Sa philosophie politique

La philosophie de l’esprit humain et la philosophie politique, selon

Hegel, sont celles-ci. L’homme primitif est esprit, raison, conscience,

mais il ne l’est qu’en puissance, comme disent les philosophes,

c’est-à-dire qu’il ne l’est qu’en tant qu’il est capable de le devenir.

Réellement, pratiquement, il n’est qu’instincts; il est égoïste, comme

les bêtes [il faudrait dire comme la plupart des bêtes] et suit ses

appétits égoïstes. La société, de quelque manière qu’elle ait pu se

former, le transforme et son _devenir_ commence. De l’instinct sexuel

elle fait le mariage, de la prise elle fait la propriété régulière, de

la défense contre la violence elle fait la punition légale, etc.

Désormais et toute son évolution tend à cela, l’homme s’achemine à

substituer en lui la volonté générale à la volonté particulière; il tend

à se désindividualiser. La volonté générale fondée sur l’utilité

générale est que l’homme soit marié, père, chef de famille, bon mari,

bon père, bon parent, bon concitoyen. Tout cela, l’homme doit l’être en

considération de la volonté générale qu’il a mise en place de la sienne

et dont il a fait sa volonté propre. Voilà le premier progrès.

Il est réalisé (toujours imparfaitement) dans les plus petites sociétés,

dans les _cités_, dans les petites républiques grecques, par exemple.

Voici le second progrès. Par la guerre, par la conquête, par l’annexion,

par des moyens plus doux s’ils sont possibles, les cités plus fortes

soumettent les plus faibles et le _grand État_ se crée. Le grand État a

un rôle plus élevé que la cité; il continue à substituer la volonté

générale aux volontés particulières; mais _de plus_ il est une idée, une

grande idée civilisatrice, bienfaisante, _élevante_, agrandissante, à

laquelle il peut et il doit sacrifier les intérêts privés. Tels les

Romains qui se considéraient, non sans raison, comme les législateurs et

les civilisateurs du monde.

Initiation philosophique · 第 182 / 209 题