L'une des roches de transition les plus communes mérite, à divers

égards, une description détaillée. Sa nature est fort complexe; elle

est formée d'un grand nombre de couches minces, légèrement ondulées,

d'une matière feldspathique à teinte pâle, passant souvent à une

rétinite imparfaite, alternant avec des couches constituées par

d'innombrables petits globules de deux variétés d'obsidienne, et par

deux variétés de sphérulites empâtés dans une pâte perlée dure ou

tendre. Les sphérulites sont blancs et transparents ou brun foncé

et opaques; les premiers sont parfaitement sphériques, de petite

dimension, à structure nettement rayonnée. Les sphérulites brun foncé

ne sont pas aussi exactement sphériques et leur diamètre varie

de 1/20e à 1/30e de pouce; lorsqu'on les brise, ils montrent une

structure vaguement rayonnée vers leur centre qui est blanchâtre.

Quelquefois deux sphérulites unis n'ont qu'un seul centre d'où part

la structure rayonnée; il existe parfois au centre comme un indice de

cavité ou de crevasse. Ces sphérulites sont tantôt séparés et tantôt

réunis par deux, par trois ou en plus grand nombre, et forment des

groupes irréguliers, ou plus communément des couches parallèles à la

stratification de la masse. L'agrégation est souvent si intime que les

faces supérieure et inférieure de la couche formée par les sphérulites

sont exactement planes. Lorsque ces couches deviennent moins brunes et

moins opaques, on ne peut plus les distinguer des zones de la roche

feldspathique à teinte pâle qui alternent avec elles. Quand les

sphérulites ne sont pas agrégés, ils sont généralement comprimés dans

le sens de la structure lamellaire de la masse, et dans ce même plan

ils offrent souvent à l'intérieur des zones de différentes nuances

de couleur, et à l'extérieur ils sont ornés de petites crêtes et de

petits sillons. Les sphérulites avec leurs sillons et leurs crêtes

parallèles sont représentés grossis dans la partie supérieure de la

gravure ci-jointe, mais ils ne sont pas bien dessinés; leur mode

ordinaire de groupement est indiqué dans la partie inférieure de cette

figure. Dans un autre échantillon, une couche mince de sphérulites

bruns, intimement unis, traverse une couche de même composition, comme

le montre la figure 7, et cette traînée de sphérulites, après avoir

suivi sur une faible longueur une direction légèrement courbe, la

recoupe ainsi qu'une autre couche située un peu au-dessous de la

première.

[Illustration: FIG. 6.--Sphérulites bruns opaques, grossis. Les

sphérulites représentés dans la partie supérieure de la figure portent

à la surface des sillons parallèles. La structure radiée interne des

sphérulites du bas de la figure est accusée beaucoup trop fortement.]

Les petits nodules d'obsidienne portent aussi quelquefois des crêtes

et des sillons externes, disposés parallèlement à la lamellation de

la masse, mais toujours moins marqués que ceux des sphérulites. Les

nodules d'obsidienne sont généralement anguleux, à bords émoussés;

souvent ils portent l'empreinte des sphérulites adjacents qui sont

toujours plus petits qu'eux. Les nodules isolés semblent rarement

s'être rapprochés les uns des autres par attraction mutuelle. Si je

n'avais pas trouvé quelquefois un centre d'attraction distinct dans

ces nodules d'obsidienne, j'aurais été porté à les considérer comme un

résidu de cristallisation qui s'est isolé durant la formation de la

perlite qui les empâte et des globules sphérulitiques.

[Illustration: FIG. 7.--Couche formée par l'agrégation de petits

sphérulites bruns, coupant deux autres couches semblables. L'ensemble

est représenté à peu près en grandeur naturelle.]

Les sphérulites et les petits nodules d'obsidienne de ces roches

ressemblent si bien par leur structure et leur forme générale aux

concrétions des dépôts sédimentaires, qu'on est tenté, à première

vue, de leur attribuer une origine analogue. Ils ressemblent aux

concrétions ordinaires sous les rapports suivants: par leur forme

extérieure; par l'agrégation de deux, de trois ou d'un plus grand

nombre d'individus en une masse irrégulière ou en une couche à faces

planes; parce qu'il arrive parfois qu'une de ces couches en coupe une

autre comme on l'observe pour les silex de la craie; par la présence

dans une même masse fondamentale de deux ou trois espèces de nodules

souvent serrés les uns contre les autres; par leur structure fibreuse

et radiée et l'existence accidentelle de cavités en leur centre; par

la coexistence des structures lamelleuse, concrétionnée et radiée, si

bien développées dans les concrétions de calcaire magnésien décrites

par le professeur Sedgwick[24]. On sait que les concrétions des dépôts

sédimentaires sont dues à la séparation partielle ou totale d'une

substance minérale de la masse environnante, et à son agrégation

autour de certains centres d'attraction. Guidé par ce fait, j'ai

cherché à découvrir si l'obsidienne et les sphérulites (auxquels on

peut ajouter la marékanite et la perlite qui se présentent toutes deux

en concrétions noduleuses dans les roches trachytiques) diffèrent par

leur composition des minéraux qui forment généralement les roches

trachytiques. Les résultats de trois analyses ont démontré que

l'obsidienne contient en moyenne 76 p. 100 de silice; d'après une

analyse, les sphérulites en contiennent 79,12 p. 100; la marékanite

79,25 p. 100 (deux analyses) et la perlite 75,62 p. 100 (deux

analyses)[25]. Or, pour autant qu'on puisse les déterminer, les

éléments du trachyte sont le feldspath contenant 65,21 p. 100 de

silice, ou l'albite, qui en contient 69,09 p. 100, la hornblende, qui

en renferme 55,27 p. 100[26], et l'oxyde de fer; de sorte que les

substances vitreuses concrétionnées que nous avons mentionnées plus

haut contiennent toutes une proportion de silice supérieure à

celle qui existe ordinairement dans les roches feldspathiques ou

trachytiques. D'Aubuisson[27] a fait remarquer aussi combien la

teneur en silice est forte relativement à celle de l'alumine dans six

analyses d'obsidienne et de perlite données dans la _Minéralogie_ de

Brongniart. De tous ces faits je conclus que les concrétions susdites

ont été formées par un procédé d'agrégation identique à celui dont

on constate l'action dans les dépôts sédimentaires. Ce procédé agit

principalement sur la silice, mais il exerce aussi son action sur une

partie des autres éléments de la masse environnante, et produit ainsi

les diverses variétés concrétionnées. En considérant l'influence bien

connue du refroidissement rapide[28] sur la production de la texture

vitreuse, il paraît nécessaire d'admettre que, dans des cas

semblables à celui de l'Ascension, la masse entière a dû se refroidir

uniformément, mais en tenant compte des alternances multiples et

compliquées de nodules et de couches minces à texture vitreuse avec

d'autres couches entièrement pierreuses ou cristallines, sur un espace

de quelques pieds ou même de quelques pouces, il est possible, à

la rigueur, que les diverses parties se soient refroidies avec des

rapidités différentes, et qu'elles aient acquis ainsi leurs textures

variées.

Les sphérulites naturelles de ces roches[29] ressemblent beaucoup

à celles qui se produisent dans le verre lorsqu'il se refroidit

lentement. Dans de beaux échantillons de verre partiellement

dévitrifié appartenant à M. Stokes, on voit les sphérulites réunies en

couches rectilignes à faces planes, parallèles les unes aux autres et

à l'une des surfaces extérieures, absolument comme dans l'obsidienne.

Ces couches se ramifient parfois et s'anastomosent; mais je n'ai

constaté aucun cas de véritable intersection. Elles forment le

passage des parties parfaitement vitreuses à celles qui sont presque

entièrement homogènes et pierreuses, et qui ne présentent qu'une

structure concrétionnée peu nette. Dans les mêmes échantillons,

on observe aussi des sphérulites engagées dans la masse et très

rapprochées les unes des autres, elles sont faiblement différenciées

par leur structure et leur couleur. En présence de ces faits, les

idées que nous avons exposées plus haut sur l'origine concrétionnaire

de l'obsidienne et des sphérulites naturelles trouvent une

confirmation dans l'intéressante notice que M. Dartigues[30] a publiée

sur ce sujet et où il attribue la production des sphérulites dans le

verre à ce que les divers éléments s'agrègent en obéissant chacun

à son propre mode d'attraction. Il est amené à cette conclusion

en observant la difficulté qu'on éprouve à refondre du verre

sphérulitique sans avoir au préalable pilé soigneusement et mélangé

toute la masse, et en considérant aussi le fait que la transformation

s'opère le plus facilement dans du verre composé d'un grand nombre

de substances. En confirmation des idées de M. Dartigues, je ferai

remarquer que M. Fleuriau de Bellevue[31] a constaté que les parties

sphérulitiques du verre dévitrifié se comportent autrement sous

l'action de l'acide nitrique et au chalumeau que la pâte compacte dans

laquelle elles étaient engagées.

_Comparaison des bancs d'obsidienne et des couches alternantes de

l'Ascension avec ceux d'autres contrées_.--J'ai été frappé de voir à

quel point les observations que j'ai faites à l'Ascension concordaient

avec l'excellente description des roches d'obsidienne de Hongrie,

qui a été donnée par Beudant[32], avec celle de la même formation au

Mexique et au Pérou par de Humboldt[33], et avec les descriptions

des régions trachytiques des îles italiennes données par divers

auteurs[34]. Plusieurs passages auraient pu être copiés sans

modifications dans les ouvrages des auteurs que je viens de citer, et

auraient pu s'appliquer à notre île. Tous les auteurs s'accordent

sur le caractère lamellaire et stratifié de la série entière, et de

Humboldt parle de quelques bancs d'obsidienne qui sont rubanés comme

du jaspe[35]. Tous constatent le caractère noduleux ou concrétionné de

l'obsidienne, et le passage des nodules à des couches. Tous insistent

sur les alternances répétées de couches vitreuses, perlées, lithoïdes

et cristallines qui se produisent souvent suivant des surfaces

ondulées. Pourtant les couches cristallines semblent beaucoup mieux

développées à l'Ascension que dans les autres contrées désignées plus

haut. D'après de Humboldt, un certain nombre des bancs lithoïdes

ressemblent de loin à des couches de grès schisteux. Suivant ces

auteurs, les sphérulites sont toujours abondantes, et elles paraissent

marquer partout le passage des bancs parfaitement vitreux aux bancs

lithoïdes et cristallins. La description que Beudant[36] donne de sa

«perlite lithoïde globulaire» pourrait avoir été écrite, jusque dans

ses moindres détails, pour les petits globules sphérulitiques bruns

des roches de l'Ascension.

La grande ressemblance qui existe, sous tant de rapports, entre les

formations d'obsidienne de Hongrie, du Mexique, du Pérou, de certaines

îles italiennes et celles de l'Ascension, me fait croire qu'en toutes

ces contrées l'obsidienne et les sphérulites doivent leur origine à un

concrétionnement de la silice, et de quelques-uns des autres

éléments constituants, s'opérant pendant que la masse liquéfiée

se refroidissait avec la rapidité voulue. On sait cependant qu'en

diverses localités l'obsidienne s'est répandue en coulées comme la

lave, par exemple à Ténérife, aux îles Lipari et en Islande[37]. Les

parties superficielles sont alors les plus parfaitement vitreuses,

l'obsidienne se transformant à la profondeur de quelques pieds en une

pierre opaque. Dans une analyse faite par Vauquelin d'un échantillon

d'obsidienne de l'Hécla, qui avait probablement coulé comme une lave,

la proportion de silice est à peu près la même que dans l'obsidienne

noduleuse et concrétionnée du Mexique. Il serait intéressant de

déterminer si les parties intérieures opaques et la surface vitreuse

externe contiennent la même proportion d'éléments constitutifs. Nous

savons, d'après M. Dufrénoy[38], que la composition des parties

internes et externes d'une même coulée de lave est parfois fort

différente. Quand même la masse totale de la coulée serait

uniformément composée d'obsidienne noduleuse, il suffirait, d'après

les faits que nous venons de rapporter, de supposer qu'au moment de

l'émission de la lave ses éléments constituants étaient mélangés en

même proportion que dans l'obsidienne concrétionnée.

_Structure lamellaire de roches volcaniques de la série

trachytique_.--Nous avons vu que, dans des contrées diverses et fort

éloignées les unes des autres, les strates qui alternent avec les lits

d'obsidienne sont fortement lamellaires. En outre, les nodules de

l'obsidienne, quelles que soient leurs dimensions, sont zonés de

différentes nuances, et j'ai vu dans la collection de M. Stokes

un échantillon provenant du Mexique dont la surface externe était

décomposée[39] et portait des crêtes et des sillons correspondant à

des zones plus ou moins vitreuses. En outre, de Humboldt[40] a trouvé

au pic de Ténérife une coulée d'obsidienne subdivisée par des couches

de ponce alternantes et très minces. Un grand nombre d'autres laves

de la série feldspathique sont lamellaires; ainsi, à l'Ascension, des

masses de trachyte ordinaire sont divisées par des lignes terreuses

fines, suivant lesquelles la roche se divise et qui séparent de minces

couches à couleurs peu tranchées. En outre, la plupart des cristaux

empâtés de feldspath vitreux sont alignés suivant cette même

direction. M.P. Scrope[41] a décrit un trachyte colonnaire remarquable

des îles Ponza, qui paraît avoir été injecté dans une masse

surincombante de conglomérat trachytique; il est rayé de zones souvent

extrêmement fines se distinguant par la texture et la couleur; les

zones les plus dures et les plus foncées paraissent contenir une plus

grande proportion de silice. Dans une autre partie de l'île, il existe

des couches de perlite et de rétinite ressemblant, sous beaucoup de

rapports, à celles de l'Ascension. Dans le trachyte colonnaire,

les zones sont ordinairement contournées; elles s'étendent sans

interruption sur une grande longueur, suivant une direction verticale

paraissant être parallèle aux faces latérales de la masse qui affecte

la forme d'un dike. Von Buch[42] a décrit à Ténérife une coulée

de lave contenant d'innombrables cristaux de feldspath minces et

tabulaires, disposés comme des fils blancs, l'un derrière l'autre,

et orientés pour la plupart suivant une même direction. Dolomieu[43]

constate aussi que les laves grises du cône moderne de Vulcano, dont

la texture est vitreuse, sont rayées de lignes blanches parallèles; il

décrit ensuite une roche ponceuse résistante à structure fissile comme

celle de certains schistes micacés. Le phonolite, qui, comme on

le sait, est souvent, sinon toujours, une roche d'injection, a

fréquemment aussi une structure fissile; cette structure est due

généralement à l'orientation parallèle des cristaux de feldspath

empâtés, mais semble parfois à peu près indépendante de leur présence,

comme on l'observe à Fernando Noronha[44]. Ces faits nous montrent

que des roches feldspathiques de diverses espèces présentent soit

une structure lamellaire, soit une structure fissile, et que ces

structures s'observent sur des masses injectées dans des strates

surincombantes, et sur d'autres masses qui ont coulé comme des laves.

Les feuillets des bancs qui alternent avec l'obsidienne à l'Ascension

plongent, suivant un angle très prononcé, sous la montagne au pied de

laquelle les bancs se trouvent, et ils ne semblent pas devoir cette

inclinaison à un mouvement violent. Au Mexique, au Pérou et dans

certaines des îles italiennes[45], ces bancs offrent habituellement

une forte inclinaison; en Hongrie, au contraire, les couches sont

horizontales. En outre, si je comprends bien la description qui en

a été donnée, les lamelles d'un certain nombre des coulées de lave

citées plus haut semblent être fortement inclinées ou verticales. Je

doute qu'en aucun de ces cas les feuillets aient été amenés à leur

position actuelle postérieurement à leur formation, et dans certains

exemples, comme dans celui du trachyte décrit par M. Scrope, il est

presque certain qu'ils ont été formés originairement dans une position

fortement inclinée. Dans plusieurs de ces cas, il est évident que

la masse de roche liquéfiée s'est déplacée suivant la direction des

lamelles. A l'Ascension, plusieurs des vacuoles paraissent étirées et

sont traversées par des fibres grossières semi-vitreuses dirigées dans

le sens des lamelles, et certaines couches qui séparent les globules

sphéruliliques ont un aspect scoriacé qui paraît dû au frottement que

les globules leur ont fait subir. J'ai vu dans la collection de M.

Stokes un spécimen d'obsidienne zonée du Mexique, dans lequel les

surfaces des couches les plus nettement définies étaient striées ou

sillonnées de lignes parallèles, et ces lignes ou stries ressemblaient

exactement à celles qui se produisent à la surface d'une masse de

verre artificiel en fusion quand on le répand du vase qui le renferme.

Humboldt aussi a décrit de petites cavités, qu'il compare à la queue

des comètes et qui s'étalent derrière des sphérulites dans des

obsidiennes lamellaires du Mexique; et M. Scrope a décrit d'autres

cavités à la partie postérieure de fragments empâtés dans un trachyte

lamellaire; il croit qu'elles se sont formées pendant que la masse

était en mouvement[46]. D'après ces faits, plusieurs auteurs ont

attribué la lamellation de ces roches volcaniques au mouvement

qu'elles ont subi quand elles étaient à l'état liquide. Quoiqu'il

soit facile de comprendre pourquoi chaque vacuole, ou chaque fibre de

pierre ponce[47], doit être étirée dans le sens du mouvement de la

masse, on ne voit nullement pour quelle raison le mouvement aurait

disposé ces vacuoles et ces fibres dans les mêmes plans, et en lames

absolument droites et parallèles entre elles qui sont souvent d'une

finesse extrême; et l'on voit encore beaucoup moins pour quelle cause

ces couches arrivent à présenter une composition presque semblable

avec une structure différente.

Pour chercher à établir la cause qui a déterminé la lamellation de

ces roches feldspathiques ignées, rappelons les faits décrits d'une

manière si détaillée à l'Ascension. Nous voyons qu'un certain nombre

des couches les plus minces sont constituées, en très grande partie,

par de nombreux cristaux excessivement petits, quoique parfaits, de

divers minéraux; que d'autres couches sont formées par la réunion de

globules concrétionnés de différentes espèces, et que souvent on

ne saurait distinguer les couches ainsi constituées des couches

feldspathiques ordinaires et des couches de rétinite, dont la masse

totale est constituée en grande partie. A en juger par plusieurs cas

semblables, la structure fibro-radiée des sphérulites paraît allier

la tendance à la concrétion avec la tendance à la cristallisation; en

outre, les cristaux isolés de feldspath sont tous disposés dans les

mêmes plans parallèles[48]. Ces forces en se combinant ont joué, par

conséquent, un rôle important dans la lamellation de la masse, mais

elles ne sauraient être considérées comme la force primordiale; car

les nodules des différentes espèces, les petits aussi bien que les

plus grands, sont striés intérieurement par des zones nuancées

excessivement fines, parallèles à la lamellation de la masse totale;

et un grand nombre d'entre eux portent aussi à la surface des sillons

et des crêtes parallèles dirigés dans cette même direction, et qui

n'ont pas été produits par décomposition.

On peut voir distinctement que quelques-unes des stries colorées les

plus fines des couches lithoïdes alternant avec l'obsidienne sont dues

à un commencement de cristallisation des minéraux constitutifs. On

peut aussi constater avec certitude que le degré de cristallisation

atteint par les minéraux est en rapport avec la dimension plus ou

moins grande, et avec le nombre des fissures ou des petites

vacuoles aplaties et échancrées. Des faits nombreux prouvent que

la cristallisation est considérablement facilitée quand elle peut

s'opérer dans un espace libre, comme le montrent les géodes, et les

cavités du bois silicifié, des roches primaires et des filons. J'en

conclus que si, pendant le refroidissement d'une masse rocheuse

volcanique, une cause quelconque vient à provoquer la formation d'un

certain nombre de petites fissures, ou de zones de moindre tension

(qui pourront souvent se transformer par dilatation en vacuoles

à contours irréguliers sous l'action des vapeurs comprimées), la

cristallisation des parties constitutives et probablement la formation

de concrétions s'opérera dans ces zones ou y sera notablement

facilitée. Il se produira ainsi une structure lamellaire du genre de

celle que nous étudions en ce moment.

Pour expliquer la formation des zones parallèles de moindre tension

dans les roches volcaniques durant leur consolidation, nous devons

admettre l'intervention d'une cause encore indéterminée; tel est le

cas pour les couches minces alternantes d'obsidienne et de ponces

décrites par de Humboldt, et pour les petites vacuoles aplaties et

irrégulières qu'on observe dans les roches lamellaires de l'Ascension;

car nous ne pouvons concevoir autrement pour quelle raison les vapeurs

contenues dans la masse formeraient par leur expansion des vacuoles

ou des fibres disposées en plans séparés parallèles, au lieu de se

répandre irrégulièrement dans la roche tout entière. J'ai vu dans la

collection de M. Stokes un bel exemple de cette structure dans un

spécimen d'obsidienne du Mexique, nuancé et zoné comme la plus belle

agate, de nombreuses couches droites et parallèles, plus ou moins

blanches et opaques ou presque parfaitement vitreuses; le degré

d'opacité et de vitrification dépendant de l'abondance plus ou moins

grande de vacuoles aplaties microscopiques. Dans cet exemple il semble

certain que la masse à laquelle appartenait le fragment a été soumise

à quelque action, vraisemblablement prolongée, qui a déterminé une

légère différence de tension entre les plans successifs.

Plusieurs causes paraissent pouvoir provoquer la formation de zones

d'inégale tension dans des masses à demi liquéfiées par la chaleur.

J'ai observé dans un fragment de verre dévitrifié des couches de

sphérulites qui, d'après la manière dont elles étaient brusquement

recourbées, semblaient formées par une simple contraction de la masse

dans le vase où elle s'était refroidie. Pour certains dikes de l'Etna

décrits par M. Élie de Beaumont[49], et qui sont bordés par des bandes

alternantes de roches scoriacée et compacte, on est conduit à supposer

que l'étirement des couches environnantes qui a provoqué la formation

des fissures s'est continué pendant que la roche injectée demeurait

fluide. Cependant, si on se laisse guider par la description si lucide

donnée par le professeur Forbes[50] de la structure zonaire de la

glace des glaciers, on arrive à admettre que l'interprétation la plus

vraisemblable de la structure lamellaire de ces roches feldspathiques

doit être cherchée dans l'étirement qu'elles ont subi lorsqu'elles

s'écoulaient lentement suivant la pente alors qu'elles étaient encore

à l'état pâteux[51], exactement comme la glace des glaciers en

mouvement s'étend et se fissure. Dans les deux cas on peut comparer

les zones à celles des plus fines agates; elles s'étendent toujours

dans la direction suivant laquelle la masse a coulé, et celles qui

sont visibles à la surface sont généralement verticales. Dans la

glace les lames poreuses sont rendues distinctes par la congélation

subséquente d'eau infiltrée, et dans les laves feldspathiques

lithoïdes par l'intervention postérieure des actions cristalline et

concrétionnaire. Le fragment d'obsidienne vitreuse de la collection de

M. Stokes et qui est zoné de petites vacuoles, doit ressembler d'une

manière frappante à un fragment de glace zonaire si on en juge d'après

la description du professeur Forbes. Si le mode de refroidissement

et la nature de la masse avaient favorisé sa cristallisation, ou le

concrétionnement, nous aurions pu constater dans l'échantillon dont il

s'agit, de belles zones parallèles différenciées par leur texture et

leur composition. Dans les glaciers les zones de glace poreuse et

de petites fissures paraissent dues à un commencement d'étirement

provoqué par le fait que les parties centrales du glacier progressent

plus rapidement que les parties latérales et que le fond, dont la

marche est retardée par le frottement. C'est pour cette raison que

les zones deviennent horizontales dans certains glaciers d'une forme

déterminée, et à l'extrémité inférieure de presque tous les glaciers.

On pourrait se demander si les laves feldspathiques à lamelles

horizontales ne nous offrent pas un cas analogue. Tous les géologues

qui ont étudié des régions trachytiques sont arrivés à conclure que

les laves de cette série n'ont été qu'imparfaitement fluides. Il est

évident, en outre, que les matières qui ont eu une faible fluidité

sont les seules qui puissent se fissurer et où les différences

de tension puissent provoquer la disposition zonaire, comme nous

l'admettons ici. C'est peut-être pour cette raison que les laves

augitiques, qui semblent généralement avoir joui d'un haut degré de

fluidité, ne sont pas[52] divisées en lames de composition et de

texture différentes, comme les laves feldspathiques. En outre, dans la

série augitique, il ne paraît jamais exister de tendance à l'action

concrétionnaire qui joue, comme nous l'avons vu, un rôle important

dans la structure lamellaire des roches de la série trachytique, ou

qui, tout au moins, contribue à rendre cette structure apparente.

Observations Géologiques sur les Îles Volcaniques Explorées par l'Expédition du "Beagle" Et Notes sur la Géologie de l'Australie et du Cap de Bonne-Espérance · 第 7 / 18 段