Les «Idées»

Cherchant, à son tour, quelles sont les causes premières de tout et ce

qu’il y a d’éternellement réel derrière les apparences de ce monde

changeant, il croit en un seul Dieu, comme bien d’autres avant lui; mais

dans le sein de ce Dieu, pour ainsi dire, il place, il croit voir des

_Idées_, c’est-à-dire des types éternels de toutes les choses qui, en ce

monde, sont changeantes, transitoires et périssables. On entend bien ce

qu’il faisait par cette imagination toute nouvelle, si originale et si

puissante. Il remplaçait l’olympe du peuple par un olympe spirituel, la

mythologie matérielle par une mythologie idéaliste, le polythéisme par

un polyidéisme, si je puis ainsi parler, les dieux par des types.

Derrière tout phénomène, source, forêt, montagne, les Grecs voient un

Dieu, un être matériel, semblable à eux, plus puissant qu’eux. Derrière

tout phénomène, toute pensée, aussi, tout sentiment, toute institution,

derrière _quoi que ce soit_, Platon voit une idée, immortelle,

éternelle, indestructible, incorruptible qui vit dans le sein de

l’Éternel, dont tout ce qui est sous nos yeux n’est que le reflet

vacillant et trouble, et qui soutient, anime, conserve pour un temps

tout ce qui est sous nos yeux. Or avoir quelque connaissance de ces

_Idées_ c’est toute la philosophie. Comment peut-on en avoir quelque

connaissance? En s’élevant du particulier au général, en distinguant

dans chaque chose ce qui est son fond permanent, ce qu’elle a de moins

changeant, de moins variable, de moins circonstanciel. Par exemple, un

homme est un être bien complexe, il a mille sentiments divers, mille

idées diverses, mille façons d’être et de vivre. Quel peut être son fond

permanent? C’est sa conscience, qui elle, ne varie pas, ne se transforme

pas, dit toujours obstinément la même chose; le fond de l’homme, l’idée

éternelle dont chaque homme est ici le reflet, c’est la conscience du

bien; l’homme est une incarnation ici-bas de cette partie de Dieu qui

est le vouloir du bien; selon que de ce vouloir il s’écarte ou se

rapproche, il est moins homme ou plus homme.

Initiation philosophique · 第 32 / 209 题