Il avait des procédés de dialectique ou d’«art de conférer», comme dit
Montaigne, plus ou moins heureux, qu’il avait très probablement
empruntés aux sophistes, qui contribuèrent à le faire passer pour l’un
d’entre eux et qui eurent après lui et longtemps après lui une grande
vogue. Il «accouchait les esprits», comme il disait, c’est-à-dire il
croyait ou affectait de croire que les vérités sont à l’état latent dans
tous les esprits et qu’il ne s’agissait, patiemment, habilement, par des
investigations adroites, que de les en faire sortir. D’autre part, il
_interrogeait_ d’une manière captieuse, de manière à mettre
l’interlocuteur en contradiction avec lui-même et à lui faire avouer
qu’il avait dit ce qu’il n’avait pas cru dire, accordé ce qu’il n’avait
pas cru accorder; et il triomphait malicieusement de ces confusions.
Bref, il semble avoir été un Franklin spirituel et taquin et avoir
enseigné la vraie sagesse en se moquant de tout le monde. Les peuples
n’aiment jamais qu’on se moque d’eux et nul doute que le souvenir de ces
railleries n’ait été pour beaucoup dans le jugement inique qui le frappa
et que, du reste, jusqu’au dernier moment, il semble avoir provoqué.