Les passions

Nous avons pour ennemis et pour obstacles à nous élever à cette

demi-perfection nos passions. Ce sont elles qui nous font faire des

actes immoraux.--«Immoral» a-t-il un sens du moment que nous ne faisions

rien que nous ne soyons obligés de faire?--Oui; de même que, quand nous

sommes arrivés nécessairement, menés par notre esprit faux, à une idée

fausse, que cette pensée soit nécessaire cela ne l’empêche pas d’être

fausse; tout de même, que nous ayons été amenés nécessairement à un acte

vilain, cela ne l’empêche pas d’être immoral. Les passions sont nos

imperfections, des manques, des lacunes d’une âme que n’ont pas remplie

l’idée de Dieu, l’idée de l’ordre universel et l’amour de Dieu et de

l’ordre universel et qui par conséquent vit individuellement,

c’est-à-dire séparément de l’univers.

Les passions sont en nombre infini et des principales seulement Spinoza

fait, en un assez gros livre, une description minutieuse (et

singulièrement profonde, dans le détail de quoi nous regrettons de ne

pouvoir pas entrer. L’_Éthique_ de Spinoza est un chef-d’œuvre

incomparable.

L’étude des passions est une chose très salutaire, parce qu’à les

étudier on s’en détache tant on en voit le vide, la bassesse et le

caractère puéril et même bestial. On pourrait même ajouter que la pensée

seulement de les étudier est déjà un acte de détachement à leur égard.

«Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé», dit Dieu à

Pascal. «Tu ne ferais pas de recherches sur nous si tu ne nous avais pas

déjà quittés», peuvent dire les passions au philosophe.

Initiation philosophique · 第 143 / 209 题