Ces idées, dont quelques-unes, comme on l’a vu, dépassent le dogme et
sont au moins un commencement d’hérésie, sont toutes pénétrées de
platonisme, surtout de néo-platonisme et font supposer que Scot Érigène
avait une érudition grecque très étendue.
Un grand _fait_ littéraire et philosophique au XIIIe siècle fut
l’invasion des Arabes. Les mahométans ont envahi successivement la
Syrie, la Perse, l’Afrique et l’Espagne, firent comme un croissant dont
les deux pointes touchaient les deux extrémités de l’Europe. Or, élèves
curieux et très avisés des Grecs asiatiques et africains, ils fondirent
partout des Universités très brillantes et vite célèbres (Bagdad,
Bassorah, Cordoue, Grenade, Séville, Murcie) et apportèrent à l’Europe
un nouveau contingent de science, et par exemple tout Aristote dont
l’Europe occidentale ne possédait presque rien. Des étudiants avides de
savoir vinrent apprendre chez eux, en Espagne, tel Gerbert qui devint un
grand érudit, qui professa à Reims et qui devint pape. Personnellement
les Arabes furent souvent de très grands philosophes et il faut au moins
ne pas ignorer les noms d’Avicenne (Xe siècle, néo-platonicien) et
d’Averroès (XIIe siècle, aristotélicien ayant quelques tendances à
admettre l’éternité de la nature évoluant d’elle-même à travers le
temps). Leurs doctrines se propagèrent et surtout les livres anciens
qu’ils faisaient connaître se répandirent. C’est d’eux que date le règne
d’Aristote à travers tout le moyen âge.