Schopenhauer

Schopenhauer fut le philosophe de la volonté. Persuadé, comme Leibniz,

que l’homme est un abrégé et une image du monde et que le monde nous

ressemble, ce qui est hypothétique, il reprend la pensée de Leibniz, en

la changeant, en la métamorphosant ainsi: Tout l’univers n’est pas

pensée, mais tout l’univers est volonté; la pensée n’est qu’un accident

de la volonté qui apparaît dans les animaux supérieurs; mais la volonté,

qui est le fond de l’homme est le fond de tout; l’univers est un composé

de volontés qui agissent. Tous les êtres sont des volontés qui

détiennent des organes conformes à leur dessein. C’est le _vouloir être_

qui a donné des griffes au lion, des défenses au sanglier, et

l’intelligence à l’homme parce qu’il était le plus désarmé des animaux,

comme à quelqu’un qui devient aveugle, elle donne une ouïe, un flair, un

odorat et un toucher extraordinairement sensibles et puissants. Les

végétaux font effort vers la lumière par leur cime et vers l’humidité

par leurs racines; le grain se retourne dans la terre pour jeter sa tige

vers le haut et sa radicelle par le bas. Dans les minéraux il y a des

_tendances constantes_ qui ne sont pas autre chose que des volontés

obscures; ce que nous appelons couramment pesanteur, fluidité,

impénétrabilité, électricité, affinités chimiques, n’est pas autre chose

que volontés naturelles ou volontés inconscientes. A cause de cela, les

diverses volontés se contrariant les unes les autres et se heurtant, le

monde est une guerre de tous contre tous et de _tout_, exactement,

contre _tout_; et le monde est un théâtre de carnage.

C’est que la volonté est un mal et est le mal. Ce qu’il faudrait, pour

être heureux, c’est tuer la volonté, détruire, le vouloir être.--Mais ce

serait n’être plus?--Et c’est en effet n’être plus ou n’être pas qui est

le bonheur vrai et il faudrait faire sauter le monde dans une explosion

pour qu’il échappât au malheur. Tout au moins, comme le bouddhisme l’a

voulu et même, quoique moins, le christianisme, il faut se rapprocher de

la mort par une sorte de réduction au minimum possible de volonté, par

un détachement et un renoncement poussés aussi loin qu’on le pourra.

Initiation philosophique · 第 186 / 209 题