Le second régisseur!
Ah! en voilà un qui ne les bénit pas les tournées.
A peine défrayé, à la fin du voyage il se trouve avoir usé ses fonds de
culotte sur les banquettes des chemins de fer pour presque rien.
Et il travaille le malheureux!
Arrivé dans une ville, alors que les artistes vont où ils veulent et
font ce que bon leur semble, le second régisseur, lui, reste à la gare
pour prendre les bagages et les faire charger sur le camion qui doit les
apporter au théâtre, où, une fois arrivés, il les fait monter dans les
loges des artistes; loges qu'il désigne lui-même et ce n'est par là une
aimable besogne, certes, car, il y a toujours un Floridor quelconque qui
ronchonne sur l'incommodité, l'insalubrité ou la situation de la sienne.
Aussi, généralement, voici comment le second régisseur procède: au
premier étage, les dames; au second, les hommes. La plus proche à
l'Étoile et ainsi de suite _par rang d'affiche_, aussi c'est toujours
celui qui joue le domestique du 2 qui s'habille près des ... passons.
Quand il a fini cette petite besogne et après avoir donné rendez-vous au
camionneur pour onze heures trois quarts, afin de remporter les bagages
à la gare, après le spectacle, le second régisseur va à l'hôtel où sont
descendus les artistes, mais comme il arrive forcément le dernier, alors
que les autres ont choisi les meilleures chambres, il n'a plus que le
numéro 53, tout là-haut, au fond du couloir à côté des ... (_voir plus
haut_).
Le second régisseur dine seul: il faut qu'il soit au théâtre à sept
heures afin de veiller à ce que décors et accessoires soient prêts.
Sorti du théâtre, le dernier, il grelotte devant la porte des artistes
ou fond de chaleur à assister au chargement des bagages.
Les billets pris et les malles des artistes enregistrées, comme il a
vingt minutes à lui ... et le ventre creux, il avise un caboulot voisin
et va casser une croûte, ce qui n'empêche pas le régisseur général de
lui dire brusquement lorsqu'il l'aperçoit:
--Eh bien! c'est ça, ne vous pressez pas! voilà une demi-heure que nous
vous attendons! Ah! vous vous la coulez douce, vous!
!!!