_Roches basaltique_.--La lave basaltique sous-jacente est extrêmement

celluleuse en certains points, beaucoup moins en d'autres; sa couleur

est noire, mais elle contient quelquefois des cristaux de feldspath

vitreux, parfois aussi, mais rarement, une grande quantité d'olivine.

Ces coulées semblent avoir été singulièrement peu fluides; leurs

parois et leur extrémité sont très escarpées, et n'ont pas moins de 20

à 30 pieds de haut. Leur surface est extraordinairement raboteuse, et

à distance elle paraît parsemée d'un grand nombre de petits cratères.

Ces intumescences sont des monticules larges, irrégulièrement

coniques, traversés de fissures, et formés par un basalte plus ou

moins scoriacé, comme les coulées environnantes, mais possédant une

structure colonnaire mal définie: leur hauteur au-dessus de la surface

générale varie de 8 à 30 pieds, et ils ont été formés, je pense, par

l'accumulation de la lave visqueuse aux points où elle rencontrait une

plus grande résistance. A la base de plusieurs de ces monticules, et

parfois aussi en des parties plus horizontales de la coulée, des côtes

épaisses s'élèvent à 2 ou 3 pieds au-dessus de la surface; elles sont

formées de masses de basalte angulo-globulaires, ressemblant par leur

forme et par leur dimension à des tuyaux de terre cuite recourbés, ou

à des gouttières de la même matière, mais elles ne sont pas creuses:

j'ignore quelle peut avoir été leur origine. Un grand nombre de

fragments superficiels de ces coulées basaltiques offrent des formes

singulièrement contournées, et plusieurs spécimens ressemblent, à s'y

méprendre, à des blocs de bois de couleur sombre sans écorce.

Plusieurs des coulées basaltiques peuvent être suivies, soit jusqu'aux

points d'éruption à la base de la grande masse centrale de trachyte,

soit jusqu'à des collines isolées, coniques, de teinte rougeâtre, qui

sont éparpillées sur le littoral du nord et de l'ouest de l'île. Du

haut de l'éminence centrale, j'ai compté vingt à trente de ces cônes

d'éruption. Le sommet tronqué de la plupart d'entre eux est coupé

obliquement, et tous présentent une pente vers le sud-est, point d'où

souffle le vent alizé[2]. Cette structure est due, sans aucun doute,

à l'action du vent, qui a poussé en plus grande quantité dans un sens

que dans l'autre les fragments et les cendres rejetés pendant les

éruptions. M. Moreau de Jonnès a fait une observation semblable pour

les volcans des Antilles.

_Bombes volcaniques_.--On les rencontre en grand nombre, répandues

sur le sol, et quelques-unes d'entre elles se trouvent à une distance

considérable de tout point d'éruption. Leur dimension varie de celle

d'une pomme à celle du corps d'un homme; elles sont sphériques ou

pyriformes, et l'extrémité postérieure (qui répondrait à la queue

d'une comète) est irrégulière et hérissée de pointes saillantes; elle

peut même être concave. Leur surface est rugueuse et traversée de

fentes ramifiées; leur structure interne est irrégulièrement scoriacée

et compacte, ou offre un aspect symétrique fort remarquable. La

gravure représente très exactement un segment irrégulier d'une bombe

appartenant à cette dernière espèce, et dont j'ai trouvé plusieurs

spécimens. Elle avait à peu près la grandeur d'une tête d'homme. La

partie interne tout entière est grossièrement celluleuse; le diamètre

moyen des vacuoles est d'un dixième de pouce environ, mais leur

dimension décroît graduellement vers la partie externe de la bombe.

Cette partie interne est entourée d'une croûte de lave compacte,

nettement limitée, offrant une épaisseur presque uniforme d'environ un

tiers de pouce. La croûte est recouverte d'une enveloppe un peu plus

épaisse de lave finement celluleuse (dont les vacuoles varient en

diamètre d'un cinquantième à un centième de pouce), et qui forme la

surface extérieure. La limite qui sépare la croûte de lave compacte de

l'enduit scoriacé externe est nettement définie. On peut facilement se

rendre compte de cette structure en supposant qu'une masse de matière

visqueuse et scoriacée soit projetée dans l'air, et animée d'un

mouvement rotatoire rapide. En effet, pendant que la croûte extérieure

se solidifiait par refroidissement (et prenait l'état où nous la

voyons aujourd'hui), la force centrifuge, en réduisant la pression

à l'intérieur de la bombe, devait permettre aux vapeurs chaudes de

dilater les vacuoles, mais celles-ci, comprimées par la même force

contre la croûte déjà solidifiée, devaient diminuer graduellement de

volume, et à mesure qu'elles étaient plus rapprochées de cette croûte

externe, leur volume devait toujours aller se réduisant jusqu'au

moment où la partie interne était emprisonnée dans une croûte massive

concentrique. Nous savons que des éclats peuvent être projetés d'une

meule[3] lorsqu'elle est animée d'un mouvement de rotation assez

rapide, nous ne devons donc pas douter que la force centrifuge soit

assez puissante pour modifier, comme nous le supposons ici, la

structure d'une bombe encore à l'état plastique. Des géologues

ont fait observer que la forme extérieure d'une bombe nous révèle

immédiatement l'histoire de sa course aérienne, et nous constatons

maintenant que sa structure interne peut nous redire presque aussi

clairement le mouvement rotatoire dont elle était animée.

[Illustration: Fig. 3.--Fragment d'une bombe volcanique sphérique,

dont la partie interne grossièrement celluleuse est entourée d'une

couche de lave compacte recouverte d'une croûte formée par une roche

finement celluleuse.]

M. Bory de Saint-Vincent[4] a décrit des masses arrondies de lave

trouvées à l'île Bourbon, qui ont une structure tout à fait semblable;

pourtant son interprétation (si je la comprends bien) est fort

différente de celle que j'ai donnée, car il suppose que ces corps ont

roulé, comme des boules de neige, le long des flancs du cratère.

M. Beudant[5] a décrit de singulières petites sphères d'obsidienne,

dont le diamètre ne dépasse jamais 6 à 8 pouces, et qu'il a trouvées

répandues à la surface du sol. Elles sont toujours de forme ovale,

parfois elles sont fortement renflées par le milieu, et même

fusiformes; leur surface est recouverte de crêtes et de sillons

concentriques, disposés avec une certaine régularité, et qui sont tous

perpendiculaires à un axe du globule; la partie interne est compacte

et vitreuse. M. Beudant suppose que des masses de lave encore

plastique ont été projetées dans l'air et animées d'un mouvement

rotatoire autour d'un même axe, ce qui a déterminé la forme de la

bombe et des côtes superficielles. Sir Thomas Mitchell m'a donné un

échantillon qui semble être, à première vue, la moitié d'un globe

d'obsidienne fortement aplati; il a singulièrement l'aspect d'un objet

artificiel, et cet aspect est exactement représenté (en grandeur

naturelle) dans la gravure ci-jointe. Cet échantillon a été trouvé,

tel que nous le voyons, dans une grande plaine sablonneuse, entre les

rivières Darling et Murray en Australie, et à plusieurs centaines de

milles de toute région volcanique connue. Il paraît avoir été enfoui

dans une matière tufacée rougeâtre, et peut-être a-t-il été transporté

par les aborigènes ou par des agents naturels. La coupe ou enveloppe

externe est formée d'obsidienne compacte, de couleur vert bouteille,

et elle est remplie de lave noire finement celluleuse beaucoup moins

transparente et moins vitreuse que l'obsidienne. La surface extérieure

porte quatre ou cinq côtes assez peu nettes, que dans la figure on

a peut-être représentées en les exagérant. Nous avons donc ici la

structure externe décrite par M. Beudant et la nature celluleuse

interne des bombes de l'Ascension. La lèvre de la coupe extérieure est

légèrement concave, exactement comme le bord d'une assiette creuse, et

son bord interne surplombe un peu de lave cellulaire centrale. Cette

structure est tellement symétrique sur toute la circonférence, qu'on

est obligé d'admettre que la bombe a fait explosion pendant sa

course aérienne, alors qu'elle était encore animée d'un mouvement de

rotation, avant d'être entièrement solidifiée, et que la lèvre et les

bords ont été ainsi légèrement modifiés et infléchis vers l'intérieur.

On peut observer que les côtes extérieures sont situées dans des plans

perpendiculaires à un axe oblique au grand axe de l'ovoïde aplati:

nous devons supposer, pour expliquer ce fait, que, lors de l'explosion

de la bombe, l'axe de rotation a subi un déplacement.

[Illustration: FIG. 4.--Bombe volcanique d'obsidienne d'Australie,

vue de face dans la figure supérieure et de profil dans la figure

inférieure.]

_Explosions de masses gazeuses_.--Les flancs de Green Mountain et la

contrée environnante sont couverts d'une grande quantité de fragments

incohérents, formant une masse épaisse de quelques centaines de pieds.

Les couches inférieures consistent généralement en tufs à grain fin

à peine consolidés[6], et les lits supérieurs en grands fragments

détachés, alternant avec des lits de matières moins grossières[7]. Une

couche blanche rubanée de brèche ponceuse décomposée était reployée

d'une façon remarquable en fortes courbes ininterrompues, au-dessous

de chacun des grands fragments du banc surincombant. Je suppose,

d'après la position relative de ces bancs, qu'un cratère à orifice

étroit, occupant à peu près l'emplacement de Green Mountain, a lancé

comme un énorme fusil à air, avant son extinction finale, cette vaste

accumulation de matériaux meubles. Des dislocations très importantes

se sont produites postérieurement à cet événement, et un cirque ovale

a été formé par affaissement. Cet espace affaissé se trouve au pied

nord-est de Green Mountain, et il est nettement indiqué sur la carte

qui accompagne cet ouvrage. Son grand axe, répondant à une ligne de

fissure dirigée N.-E.-S.-W., a une longueur de trois cinquièmes de

mille marin; les bords de ce cirque sont presque verticaux, sauf en

un seul point, et ont à peu près 400 pieds de hauteur; à la partie

inférieure ils sont constitués par un basalte feldspathique de couleur

pâle, et à la partie supérieure par du tuf et par des fragments

projetés à l'état incohérent; le fond est uni, et sous tout autre

climat il se serait formé en cet endroit un lac profond. A juger par

l'épaisseur du banc de fragments incohérents qui recouvre la contrée

environnante, la masse de matière gazeuse qui les a projetés doit

avoir été énorme. Nous pouvons conclure vraisemblablement de ces

faits, qu'après l'explosion, de vastes cavernes auront été formées

sous le sol, et que l'écroulement de la voûte de l'une d'entre elles

a formé la cavité que nous venons de décrire. Dans l'archipel des

Galapagos on rencontre souvent des fosses d'un caractère semblable,

mais de dimension beaucoup moindre, à la base de petits cônes

d'éruption.

_Fragments granitiques projetés_.--Il n'est pas rare de trouver dans

le voisinage de Green Mountain des fragments de roches hétérogènes

empâtés dans des masses de scories. Le lieutenant Evans, à l'amabilité

duquel je dois un grand nombre de renseignements, m'en a donné

plusieurs spécimens, et j'en ai trouvé d'autres moi-même. Ils ont

presque tous une structure granitique, ils sont cassants, rudes au

toucher, et leur couleur est évidemment altérée: 1. Une syénite

blanche, rayée et tachetée de rouge, elle est formée de feldspath bien

cristallisé, de nombreux grains de quartz et de cristaux de hornblende

brillants quoique petits. Le feldspath et la hornblende de cet

échantillon et de ceux dont on parlera dans la suite ont été

déterminés à l'aide du goniomètre à réflexion, et le quartz par sa

manière d'être au chalumeau. D'après son clivage, le feldspath de ces

fragments projetés ainsi que la variété vitreuse que l'on trouve dans

le trachyte, est un feldspath potassique.--2. Une masse rouge brique

de feldspath, de quartz et de petites plages d'un minéral décomposé

dont un petit fragment m'a montré le clivage de la hornblende.--3. Une

masse de feldspath blanc à cristallisation confuse, avec de petits

nids d'un minéral de couleur sombre, souvent cariés, arrondis sur les

bords, à cassure luisante, mais sans clivage distinct; sa comparaison

avec le second spécimen m'a démontré que c'était de la hornblende

fondue.--4. Une roche qui, à première vue, semble être une simple

agrégation de grands cristaux distincts de Labrador gris[8]; mais

dans les interstices de ces cristaux il y a un peu de feldspath grenu

blanc, de nombreuses paillettes de mica, et un peu de hornblende

altérée; je ne crois pas qu'il y ait du quartz. J'ai décrit ces

fragments en détail parce qu'on rencontre rarement[9] des roches

granitiques projetées par des volcans et _dont les minéraux n'aient

pas subi de modifications_, comme c'est le cas pour le premier

spécimen, et dans une certaine mesure pour le second. Un autre grand

bloc trouvé ailleurs mérite d'être signalé; c'est un conglomérat

contenant de petits fragments de roches granitiques, celluleuses

et jaspeuses, et de porphyre pétro-siliceux empâtés dans une masse

fondamentale de wacke et traversés d'un grand nombre de couches minces

de rétinite concrétionnée passant à l'obsidienne. Ces couches sont

parallèles, peu étendues, et légèrement incurvées, elles s'amincissent

à leurs extrémités et rappellent par leur forme les couches de quartz

dans le gneiss. Il est probable que ces petits fragments empâtés n'ont

pas été projetés à l'état isolé, mais qu'ils étaient empâtés dans une

roche volcanique fluide, voisine de l'obsidienne; nous allons voir

que plusieurs variétés appartenant à la série de cette dernière roche

possèdent une structure laminaire.

_Roches trachytiques_.--Elles occupent la partie la plus élevée et la

plus centrale de l'île, ainsi que la région du sud-est. Le trachyte

est ordinairement d'une couleur brun pâle, tachetée de points plus

foncés; il contient des cristaux de feldspath vitreux brisés et

ployés, des grains de fer spéculaire et des points microscopiques

noirs que je considère comme étant de la hornblende parce qu'ils sont

aisément fusibles et qu'alors ils deviennent magnétiques. Cependant la

plupart des collines sont formées d'une pierre très blanche, friable,

et qui semble être un tuf trachytique. L'obsidienne, le hornstone et

diverses espèces de roches feldspathiques laminaires sont associés au

trachyte. On n'observe pas de stratification distincte, et je n'ai pu

découvrir de structure cratériforme dans aucune des collines de cette

série. Il s'est produit des dislocations considérables, et plusieurs

des crevasses de ces roches sont encore béantes, ou ne sont que

partiellement comblées par des fragments détachés. Quelques coulées

basaltiques se sont avancées sur l'aire[10] où s'étale le trachyte;

et non loin du sommet de Green Mountain on voit une coulée de basalte

vésiculaire absolument noir, contenant de petits cristaux de feldspath

vitreux d'aspect arrondi.

La pierre blanche tendre, mentionnée plus haut, est remarquable par

la ressemblance frappante qu'elle offre avec un tuf sédimentaire

lorsqu'on la voit en masse; j'ai été longtemps sans pouvoir me

convaincre que telle n'était pas son origine, et d'autres géologues

ont éprouvé les mêmes hésitations pour des formations presque

identiques, dans des régions trachytiques. En deux points, cette

pierre blanche terreuse forme des collines isolées, en un troisième

elle est associée à du trachyte colonnaire et laminaire, mais je n'ai

pu reconnaître la trace d'un contact. Cette roche contient de nombreux

cristaux de feldspath vitreux et des points noirs microscopiques, et

elle est mouchetée de petites taches plus foncées, exactement comme

le trachyte environnant. Pourtant sa pâte vue au microscope, paraît

généralement terreuse, mais parfois elle offre une structure nettement

cristalline. Sur la colline désignée sous le nom de _Crater of an old

volcano_, elle passe à une variété d'un gris verdâtre pâle, qui n'en

diffère que par la couleur, et parce qu'elle n'est pas aussi terreuse;

en un endroit, le passage s'opère insensiblement; en un autre, il se

fait par l'intermédiaire de nombreuses masses anguleuses et arrondies

de la variété verdâtre englobées dans la variété blanche;--dans

ce dernier cas, l'aspect ressemble beaucoup à celui d'un dépôt

sédimentaire disloqué et érodé pendant la formation d'une couche plus

récente. Ces deux variétés de roches sont traversées d'innombrables

veines tortueuses (que je décrirai plus loin); elles ne ressemblent en

rien aux dikes injectés ni aux veines que j'ai pu observer ailleurs.

Les deux variétés renferment quelques fragments isolés, et de

dimension variable, de roches scoriacées à teinte foncée; les vacuoles

d'un certain nombre de ces fragments sont partiellement remplies

par la pierre blanche terreuse. Les deux variétés renferment aussi

d'énormes blocs d'un porphyre cellulaire[11]. Ces fragments font

saillie au-dessus de la surface de la roche altérée, et ressemblent

tout à fait à des fragments empâtés dans un tuf sédimentaire. Mais ce

fait n'est pas un argument sérieux en faveur de l'origine sédimentaire

de la pierre blanche terreuse[12] car on sait que le trachyte

colonnaire, la phonolite[13] et d'autres laves compactes renferment

quelquefois des fragments étrangers de roches celluleuses. Le passage

insensible de la variété verdâtre à la variété blanche, et de même, le

passage plus brusque d'une roche à l'autre déterminé par la présence

de fragments de la première, empâtés dans la seconde, peut provenir

de légères différences dans la composition d'une même masse de pierre

fondue, et de l'action d'arasion exercée par une masse encore fluide

sur une autre masse déjà solidifiée. Je crois que les singulières

veines dont il a été question plus haut ont été formées par une

substance siliceuse qui s'est postérieurement isolée de la masse. Mais

la principale raison qui me porte à croire que ces roches terreuses

tendres, avec leurs fragments étrangers, ne sont pas d'origine

sédimentaire, c'est qu'il est très peu probable que des cristaux de

feldspath, des points noirs microscopiques et de petites taches de

couleur foncée puissent se présenter en même proportion dans un

sédiment aqueux et dans des masses de trachyte compact. En outre,

comme je l'ai fait observer plus haut, le microscope décèle parfois

une structure cristalline dans la masse fondamentale d'apparence

terreuse. D'un autre côté, il est certainement fort difficile

d'expliquer la décomposition partielle de masses de trachyte aussi

considérables et formant des montagnes entières.

_Veines dans les masses trachytiques terreuses_.--Ces veines sont

extrêmement nombreuses, elles traversent avec une allure très complexe

les variétés blanche et verte de trachyte terreux; c'est sur les

flancs du _Crater of the old volcano_ qu'on les observe le mieux.

Elles renferment des cristaux de feldspath vitreux, des points noirs

microscopiques et de petites tâches foncées, absolument comme la roche

qui les environne, mais la base est fort différente, car elle est

excessivement dure, compacte, assez cassante, et un peu moins fusible.

L'épaisseur des veines varie beaucoup et très brusquement, d'un

dixième de pouce à un pouce; fréquemment elles s'amincissent au point

de disparaître tout à fait, non seulement à leur extrémité, mais leur

partie centrale s'évide parfois en laissant ainsi des ouvertures

rondes, irrégulières; leur surface est rugueuse. Elles sont orientées

dans tous les sens ou sont horizontales, généralement curvilignes,

et souvent elles se ramifient entre elles. Par suite de leur dureté,

elles résistent à l'altération; elles s'élèvent de deux ou trois pieds

au-dessus du sol, et s'étendent parfois sur une longueur de quelques

yards; quand on frappe ces plaques de pierre, elles produisent un son

analogue à celui du tambour, et on les voit distinctement vibrer,

leurs fragments répandus sur le sol résonnent comme des morceaux de

fer quand on les entre-choque. Elles affectent souvent les formes les

plus singulières; j'ai vu un piédestal de trachyte terreux recouvert

par une portion hémisphérique d'une veine, semblable à un grand

parapluie, et assez large pour abriter deux personnes. Je n'ai

jamais rencontré de veines semblables à celles-ci et n'en ai vu la

description nulle part, mais elles ressemblent par leur forme aux

veines ferrugineuses produites par ségrégation, et qui ne sont

pas rares dans les grès, par exemple dans le _nouveau grès rouge_

d'Angleterre.

Des veines nombreuses de jaspe et d'une matière siliceuse, qu'on

rencontre au sommet de la même colline, prouvent qu'une source

abondante de silice a existé en cet endroit, et comme ces veines en

forme de plaques ne diffèrent du trachyte que parce qu'elles sont plus

dures, plus cassantes et moins fusibles, il semble probable que leur

origine est due à la ségrégation ou à l'infiltration de matière

siliceuse, de la même manière que s'opère le dépôt des oxydes de fer

dans plusieurs roches sédimentaires.

_Dépôt siliceux et jaspe_.--Ce dépôt siliceux est tantôt tout à fait

blanc, léger, sa cassure présente un éclat légèrement perlé et il

passe au quartz rose perlé, ou bien il est d'un blanc jaunâtre, à

cassure rude, et renferme alors, dans de petites cavités, une poudre

terreuse. Les deux variétés se présentent, soit en grandes masses

irrégulières dans le trachyte décomposé, soit en couches renfermées

dans de grandes veines verticales, tortueuses et irrégulières d'une

pierre compacte, rude, rouge sombre, et ressemblant à un grès.

Cependant cette roche n'est autre chose qu'un trachyte décomposé; une

variété à peu près semblable, mais qui affecte souvent la forme d'un

gâteau de miel adhère fréquemment aux veines plates en saillie qui

ont été décrites dans le paragraphe précédent. Ce jaspe a une couleur

jaune d'ocre ou rouge; il se présente en grandes masses irrégulières,

et quelquefois en veines, dans le trachyte décomposé et dans la masse

de basalte scoriacé qui lui est associée. Les vacuoles de cette

dernière roche sont tapissées ou remplies de fines couches

concentriques de calcédoine, recouvertes et parsemées d'oxyde de fer

rouge vif. Cette roche renferme, spécialement en ses parties les plus

compactes, de petits fragments irréguliers et anguleux de jaspe rouge

dont les bords se confondent insensiblement avec la masse entourante;

on trouve aussi d'autres fragments, d'une nature intermédiaire entre

le jaspe proprement dit et la base basaltique ferrugineuse décomposée.

Dans ces fragments ainsi que dans les grandes masses de jaspe en forme

de veines, on remarque de petites cavités arrondies; ces cavités sont

exactement de la même dimension et de la même forme que celles du

basalte scoriacé remplies ou tapissées de couches de calcédoine. De

petits fragments de jaspe, vus au microscope, paraissent ressembler

à une calcédoine dont le pigment n'aurait pas été déposé en couches,

mais serait resté mélangé avec quelques impuretés à la pâte siliceuse.

Le passage insensible du jaspe au basalte à moitié décomposé, sa

présence en plages anguleuses qui n'occupent évidemment pas des

cavités préexistantes de la roche, et l'existence dans ce jaspe de

petites vésicules remplies de calcédoine comme celles de la lave

scoriacée ne peuvent s'expliquer que dans l'hypothèse qu'un liquide,

probablement le même qui a déposé la calcédoine dans les vacuoles, a

enlevé aux parties de la roche basaltique ne renfermant pas de cavités

les éléments constitutifs de cette roche, a déposé à leur place de

la silice et du fer, et a formé ainsi le jaspe. J'ai observé, dans

certains échantillons de bois silicifié, que, tout comme dans le

basalte, les parties solides étaient transformées en une matière

pierreuse homogène de couleur sombre, tandis que les cavités formées

par les plus gros vaisseaux conducteurs de la sève (qu'on peut

comparer aux vacuoles de la lave basaltique) et d'autres cavités

irrégulières, produites apparemment par la décomposition du bois,

étaient remplies de couches concentriques de calcédoine; il n'est pas

douteux que, dans ce cas, la substance fondamentale homogène et les

couches concentriques de calcédoine aient été déposées par un même

liquide.

D'après ces considérations, je ne puis douter que le jaspe de l'île

de l'Ascension doive être considéré comme une roche volcanique

silicifiée, en donnant à ce mot absolument le même sens qu'on y

attache quand on l'applique au bois silicifié: nous ignorons aussi

bien la manière dont chaque atome de bois, alors qu'il est encore dans

son état normal, puisse être enlevé et remplacé par des atomes de

silice, que nous ignorons comment les parties constituantes d'une

roche volcanique ont pu subir la même modification[14]. J'ai été

amené à faire un examen minutieux de ces roches et à en tirer les

conclusions que je viens d'exposer, en entendant exprimer par le Rev.

Professeur Henslow une opinion analogue au sujet de l'origine d'un

grand nombre de calcédoines et d'agates dans des roches trappéennes.

Les dépôts siliceux paraissent être très fréquents, sinon tout à fait

constants, dans les tufs trachytiques partiellement décomposés[15];

et comme ces collines, ainsi que nous l'avons exposé plus haut, sont

formées de trachyte ayant perdu sa dureté et décomposé _in situ_, la

présence, en ce cas, de silice libre constitue un exemple de plus de

ce phénomène.

Observations Géologiques sur les Îles Volcaniques Explorées par l'Expédition du "Beagle" Et Notes sur la Géologie de l'Australie et du Cap de Bonne-Espérance · 第 5 / 18 段