Saint Anselme, au XIe siècle, Savoyard, qui fut longtemps abbé de Bec en
Normandie et mourut archevêque de Cantorbéry, est un des plus grands
docteurs en philosophie au service de la théologie qu’il y eut jamais.
«Nouveau saint Augustin» (on l’a nommé ainsi), il part de la foi pour
aboutir à la foi après qu’elle a été rendue sensible à la raison. Il
dit, comme saint Augustin: «Je crois pour comprendre» (très persuadé que
si je ne croyais pas je ne comprendrais jamais) et il ajoute, ce qui du
reste était dans la pensée de saint Augustin: «Je comprends pour
croire.» Saint Anselme prouvait l’existence de Dieu par les arguments
les plus abstraits. Par exemple il disait: «Il faut une cause, une ou
multiple; une, c’est Dieu; multiple, elle peut dériver d’une cause une
et cette cause une c’est Dieu; elle peut, dans chaque chose causée, être
une cause particulière; mais alors il lui faut supposer une force
personnelle qui doit avoir sa cause elle-même et ainsi nous remontons à
une cause commune et c’est-à-dire unique...»
Il prouvait Dieu encore par la preuve restée célèbre sous le nom
d’argument de saint Anselme: concevoir Dieu, c’est prouver qu’il est; la
conception de Dieu est preuve de son existence; car toute idée a son
objet; surtout une idée qui a pour objet l’infini suppose que l’infini
existe; car tout étant fini ici-bas, qui donnerait à l’esprit humain
l’idée de l’infini? Donc si le cerveau humain a l’idée de l’infini c’est
que l’infini existe. L’argumentation peut être discutée, mais comme
preuve d’une singulière vigueur d’esprit chez son auteur elle est
indiscutable.
Bien spirituelle aussi l’explication de la nécessité de la rédemption!
Pourquoi Dieu-homme? (c’est le titre d’un de ses ouvrages) dit saint
Anselme. Mais parce que le péché à l’égard de Dieu infini est un crime
infini. L’homme, fini et borné, ne pourrait donc jamais l’expier. Dès
lors que peut faire Dieu pour venger son honneur, pour que satisfaction
lui soit donnée? Il ne peut que se faire homme sans cesser d’être Dieu
afin que, comme homme, il fasse à Dieu une amende honorable à laquelle,
comme Dieu, il donnera le caractère d’infinitude. Il est donc absolument
nécessaire qu’à un moment donné l’homme fût Dieu, ce qui ne se pouvait
faire qu’à la condition que Dieu se fît homme.