Maine de Biran fut un rénovateur. Il se rattacha à Descartes et renoua
la chaîne, depuis si longtemps interrompue. Il attacha son attention à
la notion du _moi_. En pleine réaction contre le _sensualisme_ de
Condillac, il restitua au _moi_ une activité propre; il en fit une force
qui ne se borne pas à recevoir les sensations, lesquelles se
transforment d’elle-même, mais qui les saisit, les élabore, les
enchaîne, les combine. Pour lui, donc, comme pour Descartes, mais à un
point de vue nouveau, le fait volontaire est le fait primitif de l’âme,
et la volonté est le fond de l’homme. Du reste la volonté n’est pas tout
l’homme; l’homme a pour ainsi dire trois vies superposées, du reste très
étroitement unies entre elles et qui ne peuvent pas se passer l’une de
l’autre: la vie de sensation, la vie de volonté et la vie d’amour. La
vie de sensation est presque passive, avec un commencement d’activité
qui consiste à classer et à organiser les sensations; la vie de volonté
est proprement la «vie humaine»; la vie d’amour est la vie d’activité et
de volonté encore, mais qui unit la vie humaine à la vie divine. Par la
subtilité ingénieuse et profonde de ses analyses Maine de Biran s’est
placé au premier rang des penseurs français et, en tout cas, c’est un
des plus originaux.