Schelling voulut corriger ce qu’il y avait de trop radical selon lui
dans l’idéalisme de Fichte. Il restaura le monde extérieur; pour lui, le
_non moi_ existe et le _moi_ aussi et tous les deux sont la nature, la
nature qui est objet dans le monde regardé par l’homme, sujet quand
elle-même regarde l’homme, sujet et objet selon les cas, en elle-même et
en sa totalité ni sujet ni objet, mais absolu, illimité, indéterminé. En
face de ce monde (la nature, et l’homme), il y a un autre monde qui est
Dieu. Dieu est l’infini et le parfait et particulièrement la volonté
parfaite et infinie. Le monde que nous connaissons en est une
dégradation, sans du reste que nous puissions concevoir comment le
parfait peut se dégrader et comment une émanation du parfait puisse être
imparfaite et comment le non-être peut sortir de l’être, puisque
relativement à l’infini, le fini n’existe pas et relativement au
parfait, le parfait est néant.
Il semble pourtant qu’il en soit ainsi et que le monde soit une
émanation de Dieu où il se dégrade et une dégradation de Dieu tel
qu’elle s’oppose à lui comme rien à tout. C’est une chute. La chute de
l’homme dans les livres saints pour donner une idée, quoique éloignée,
de cela.