Après l’invasion des Barbares la philosophie, comme les lettres, se
réfugia dans les couvents de moines et dans les écoles que les évêques
instituaient et entretenaient auprès d’eux. Mais l’Église n’admet pas la
libre recherche de la vérité. La vérité a été établie par les Pères de
l’Église et fixée par les Conciles. Dès lors la vie philosophique pour
ainsi parler qui ne s’est jamais interrompue prend un nouveau caractère.
Dans l’intérieur de l’Église elle se couvre--je ne dis pas elle se
déguise--sous l’interprétation du dogme; elle est une sorte d’auxiliaire
respectueux de la théologie, et c’est pour cela qu’on l’appelle
«servante de la théologie», _ancilla theologiæ._ Quand elle s’émancipe,
quand elle s’écarte du dogme, elle est une _hérésie_ et toutes les
grandes hérésies n’ont pas été autre chose que des écoles philosophiques
et c’est pour cela que les hérésies doivent entrer dans une histoire de
la philosophie.--Et enfin, mais seulement vers la fin du moyen âge, la
pensée laïque, sans s’inquiéter du dogme et ne songeant plus à
l’interpréter, crée des doctrines philosophiques exactement comme les
philosophes de l’antiquité en inventaient en dehors de la religion et y
étant ou hostiles ou indifférents.