A tort ou à raison, et il est difficile et bien hasardeux de trancher la
question, le christianisme fut toute une philosophie, ce pourquoi il eut
ses schismes et ses hérésies, un certain nombre de chrétiens très
sincères ne résolvant pas les questions métaphysiques comme la majorité.
Les hérésies furent innombrables; je ne citerai que les deux qui
intéressent éminemment l’histoire de la philosophie. Manès, arabe, et
l’Arabie était alors province persique, ressuscita la vieille doctrine
zoroastrique des deux principes du bien et du mal et voyait dans le
monde deux Dieux en lutte, celui de la perfection et celui du péché, et
donnait pour devoir à l’homme d’aider le Dieu du bien, pour que son
règne arrivât et pour qu’il y eût destruction du mal dans le monde.
Procédèrent de lui les manichéens, qui eurent une grande influence et
qui furent condamnés par maints conciles jusqu’à ce que leur secte
s’éteignît pour renaître ou sembler renaître assez souvent, au moyen âge
et aux temps modernes.
Arius niait la Trinité, ne croyait qu’en un Dieu, non seulement unique,
mais en une seule personne et par conséquent niait la divinité de Jésus.
Il vécut toujours en controverses et en polémiques, soutenu par quelques
évêques, combattu par la plupart. Après sa mort sa doctrine se propagea
étrangement. Elle fut étouffée en Orient par Théodose, mais fut très
généralement adoptée par les «Barbares» d’Occident (Goths, Vandales,
Burgondes, Lombards). On la vit renaître plus ou moins précise, après la
Réforme, chez les Sociniens.