Dieu disparaît de tout cela. Non, Hegel est très formellement déiste;
mais il voit Dieu dans l’ensemble des choses et non en dehors des
choses, distinct pourtant.--En quoi distinct?--En ceci que Dieu c’est
l’ensemble des choses considérées non en elles, mais en l’esprit qui les
anime et la force qui les pousse et de ce que l’âme est nécessairement
dans le corps unie au corps, ce n’est pas une raison pour qu’elle n’en
soit pas distincte. Et, cette position prise, Hegel est déiste et
accepte des preuves, même considérées par quelques-uns comme vulgaires,
de l’existence de Dieu. Il les accepte, seulement en les tenant non
précisément pour des preuves; mais, pour des raisons de croire et pour
des descriptions très fidèles de l’élévation nécessaire de l’âme à Dieu.
Par exemple les anciens philosophes ont prouvé l’existence de Dieu par
la contemplation des merveilles de l’univers: «Ce n’est pas une
«preuve», dit Hegel; ce n’est pas une preuve; mais c’est une grande
raison de croire; car c’est une exposition, un compte rendu très exact,
quoique incomplet, du fait que l’esprit humain, en regardant le monde,
monte à Dieu.» Or ce fait est singulièrement important; il indique qu’on
ne peut pas penser fortement sans penser Dieu. «Lorsque le passage
[quoique insuffisamment logique] du fini à l’infini n’a pas lieu, on
peut dire qu’il n’y a pas de pensée.» Or ceci est une raison de croire.
De même les philosophes ont dit: «Du moment que nous pensons Dieu c’est
qu’il est.» Kant se moque de cette preuve. Soit, ce n’est pas une preuve
invincible; mais ce fait seul qu’on ne peut pas penser Dieu sans
affirmer son existence indique une tendance de notre esprit qui est de
rapporter la pensée finie à la pensée infinie et de ne pas admettre une
pensée imparfaite qui n’aurait pas sa source dans une pensée parfaite;
et cela est plutôt une croyance invincible qu’une preuve, mais que cette
croyance soit invincible et nécessaire, cela même est une preuve
extrêmement imposante quoique relative.