Victor Cousin et ses disciples

Victor Cousin, qui subit presque concurremment, ce semble, les

influences de Maine de Biran, de Royer-Collard et de la philosophie

allemande, céda très vite à une tendance qui est très française, qui du

reste est peut-être bonne et qui consiste à voir «quelque chose de bon

dans toutes les opinions» et il fut éclectique, c’est-à-dire emprunteur.

Sa maxime, qu’il avait sans doute lue dans Leibniz, était que les

systèmes sont «vrais par ce qu’ils affirment et faux par ce qu’ils

nient». Partant de là, il s’appuyait sur la philosophie anglaise et sur

la philosophie allemande en corrigeant l’une par l’autre.

Personnellement sa tendance était de faire sortir la métaphysique de la

psychologie et de prouver Dieu par l’âme humaine, et les rapports de

Dieu avec le monde par les rapports de l’âme humaine avec la matière.

Chez lui, Dieu est toujours une âme humaine agrandie. Toutes les

philosophies, du reste, et toutes les religions ont un peu le penchant à

considérer les choses ainsi; mais cette tendance est chez Cousin plus

particulièrement sensible. Au cours de sa vie qui fut diverse, et tantôt

celle d’un professeur tantôt celle d’un homme d’État, il varia un peu et

avant 1830, il devenait très hegelien et après 1830 il remontait vers

Descartes, s’attachant surtout à faire de l’enseignement philosophique

un sacerdoce moral, très prudent, très sensé, en grande défiance des

témérités inattaquables et en rapports sympathiques avec l’autre. Ce qui

est resté de l’éclectisme c’est une chose excellente, le grand souci de

l’_histoire_ de la philosophie, qui n’avait jamais été en honneur en

France et qui, depuis Cousin, n’a pas cessé d’y être.

Les principaux disciples de Cousin ont été Jouffroy, Damiron, Émile

Saisset et le grand moraliste Jules Simon, connu du reste par

l’important rôle politique qu’il a joué.

Initiation philosophique · 第 196 / 209 题