Il faut citer comme théologiciens aristotéliciens Guillaume d’Auvergne,
Vincent de Beauvais, Albert le Grand; mais le nom souverain de cette
période de l’histoire de la philosophie est saint Thomas d’Aquin. Saint
Thomas d’Aquin a écrit plusieurs petits ouvrages, mais, dominant tout,
la _Somme_ (encyclopédie) qui a gardé son nom. En philosophie générale,
saint Thomas d’Aquin est un aristotélicien pliant les idées d’Aristote,
sans les dénaturer, aux conceptions chrétiennes. Il démontre Dieu, comme
Aristote, par l’existence du mouvement et la nécessité d’un premier
moteur; il le démontre encore par le caractère contingent, relatif,
imparfait de tout ce qui est ici-bas: «Il y a dans les choses du _plus
ou moins_ bon, du _plus ou moins_ vrai...» Mais nous n’affirmons le plus
ou moins d’une chose qu’en la comparant avec quelque chose d’absolu et
selon qu’elle se rapproche plus ou moins de cet absolu; il y a donc un
être absolu, c’est Dieu--et cet argument lui paraît meilleur que celui
de saint Anselme qu’il réfute.