Quelle que soit l'opinion qu'on puisse avoir sur l'interprétation

que je viens de donner ici de la structure lamellaire des roches

trachytiques, je me permets d'attirer l'attention des géologues sur

ce seul fait, qu'à l'île de l'Ascension, dans une masse rocheuse

d'origine incontestablement volcanique, il s'est produit des couches

souvent très minces, absolument droites et parallèles entre elles. Une

partie de ces couches sont composées de cristaux isolés de quartz

et de diopside, auxquels s'ajoutent des taches amorphes de nature

augitique et des grains de feldspath. D'autres couches sont

entièrement constituées par ces taches augitiques noires avec des

granules d'oxyde de fer. Enfin, un certain nombre de couches sont

formées de feldspath cristallin plus ou moins pur, associé à de

nombreux cristaux de feldspath orientés dans le sens de leur longueur.

Il y a des raisons de croire que, dans cette île, les lamelles ont été

formées originairement dans la position fortement inclinée qu'elles

occupent aujourd'hui, et ce fait est parfaitement établi pour d'autres

roches analogues. Les faits de ce genre sont incontestablement

importants quant à l'origine de la structure de cette grande série de

roches plutoniques qui, de même que les roches volcaniques, ont été

soumises à l'action de la chaleur, et qui sont formées de couches

alternantes de quartz, de feldspath, de mica et d'autres minéraux.

Notes:

[1] _Geographical Journal_, vol. V, p. 243.

[2] M. Lesson a observé ce fait (Voir la _Zoologie du voyage de la

«Coquille»_, p. 490). M. Hennah (_Geolog. Proceedings_, 1835, p. 189)

fait observer en outre qu'à l'Ascension les lits de cendre les plus

étendus se trouvent invariablement du côté sous le vent.

[3] Nichol, _Architecture of Heavens_.

[4] _Voyage aux Quatre Isles d'Afrique_, t. I, p. 222.

[5] _Voyage en Hongrie_, t. II, p. 214.

[6] Une variété de cette pépérine ou tuf est assez dure pour ne

pouvoir être brisée même sous la pression la plus forte des doigts.

[7] A la partie nord de Green Mountain, on observe une couche mince

d'oxyde de fer compacte, épaisse d'un pouce environ, qui s'étend sur

une surface considérable; elle est en stratification concordante

avec la partie inférieure de la masse stratifiée de cendres et de

fragments. Cette substance est d'un brun rougeâtre, à éclat presque

métallique; elle n'est pas magnétique, mais le devient lorsqu'elle a

été chauffée au chalumeau, elle noircit alors et fond en partie. Cette

roche compacte retient la petite quantité d'eau de pluie qui tombe

dans l'île, et donne naissance ainsi à une petite source coulant

goutte à goutte, que Dampier a découverte le premier. C'est la seule

eau douce que l'on trouve dans l'île, de sorte qu'elle n'est habitable

que grâce à l'existence de cette couche ferrugineuse.

[8] Le professeur Miller a bien voulu examiner ce minéral. Il a

observé deux bons clivages de 86°30' et 86°50'. La moyenne de

plusieurs clivages que j'ai mesurés était 86°30'. Le professeur Miller

constate que ces cristaux, réduits en poudre fine, sont solubles dans

l'acide chlorhydrique avec résidu de silice; l'addition d'oxalate

d'ammonium donne un abondant précipité de chaux. Il fait remarquer, en

outre, que, d'après von Kobell, l'anorthite (minéral qu'on rencontre

dans les fragments projetés au Monte Somma) est toujours blanche

et transparente, de sorte que, s'il en est ainsi, ces cristaux de

l'Ascension doivent être considérés comme du feldspath Labrador.

Le professeur Miller ajoute qu'il a vu dans _Erdmann's Journal für

technische Chemie_ la description d'un minéral rejeté par un volcan,

qui offrait les caractères extérieurs du Labrador, mais dont la

composition différait de celle donnée pour cette espèce par les

minéralogistes. L'auteur attribuait cette différence à une erreur dans

l'analyse du Labrador qui est fort ancienne.

[9] Daubeny remarque, dans son ouvrage sur les _Volcans_ (p. 386),

qu'il en est ainsi; et de Humboldt dit (_Personal Narrative_, vol. I,

p. 236) qu' «en général les masses de roches primitives connues, je

veux parler de celles qui ressemblent parfaitement à nos granites,

gneiss et micaschistes, sont fort rares dans les laves; les substances

que nous désignons généralement sous le nom de granite et qui ont été

projetées par le Vésuve, sont des mélanges de néphéline, de mica et de

pyroxène».

[10] Cette aire est limitée approximativement par une ligne embrassant

Green Mountain et se prolongeant jusqu'aux collines désignées sous

les noms de Weather Port Signal, Holyhead et _the Crater of an old

volcano_ (cette dernière appellation est inexacte dans le sens

géologique du mot).

[11] Le porphyre est de couleur foncée; il contient de nombreux

cristaux de feldspath blanc opaque, souvent brisés, et des cristaux

d'oxyde de fer en décomposition; ses vacuoles renferment de petites

masses cristallines capillaires qu'on pourrait rapporter à l'analcime.

[12] Le Dr Daubeny (On Volcanoes, p. 180) parait avoir été amené

à croire que certaines formations trachytiques d'Ischia et du

Puy-de-Dôme, qui ressemblent de très près à celles de l'Ascension,

étaient d'origine sédimentaire; il basait principalement cette opinion

sur la présence fréquente dans ces roches «de fragments scoriacés dont

la teinte diffère de celle de la masse englobante». Le Dr Daubeny

ajoute que, d'un autre côté, Brocchi et d'autres géologues éminents

ont considéré ces lits comme des variétés terreuses de trachyte;

d'après lui le sujet mérite de faire l'objet de nouvelles études.

[13] D'Aubuisson, _Traité de Géognosie_, t. II, p. 548.

[14] Beudant (_Voyage en Hongrie_, t. III, p. 502, 504) décrit des

masses réniformes de jaspe opale, qui passent insensiblement au

conglomérat trachytique environnant ou y sont empâtées comme des silex

dans la craie, et il les compare aux fragments de bois opalisé qui

abondent dans la même formation. Pourtant Beudant semble avoir

considéré le processus de leur formation plutôt comme une simple

infiltration que comme un échange moléculaire, mais la présence d'une

concrétion différant absolument de la matière englobante me semble

exiger un déplacement, soit chimique, soit mécanique, des atomes qui

occupaient l'espace ultérieurement rempli par cette concrétion, si

elle ne s'est pas formée dans une cavité préexistante. Le jaspe opale

de Hongrie passe à la calcédoine, c'est pourquoi, dans ce cas comme

dans celui de l'Ascension, l'origine du jaspe paraît être en rapport

intime avec celle de la calcédoine.

[15] Beudant (_Voyage minéralogique_, t. III, p. 507) en cite des

exemples en Hongrie, en Allemagne, au Plateau Central de France, en

Italie, en Grèce et au Mexique.

[16] Les oeufs de tortues enfouis par ces animaux peuvent quelquefois

être emprisonnés dans cette roche massive. M. Lyell a donné une figure

(_Principles of Geology_, livre III, ch. xvii) représentant des oeufs

ainsi empâtés dans la roche et renfermant le squelette de jeunes

tortues.

[17] _Researches in Theoretical Geology_, p. 12.

[18] Ainsi que je l'ai fait remarquer, le sulfate de chaux constitue

une matière étrangère et doit avoir été extrait de l'eau de mer. C'est

donc un fait intéressant de voir les vagues de l'Océan assez chargées

de sulfate de chaux pour le déposer sur les rochers contre lesquels

elles se brisent à chaque marée. Le Dr Webster a décrit (_Voyage of

the Chanticleer_, vol. II, p. 319) des lits de gypse et de sel marin

atteignant deux pieds d'épaisseur, formés par l'évaporation des

embruns sur les rochers de la côte exposés à l'action du vent

dominant. De belles stalactites de gypse, ressemblant à des

stalactites calcaires, se sont formées près de ces lits. On trouve

aussi des masses amorphes de gypse dans des cavernes de l'intérieur

de l'île, et j'ai vu à Cross Hill (un ancien cratère) une quantité

considérable de sel suintant d'une pile de scories. Dans ces derniers

cas le sel et le gypse semblent être des produits volcaniques.

[19] D'après le fait décrit dans mon _Journal of Researches_ (p. 12),

d'une couche d'oxyde de fer déposée par un ruisseau sur les roches

de son lit (comme un revêtement à peu près semblable qui existe aux

grandes cataractes de l'Orénoque et du Nil) et qui prend un beau poli

aux endroits où le remous se fait sentir, je suppose que le polissage

est produit ici également par la même cause.

[20] J'ai décrit, dans le chapitre consacré aux rochers de Saint-Paul,

une substance luisante et perlée qui recouvre ces rochers, et une

incrustation stalactitique, de l'île de l'Ascension, d'une nature

analogue, dont la croûte ressemble à l'émail des dents, mais est assez

dure pour rayer le verre. Ces deux substances renferment une matière

organique qui paraît provenir de l'eau filtrant au travers d'amas de

fiente d'oiseaux.

[21] M. Horner et sir David Brewster ont décrit (_Philosophical

Transactions_, 1836, p. 65) une singulière «substance artificielle

ressemblant à celle qui constitue les coquilles». Cette substance se

dépose en lames fines de couleur brune, transparentes, présentant une

surface très lisse et des propriétés optiques spéciales, à l'intérieur

d'un vase contenant de l'eau, où l'on fait tourner rapidement un linge

enduit d'une couche de colle et ensuite d'une couche de chaux. Cette

substance est beaucoup plus tendre, plus transparente, et contient

plus de matière organique que l'incrustation naturelle de l'Ascension;

pourtant nous constatons encore une fois ici la forte tendance que

manifestent le carbonate de chaux et la matière organique à former une

substance solide voisine de celle de la coquille des mollusques.

[22] Ce terme peut prêter à un malentendu parce qu'on peut l'appliquer

soit à des roches divisées en feuillets de composition identique, soit

à des couches fortement adhérentes les unes aux autres sans tendance

à la fissilité, mais constituées par des minéraux différents, ou

présentant des zones de couleurs différentes. Au cours du présent

chapitre le terme lamellaire est pris dans ce dernier sens, et j'ai

employé le mot fissile lorsqu'une roche homogène se divise suivant une

direction déterminée comme c'est le cas pour les ardoises.

[23] Le professeur Miller m'informe que les cristaux qu'il a mesurés

présentaient les faces P, _z_, _m_ de la figure 147 donnée par

Haidinger dans sa traduction de Mohs; et il ajoute qu'il est

remarquable qu'aucun de ces cristaux ne présente la moindre trace des

faces _r_ du prisme hexagonal régulier.

[24] _Geological Transactions_, vol. III, part. 1, p. 37.

[25] Ces analyses ont été prises dans le _Traité de Minéralogie_ de

Beudant, t. II, p. 113; et une analyse d'obsidienne dans _Phillips's

Mineralogy_.

[26] Ces analyses sont prises dans von Kobell, _Grundzüge der

Mineralogie_, 1838.

[27] _Traité de géognosie_, t. II, p. 535.

[28] On constate ces faits dans la fabrication du verre ordinaire,

et dans les expériences de Gregory Watt sur le trapp fondu; on les

observe aussi sur la surface naturelle des coulées de lave et sur les

flancs latéraux des dikes.

[29] J'ignore s'il est généralement connu qu'on rencontre parfois dans

les agates des corps présentant exactement le même aspect que les

sphérulites. M. Robert Brown m'a montré une agate formée dans une

cavité d'un morceau de bois silicifié, portant de petites taches à

peine visibles à l'oeil nu; vues à l'aide d'une forte loupe, ces

taches offraient un très bel aspect; elles étaient exactement

circulaires et consistaient en fibres extrêmement fines, de couleur

brune, rayonnant fort régulièrement autour d'un centre commun. Ces

petites étoiles rayonnantes sont quelquefois coupées et partiellement

entamées par les fines zones rubanées de l'agate. Dans l'obsidienne de

l'Ascension, les deux moitiés d'une sphérulite sont souvent engagées

dans des zones de couleur différente, mais elles ne sont pas entamées

par ces dernières comme dans l'agate.

[30] _Journal de physique_, t. LIX (1804), pp. 10, 12.

[31] _Id_., t. LX (1805), p. 418.

[32] _Voyage en Hongrie_, t. I, p. 330; t. II, pp. 221 et 315; t. III,

pp. 369, 371, 377, 381.

[33] _Essais géognostiques_, pp. 176, 326, 328.

[34] P. Scrope, _Geological Transactions_, vol. II (second series),

p. 195. Consulter aussi: Dolomieu, _Voyage aux Isles Lipari_, et

D'Aubuisson, _Traité de géognosie_, t. II, p. 534.

[35] J'ai observé que dans les obsidiennes du Mexique formant la belle

collection de M. Stokes, les sphérulites sont ordinairement beaucoup

plus grandes que celles de l'Ascension; elles sont généralement

blanches, opaques, et sont accolées en couches distinctes. Plusieurs

variétés remarquables diffèrent de toutes celles de l'Ascension.

Les obsidiennes présentent des zones minces, absolument droites ou

ondulées, qui ne se distinguent de la masse que par des différences

extrêmement faibles de nuance, de porosité ou d'état vitreux plus

ou moins parfait. En suivant un certain nombre des zones les moins

nettement vitreuses, on constate qu'elles se montrent bientôt

parsemées de sphérulites blanches très petites qui deviennent de plus

en plus nombreuses et finissent par se réunir en une couche distincte.

A l'Ascension, au contraire, les sphérulites brunes seules se

réunissent et forment des couches; les blanches sont toujours

disséminées irrégulièrement. Certains échantillons appartenant aux

collections de la Société géologique, et rapportés à une formation

d'obsidienne du Mexique, ont une cassure terreuse et sont divisés en

lamelles extrêmement fines par des taches d'un minéral noir semblables

aux taches d'augite et de hornblende des roches de l'Ascension.

[36] _Voyage de Beudant_, t. III, p. 373.

[37] Pour Ténérife, voir von Buch, _Descript. des isles Canaries_, p.

184 et 190; pour les îles Lipari, voir le _Voyage_ de Dolomieu, p. 34;

pour l'Islande, voir _Mackenzie's Travels_, p. 369.

[38] _Mémoire pour servir à une description géologique de la France_,

t. IV, p. 371.

[39] Mac Culloch constate (_Classification of Rocks_, p. 531) que, sur

les dikes de rétinite à l'île d'Arran, les surfaces exposées à l'air

sont sillonnées «de lignes ondulées, ressemblant à certains genres

de papier marbré et qui résultent évidemment d'une différence

correspondante dans la structure lamellaire».

[40] _Personal Narrative_, vol. I, p. 222.

[41] _Geological Transactions_, vol. II (seconde série), p. 195.

[42] _Description des îles Canaries_, p. 184.

[43] _Voyage aux îles de Lipari_, pp. 35 et 85.

[44] Dans ce cas, comme dans celui de la pierre ponce fissile, la

structure s'écarte beaucoup de celle des roches précédentes, dont

les lamelles consistent en couches alternantes qui diffèrent de

composition ou de texture. Cependant il y a des raisons de croire avec

d'Aubuisson que dans certaines formations sédimentaires qui semblent

homogènes et fissiles, par exemple, dans une ardoise à éclat micacé,

les lamelles sont dues réellement à des couches alternantes de mica

excessivement minces.

[45] Voir _Phillips' Mineralogy_, p. 136, pour les îles italiennes.

Pour le Mexique et le Pérou, voir _l'Essai géognostique_, de de

Humboldt. M. Edwards décrit aussi la forte inclinaison des obsidiennes

de Cerro del Navaja, au Mexique, dans les _Proc. of the geolog. Soc._

de juin 1838.

[46] _Geological Transactions_, vol. II (seconde série), p. 200,

etc. Dans certains cas, ces fragments empâtés consistent en trachyte

lamellaire détaché de la masse «et enveloppé dans les parties qui

restaient encore liquides». Beudant aussi, dans son grand ouvrage

sur la Hongrie, cite plusieurs fois des roches trachytiques

irrégulièrement tachetées de fragments appartenant aux variétés qui

forment ailleurs les rubans parallèles. Dans ces divers cas, nous

devons supposer qu'après qu'une partie de la masse fondue eût pris

la structure lamellaire, une nouvelle éruption de lave vint la

bouleverser et en envelopper les fragments, et que plus tard tout

l'ensemble prit une nouvelle disposition lamellaire.

[47] Dolomieu, _Voyage_, p. 64.

[48] En effet, la formation d'un grand cristal d'un minéral quelconque

dans une roche de composition complexe suppose la réunion des atomes

nécessaires, en même temps qu'une action de concrétion. La cause pour

laquelle tous les cristaux de feldspath sont orientés suivant le sens

de leur longueur dans ces roches de l'Ascension est probablement la

même que celle de l'allongement et de l'aplatissement dans cette même

direction de tous les globules sphérulitiques bruns (qui offrent au

chalumeau les caractères du feldspath).

[49] _Mém. pour servir_, etc., t. IV, p. 131.

[50] _Edinburgh New Phil. Journal_, 1842, p. 350.

[51] Je suppose que c'est à peu près la même explication que M. Scrope

entendait donner en parlant (_Geolog. Transact._, vol. II, seconde

série, p. 228) de la structure rubanée de ces roches trachytiques, qui

provient d'une «extension linéaire de la masse imparfaitement liquide,

accompagnée d'une action de concrétion».

[52] Il n'est pas rare que des laves basaltiques, ainsi que plusieurs

autres roches, soient divisées en lames ou plaques épaisses, de même

composition, et qui sont tantôt droites et tantôt courbées; ces lames,

coupées par des lignes de fissure verticales, s'unissent quelquefois

pour constituer des colonnes. Cette structure parait se rapprocher,

quant à son origine, de celle que présentent un grand nombre de roches

ignées et sédimentaires traversées par des systèmes de fissures

parallèles.

CHAPITRE IV

SAINTE-HÉLÈNE

Laves des séries feldspathique, basaltique et sous-marine.--Coupe

de Flagstaff Hill et du Barn.--Dikes.--Baies Turk's Cap et

Prosperous.--Enceinte basaltique.--Crête centrale cratériforme avec

rebord intérieur et parapet.--Cônes de phonolite.--Bancs superficiels

de grès calcareux.--Coquilles terrestres éteintes.--Lits de

détritus.--Soulèvement de la région.--Dénudation.--Cratères de

soulèvement.

L'île tout entière est d'origine volcanique; suivant Beatson[1], sa

circonférence est d'environ 28 milles. Le centre et la plus

grande partie de l'île sont constitués par des roches de nature

feldspathique, généralement très décomposées, et offrant alors une

remarquable succession de lits argileux tendres, alternants, rouges,

pourpres, bruns, jaunes et blancs. Par suite du peu de durée de notre

séjour, je n'ai pu examiner ces lits avec soin; quelques-uns d'entre

eux, spécialement ceux à nuances blanches, jaunes et brunes,

constituaient originairement des coulées de lave, mais la plupart de

ces lits ont probablement été éjaculés sous forme de scories et de

cendres; d'autres lits, colorés en pourpre, avec des plages à contours

cristallins constituées par une substance blanche tendre, semblent

avoir été autrefois des porphyres argileux compacts et résistants; ils

sont aujourd'hui onctueux au toucher, et donnent, comme la cire,

une rayure luisante sous l'ongle. Les lits argileux rouges offrent

généralement une structure bréchiforme, et ont été formés, sans aucun

doute, par la décomposition de scories. Cependant, plusieurs coulées

fort étendues, appartenant à cette série, conservent leur caractère

lithoïde, elles sont soit d'une couleur vert-noirâtre avec de petits

cristaux aciculaires de feldspath, soit d'une teinte très pâle; dans

ce dernier cas, elles sont formées principalement de petits cristaux

de feldspath souvent écailleux, portant un grand nombre de taches

noires microscopiques. Ces coulées sont généralement compactes et

lamellaires; pourtant d'autres coulées, d'une composition semblable,

sont celluleuses et légèrement altérées. Aucune de ces roches ne

renferme de grands cristaux de feldspath ni ne présente la cassure

rugueuse caractéristique du trachyte. Ces laves et ces tufs

feldspathiques recouvrent les autres roches et appartiennent donc à la

dernière phase éruptive; cependant d'innombrables dikes et de grandes

masses de roches fondues y ont été postérieurement injectés. Ils

convergent, en s'élevant, vers la crête curviligne centrale, dont un

point atteint l'altitude de 2.700 pieds. Cette crête est la partie

la plus élevée de l'île, et elle a constitué autrefois le bord

septentrional d'un grand cratère, d'où se sont écoulées les laves de

cette série; la structure de ce cratère est rendue fort obscure par

l'état de dégradation dans lequel il se trouve, par la disparition de

sa partie méridionale et par les dislocations violentes que l'île a

subies.

_Série basaltique._--La côte de l'île consiste en un cercle,

grossièrement dessiné, de grands remparts de basalte, noirs et

stratifiés, s'inclinant vers la mer et que les flots ont transformés

en falaises souvent presque perpendiculaires, dont la hauteur varie de

quelques centaines de pieds à 2.000 pieds. Ce cercle, ou plutôt cette

enceinte en forme de fer à cheval est ouverte du côté du sud et

entamée par plusieurs autres grandes brèches. Son rebord supérieur ou

sommet ne s'élève ordinairement qu'à une faible altitude au-dessus du

niveau de la contrée intérieure voisine, et les laves feldspathiques

plus récentes, descendant des hauteurs centrales, viennent

généralement buter contre son plan interne qu'elles recouvrent; mais,

dans la partie nord-ouest de l'île (pour autant qu'on en puisse juger

de loin) les laves semblent avoir débordé cette barrière et l'avoir

masquée en partie. En certains endroits où l'anneau basaltique est

rompu et où cette enceinte noire est divisée en tronçons, les laves

feldspathiques ont coulé entre ces derniers et surplombent aujourd'hui

la côte sous forme de falaises élevées. Ces roches basaltiques ont

une couleur noire et sont stratifiées en couches minces; elles sont

habituellement très celluleuses, mais parfois compactes; quelques-unes

d'entre elles renferment de nombreux cristaux de feldspath vitreux

et des octaèdres de fer titanifère; d'autres abondent en cristaux

d'augite et en grains d'olivine. Les vacuoles sont fréquemment

tapissées de petits cristaux (de chabasie?), ce qui donne même parfois

à la roche une structure amygdaloïdale. Les coulées de lave sont

séparées les unes des autres par des cendres ou par un tuf salifère

friable, d'un rouge vif, offrant des lignes superposées comme celles

que provoque la sédimentation et qui présente parfois une structure

concrétionnée mal définie. Les roches de la série basaltique ne se

montrent que près de la côte. Dans la plupart des contrées volcaniques

les laves trachytiques sont plus anciennes que les laves basaltiques;

mais ici nous constatons qu'un grand amas de roches, dont la

composition est très voisine de celle de la famille trachytique, a été

éjaculé après les nappes basaltiques: cependant les nombreux dikes

injectés dans les laves feldspathiques, et où abondent de grands

cristaux d'augite, dévoilent peut-être une tendance au retour vers le

mode ordinaire de superposition.

Observations Géologiques sur les Îles Volcaniques Explorées par l'Expédition du "Beagle" Et Notes sur la Géologie de l'Australie et du Cap de Bonne-Espérance · 第 8 / 18 段