Pour en venir aux passions proprement dites, il y en a qui sont de l’âme
et seulement de l’âme; la passion de Dieu est une passion de l’âme, la
passion de la liberté est une passion de l’âme; mais il y en a beaucoup
plus qui sont des effets de l’union de l’âme avec le corps. Ces passions
sont suscitées dans l’âme par un état du corps ou un mouvement du corps
ou de quelque partie du corps; elles sont des _émotions_ de l’âme
correspondant à des _mouvements_ de la machine. Toutes les passions se
rapportent au désir du plaisir et à la crainte de la douleur et selon
qu’elles se rapportent à celui-là ou à celle-ci elles sont expansives ou
resserrantes. Il y en a six principales dont toutes les autres ne sont
que des modifications: l’admiration, l’amour, le désir, la joie se
rapportant à l’appétit du bonheur, la haine, la tristesse se rapportant
à la crainte de la douleur. _Toutes les passions sont bonnes et peuvent
devenir mauvaises_ (Descartes en ceci s’écarte très fortement du
stoïcisme pour qui les passions sont simplement des maladies de l’âme).
Toutes les passions sont bonnes en soi. Elles sont destinées, théorie
très remarquable, à faire durer des pensées qui sans cela ne feraient
que passer et seraient effacées très vite; à cause de cela elles font
que l’homme agit; s’il n’était dirigé que par ses pensées non
accompagnées de passion il n’agirait jamais et si l’on reconnaît que
l’homme est né pour l’action, on reconnaîtra du même coup qu’il faut
qu’il ait des passions.
--Mais encore il peut y avoir des passions bonnes (de nature à donner de
la force aux idées justes) et des passions mauvaises.
--Non, elles sont toutes bonnes, mais toutes aussi ont leur mauvais
côté, leur déviation plutôt, qui fait qu’elles peuvent devenir
mauvaises. Donc, dans chaque passion quelle qu’elle soit on peut
distinguer la passion elle-même qui est toujours bonne et l’excès, la
déviation, la dégradation ou la corruption de cette passion, qui
constitue, si l’on veut l’appeler ainsi, une passion mauvaise et c’est
ce que Descartes fait, passion par passion, dans le plus grand détail en
son _Traité des passions_.