Le paperassier, c'est Groval.
Il adore Paris; aussi veut-il absolument être au courant de tout ce qui
se passe dans la capitale pendant son absence, et dévore-t-il les
feuilles publiques afin de ne pas cesser «d'être dans le train» comme
s'il n'y était pas assez!
Dès qu'on arrive dans une ville, Groval demande immédiatement à
l'employé qui lui prend son ticket:
--A quelle heure arrivent les journaux de Paris?
Pendant que ses camarades _font un tour_, jouent aux cartes ou au
billard, lui, court de par la ville, cherchant les bureaux de rédaction
des journaux locaux, et dépose sa carte de visite dans le casier des
critiques dramatiques.
--C'est une politesse à laquelle ils sont sensibles, dit-il à ceux qui
le raillent.
Quelquefois, sur sa carte il fait précéder son nom de ces deux mots:
_Remerciments anticipés_; c'est quand le journal doit paraître le
surlendemain, lui parti.
Dans ce cas-là, il donne quelques sous au concierge du théâtre pour le
lui envoyer _au théâtre de X... faire suivre_.
Ces courses faites, il va au théâtre prendre les journaux à son adresse
et s'installe dans un café. Là, il commence par dévorer les comptes
rendus de l'_Avenir orléanais_, du _Moniteur d'Avignon_ ou de la
_Gazette de Mont-de-Marsan_, en ayant soin de découper ce qui le
concerne.
Puis comme il a promis à sa mère ou à sa ... cousine de la rue de Morée
de lui écrire tous les jours les incidents du voyage, les anecdotes
curieuses qu'on lui apprend, les moeurs des habitants de province, les
réponses bizarres qu'on lui a faites, et Dieu sait si elles abondent! il
se met en devoir de rédiger pour ELLE un journal quotidien. Et il en
barbouille, de ce papier, il en barbouille!
Mais comment diable se tire-t-il d'affaire? Il ne peut relater ce qu'on
raconte devant lui, car il lit sans cesse; il ne peut non plus décrire
les monuments curieux à voir, puisque, pendant que ses camarades les
visitent, il écrit _pour ne pas manquer le courrier_.
Alors que peut-il bien écrire? Ce qu'il a lu probablement.
Voulez-vous des timbres-poste? Demandez-en à Groval, il en a sûrement à
vous céder. Désirez-vous savoir si votre lettre exige une taxe
supplémentaire, donnez-la lui, il la soupèsera en homme habitué et vous
dira sans se tromper si c'est un ou plusieurs timbres de quinze centimes
qu'il faut ajouter.
Il a l'habitude, lui, qui n'arrête pas de lire ou d'écrire ... même
pendant les entr'actes.
--Oh! les paperassiers! Les paperassiers!