Quoique Descartes s’appuie sur Dieu comme sur son principe, il ne laisse
pas de le prouver, et cela fait une pétition de principe, une chose
prouvée par la chose à prouver. Car si Descartes n’a cru à quelque chose
en dehors de lui qu’à cause de Dieu bon, cet être en dehors de lui,
Dieu, il ne peut le prouver que parce qu’il existe un Dieu bon qui ne
peut pas nous tromper et c’est donc Dieu prouvé par la croyance en Dieu.
Voilà la pétition de principe. Descartes ne laisse pas de prouver Dieu,
comme par surabondance et voilà encore ce qui montre bien que la
croyance en Dieu est le fond même de Descartes. Après l’avoir pris pour
base de raisonnement il le prend pour but de raisonnement et cela
indique que l’idée de Dieu encercle pour ainsi dire sa pensée, et qu’à
quelque point-limite que ce soit, de sa pensée, il le trouve.
Il le prouve donc, d’abord par un argument analogue à celui de saint
Anselme qui est celui-ci: nous, imparfaits et finis, nous avons l’idée
d’un être parfait et infini; nous ne sommes pas capables de cette idée.
Il faut donc qu’elle nous vienne d’un être réellement parfait et infini
et que cet être parfait existe.
Autre preuve, celle de Dieu considéré comme cause: 1º J’existe. Qui m’a
fait? Est-ce moi? Non, si c’était moi je me serais donné toutes les
perfections dont j’ai l’idée et qui me font singulièrement défaut. Il
faut donc que ce soit un autre être qui m’ait créé. Ce sont mes parents!
Sans doute; mais qui a créé mes parents et les parents de mes parents.
On ne peut pas remonter de cause en cause indéfiniment et il en faut une
première.
2º Même mon existence actuelle, mon existence de ce moment présent
est-elle le résultat de mon existence d’hier? Rien ne le prouve, et de
ce que j’existais tout à l’heure, il n’y a pas nécessité que j’existe à
présent. Il faut donc une cause à chaque moment, ou une cause continue.
Cette cause continue c’est Dieu, et le monde entier est une création
perpétuellement continuée et ne se comprend que comme création continuée
et n’est explicable que par un créateur.