Hegel, contemporain de Schelling et souvent en contradiction avec lui,
est le philosophe du _devenir_ et de l’idée qui _devient_ toujours
quelque chose. L’essence de tout c’est l’idée, mais l’idée en marche;
l’idée se fait chose d’après une loi rationnelle qu’elle a en soi et la
chose se fait idée en ce sens que l’idée contemplant la chose qu’elle
est devenue la pense et s’en remplit pour devenir encore autre chose,
toujours suivant la loi rationnelle et cette évolution même, toute cette
évolution, tout ce devenir, c’est cet absolu que nous cherchions
toujours derrière les choses, à la base des choses, et qui est _dans_
les choses elles-mêmes.
L’actif rationnel, c’est tout; et activité et réalité sont synonymes et
toute réalité est active et ce qui n’est pas actif n’est pas réel et ce
qui n’est pas actif n’existe pas.
Et n’envisageons pas cette activité comme allant toujours en avant; le
devenir n’est pas un fleuve qui coule; l’activité est activité et
rétroactivité. La cause est cause de l’effet, mais aussi l’effet est
cause de sa cause. En effet la cause ne serait pas cause si elle n’avait
pas d’effet, c’est donc grâce à son effet, c’est donc à cause de son
effet que la cause est cause; et donc l’effet est cause de la cause
autant que la cause est cause de l’effet.
Un gouvernement est l’effet du caractère d’un peuple et le caractère
d’un peuple est l’effet aussi de son gouvernement; mon fils procède de
moi, mais il réagit sur moi et parce que je suis son père j’ai, plus
accusé qu’auparavant, le caractère que je lui ai donné, etc.
Donc tout effet est cause comme toute cause est effet, ce que tout le
monde a reconnu, mais de plus tout effet est cause de sa cause et par
conséquent, pour parler vulgairement, tout effet est cause en avant et
aussi en arrière et la ligne des causes et effets n’est pas une droite,
mais un cercle.