Les trois maux

Distinguons pour mieux comprendre. Il y a trois maux: le mal

métaphysique, le mal physique et le mal moral. Le mal métaphysique est

ce fait même de n’être pas la perfection: il est assez naturel que ce

qui émane, seulement, de la perfection ne soit pas la perfection. Le mal

physique c’est la souffrance; Dieu ne peut pas _vouloir_ la souffrance,

la désirer, la chérir mais il peut la permettre comme moyen du bien,

comme condition du bien; or il n’y aurait pas de bien moral s’il n’y

avait pas occasion de lutte et il n’y aurait pas occasion de lutte si le

mal physique n’existait pas: supposez un paradis; tout le monde s’y

laisse vivre et n’a jamais lieu de montrer la moindre endurance, le

moindre courage, la moindre vertu. Et enfin le mal moral, c’est-à-dire

le péché, Dieu peut encore moins vouloir qu’il soit, mais il peut

admettre qu’il soit, _laisser qu’il soit_, pour qu’il y ait aux hommes

occasion de mériter ou de démériter. Rien n’est plus facile que de

critiquer Dieu en ne considérant qu’une partie de son ouvrage et en ne

considérant point l’ensemble. Il doit avoir créé en vue d’un ensemble et

c’est par l’ensemble qu’il faut le juger. Et comme précisément

l’ensemble ne peut être embrassé par personne, taisez-vous raison

imbécile, comme dit Pascal et ne jugez point ou jugez _a priori_

puisqu’ici on ne peut juger par l’expérience et dites que le parfait n’a

pu vouloir que le plus parfait possible.

Initiation philosophique · 第 147 / 209 题