Auguste Comte

Auguste Comte, mathématicien, versé du reste dans toutes les sciences, a

construit une philosophie surtout négative, malgré sa grande prétention

qui était de remplacer les négations du XVIIIe siècle par une doctrine

positive; il a surtout dénié toute autorité et dénié le droit d’être à

la métaphysique. La métaphysique ne doit pas exister, n’existe pas, du

reste, est un pur rien. Nous ne connaissons rien, nous ne pouvons rien

connaître ni du commencement ni de la fin des choses, ni de leur

essence, ni de leur but; la philosophie s’est toujours proposé une

explication générale de l’univers; c’est précisément cette explication

générale, toute explication générale de l’ensemble des choses, qui est

impossible. Voilà la partie négative du _positivisme_. C’est la seule

qui ait subsisté et qui soit le _credo_ ou plutôt le _non credo_ d’un

assez grand nombre d’esprits.

La partie affirmative des idées de Comte était celle-ci: ce qu’on peut

faire, c’est une classification des sciences et une philosophie de

l’histoire. La classification des sciences selon Comte, allant du plus

simple au plus composé et c’est-à-dire de la mathématique à

l’astronomie, la physique, la chimie, la biologie pour aboutir à la

sociologie, est généralement considérée par les savants comme

intéressante, mais arbitraire. La philosophie de l’histoire selon Comte

est celle-ci: l’humanité passe par trois états: l’état théologique,

l’état métaphysique, l’état positif. L’état théologique (antiquité)

consiste en ceci que l’homme explique tout par des miracles continus;

l’état métaphysique (temps modernes) en ceci que l’homme explique tout

par des idées qu’il continue encore de considérer un peu comme des

êtres, par des abstractions, des entités, principe vital, attraction,

gravitation, âme, faculté de l’âme, etc. L’état positif consiste en ceci

que l’homme explique et expliquera surtout toutes choses ou plutôt se

borne et se bornera à les constater par les liens qu’il verra qu’elles

ont entre elles, liens qu’il se bornera à observer et puis à contrôler

par l’expérimentation. Du reste il y a toujours quelque chose de l’état

suivant dans l’état qui précède et les anciens n’ont pas ignoré

l’observation et il y a toujours quelque chose de l’état précédent dans

l’état qui suit et nous avons encore des habitudes d’esprit théologiques

et des habitudes d’esprit métaphysiques, des _résidus_ théologiques et

métaphysiques et peut-être en sera-t-il toujours ainsi: mais que la

théologie décline au moins devant la métaphysique et la métaphysique

devant la science, c’est le progrès.

D’abondant, Comte dans la dernière partie de sa vie, comme pour donner

raison à sa doctrine des résidus et pour en donner un exemple, a fondé

une sorte de religion, une pseudo-religion, la religion de l’humanité.

Il faut adorer l’humanité en sa lente ascension vers la perfection

intellectuelle et vers la perfection morale (et par conséquent il

faudrait adorer surtout l’humanité à venir; mais Comte pourrait répondre

que l’humanité passée et présente est vénérable comme portant en son

sein l’humanité à venir). Le culte de cette religion nouvelle est la

commémoration et la vénération des morts. Ces dernières conceptions,

fruits de la sensibilité et de l’imagination d’Auguste Comte, n’ont

aucun rapport avec le fond de sa doctrine.

Initiation philosophique · 第 198 / 209 题