Nietzsche

Élève très respectueux, mais très indépendant et très indocile, de

Schopenhauer, Nietzsche _retourne_ pour ainsi parler Schopenhauer,

disant: Oui certes, le vouloir être est tout; mais précisément à cause

de cela, il faut, non pas le combattre, mais le suivre, et le suivre

aussi loin qu’il veut nous mener.--Mais n’est-il pas vrai qu’il nous

mène à la souffrance?--N’en doutez point; mais il y a dans la souffrance

une ivresse de la douleur qui se comprend très bien; car elle est

l’ivresse de la volonté en acte; et cette ivresse est une jouissance

encore et en tout cas elle est un bien; car elle est le but même où

notre nature, toute faite de volonté et d’avidité d’être, nous pousse.

Or la sagesse comme le bonheur est de suivre sa nature. Le bonheur et la

sagesse de l’homme est d’obéir à sa volonté de puissance comme la

sagesse et le bonheur de l’eau est de couler vers la mer.

De ces idées dérive une morale de violence que l’on peut très

légitimement considérer comme immorale et en tout cas qui n’est ni

bouddhiste, ni chrétienne, mais qui est susceptible de plusieurs

interprétations, d’autant plus que Nietzsche, qui est un poète, ne

laisse pas, toujours très beau comme artiste, de donner dans d’assez

nombreuses contradictions.

Initiation philosophique · 第 187 / 209 题