_Laves sous-marines de la base_.--Les laves de la série inférieure

se trouvent immédiatement au-dessous des roches basaltiques et

feldspathiques. Suivant M. Seale[2], on peut les observer, en divers

points de la plage, sur le pourtour entier de l'île. Dans les coupes

que j'ai étudiées, leur nature est fort variable; quelques-unes des

couches abondent en cristaux d'augite; d'autres, colorées en brun,

sont laminaires ou formées de galets, et plusieurs sections sont

rendues fortement amygdaloïdes par la présence de matières calcaires.

Les nappes successives sont intimement unies entre elles, ou séparées

les unes des autres par des bancs de roches scoriacées ou de tuf

laminaire renfermant souvent des fragments nettement arrondis. Les

interstices de ces couches sont remplis de gypse et de sel; le gypse

se présente parfois aussi en lits minces. L'abondance de ces

deux substances, la présence de cailloux roulés dans les tufs et

l'abondance des roches amygdaloïdes me portent à croire que ces

couches volcaniques inférieures sont d'éruption sous-marine. Peut-être

cette remarque doit-elle être appliquée aussi à une partie des roches

basaltiques surincombantes; mais je n'ai pu trouver de preuve bien

nette de ce dernier fait. Partout où j'ai examiné les couches de la

série inférieure, j'ai constaté qu'elles étaient traversées par un

très grand nombre de dikes.

_Flagslaff Hill et le Barn_.--Je décrirai maintenant quelques-unes des

coupes les plus remarquables en commençant par ces deux collines qui

constituent les traits les plus caractéristiques de la partie nord-est

de l'île. Le profil carré et anguleux du Barn ainsi que sa couleur

noire montrent au premier coup d'oeil qu'il appartient à la série

basaltique, tandis que la surface adoucie et la forme conique de

Flagstaff Hill, et ses teintes vives et variées prouvent avec la

même évidence que cette dernière colline est formée des roches

feldspathiques altérées, dont il a été question au commencement du

chapitre. Ces deux hautes collines sont réunies (comme on le voit dans

la figure no. 8) par une crête aiguë constituée par les laves à galets

de la série inférieure. Les couches de cette crête plongent vers

l'ouest sous un angle qui diminue graduellement à mesure qu'on

s'avance vers le Flagstaff, et l'on peut constater, quoique assez

difficilement, que les couches feldspathiques supérieures de cette

colline plongent uniformément vers l'W.-S.-W. Près du Barn, les

couches de la crête sont presque verticales, mais leur allure est

masquée par d'innombrables dikes; leur inclinaison change probablement

sous cette colline et, de verticales qu'elles étaient, les couches

se montrent inclinées dans un sens opposé: en effet, les couches

supérieures basaltiques, qui ont environ 800 à 1.000 pieds

d'épaisseur, plongent vers le nord-est sous un angle de 30 à 40°.

[Illustration: FIG. 8. Les lignes épaisses représentent les couches

basaltiques; les lignes fines, les couches sous-marines inférieures;

les lignes pointillées, les couches feldspathiques supérieures. Les

dikes sont indiqués par des hachures transversales.]

La crête ainsi que les collines de Flagstaff et de Barn sont

sillonnées de dikes, dont plusieurs conservent un parallélisme

remarquable suivant une direction N.-N.-W--S.-S.-E. Les dikes sont

formés principalement d'une roche à laquelle de grands cristaux

d'augite donnent la structure porphyrique, d'autres dikes sont formés

d'un trapp brun à grains fins. La plupart de ces dikes sont recouverts

d'une couche brillante[3], épaisse de un à deux dixièmes de pouce,

fusible en un émail noir, contrairement à ce qui se produit pour la

rétinite véritable. Cette couche est évidemment analogue au revêtement

superficiel brillant qu'on observe sur un grand nombre de coulées de

lave. On peut suivre souvent les dikes sur de grandes surfaces, tant

dans le sens horizontal que dans le sens vertical, et ils paraissent

conserver une épaisseur à peu près toujours uniforme[4]. M. Seale

rapporte qu'un dike situé près du Barn ne décroît en largeur que de 4

pouces seulement sur toute sa hauteur, qui est de 1.260 pieds,--de

9 pieds à la base elle se réduit à 8 pieds 8 pouces au sommet. Dans

cette crête la direction suivie par les dikes paraît avoir été surtout

déterminée par l'alternance de couches tendres et dures; souvent

ils sont intimement associés aux couches les plus dures, et restent

parallèles sur des longueurs si considérables que fréquemment il

devient impossible de distinguer les bancs qui sont de vrais dikes,

des nappes de lave. Quoique les dikes soient si nombreux sur cette

crête, ils sont plus nombreux encore dans les vallées voisines situées

au sud, à tel point que je n'en ai vu nulle part un aussi grand

nombre. Dans ces vallées ils ont une orientation moins régulière et

couvrent le sol d'un réseau semblable à une toile d'araignée; en

certains points la surface du sol paraît même exclusivement constituée

par des dikes entrelacés.

Cette disposition complexe des dikes, la forte inclinaison et

l'anticlinal des couches de la série inférieure recouvertes aux

extrémités opposées de cette crête par deux grandes masses rocheuses,

d'âge et de composition différents, devaient, à mon avis, conduire

presque infailliblement à une fausse interprétation de cette coupe. On

a même supposé que la région qui nous occupe avait fait partie d'un

cratère, mais cette opinion s'écarte tellement de la vérité que le

sommet de Flagstaff Hill a constitué autrefois l'extrémité inférieure

d'une nappe de lave et de cendres éjaculées par la crête cratériforme

centrale. A en juger par la pente des coulées contemporaines dans une

partie voisine et non bouleversée de l'île, les couches de Flagstaff

Hill doivent avoir été soulevées de 1.200 pieds au moins, et

probablement d'une quantité beaucoup plus considérable encore, car les

grands dikes tronqués qu'on observe au sommet de la colline démontrent

qu'elle a été fortement dénudée. Le sommet de Flagstaff Hill atteint à

peu près la même hauteur que la crête cratériforme, et, avant d'avoir

subi une dénudation, il était probablement plus élevé que cette crête,

dont il est séparé par une région fort étendue et beaucoup plus basse;

par conséquent, nous constatons ici que l'extrémité inférieure d'un

système de coulées de lave a été redressée de manière à atteindre une

altitude égale ou même peut-être supérieure à celle du cratère sur

les flancs duquel elles ont coulé originairement. Je crois que les

dislocations de cette amplitude sont extrêmement rares[5] dans les

régions volcaniques. La formation de dikes aussi nombreux dans cette

partie de l'île prouve que la surface de la région doit avoir subi

une dislocation tout à fait extraordinaire. Sur la crête entre les

collines de Flagstaff et de Barn cette dislocation ou extension

s'est probablement produite après le redressement des couches, ou

a peut-être suivi immédiatement ce phénomène, car, si les couches

avaient été alors horizontales, elles auraient fort probablement été

fissurées et injectées dans le sens transversal et non suivant le plan

de stratification. Quoique la contrée qui s'étend entre le Barn et

Flagstaff Hill présente une ligne anticlinale bien nette dirigée du

nord au sud, et quoique la plupart des dikes suivent cette même ligne

avec beaucoup de régularité, les couches occupent cependant leur

position primitive à un mille seulement au sud de la crête. Cela

démontre que la force perturbatrice a exercé son action plutôt sur

un point isolé que suivant une ligne. Son mode d'activité se trouve

probablement expliqué par la structure du Little Stony-top, montagne

de 2.000 pieds de hauteur, située à quelques milles au sud du Barn;

nous distinguons là, même de loin, une sorte de coin aigu, formé

d'une roche colonnaire compacte, de couleur sombre, et les couches

feldspathiques aux teintes brillantes descendant sur ses deux flancs,

à partir de son sommet dénudé. Ce coin, qui a fait donner à la

montagne le nom de Stony-top, consiste en une masse rocheuse injectée

à l'état liquide dans les couches surincombantes; et si nous supposons

qu'une masse rocheuse semblable a été injectée sous la crête reliant

le Barn et Flagstaff Hill, on pourrait expliquer ainsi la structure de

cette région.

_Baies Turks' Cap et Prospérous_.--Prospérous Hill est une grande

montagne noire et escarpée, située à 2 milles et demi au sud du Barn,

et constituée de couches basaltiques comme cette dernière colline.

Ces couches reposent d'un côté sur les bancs porphyriques bruns de

la série inférieure, et d'un autre côté sur une masse fissurée d'une

roche fortement scoriacée et amygdaloïde, qui paraît avoir constitué

un centre d'éruption sous-marine peu étendu et contemporain de la

série inférieure. Prosperous Hill est traversé, comme le Barn, par un

grand nombre de dikes, dont la plupart courent du nord au sud, et ses

couches plongent obliquement, peut-on dire, de l'île vers la mer,

sous un angle d'environ 20°. Comme on le voit dans la figure no. 9,

l'espace compris entre Prosperous Hill et le Barn est occupé par

des falaises élevées, formées de laves de la série supérieure ou

feldspathique, reposant en stratification discordante sur les strates

sous-marines inférieures, comme nous avons vu qu'elles le font à

Flagstaff Hill. Néanmoins, à l'opposé de ce qui se présente sur cette

dernière colline, les couches supérieures sont presque horizontales et

s'élèvent doucement vers l'intérieur de l'île. En outre, ces couches

sont composées de laves compactes, noir-verdâtre, ou plus communément

brun pâle, au lieu d'être constituées par des matériaux devenus

tendres, et colorés de teintes vives. Ces laves compactes brunes sont

formées presque entièrement de feldspath en petits éclats luisants ou

en petits cristaux aciculaires très rapprochés les uns des autres et

associés à de nombreuses petites taches noires qui sont probablement

de la hornblende. Les strates basaltiques de Prosperous Hill ne

s'élèvent qu'à une faible hauteur au-dessus du niveau des coulées

feldspathiques doucement inclinées qui viennent buter contre

leurs bords redressés et les entourent. L'inclinaison des couches

basaltiques paraît trop prononcée pour être due au fait qu'elles

auraient coulé sur une pente, et elles doivent avoir été amenées à

leur position actuelle par un redressement survenu avant l'éruption

des coulées feldspathiques.

[Illustration: FIG. 9.--Les lignes doubles représentent les couches

basaltiques; les lignes simples, les couches sous-marines inférieures;

les lignes pointillées, les couches feldspathiques supérieures.]

_Enceinte basaltique_.--En faisant le tour de l'île, on observe qu'au

sud de Prosperous Hill les laves de la série supérieure forment des

falaises très élevées surplombant la mer. Le cap désigné sous le nom

de Great Stony-top, et qu'on rencontre ensuite, est composé, je crois,

de basalte ainsi que le promontoire appelé Long Range Point, auquel

aboutissent, du côté de la terre, les couches colorées. Sur la côte

sud de l'île nous voyons les strates basaltiques de South Barn plonger

obliquement vers la mer sous un angle très prononcé; ce cap dépasse

légèrement aussi le niveau des laves feldspathiques plus modernes.

Plus loin encore, la côte a été fortement dénudée sur une grande

longueur, de chaque côté de Sandy Bay, et il ne semble plus être resté

en cet endroit que les débris de la base du grand cratère central. Les

couches basaltiques reparaissent avec leur inclinaison vers la mer, au

pied de la colline appelée Man-and-Horse; et elles se poursuivent

sur toute la longueur de la côte nord-ouest, depuis ce point jusqu'a

Sugar-Loaf Hill, qui est situé près du Flagstaff. Ces coulées offrent

partout la même inclinaison vers la mer, et elles reposent, en

certains points au moins, sur les laves de la série inférieure. Nous

voyons ainsi que la circonférence de l'île est formée par une enceinte

de basalte fortement ébréchée, ou plutôt par des masses de basalte

disposées en forme de fer à cheval ouvert vers le sud et coupé par

plusieurs larges brèches du côté de l'est. La largeur de cette

frange marginale paraît varier de 1 mille à 1 mille et demi du côté

nord-ouest, qui est le seul où elle soit parfaitement complète.

Les couches basaltiques et celles de la série inférieure, qu'elles

recouvrent, sont faiblement inclinées vers la mer aux endroits où leur

allure primitive n'a pas été modifiée. La dégradation plus prononcée

de l'anneau basaltique autour de la moitié orientale de l'île

qu'autour de sa moitié occidentale, est due évidemment à ce que la

puissance érosive des vagues est beaucoup plus considérable sur la

côte orientale, exposée au vent, que sur la côte placée sous le vent,

c'est ce que prouve du reste la hauteur plus forte des falaises sur la

première de ces côtes. On ne saurait affirmer si les brèches ont été

ouvertes dans la bordure de basalte avant ou après l'éruption des

laves de la série supérieure; mais, comme certaines parties détachées

de l'enceinte basaltique paraissent avoir été redressées avant que ce

phénomène se fût produit, et pour d'autres raison encore, il est

fort probable que tout au moins un certain nombre des brèches sont

antérieures à l'éruption. Si on reconstitue hypothétiquement cette

enceinte circulaire de basalte, l'espace interne, ou la cavité, qui

a été comblée ultérieurement par les matières éjaculées par le grand

cratère central, paraît avoir présenté une forme ovale, longue de 8 à

9 milles sur 4 milles environ de largeur, et dont l'axe était dirigé

suivant une ligne _N.-E.-S.-W._ coïncidant avec le grand axe actuel de

l'île.

_Crête centrale courbe._--Cette crête est formée, comme nous l'avons

dit plus haut, de laves feldspathiques grises et de tufs argileux

rouges, bréchiformes, semblables aux couches de la série supérieure

colorées de teintes vives. Les laves grises renferment un grand

nombre de petits points noirs, facilement fusibles, et quelques rares

cristaux de feldspath de grande dimension. Elles sont généralement

devenues fort tendres. Sauf ce caractère et la propriété d'être très

vésiculaires en beaucoup d'endroits, elles sont entièrement semblables

aux grandes nappes de lave qui surplombent la côte à Prosperous Bay.

A en juger d'après les traces de dénudation, il s'est écoulé de longs

intervalles de temps entre la formation des bancs successifs dont la

crête est constituée. Sur le versant escarpé du nord j'ai observé dans

plusieurs coupes une surface ondulée de tuf rouge fortement érodée,

et recouverte de laves feldspathiques grises décomposées, sans autre

interposition qu'une mince couche terreuse. En un point voisin j'ai

remarqué un dike de trapp, large de 4 pieds, arasé et recouvert par la

lave feldspathique comme le représente la figure. La crête se termine

vers l'est en un crochet, qui n'est représenté avec une netteté

suffisante sur aucune des cartes que j'ai vues. Vers son extrémité

occidentale elle s'abaisse graduellement et se divise en plusieurs

crêtes secondaires. La partie la mieux définie de la crête, entre

Diana's Peak et Nest Lodge, sert de base à des pics dont la hauteur

varie de 2.000 à 2.700 pieds, et qui sont les plus élevés de toute

l'île; elle mesure un peu moins de 3 milles de longueur en ligne

droite. Sur tout cet espace la crête offre un aspect et une structure

uniformes; sa courbure rappelle la ligne de côte d'une grande baie,

et elle est formée de plusieurs lignes courbes plus petites, dont la

concavité est toujours ouverte vers le sud. Son versant septentrional

et externe est renforcé par des crêtes étroites en arc-boutant qui

s'abaissent vers la plaine environnante. Le côté interne est beaucoup

plus escarpé et s'élève presque à pic; il est constitué par la tranche

des couches qui s'inclinent doucement vers l'intérieur. Le long de

certaines parties du versant interne, et près du sommet, s'étend une

corniche unie ou rebord, dont le contour suit les courbes secondaires

de la crête. Des rebords de ce genre ne sont pas rares dans les

cratères volcaniques, et leur formation semble due à l'affaissement

d'une nappe horizontale de lave durcie, dont les bords restent adhérer

aux parois du cratère[6] (comme la glace aux bords d'un étang dont

l'eau s'est retirée).

[Illustration: FIG. 10.--Dike. 1. Lave feldspathique grise.--2. Couche

d'une matière terreuse rougeâtre épaisse d'un pouce.--3. Tuf argileux

rouge bréchiforme.]

En certains endroits, la crête est surmontée d'un parapet dont

les deux faces sont verticales. Près de Diana's Peak, ce mur est

extrêmement étroit. J'ai observé à l'archipel des Galapagos des

parapets dont la structure et l'aspect sont identiques à ceux des murs

que nous venons de citer, et qui surmontent plusieurs des cratères;

l'un d'eux, que j'ai plus particulièrement étudié, était composé

de scories rouges, luisantes, fortement cimentées; comme il était

vertical du côté externe et qu'il s'étendait sur la circonférence du

cratère presque tout entière, il le rendait à peu près inaccessible.

Suivant de Humboldt, le Pic de Ténérife et le Cotopaxi ont une

structure analogue[7]; il dit «qu'à leur sommet un mur circulaire

entoure le cratère; vu de loin ce mur offre l'aspect d'un petit

cylindre posé sur un cône tronqué. Pour le Cotopaxi[8] cette structure

spéciale est visible à l'oeil nu d'une distance de plus de 2.000

toises, et personne n'a jamais atteint son cratère. Sur le Pic de

Ténérife le parapet est si élevé qu'il serait impossible d'atteindre

la _Caldera_, si une crevasse ne s'ouvrait pas sur le côté oriental».

L'origine de ces parapets circulaires est probablement due à la

chaleur des vapeurs dégagées du cratère qui en pénètrent et en

durcissent les parois sur une profondeur à peu près uniforme; et plus

tard les actions atmosphériques attaquent lentement la montagne sans

entamer la partie durcie; celle-ci se montre alors sous forme de

cylindre ou de parapet circulaire.

En tenant compte des particularités de structure que nous venons de

signaler dans la crête centrale: la convergence des couches de la

série supérieure vers cette crête, l'état fortement vésiculaire que

les laves y prennent, la corniche unie qui s'étend le long de son

flanc concave et vertical, comme celle qu'on observe dans l'intérieur

de certains volcans encore actifs, le mur en forme de parapet qui

couronne son sommet, et enfin sa courbure spéciale qui se distingue

de tous les profils habituels aux soulèvements, tous ces faits me

prouvent que cette crête recourbée n'est autre chose que le dernier

vestige d'un grand cratère. Cependant, quand on cherche à retrouver

le contour primitif de ce cratère, on est bien vite désorienté; son

extrémité occidentale s'abaisse graduellement, et s'étend vers la côte

en se divisant en d'autres crêtes; l'extrémité orientale est plus

fortement courbée, mais elle est à peine mieux définie. Quelques

particularités me font supposer que le mur méridional du cratère

rencontrait la crête actuelle près de Nest Lodge; s'il en est ainsi,

le cratère doit avoir à peu près 3 milles de longueur sur 1 mille et

demi de largeur environ. Nous aurions cherché vainement à reconnaître

la véritable nature de la crête, si la dénudation qu'elle a subie et

la décomposition des roches dont elle est formée avaient été un peu

plus avancées qu'elles ne le sont, et si la crête avait été coupée par

de grands dikes et par des masses considérables de matières injectées,

comme l'ont été plusieurs autres parties de l'île. Même dans l'état

actuel des choses, nous avons vu qu'à Flagstaff Hill l'extrémité

inférieure d'une nappe de matière éruptive a été soulevée à une

hauteur égale et probablement même supérieure à celle du cratère dont

elle s'est écoulée. Il est intéressant de suivre ainsi les degrés par

lesquels passe la structure d'une région volcanique en s'obscurcissant

peu à peu pour finir par s'effacer. L'île de Sainte-Hélène se

rapproche tellement de cette dernière phase que jusqu'ici personne,

je crois, n'a supposé que la crête centrale ou l'axe de l'île fût

la dernière épave du cratère dont les coulées volcaniques les plus

récentes ont été éjaculées.

Le grand espace vide, ou la vallée, qui existe au sud de la crête

centrale curviligne, et sur laquelle s'étendait autrefois la moitié

du cratère, est formée de monticules et de crêtes dénudés et érodés,

constitués par des roches rouges, jaunes et brunes, mêlées en

une confusion cahotique, entrelacées de dikes, et sans aucune

stratification régulière. La partie principale consiste en scories

rouges en voie de décomposition, associées à des tufs de diverses

variétés et à des lits argileux jaunâtres pleins de cristaux brisés,

parmi lesquels ceux d'augite sont d'une grandeur remarquable. Ça et là

surgissent des masses de lave très vésiculaires et très amygdaloïdes.

Sur l'une des crêtes, au milieu de la vallée, se dresse brusquement

une colline conique très escarpée, désignée sous le nom de _Lot_.

C'est un trait saillant et singulier du paysage. Cette colline est

formée de phonolite, dont une partie est en grands feuillets courbes,

une autre partie est constituée de boules concrétionnées plus ou moins

anguleuses, et la troisième consiste en colonnes disposées en rayons

divergents. De sa base divergent, en s'inclinant dans toutes les

directions, des couches de lave, de tuf et de scories[9]; la partie du

cône qui émerge au-dessus de ces couches est haute de 197 pieds[10] et

sa section horizontale est ovale. Le phonolite est gris verdâtre et

plein de petits cristaux aciculaires de feldspath; il offre, dans la

plupart des cas, une cassure conchoïdale, il est sonore et il est

criblé de petites cavités. Au S.-W. de Lot, on observe plusieurs

autres pics colonnaires fort remarquables, mais de forme moins

régulière, notamment Lot's Wife, et les Asses' Ears, constitués

d'une roche analogue. Leur forme aplatie et leur position relative

démontrent clairement qu'ils se trouvent sur la même ligne de fissure.

Il est intéressant de remarquer, en outre, que, si on prolongeait

la ligne N.-E.-S.-W., joignant Lot et Lot's Wife, elle couperait

Flagstaff Hill, qui est sillonné de nombreux dikes courant dans cette

même direction, comme nous l'avons dit plus haut, et dont la structure

bouleversée rend vraisemblable qu'une grande masse de roche autrefois

liquide se trouve injectée sous cette colline.

Dans la même grande vallée on rencontre plusieurs autres masses

coniques de roches injectées (j'ai observé que l'une d'entre elles

était formée de greenstone compact), dont quelques-unes ne semblent

avoir aucune relation avec la direction suivie par un dike, tandis

que d'autres sont évidemment reliées par une de ces lignes. Trois ou

quatre grandes lignes de dikes s'étendent au travers de la vallée

suivant une direction N.-E.-S.-W., parallèle à celle qui joint les

Asses' Ears et Lot's Wife, et probablement Lot. Le grand nombre de ces

masses de roches injectées est un trait remarquable de la géologie

de Sainte-Hélène. Outre celles que nous venons de citer, et la masse

hypothétique qui s'étendrait sous Flagstaff Hill, mentionnons encore

la masse qui forme Little-Stony-Top, et comme j'ai lieu de le croire,

d'autres masses encore au Man-and-Horse et à High-Hill. La plupart

de ces masses, sinon toutes, ont été injectées postérieurement aux

dernières éruptions volcaniques du cratère central. La formation, sur

des lignes de fissure, de saillies rocheuses coniques, dont les parois

sont le plus souvent parallèles, peut être vraisemblablement attribuée

à des inégalités de tension, provoquant la formation de petites

fissures transversales; les bords des couches cèdent naturellement en

ces points d'intersection, et sont facilement redressés. Je dois

faire observer, enfin, que partout les éminences de phonolite ont une

tendance[11] à prendre des formes singulières et même grotesques,

comme celle de Lot; le pic de Fernando Noronha en offre un exemple;

pourtant à San Thiago, les cônes de phonolite, quoique aigus, ont une

forme régulière. En supposant, comme cela paraît probable, que tous

les monticules ou obélisques de ce genre ont été originairement

injectés à l'état liquide dans un moule formé par des couches qui

ont cédé sous la pression des masses injectées, comme le fait s'est

produit certainement pour Lot, on peut se demander d'où proviennent

leurs formes si souvent escarpées et étranges en comparaison de

celles des masses de greenstone et de basalte qui partagent avec les

premières le même mode de formation. Ces formes seraient-elles dues

à une fluidité moins parfaite que l'on considère généralement comme

caractéristique des laves trachytiques voisines des phonolites?

Observations Géologiques sur les Îles Volcaniques Explorées par l'Expédition du "Beagle" Et Notes sur la Géologie de l'Australie et du Cap de Bonne-Espérance · 第 9 / 18 段