sous le nom de «Crater of an old volcano» est désignée improprement;
rien dans tout ce que j'ai pu observer ne justifie cette appellation,
sauf que la colline se termine en un sommet circulaire ayant la forme
d'une soucoupe très évasée, et d'environ un demi-mille de diamètre.
Cette dépression a été presque entièrement comblée par un grand nombre
de couches successives de cendres et de scories, diversement colorées
et faiblement consolidées. Chaque couche cupuliforme successive se
montre sur toute la périphérie, de sorte qu'il se produit plusieurs
anneaux de couleur différente, donnant à la colline un aspect
fantastique. L'anneau extérieur est large et de couleur blanche, ce
qui le fait ressembler à une piste où l'on aurait exercé des chevaux,
et lui a valu le nom de Manège du Diable, sous lequel il est le plus
généralement connu. Ces couches superposées de cendres doivent
être tombées sur toute la contrée environnante, mais elles ont été
complètement enlevées par le vent, sauf dans cette seule dépression,
où l'humidité s'accumulait sans doute, soit au cours d'une année
exceptionnelle, lorsqu'il tombait de la pluie, soit pendant les orages
qui accompagnent souvent les éruptions volcaniques. Une des couches,
colorée en rose et formée principalement de petits fragments de ponce
décomposée, est remarquable par le grand nombre de concrétions qu'elle
renferme. Celles-ci sont généralement sphériques et mesurent d'un
demi-pouce à trois pouces de diamètre, mais elles sont parfois
cylindriques comme les concrétions de pyrite de fer que l'on trouve
dans la craie d'Europe. Elles sont formées d'une pierre brun pâle,
très tenace, compacte, à cassure unie et douce au toucher. Elles sont
divisées en couches concentriques par de minces cloisons blanches
ressemblant à la surface extérieure de la concrétion; vers la
périphérie, six ou huit de ces couches sont nettement limitées, mais
les couches qui se trouvent vers l'intérieur deviennent ordinairement
indistinctes et se fusionnent en une masse homogène. Je pense que
ces couches concentriques se sont formées par la contraction que la
concrétion a subie lorsqu'elle est devenue compacte. La partie interne
est généralement divisée par de petites fentes ou septaria, qui
sont tapissées de taches les unes noires et métalliques, les autres
blanches et cristallines, dont je n'ai pu déterminer la nature.
Quelques-unes des concrétions les plus volumineuses ne sont autre
chose qu'une croûte sphérique remplie de cendres faiblement
consolidées. Les concrétions contiennent une petite quantité de
carbonate de chaux; un fragment exposé au chalumeau décrépite,
blanchit ensuite et fond en un émail globuleux, mais il ne devient pas
caustique. Les cendres qui renferment les concrétions ne contiennent
pas de carbonate de chaux; les concrétions ont donc été formées
probablement par l'agrégation de cette substance, comme c'est
souvent le cas. Je n'ai jamais rencontré de concrétions semblables à
celles-ci, et, en considérant leur degré de ténacité et de compacité,
leur disposition en un lit qui n'a probablement été exposé à aucune
autre humidité que celle de l'atmosphère est fort remarquable.
_Formation de roches calcaires sur la côte_.--Il y a sur plusieurs
points de la côte d'immenses accumulations de petits fragments bien
arrondis de coquilles et de coraux blancs, jaunâtres et roses,
entremêlés de quelques particules volcaniques. A la profondeur de
quelques pieds on constate qu'ils sont cimentés et forment une pierre
dont on utilise les variétés les plus tendres pour les constructions;
d'autres variétés, les unes grossières et les autres à grain fin, sont
trop dures pour cet usage, et j'ai vu une masse, divisée en couches
uniformes d'un demi-pouce d'épaisseur et si compactes qu'elles
rendaient un son semblable à celui du flint quand on les frappait avec
un marteau. Les habitants croient que ces fragments sont cimentés au
bout d'un an. Cette cimentation s'opère par une matière calcareuse, et
dans les variétés les plus compactes on peut voir distinctement chaque
fragment arrondi de coquille ou de roche volcanique entouré d'une
enveloppe translucide de carbonate de chaux. Très peu de coquilles
entières sont engagées dans ces masses agglutinées, et j'ai même
examiné au microscope un grand fragment sans parvenir à découvrir le
moindre vestige de stries, ou d'autres traces de forme extérieure;
cela démontre que chaque particule doit avoir été roulée ça et là
pendant bien longtemps avant que son tour vînt d'être engagée dans la
masse et cimentée[16]. Une des variétés les plus compactes soumise à
l'action d'un acide s'y est complètement dissoute, à l'exception d'un
peu de matière organique floconneuse; son poids spécifique était 2,63.
Le poids spécifique du calcaire ordinaire varie de 2,6 à 2,75; sir
H. de la Bèche[17] a trouvé pour le carrare pur 2,7. C'est un fait
remarquable que ces roches de l'île de l'Ascension, formées près de la
surface de la mer, soient presque aussi compactes qu'un marbre qui
a subi l'action de la chaleur et de la pression dans les régions
plutoniques.
La grande accumulation de particules calcaires incohérentes sur
le rivage, près du _Settlement_, commence au mois d'octobre en
progressant vers le sud-ouest; ce fait est dû, d'après le lieutenant
Evans, à un changement dans la direction des courants prédominants. A
cette époque, les rochers exposés à l'action de la marée à l'extrémité
sud-ouest de la côte, où s'accumule le sable calcareux, et qui sont
baignés par les courants, se recouvrent peu à peu d'une incrustation
calcaire épaisse d'un demi-pouce. Elle est absolument blanche,
compacte, légèrement spathique en quelques parties, et elle adhère
fortement aux rochers. Elle disparaît graduellement après un temps
assez court, soit qu'elle se redissolve quand l'eau est moins chargée
de calcaire, soit qu'elle soit enlevée mécaniquement, ce qui est plus
vraisemblable. Le lieutenant Evans a observé ces faits pendant les
six années de son séjour à l'Ascension. L'épaisseur de l'incrustation
varie suivant les années; elle était exceptionnellement forte en 1831.
Lors de ma visite, au mois de juillet, il n'y avait plus de trace
d'incrustation, mais elle s'était parfaitement conservée sur un
pointement de basalte d'où les ouvriers carriers avaient enlevé, peu
auparavant, une masse de pierre de taille. En tenant compte de la
position des rochers exposés à l'action de la marée, et de l'époque de
l'année pendant laquelle ils se recouvrent d'incrustations, il n'est
pas douteux que, par le déplacement et le bouleversement de cette
vaste accumulation de particules calcaires dont un grand nombre
avaient déjà été partiellement agglutinées, les eaux de la mer se
chargent tellement de carbonate de chaux qu'elles le déposent sur les
premiers objets avec lesquels elles viennent en contact. Le lieutenant
Holland, R.N., m'a dit que ces incrustations se font en un grand
nombre de points de la côte, sur la plupart desquels il y a aussi, je
crois, de grandes masses de coquilles brisées en menus fragments.
_Incrustation calcaire frondescente_.--C'est un dépôt très remarquable
à divers points de vue; il recouvre durant toute l'année les roches
volcaniques exposées à la marée et qui surplombent des plages de
coquilles brisées. Son aspect général est fidèlement reproduit dans
la gravure, mais les frondes ou les disques dont il est formé sont
ordinairement rapprochés au point de se toucher. Les bords sinueux
de ces frondes sont finement découpés, et elles surplombent leurs
piédestaux ou supports; leur surface supérieure est légèrement concave
ou légèrement convexe; elles offrent un beau poli et une couleur
gris-foncé ou noir de jais; leur forme est irrégulière, généralement
circulaire, et leur diamètre varie d'un dixième de pouce à un pouce et
demi; leur épaisseur ou la hauteur dont elles s'élèvent au-dessus du
rocher qui les porte, varie beaucoup; elle est, le plus ordinairement
peut-être, d'un quart de pouce. Parfois les frondes deviennent de plus
en plus convexes, jusqu'à passer à l'état de masses botryoïdes, dont
les sommets sont fissurés; lorsqu'elles affectent cette forme, elles
sont luisantes et d'un noir intense, au point de ressembler à une
matière métallique fondue. J'ai montré cette incrustation à plusieurs
géologues, tant sous cette dernière forme que sous sa forme ordinaire,
et aucun d'entre eux n'a pu lui assigner une origine, si ce n'est
qu'elle était peut-être de nature volcanique!
[Illustration: FIG. 5.--Incrustation de calcaire et de matière
organique tapissant les rochers exposés à l'action de la marée à l'île
de l'Ascension.]
La cassure de la substance dont les frondes sont formées est très
compacte et souvent presque cristalline, avec des bords translucides
et assez durs pour rayer facilement le spath calcaire. Au chalumeau
elle devient immédiatement blanche et émet une odeur animale très
prononcée, semblable à celle de coquilles fraîches; elle est surtout
composée de carbonate de chaux; traitée par l'acide chlorhydrique elle
fait une vive effervescence et laisse un résidu de sulfate de chaux et
d'oxyde de fer, mêlés à une poudre noire insoluble dans les acides
à chaud. Cette dernière substance, qui est évidemment la matière
colorante, paraît de nature charbonneuse. Le sulfate de chaux se
trouve ici à l'état de matière étrangère, et il se présente en
lamelles distinctes, excessivement petites, répandues à la surface des
frondes et engagées entre les couches minces dont elles sont formées;
quand on chauffe un fragment au chalumeau, ces lamelles deviennent
immédiatement visibles. On peut souvent suivre le contour extérieur
primitif des frondes, soit jusqu'à un petit fragment de coquille
fixé dans une fente du rocher, soit jusqu'à une agglomération de ces
fragments cimentés ensemble. On constate que tout d'abord l'action des
vagues corrode profondément ces esquilles et les réduit à l'état de
crêtes aiguës, et qu'elle les recouvre ensuite de couches successives
du calcaire incrustant gris et luisant. Les inégalités du support
primitif se trahissent à la surface de chaque couche successive, comme
on le voit souvent dans les pierres de bézoard, lorsqu'un objet, tel
qu'un clou, forme le centre de l'agrégation. Pourtant les découpures
des bords paraissent dues à l'action corrosive que le ressac exerce
sur son propre dépôt, alternant avec la formation de dépôts nouveaux.
J'ai trouvé sur des roches basaltiques tendres de la côte de San
Thiago une couche extrêmement mince de matière calcaire brune qui, vue
à la loupe, ressemblait en miniature aux frondes découpées et polies
de l'île de l'Ascension; dans ce dernier cas, il n'y avait pas de base
constituée par des particules étrangères faisant saillie. Quoique
l'incrustation persiste à l'Ascension durant toute l'année, l'aspect
délabré de certaines parties et l'aspect frais de certaines autres
parties font croire que tout l'ensemble subit un cycle de destruction
et de renouvellement, dû sans doute aux modifications de forme de
la plage qui se déplace et, par suite, aux modifications que subit
l'action des brisants; c'est probablement pour cette raison que
l'incrustation n'acquiert jamais une grande épaisseur. En considérant
à la fois la composition de la matière incrustante et la situation des
rochers qui la portent, au milieu d'une plage calcaire, je crois
qu'il n'est pas douteux qu'elle est due à la dissolution et au dépôt
subséquent de la matière qui forme les fragments arrondis de coquilles
et de coraux[18]. C'est à cette source qu'elle puise la matière
organique qui constitue évidemment le principe colorant.
On peut souvent discerner nettement la nature du dépôt, au début de sa
formation, quand un fragment de coquille blanche se trouve serré entre
deux frondes; le dépôt offre alors l'aspect d'une couche très mince de
vernis gris pâle. Sa teinte plus ou moins foncée varie un peu, mais la
couleur noir de jais qu'offrent les frondes et les masses botryoïdales
paraît due à la translucidité des couches grises superposées. On
constate pourtant ce fait singulier que, lorsque le dépôt s'opère sur
la face inférieure des rochers en saillie, ou dans des fissures, il
paraît être toujours d'une couleur gris-perle pâle, même quand il
atteint une épaisseur considérable; on est amené ainsi à croire que
l'action d'une lumière abondante est nécessaire au développement de la
couleur foncée, ainsi que cela semble se produire pour les coquilles
des mollusques vivants, dont la partie supérieure, tournée vers
la lumière, est toujours d'une teinte plus foncée que la surface
inférieure et que les parties ordinairement recouvertes par le manteau
de l'animal. Cette circonstance, la décoloration immédiate et la
production d'une odeur par l'action du chalumeau, le degré de dureté
et de translucidité des bords, le beau poli de la surface[19], qui
rivalise, lorsqu'elle est à l'état frais, avec celui des plus fines
olives, tous ces faits établissent une analogie frappante entre cette
incrustation inorganique et les coquilles de mollusques vivants[20].
Cela me paraît être un fait physiologique intéressant[21].
_Bancs lamellaires remarquables alternant avec l'obsidienne et passant
à cette roche_.--On rencontre ces bancs dans la région trachytique,
à la base occidentale de Green Mountain, sous laquelle ils plongent
suivant des inclinaisons très fortes. Ils n'affleurent qu'en partie
seulement, car ils sont recouverts par des produits d'éruption
modernes; c'est pourquoi je n'ai pu constater leur contact avec le
trachyte, ni déterminer s'ils se sont étalés comme des nappes de lave
ou s'ils ont été injectés dans les strates surincombantes. On observe
trois bancs principaux d'obsidienne, dont le plus puissant constitue
la base de la coupe. Ces bancs pierreux alternants me paraissent fort
intéressants; je les décrirai d'abord et m'occuperai ensuite de leur
transition à l'obsidienne. Ils offrent un aspect très varié; on
peut reconnaître cinq variétés principales, mais elles passent
insensiblement l'une à l'autre par toutes les transitions.
1. Une roche gris-pâle, irrégulièrement et grossièrement
lamellaire[22], rude au toucher, ressemblant à un phyllade qui aurait
subi le contact d'un dike de trapp; sa cassure est à peu près la même
que celle que donnerait une structure cristalline.
Cette roche et les variétés suivantes fondent facilement en un verre
de couleur pâle.
La plus grande partie de la roche est disposée en forme de gâteau de
miel à cavités irrégulières et anguleuses, de sorte que l'ensemble
offre un aspect carié, et que certains fragments ressemblent d'une
manière remarquable à des morceaux silicifiés de bois décomposé. Cette
variété, surtout lorsqu'elle est compacte, est souvent traversée de
fines raies blanchâtres; celles-ci sont droites ou elles ondulent les
unes derrière les autres autour des vides allongés et cariés.
2. Une roche gris bleuâtre ou brun pâle, compacte, lourde, homogène, à
cassure angulaire, inégale et terreuse; cependant, lorsqu'on l'examine
avec une forte loupe, la cassure se montre nettement cristalline, et
l'on peut même y reconnaître des minéraux individualisés.
3. Une roche de la même nature que la précédente, mais striée d'un
grand nombre de lignes blanches, parallèles, légèrement ondulées, de
l'épaisseur d'un cheveu. Ces lignes blanches sont d'une nature plus
cristalline que les parties intercalées entre elles, et la roche se
fend suivant leur direction; elles se dilatent fréquemment en formant
alors de petites cavités qui sont souvent à peine visibles à la
loupe. La matière dont les lignes blanches sont formées est mieux
cristallisée dans ces cavités, et le professeur Miller est parvenu,
après plusieurs essais, à déterminer que les cristaux blancs, les
plus grands de tous, se rapportent au quartz[23], et que les petites
aiguilles vertes transparentes sont de l'augite, ou suivant la
dénomination qu'on leur donne le plus généralement, de la diopside. A
côté de ces cristaux on observe de petits points de couleur foncée,
sans trace de cristallisation, et une matière cristalline blanche,
fine et grenue qui est probablement du feldspath. Les petits fragments
de cette roche sont facilement fusibles.
4. Une roche cristalline compacte zonée de lignes très nombreuses,
droites, blanches et grises, dont la largeur varie de 1/30e à 1/200e
de pouce; ces couches semblent composées principalement de feldspath,
et elles renferment un grand nombre de cristaux bien développés de
feldspath vitreux orientés dans le sens de leur longueur; elles sont
aussi abondamment parsemées de points noirs microscopiques et
amorphes disposés en rangées, et isolés les uns des autres, ou plus
fréquemment, réunis deux à deux, trois à trois, ou en plus grand
nombre, et formant des lignes noires plus fines qu'un cheveu. Quand
on chauffe au chalumeau un petit fragment de cette roche, les
points noirs se fondent facilement en globules noirs brillants, qui
deviennent magnétiques, caractères applicables à bien peu de minéraux,
à l'exception de la hornblende et de l'augite. D'autres points,
colorés en rouge, sont associés aux points noirs; ils sont magnétiques
et sont certainement formés d'oxyde de fer. Dans un échantillon de
cette variété, j'ai observé que les points noirs étaient agrégés sous
forme de cristaux minuscules autour de deux petites cavités; ils
ressemblaient à des cristaux d'augite ou de hornblende, mais ils
étaient trop ternes et trop petits pour pouvoir être mesurés au
goniomètre. J'ai pu distinguer aussi, dans le feldspath cristallin
du même échantillon, des grains qui avaient l'aspect du quartz. J'ai
constaté à l'aide d'une règle à parallèles que les couches grises
minces et les lignes capillaires noires étaient absolument droites et
parallèles entre elles. Il est impossible de suivre le passage de la
roche grise homogène à ces variétés striées, ou même de comparer le
caractère des différentes couches d'un échantillon sans se convaincre
que la blancheur plus ou moins parfaite de la matière feldspathique
cristalline dépend du degré d'agrégation plus ou moins complet de la
matière diffuse, sous forme de taches noires et rouges de hornblende
et d'oxyde de fer.
5. Une roche lourde et compacte, non lamellaire, à cassure
irrégulière, anguleuse et très cristalline; elle contient un grand
nombre de cristaux isolés de feldspath vitreux; la base feldspathique
cristalline est tachetée par un minéral noir qui, sur la surface
altérée, se montre agrégé en petits cristaux, dont quelques-uns sont
bien développés, tandis que le plus grand nombre ne l'est pas. J'ai
montré cet échantillon à un géologue expérimenté, et je lui ai demandé
quelle en était la nature. Il m'a répondu, comme tout autre je pense
l'eût fait à sa place, que c'était un _greenstone_ primitif. De même,
la surface altérée de la variété zonaire que nous avons étudiée tantôt
(no. 4) ressemble d'une manière frappante à un fragment usé de gneiss
finement lamellaire.
Ces cinq variétés, ainsi que plusieurs termes intermédiaires, passent
et repassent l'une à l'autre. Comme les variétés compactes sont
absolument subordonnées aux autres, tout l'ensemble peut être
considéré comme lamellaire ou comme zonaire. En résumé, les lamelles
sont tantôt tout à fait droites, tantôt légèrement ondulées et tantôt
contournées; elles sont toutes parallèles entre elles et aux couches
d'obsidienne intercalées, et sont d'ordinaire extrêmement minces. Ces
lamelles consistent soit en une roche compacte d'apparence homogène,
rayée de diverses nuances de gris et de brun, soit en couches
cristallines de feldspath plus ou moins pur, dont l'épaisseur varie,
et qui renferment des cristaux isolés de feldspath vitreux alignés
suivant leur longueur; soit enfin en couches très minces composées en
grande partie de petits cristaux de quartz et d'augite, ou de points
noirs et rouges d'un minéral augitique et d'un oxyde de fer, amorphes
ou imparfaitement cristallisés. Après cette description détaillée
de l'obsidienne, je reviens à la lamellation des roches de la série
trachytique.
Le passage des lits que nous venons de décrire aux couches
d'obsidienne vitreuse s'opère de diverses manières: 1. des masses
angulo-noduleuses d'obsidienne de dimensions très variables
apparaissent brusquement, disséminées dans une roche feldspathique
de couleur pâle, feuilletée ou amorphe, et à cassure plus ou moins
perlée; 2. de petits nodules d'obsidienne, isolés ou réunis en couches
dont l'épaisseur dépasse rarement un dixième de pouce, alternent
à plusieurs reprises avec des couches très minces d'une roche
feldspathique offrant, comme une agate, des zones parallèles de
couleurs différentes, extrêmement fines, et passant parfois à la
résinite; les interstices entre les nodules d'obsidienne sont
généralement remplis par une matière blanche, tendre, ressemblant à
des cendres ponceuses; 3. la roche encaissante tout entière passe
brusquement à une masse concrétionnée et fragmentaire d'obsidienne.
Ces masses d'obsidienne sont souvent vert pâle, comme les petits
nodules, et généralement bigarrées de diverses nuances, parallèlement
aux feuillets de la roche environnante; ainsi que les nodules, elles
renferment généralement de petits sphérulites blancs dont une moitié
est souvent empâtée dans une zone d'une nuance, et l'autre moitié dans
une zone de nuance différente. L'obsidienne n'acquiert sa couleur noir
de jais et sa cassure parfaitement conchoïdale que lorsqu'elle est en
grandes masses; pourtant, par un examen minutieux, et en exposant
les échantillons à la lumière sous différentes incidences, j'ai pu
généralement discerner des zones parallèles de teinte plus au moins
foncée, même quand la roche était en grandes masses.