Bacon

Au même temps vivait l’homme que l’on se plaît à considérer généralement

comme le lointain précurseur de la science expérimentale, Roger Bacon

(qu’il ne faut pas confondre avec François Bacon, autre savant, mais

d’un temps bien plus rapproché de nous). Roger Bacon, moine franciscain,

s’occupa presque exclusivement de sciences physiques et de sciences

naturelles. Il passa la plus grande partie de sa vie en prison pour

cause de prétendue sorcellerie et surtout, peut-être, parce qu’il avait

tympanisé les mauvaises mœurs de ses confrères. Il eut au moins le

pressentiment de presque toutes les inventions modernes: poudre à canon,

verres grossissants, télescope, pompe à air; il fut un inventeur,

formellement, en optique. Comme philosophe proprement dit, il dénonçait

ce qu’il y avait de creux et de vide dans la scolastique; détestant que

l’on préférât «la paille des mots au grain des choses» et proclamant que

le raisonnement «est bon pour conclure, non pour établir». Sans

découvrir la loi du progrès, comme on a trop dit, il lui arrivait de

faire remarquer que l’antiquité étant la jeunesse du monde, ce sont les

modernes qui sont les anciens, et cela voulait dire seulement que c’est

à notre école que les anciens devraient s’instruire s’ils revenaient,

que nous ne devons donc pas en croire aveuglément les anciens; et

c’était une insurrection contre le principe d’autorité et contre

l’idolâtrie d’Aristote. Il préconisait l’étude directe de la nature,

l’observation et l’expérience et ensuite l’application du raisonnement

et particulièrement du raisonnement mathématique à l’expérience et à

l’observation. Avec tout cela il croyait à l’astrologie; car ceux qui

devancent leur temps ne laissent pas d’en être toujours; mais c’était un

très grand homme.

Initiation philosophique · 第 105 / 209 题