--Mais alors il n’y a pas de miracles; car le miracle est précisément
une volonté particulière traversant et interrompant la volonté générale.
--D’abord il y a très peu de miracles, ce qui laisse subsister l’ordre;
c’est seulement s’il y en avait d’incessants qu’il n’y aurait pas
d’ordre. Ensuite le miracle est un avertissement que Dieu donne aux
hommes, et en raison de leur faiblesse, pour leur rappeler que derrière
les lois il y a un législateur, derrière les volontés générales un être
qui veut. A cause de leur faiblesse intellectuelle, s’ils ne voyaient
jamais de dérogation aux lois générales, ils les prendraient pour des
fatalités. Le miracle est une grâce qui intervient dans les choses,
comme la grâce proprement dite intervient dans les actes humains. Et il
n’est pas contradictoire avec le dessein général de Dieu puisque,
ramenant les esprits humains à cette vérité qu’il y a un être voulant,
il les habitue à considérer toutes les lois générales comme des actes
permanents, mais comme des actes de l’être voulant. Le miracle a cette
vertu de faire considérer tout ce qui est dans le monde comme
miraculeux, ce qui est la vérité. Donc le miracle confirme l’idée
d’ordre. C’est peut-être en cela seul que l’exception confirme la règle.