Le possible et l’impossible

Reste toujours l’objection fondamentale: c’est limiter Dieu que de

l’asservir à la condition du _possible_ et on aura beau dire que Dieu

est justifié, s’il a fait tout le bien possible, il ne l’est pas, les

mots «possible» et «impossible» n’ayant point de sens pour la

toute-puissance et la puissance infinie pouvant par définition faire

l’impossible.

Mais si, répond Leibniz, il y a un impossible métaphysique, il y a un

impossible dans l’infini, cet impossible c’est l’absurde, c’est la

contradiction. Dieu pourrait-il faire que le tout fût plus petit que la

partie, qu’il y eût une ligne plus courte que la droite? La raison

répond non. Dieu est donc limité? Il est limité par l’absurde et

c’est-à-dire qu’il est illimité; car l’absurde est une déchéance. Il est

donc à croire que le mélange du bien et du mal est une nécessité

métaphysique, je ne dirai pas à laquelle Dieu se soumet, mais dans

laquelle il agit naturellement et que l’absence du mal est une

contradiction métaphysique, une absurdité en soi, que Dieu précisément

parce qu’il est parfait, ne peut pas commettre; et c’est sans doute ce

que, au lieu de le conclure, nous verrions, si la totalité des choses,

de leurs rapports, de leur concordance, de leur harmonie nous était

connue.

L’optimisme de Leibniz a été raillé tout particulièrement dans le

_Candide_ de Voltaire, défendu ingénieusement par Rousseau, défendu

magnifiquement par Victor Hugo dans les vers, très dignes de Leibniz,

que voici:

Oui peut-être au delà de la sphère des nues

Au sein de cet azur immobile et dormant,

Peut-être faites-vous des choses inconnues

Où la douleur de l’homme entre comme élément.

Initiation philosophique · 第 148 / 209 题