A côté de ces hommes de haute raison nous rencontrons au XIIIe siècle
des mystiques, c’est-à-dire des poètes et des bizarres, les uns et les
autres, du reste très intéressants. C’est saint Bonaventure qui
persuadé, à peu près comme un Alexandrin, que l’on s’élève à Dieu par le
sentiment synthétique et non par des séries d’arguments, et qu’on
_s’achemine_ vers lui par des états d’âme de plus en plus purs et de
plus en plus passionnés, écrivit l’_Itinéraire de l’âme à Dieu_ qui est
comme un manuel de mysticisme. Érudit, du reste, il n’en faisait pas
moins, chemin faisant, des excursions agréables et instructives dans le
domaine de la connaissance réelle.
Très différent de lui et scolastique effréné, Raymond Lulle ou de Lulle,
en son _Ars magna_, inventait une machine à raisonner, analogue à une
machine arithmétique dans laquelle les idées se déduisent
automatiquement les unes des autres, comme les chiffres s’inscrivent sur
un compteur. Comme il arrive souvent l’excès de la méthode en était la
critique et un ennemi de la scolastique n’aurait pas pu démontrer plus
ingénieusement que la scolastique était une mécanique. Du reste, Raymond
de Lulle était en même temps un savant, un naturaliste très informé et
très curieux pour qui la science arabe n’avait pas de secrets. Avec cela
poète, troubadour, orateur, homme très étrange et très séduisant. Il fut
adoré et persécuté pendant sa vie et longtemps encore après sa mort eut
des disciples enthousiastes.