L’optimisme radical de Leibniz

De toutes ces vues générales sur les choses, sur les esprits et sur

l’esprit, Leibniz a conclu à un optimisme radical, qui est la chose dont

on l’a, depuis, le plus raillé et par quoi, du reste, il est resté

célèbre. Il croit que tout est bien, malgré le mal que personne ne peut

contester qui existe; et c’est-à-dire qu’il croit que tout est le mieux

_possible_ dans le meilleur des mondes _possibles_. En effet Dieu est

suprême sagesse et suprême bonté, cela était évident à Descartes qui, en

fait d’évidence ne se contentait pas facilement. Cette parfaite sagesse

et cette parfaite bonté n’a pu choisir que le meilleur.--Mais cependant

le mal existe! Diminuez-le autant que ce sera votre bon plaisir, il

existe encore.--Il existe par une nécessité qui est inhérente à ce qui

est créé. Tout ce qui est créé est imparfait, Dieu seul est parfait; ce

qui est imparfait est par définition mêlé de mal et de bien. Le mal

n’est que la limite du bien où Dieu était forcé de s’arrêter créant des

êtres et choses autres que lui-même et s’il n’avait créé que selon le

bien absolu il n’aurait créé que lui. Et c’est le sens précis de ce mot

«le meilleur des mondes possibles»; le monde est parfait dans la limite

où ce qui est créé, donc imparfait, peut être parfait, dans la limite où

ce qui n’est pas dieu peut être divin; le monde c’est Dieu lui-même

autant qu’il peut rester lui en étant autre chose que lui.

Initiation philosophique · 第 146 / 209 题