Platon était un élève de Socrate, comme Xénophon, mais Xénophon n’a
voulu être que le greffier de Socrate et Platon a été un disciple à la
fois très enthousiaste, très fidèle et très infidèle de Socrate. Il a
été disciple très fidèle de Socrate en ce qu’il n’a jamais cessé de
mettre la morale au tout premier rang des considérations philosophiques;
en cela il n’a pas varié. Il a été disciple infidèle de Socrate en ce
que, imaginatif, poète et admirable poète, il a reporté la philosophie
de la terre au ciel; il ne s’est pas interdit, et tout au contraire,
d’échafauder de grands systèmes sur l’ensemble des choses et
d’envelopper l’univers dans ses vastes et audacieuses conceptions. Il a
établi invinciblement la morale, la science du bien, comme la fin
dernière de toute connaissance, dans ses brillants et charmants
_Dialogues socratiques_; il a fait de grands systèmes dans tous les
ouvrages où il se donne comme parlant en son propre nom. Il était très
savant, n’ignorant rien de tout ce qu’avaient écrit les philosophes
antérieurs à Socrate, particulièrement Héraclite, Pythagore, Parménide,
Anaxagore. Il repensait tout cela et il pensait par lui-même avec une
force et une richesse d’esprit dont il semble bien qu’il n’y ait pas eu
d’autre exemple au monde.