Lamennais longtemps célèbre par son grand livre: _Essai sur
l’indifférence en matière de religion_, puis, quand il eut rompu avec
Rome, par ses _Paroles d’un croyant_ et autres livres d’esprit
révolutionnaire est surtout un publiciste; mais il a été un philosophe
proprement dit dans l’_Esquisse d’une philosophie_. Pour lui, Dieu n’est
ni le créateur, comme l’entendaient les premiers chrétiens, ni l’être
d’où émane le monde, comme d’autres l’ont pensé. Il n’a pas créé le
monde _de rien_; mais il l’a créé; il l’a créé de lui-même, il l’a fait
sortir de sa substance: et il l’en a fait sortir par un acte purement
volontaire. Or il l’a créé à son image; ce n’est pas l’homme seul qui
est à l’image de Dieu, c’est le monde entier. Les trois personnes de
Dieu, c’est-à-dire ces trois caractères, la puissance, l’intelligence et
l’amour, se retrouvent, amoindries et défigurées, mais se retrouvent
dans chaque être de l’univers. Ce sont, particulièrement nos trois
puissances à nous, sous forme de volonté, raison, sympathie; ce sont
aussi les trois puissances sociales, sous forme de pouvoir exécutif,
délibération et fraternité. Tout être individuel ou collectif, qui ne
reproduit pas, imparfaitement, mais tous les trois sans qu’il en manque
un, les trois termes de cette trinité a en lui un principe de mort.