Ainsi, du moins, pense Kant et il dit: il y a une raison pratique, qui
ne dépasse pas l’expérience et qui ne songe pas à la dépasser; mais qui
n’en dépend pas, qui en est absolument séparée et qui est son expérience
(humaine) à elle-même. Cette raison pratique nous dit: tu dois faire le
bien. La foule l’appelle la conscience; je l’appelle d’une façon
générale la raison pratique et je l’appelle, quand je la prends en son
principe sans tenir compte des applications que je prévois, l’impératif
catégorique. Pourquoi ce nom? Pour bien la distinguer; car nous nous
sentons commandés par autre chose qu’elle, mais non de la même façon.
Nous nous sentons commandés par la prudence, par exemple, qui nous dit:
ne descends pas l’escalier en courant _si_ tu ne veux pas te casser le
cou; nous nous sentons commandés par les convenances qui nous disent:
sois poli, _si_ tu ne veux pas que les hommes te laissent tout seul,
etc. Mais la conscience ne nous dit pas _si_; elle nous dit _tu dois_
tout court, sans considération de ce qui pourra arriver ou n’arrivera
pas, et même c’est son caractère même de mépriser toute considération de
conséquences. Elle nous dirait: descends l’escalier en courant pour
sauver cet enfant, dusses-tu te casser le cou. A cause de cela j’appelle
tous les autres commandements qui nous sont faits des impératifs
hypothétiques et celui de la conscience, celui-là seul, impératif
catégorique, ou absolu. Voilà qui est acquis.