La philosophie orthodoxe du moyen âge fut la scolastique. La scolastique
consistait à amasser et à faire connaître les faits scientifiques, les
faits de connaissance qu’il était utile qu’un honnête homme n’ignorât
point et elle construisait dans ce dessein des encyclopédies; d’autre
part elle consistait non pas précisément à concilier la foi à la raison,
non pas et encore moins à soumettre la foi à la critique de la raison;
mais _à rendre la foi sensible à la raison_, comme, du reste, ç’avait
été l’office des Pères de l’Église et particulièrement de saint
Augustin.
Scot Érigène, Écossais attaché à l’Académie palatine de Charles le
Chauve, vivait au XIe siècle. Il était extrêmement savant. Sa
philosophie est platonicienne ou plutôt son tour d’esprit est
platonicien. Dieu est l’être absolu; il est innommable puisque tout nom
est une délimitation de l’être; il _est_ absolument et infiniment. Comme
créateur de tout et incréé il est la cause en soi; comme but auquel tout
tend il est la fin suprême. L’âme humaine est d’essence impénétrable
comme Dieu même; aussi bien elle est Dieu en nous. Nous sommes déchus
par le corps et en tant qu’êtres corporels, nous pouvons, par la vertu
et particulièrement par la vertu de la pénitence, nous relever jusqu’à
la hauteur des anges. Le monde est la création continue de Dieu. Il ne
faut pas dire que Dieu a créé le monde, mais qu’il le crée; car s’il
cessait de le soutenir, le monde ne serait plus rien. Dieu est création
continue et attraction continue. Il attire à lui tous les êtres et il
finit par les avoir tous en lui. Il y a prédestination de tout à la
perfection.