grès.--Pseudo-fragments de schiste

empâtés.--Stratification.--Stratification entrecroisée.--Grandes

vallées.--Terre Van Diemen.--Formation paléozoïque.--Formations plus

récentes avec roches volcaniques.--Travertin avec feuilles de végétaux

éteints.--Soulèvement de la contrée.--Nouvelle-Zélande.--King George's

Sound.--Bancs ferrugineux superficiels.--Dépôts calcaires superficiels

avec moules de branches.--Leur origine due à des particules de coquilles

et de coraux amoncelées par le vent.--Leur extension.--Cap de Bonne-

Espérance.--Contact du granite et du phyllade argileux.--Formation de

grès.

Durant la seconde partie de son voyage, le _Beagle_ toucha à la

Nouvelle-Zélande, en Australie, à la Terre Van Diemen, et au cap de

Bonne-Espérance. Désireux de consacrer la troisième partie de ces

Observations Géologiques à l'Amérique méridionale seule, je décrirai

brièvement ici tous les faits dignes de fixer l'attention des

géologues, que j'ai observés dans les contrées que je viens de citer.

_Nouvelle-Galles du Sud_.--Mon champ d'observations se bornait au

trajet de 90 milles géographiques que j'ai fait pour me rendre à

Bathurst, à l'W.-N.-W. de Sidney. A partir de la côte, les trente

premiers milles traversent une région de grès, coupée en plusieurs

endroits par des rochers de trapp, et séparée du grand plateau de grès

des Blue Mountains par un escarpement très élevé qui surplombe la

rivière Nepean. Ce plateau supérieur mesure 1.000 pieds d'altitude au

bord de l'escarpement, et à une distance de 26 milles de ce bord il

s'élève jusqu'à 3.000 à 4.000 pieds au-dessus du niveau de la mer.

De ce point la route descend vers une contrée moins élevée, et

principalement formée de roches primitives. On y rencontre beaucoup

de granite qui passe en un endroit à du porphyre rouge avec cristaux

octogonaux de quartz, et qui est coupé ailleurs par des dikes de

trapp. Près des Downs de Bathurst je traversai une grande étendue de

pays constituée par des phyllades argileux luisants et d'un brun pâle,

dont les feuillets altérés couraient du nord au sud. Je mentionne ce

fait parce que le capitaine King m'a rapporté qu'aux environs du lac

Georges, à une centaine de milles au sud, les micaschistes s'étendent

du nord au sud d'une manière si constante que les habitants utilisent

cette particularité pour se guider dans les forêts.

Le grès des Blue Mountains offre une puissance d'au moins 1.200 pieds,

qui semble plus forte encore en certains endroits; il est formé de

petits grains de quartz cimentés par une matière terreuse blanche,

et traversé d'un grand nombre de veines ferrugineuses. Les couches

inférieures alternent quelquefois avec des schistes et de la houille;

à Wolgan j'ai trouvé dans le schiste des feuilles de _Glossopteris

Brownii_, fougère qui est très abondante dans la houille d'Australie.

Le grès contient des cailloux de quartz dont le nombre et la dimension

s'accroissent généralement dans les couches supérieures (ils ont

rarement, cependant, plus d'un ou deux pouces de diamètre); j'ai

observé un fait semblable dans la grande formation de grès du Cap

de Bonne-Espérance. Sur la côte de l'Amérique du Sud où des couches

tertiaires ont été soulevées sur une grande étendue, j'ai remarqué

à plusieurs reprises que les couches supérieures étaient formées

d'éléments plus grossiers que les couches inférieures; cela semble

indiquer que la puissance des vagues ou des courants augmentait

à mesure que la mer devenait moins profonde. Pourtant, sur la

plate-forme inférieure, entre les Blue Mountains et la côte, j'ai

observé que les couches supérieures de grès passaient souvent au

schiste, ce qui provient probablement de ce que cette région

moins élevée a été protégée contre les forts courants pendant son

soulèvement. Le grès de Blue Mountains étant évidemment d'origine

élastique et n'ayant subi aucune action métamorphique, j'ai observé

avec surprise que dans certains spécimens presque tous les grains

de quartz offraient des facettes brillantes et qu'ils étaient

cristallisés d'une manière si parfaite qu'ils n'avaient certainement

pu être empâtés sous leur forme _présente_ dans une roche

préexistante[1]. Il est difficile d'imaginer comment ces cristaux

ont pu se former; on peut à peine croire qu'ils aient cristallisé

isolément au fond de la mer dans leur état actuel de cristallisation.

Est-il possible que des grains de quartz arrondis aient pu être

attaqués par un liquide qui a corrodé leur surface et y a déposé de

la silice fraîche? Je dois faire observer que pour le grès du cap

de Bonne-Espérance il est évident que de la silice a été déposée en

abondance d'une solution aqueuse.

En plusieurs points du grès j'ai observé des enclaves de schiste qu'on

aurait pu prendre, à première vue, pour des fragments étrangers;

cependant leurs feuillets horizontaux parallèles à ceux du grès

montraient que ces enclaves étaient les restes de lits minces

continus. L'un de ces fragments (constitué probablement par la coupe

transversale d'une bande longue et étroite) et qui se montrait sur la

paroi d'un rocher, présentait une épaisseur verticale plus grande que

sa largeur, ce qui prouve que ce lit de schiste doit s'être légèrement

consolidé après son dépôt et avant d'avoir été entamé par les

courants. Chaque enclave de schiste montre ainsi avec quelle

lenteur un grand nombre des couches de grès se sont déposées. Ces

pseudo-fragments de schiste expliqueront peut-être, dans certains cas,

l'origine de fragments étrangers en apparence, empâtés dans des roches

cristallines métamorphiques. Je mentionne ce fait parce que j'ai

trouvé près de Rio-de-Janeiro un fragment anguleux nettement terminé,

long de 7 yards et large de 2, constitué par du gneiss contenant des

grenats et du mica disposés en couches, et empâté dans le gneiss

porphyrique stratifié commun dans cette contrée. Les feuillets de ce

fragment et ceux de la masse englobante suivaient exactement la même

direction, mais ils plongeaient sous des angles différents. Je ne

veux pas affirmer que ce fragment (constituant un cas isolé, à ma

connaissance au moins) ait été originairement déposé à l'état de

couche, comme le schiste des Blue Mountains, entre les strates du

gneiss porphyrique, avant qu'elles aient subi le métamorphisme; mais

il existe entre les deux cas une analogie suffisante pour rendre cette

explication plausible.

_Stratification de l'escarpement_.--Les couches des Blue Mountains

paraissent horizontales à première vue, mais elles ont probablement un

plongement semblable à celui de la surface du plateau qui s'incline de

l'ouest vers l'escarpement bordant la rivière Nepean, sous un angle de

1° ou de 100 pieds par mille[2]. Les strates de l'escarpement plongent

presque exactement comme sa surface inclinée en pente rapide, et

avec tant de régularité qu'elles semblent n'avoir jamais eu d'autre

position; mais on voit, à un examen plus attentif, qu'elles

s'épaississent d'un côté, et s'amincissent de l'autre au point de

disparaître, et qu'à leur partie supérieure elles sont surmontées et

pour ainsi dire coiffées par des bancs horizontaux. Il est probable,

d'après cela, que nous sommes ici en présence d'un escarpement

original qui n'est pas formé par l'érosion marine, mais par le fait

qu'à l'origine les strates ne se sont pas étendues au-delà de ce

point. Ceux qui ont l'habitude de consulter des cartes détaillées de

côtes sur lesquelles s'accumulent des sédiments sauront que la surface

des bancs ainsi formés s'incline, en général, fort lentement de

la côte vers une certaine ligne du large au-delà de laquelle la

profondeur devient brusquement très grande dans la plupart des cas. Je

puis citer comme exemple les grands bancs de sédiments de l'archipel

des Antilles[3] qui se terminent en pentes sous-marines inclinées de

30 à 40° et parfois même de plus de 40°; chacun sait combien une pente

semblable paraîtrait escarpée sur terre. Si des bancs de ce genre

étaient soulevés, ils auraient probablement la même forme extérieure,

à peu près, que le plateau des Blue Mountains à l'endroit où il se

termine brusquement au bord de la rivière Nepean.

_Stratification entrecroisée_.--Dans la région côtière basse et dans

les Blue Mountains, les couches de grès sont souvent coupées par de

petits lits obliques à leur direction, qui s'inclinent en divers sens

souvent sous un angle de 45°. La plupart des auteurs ont attribué ces

couches entrecroisées à de petites accumulations successives sur une

surface inclinée; mais à la suite d'un examen minutieux que j'ai fait

de quelques points du nouveau grès rouge d'Angleterre, je crois que

les couches de ce genre font généralement partie d'une série de

courbes, semblables à des vagues gigantesques, dont les sommets ont

été arasés ultérieurement et remplacés, soit par des couches à peu

près horizontales, soit par une autre série de grandes rides dont les

plis ne coïncident pas exactement avec ceux des premières. Il est bien

connu de ceux qui s'occupent du service hydrographique que, pendant

les tempêtes, la vase et le sable sont bouleversés, au fond de la

mer, à des profondeurs considérables, atteignant au moins 300 à

450 pieds[4], de sorte que la nature du sol y est même modifiée

temporairement; on a observé aussi qu'à une profondeur de 60 à 70

pieds le fond de la mer est couvert de larges rides[5]. D'après les

observations que j'ai faites relativement à la structure du nouveau

grès rouge, et que je viens de mentionner, il est donc permis de

croire qu'à des profondeurs plus considérables le fond de l'océan se

recouvre pendant les tempêtes de crêtes et de dépressions semblables à

de grandes rides, qui sont nivelées ensuite par les courants pendant

les périodes plus tranquilles, et qui se reforment pendant les

tempêtes.

_Vallées dans les plateaux de grès_.--Les grandes vallées qui coupent

les Blue Mountains et les autres plateaux de grès de cette partie de

l'Australie, et qui ont offert longtemps un obstacle insurmontable aux

tentatives des colons les plus hardis pour atteindre l'intérieur de

la contrée, constituent le trait principal de la géologie de la

Nouvelle-Galles du Sud. Ces vallées sont très vastes et bordées

par des lignes ininterrompues de hautes falaises. Il est difficile

d'imaginer un spectacle plus majestueux que celui qui s'offre aux

regards lorsqu'en s'avançant sur le plateau on arrive tout à coup au

bord d'une de ces falaises dont la verticalité est telle qu'on peut

atteindre d'un coup de pierre les arbres croissant à 1.000 et 1.500

pieds au-dessous de soi, comme j'en ai fait l'expérience. A droite et

à gauche on aperçoit des promontoires se succédant à perte de vue sur

la ligne fuyante de la falaise; et sur le versant opposé de la vallée,

souvent éloigné de plusieurs milles, on voit une autre ligne s'élevant

à la même hauteur que celle sur laquelle on se trouve, et formée des

mêmes couches horizontales de grès pâle. Le fond de ces vallées est

peu incliné, et, d'après sir T. Mitchell, la pente des rivières qui

les parcourent est faible. Souvent les vallées principales envoient

vers l'intérieur du plateau de grandes ramifications en forme de

golfes, qui s'élargissent à leur extrémité supérieure; et, d'autre

part, le plateau projette souvent des promontoires dans la vallée et

y abandonne même de grandes masses presque entièrement détachées.

Les lignes de falaises qui bordent les vallées sont si parfaitement

continues que, pour descendre dans certaines d'entre elles, il est

nécessaire de faire des détours de 20 milles, et ce n'est même que

dernièrement que les officiers du service topographique ont pénétré

dans quelques-unes de ces vallées, où les colons ne sont pas encore

parvenus à faire entrer leur bétail. Mais le trait le plus remarquable

de la structure de ces vallées, c'est que, malgré la largeur de

plusieurs milles qu'elles présentent dans leur région supérieure,

elles se rétrécissent ordinairement vers leur extrémité inférieure, à

tel point qu'elles deviennent impraticables. Le _Surveyor-general_,

Sir T. Mitchell[6], a tenté vainement de remonter la gorge par

laquelle la rivière Grose rejoint le Nepean, en marchant d'abord, et

en rampant ensuite entre les grands blocs de grès écroulés; la vallée

de la Grose forme cependant vers sa partie supérieure, ainsi que je

l'ai constaté _de visu_, un bassin magnifique large de plusieurs

milles, et elle est entourée de tous côtés par des falaises dont les

sommets atteignent, à ce que l'on croit, une altitude qui n'est pas

inférieure à 3.000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Lorsqu'on

conduit des bestiaux dans la vallée de la Wolgan, par un sentier que

j'ai descendu et qui a été, en partie, entaillé dans le roc par les

colons, ils ne peuvent pas s'échapper, car cette vallée est entourée

complètement par des falaises verticales, et à 8 milles plus bas

elle se resserre au point que sa largeur, qui est d'un demi-mille en

moyenne, se réduit à celle d'une simple fente dans laquelle ni homme

ni bête ne saurait passer. Sir T. Mitchell[7] rapporte que la grande

vallée où coule la rivière Cox avec toutes ses ramifications se

resserre à son confluent avec le Nepean en une gorge large de 2.200

yards et profonde de 1.000 pieds environ. On pourrait citer encore

d'autres exemples semblables.

Observations Géologiques sur les Îles Volcaniques Explorées par l'Expédition du "Beagle" Et Notes sur la Géologie de l'Australie et du Cap de Bonne-Espérance · 第 14 / 18 段