Psychologie de Descartes

Descartes, tant dans son _Traité des passions_ que dans ses lettres et

aussi dans certains passages des _Méditations_, a écrit à peu près tout

une psychologie. L’âme pense et elle a des passions. Elle pense: il y a

trois sortes d’idées, les idées factices, les idées adventices et les

idées innées; les idées factices sont les idées que forme l’imagination,

les idées adventices sont les idées que le monde extérieur nous suggère

par l’intermédiaire des sens; les idées innées sont celles qui

constituent notre esprit lui-même, les conditions selon lesquelles il

pense et en dehors desquelles il ne peut pas penser: nous ne pouvons pas

concevoir un objet non étendu, ni un objet qui n’est pas dans le temps,

ni quelque chose qui soit sans cause; les idées de temps, d’espace, de

cause sont des idées innées; nous ne pouvons pas nous concevoir

nous-mêmes autrement que comme libres, l’idée de liberté est une idée

innée.

L’âme a des passions; c’est en cela que, sans dépendre du corps, elle a

avec lui un commerce intime et est modifiée par lui, non pas en son

fond, mais en sa vie quotidienne. Il y a des opérations de l’âme que

l’on n’appelle point proprement des passions et qui déjà, pourtant, sont

sinon dirigées, du moins _influencées_ par le corps. La mémoire est

passive et par conséquent la mémoire est une espèce de passion. Les

sensations vives que le corps envoie au cerveau y laissant des vestiges

(Malebranche dira: des _traces_) et selon ces vestiges l’âme se meut une

seconde, une troisième fois et c’est ce que nous appelons la mémoire:

«Les vestiges du cerveau le rendent propre à mouvoir l’âme en la même

façon qu’il l’avait mue auparavant et aussi à la faire souvenir de

quelque chose, tout de même que les plis qui sont dans un morceau de

papier ou dans un linge, font qu’il est plus propre à être plié derechef

comme il l’a été auparavant que s’il n’avait jamais été ainsi plié.»

Pareillement l’association des idées est passive et par conséquent est

une sorte de passion. L’association des idées est le fait que la pensée

passe par les mêmes chemins par lesquels elle a passé et suit dans son

labyrinthe le fil qui unit ses pensées entre elles et ce fil ce sont les

traces que les pensées ont laissées dans le cerveau. En nous abandonnant

à l’association des idées nous sommes passifs et nous nous laissons

aller à une passion. Cela est si vrai que le langage courant lui-même le

reconnaît: la rêverie est une passion, on peut avoir la passion de la

rêverie; or la rêverie n’est pas autre chose que l’association des idées

dans laquelle la volonté n’intervient pas.

Initiation philosophique · 第 131 / 209 题