Jean le Fèvre_, t. I, p. 21). Avant son départ, il avait dû renoncer
à son titre de régent. Le roi fut «dispensé à age royal au jour de
Toussains» 1382, sous la garde des ducs de Bourgogne et de Bourbon
(_Ist. et chr. de Flandre_, t. II, p. 209).
[285] Aussitôt son arrivée à Avignon, le duc chercha à gagner les
Provençaux (Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p.
21-23), auxquels il confirma à diverses reprises les dons faits par
la reine Jeanne. Le pape l’aida dans ces négociations, et le 20 mai,
en grand consistoire, donna officiellement le royaume de Naples à la
reine Jeanne et au duc d’Anjou, auquel il remit la bannière papale
(_Petit Thalamus_, p. 405).
[286] Le duc partit sans plus s’occuper de la rébellion d’Aix,
laissant au duc de Berri, qui était en Provence depuis la Noël et
auquel il avait donné la principauté de Morée et celle de Tarente
(_Journal de Jean le Fèvre_, t.1, p. 34 et 41), le soin d’apaiser
cette révolte.
[287] C’est du 15 au 19 février, à son passage à Lyon, que le duc
d’Anjou avait définitivement conclu son traité avec le comte de
Savoie (Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p. 34).
Le duc, accompagné du comte, fait route par le Dauphiné[288] jusqu’en
Savoie[289] et en Lombardie[290]. A Milan, il reçoit les présents des
seigneurs Galéas et Bernabo[291], et, tenant état de roi, battant
monnaie, il traverse la Toscane et s’approche de Rome[292]. Défendu
par les bandes de Jean Hawkwood[293], le pape Urbain ne craint point
les 9,000 lances du duc d’Anjou, du comte de Savoie et du comte de
Genève[294]. P. 170 à 173, 357, 358.
[288] Fourni d’argent par le roi de France et le pape (Valois, _loc.
cit._, t. II, p. 24-29), après avoir passé quelques jours (du 31 mai
au 6 juin) à Pont-sur-Sorgues, auprès de la duchesse, à laquelle il
laisse pleins pouvoirs (_Journal de Jean le Fèvre_, t. I, p. 43), le
duc s’arrête du 7 au 13 à Carpentras et part décidément pour l’Italie
le 13 juin 1382 (_Ibid._, p. 3 et 44). Il est le 14 à Sault et
pénètre en Dauphiné, passe par Gap et Briançon et entre en Italie par
le col du Mont-Genèvre (Valois, _La France et le grand schisme_, t.
II, p. 38).
[289] M. Valois (_loc. cit._, p. 38) a montré que le duc d’Anjou
n’est point allé en Savoie; c’est aux environs de Rivoli (le 23 juin)
qu’il opère sa jonction avec les troupes du comte de Savoie. Il est
le 25 à Turin.
[290] Après s’être attardé en Piémont, le duc entre seulement le 18
juillet en Lombardie (Valois, _loc. cit._, p. 39-40).
[291] Le duc ne passe pas à Milan, mais à Broni; il reçoit la
visite des seigneurs de Milan, qui le ravitaillent. Le mariage de
la princesse Louise et du fils du duc est décidé. Bernabo fait une
avance de 40,000 florins sur la dot, somme qu’il s’engage à payer
chaque année jusqu’à la fin de la guerre (Valois, _loc. cit._, p.
40-41).
[292] Le duc ne pouvait traverser la Toscane, contrairement à ce que
dit Froissart, ayant lui-même promis de prendre un autre chemin. En
quittant la Lombardie, il traverse les pays de Plaisance et de Parme,
et parvient le 5 août à Panzano, sur le territoire de Bologne. A
partir de ce moment, les hostilités commencent aux environs de Forli;
le seigneur de Ravenne seul est partisan du pape Clément. Arrivé à
Ancône, le duc se décide à passer les Apennins et à marcher sur Rome.
Il s’arrête à Leonessa, à vingt-cinq lieues du Vatican (Valois, _loc.
cit._, p. 40-47).
[293] Ce ne furent point les routiers de Hawkwood (ils ne
s’avancèrent sur Rome que plus tard, vers le 22 octobre), mais les
conseils de ses compagnons, qui décidèrent le duc d’Anjou à s’emparer
du royaume de Naples, avant de songer à détrôner le pape Urbain (P.
Durrieu, _Bibl. de l’Éc. des chartes_, t. XLI, p. 167-168; Valois,
_loc. cit._, p. 36).
[294] Pierre de Genève, frère du pape d’Avignon.
Le duc évite Rome, côtoyant la marche d’Ancône et le Patrimoine[295].
Pendant ce temps, Charles de la Paix est à Naples, s’apprêtant à
soutenir ses droits au trône: héritier naturel de la reine Jeanne[296],
il n’admet point, avec les Napolitains et les Siciliens, qu’elle ait
pu disposer de son royaume en faveur de l’antipape Clément.
[295] Le 17 septembre, le duc est à Aquila, dans l’Abruzze, où il est
reçu avec les honneurs souverains. Il reprend sa marche en avant et
le 6 octobre pénètre sur les terres de l’abbaye du Mont-Cassin; le
14, à Maddaloni, l’armée angevine est à six lieues et demie de Naples
(Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p. 49, 52-53).
[296] La reine Jeanne était morte très probablement le 27 juillet
1382. Cette date, nouvellement proposée par M. Jarry (_Bibl. de l’Éc.
des chartes_, t. LV, p. 236), semble concorder avec celle du service
solennel que Charles de la Paix fit célébrer le 31 juillet pour le
repos de son âme (Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p.
51).
Il se contente de pourvoir d’hommes et de vivres le château de l’Œuf,
imprenable sinon par magie, et compte sur le temps pour rentrer en
possession de ses provinces, sachant bien qu’une armée, fût-elle de
30,000 hommes[297], finit toujours, loin de son pays, à s’épuiser et à
manquer d’argent. P. 173 à 175, 358, 359.
[297] L’évaluation du nombre des hommes composant l’armée angevine
varie suivant les chroniqueurs. M. Valois (_loc. cit._, p. 39, note
1), que nous ne pouvons mieux faire que de suivre pour toute cette
période, a relevé des différences allant de 15,000 à 100,000.
Le duc arrive en Pouille et en Calabre, pays riches et fertiles, et
reçoit la soumission des villes. Les habitants de Naples laissent leurs
portes ouvertes, sachant bien que les gens du duc n’oseront point
s’aventurer dans leurs rues dangereuses[298].
[298] Pour des raisons multiples, le duc s’immobilisa devant Naples,
sans pouvoir empêcher les bandes de Hawkwood de faire leur jonction
(31 novembre) avec Charles de la Paix, qui l’amusait en le défiant
à des combats personnels, dont la date était éternellement remise
(Valois, _loc. cit._, p. 53-57).
Mise à mort de l’enchanteur, qui propose au duc de le rendre maître du
château de l’Œuf[299]. P. 175 à 178, 359, 360.
[299] L’enchanteur dont parle Froissart était un chevalier nommé
Garillo Caracciolo et surnommé le _Chevalier sauvage_. Envoyé par
Charles de la Paix pour défier le duc d’Anjou, il fut accusé de
pratiques ténébreuses et magiques et brûlé, en dépit de son caractère
de messager (Valois, _loc. cit._, p. 56).
Au commencement d’avril, les chevaliers qui ont tenu garnison tout
l’hiver à Villa Viçosa envoient à Estremoz le syndic de Latrau, pour
demander au comte de Cambridge l’autorisation de chevaucher. Le comte
leur dit de patienter jusqu’à l’arrivée du duc de Lancastre, qui doit
venir avec une grosse armée. Le roi de Portugal, en même temps, leur
députe Jean Fernandez[300] pour leur défendre toute action.
[300] Peu de temps auparavant, Jean Fernandez Andeiro avait été fait
comte d’Ourem (D. Nuñez, t. II, p. 325).
Malgré tout, les chevaliers sont résolus à marcher et décident Jean
Fernandez à les suivre. P. 178 à 181, 360, 361.
Ils partent[301] et arrivent sous les murs de Lobon[302]; la ville
se rend, ainsi que le château. Plus loin, ils assiègent et prennent
Cortijo[303]. P. 181 à 183, 361, 362.
[301] C’est à Arronches que se réunirent les Anglais pour commencer
leur chevauchée. L’expédition, forte de 200 chevaliers et de 4,000
hommes de pied, prit d’abord le chemin d’Ouguella et gîta la première
nuit à San Salvador da Matança. Ce n’est que le deuxième jour que
Lobon fut pris (D. Nuñez, t. II, p. 340).
[302] Ville d’Espagne, prov. de Badajoz.--Après la prise du château,
où se distingua le bâtard d’Angleterre (F. Lopes, t. IV, p. 448), les
Anglais y laissèrent une garnison de 70 hommes (D. Nuñez, t. II, p.
340).
[303] Cortijo de Cantaelgallo, ville d’Espagne, prov. de Badajoz.--La
mort d’un des leurs fut le signal pour les Anglais d’un massacre
général des habitants de la ville, où ils laissèrent 200 hommes de
pied et 30 écuyers (D. Nuñez, t. II, 341).
Ils continuent leur chevauchée: Zafra[304] est pris et pillé; ils
s’emparent d’une grande quantité de bétail et rentrent à Villa Viçosa.
[304] Ville d’Espagne, prov. de Badajoz.
De retour à Lisbonne, Jean Fernandez est emprisonné sur l’ordre du roi,
pour avoir, contrairement aux instructions données, fait chevauchée
avec les chevaliers gascons et anglais. P. 183, 184, 362.
Rentrés à Villa Viçosa, les chevaliers envoient à Lisbonne Richard
Talbot demander au roi le paiement de leurs gages, dus depuis près d’un
an. Le roi reçoit fort mal le messager et lui reproche de lui avoir
désobéi en chevauchant.
Le comte de Cambridge, que les chevaliers accusent d’avoir reçu leurs
gages et de ne pas les avoir payés, quitte alors Estremoz pour venir à
Villa Viçosa recevoir leurs plaintes. P. 184, 185, 362, 363.
Réunion orageuse des chevaliers, qui lèvent l’étendard de
Saint-Georges, mettent à leur tête le bâtard Jean Sounder[305] et
veulent guerroyer contre le roi de Portugal. P. 185 à 187, 363.
[305] Sur ce personnage, voy. plus haut, p. XLVIII, note 257.
Le Chanoine les apaise et leur conseille de parler au comte de
Cambridge. Celui-ci les engage à envoyer trois des leurs réclamer leurs
gages au roi. P. 187 à 189, 363, 364.
Les trois chevaliers sont désignés: Guillaume Elmham par les Anglais,
Thomas Simond par les Allemands et autres étrangers, Castelnau par les
Gascons. Ils partent. Le roi leur promet qu’ils seront payés dans
quinze jours; mais il désire que le comte de Cambridge vienne le voir.
P. 189 à 191, 364.
Le comte de Cambridge se rend donc à Lisbonne auprès du roi, et tous
deux se résolvent à chevaucher. Le roi convoque ses hommes d’armes, qui
devront se trouver le 7 juin au rendez-vous, fixé entre Villa Viçosa et
Olivenza.
Le comte, après avoir obtenu la grâce de Jean Fernandez, qui sort de
prison, retourne à Villa Viçosa. Peu après, les gages des chevaliers
sont payés. P. 191, 364, 365.
Le roi de Castille, apprenant à Séville les intentions du roi
Ferdinand, lui fait demander de désigner, soit en Portugal, soit en
Espagne, le champ de bataille où les deux armées se rencontreront. Le
roi de Portugal choisit un emplacement entre Elvas[306] et Badajoz. P.
191 à 193, 365.
[306] Ville de Portugal, prov. d’Alentejo.
Il vient camper à la place convenue avec environ 15,000 hommes; de même
le comte de Cambridge, avec 600 hommes d’armes et 600 archers[307]. A
cette nouvelle, le roi d’Espagne prend position à deux petites lieues
de Badajoz avec plus de 30,000 hommes[308]. P. 193, 194, 365, 366.
[307] Le roi Ferdinand, qui était à Vimieiro, vient à Estremoz,
puis à Borba, et rejoint le comte de Cambridge à Elvas (D. Nuñez,
t. II, p. 341). Lopez de Ayala estime l’armée portugaise à 3,000
hommes d’armes et celle des Anglais à 1,000 hommes d’armes et à 1,000
archers, forces auxquelles s’ajoutait un grand nombre de gens de pied
(t. II, p. 157).
[308] Le roi de Castille quitte Avila, se rend à Oterdesillas, puis
à Simancas, à Zamora, enfin à Badajoz, où il est à la fin de juillet
1382. Il a sous ses ordres 5,000 hommes d’armes, 1,500 _geneteurs_ et
quantité de gens de pied, d’arbalétriers et d’archers (D. Nuñez, t.
II, p. 342; Lopez de Ayala, t. II, p. 156-157). Le roi de Castille
«entra oudit royaume de Portugal si fort et si puissant de gens
d’armes que lesdis roy de Portigal et Anglois furent contrains
de faire traictié avecques lui, par lequel traictié ledit roy de
Portigal renonça au traictié et aliances qu’il avoit avecques les
Anglois» (_Ist. et chr. de Flandre_, t. II, p. 260).
Les deux armées sont séparées par la montagne où est située Badajoz.
Pendant quinze jours, ce ne sont qu’escarmouches, où s’exercent les
jeunes chevaliers. Le roi de Portugal hésite à livrer bataille: il
ne se sent pas assez fort pour s’y risquer et attend toujours les
4,000 hommes d’armes et les 4,000 archers que doit lui amener le duc
de Lancastre. Mais les émeutes d’Angleterre et les événements de
Flandre[309] ont empêché le départ de ces renforts.
[309] Froissart fait sans doute allusion à la prise de Bruges par les
Gantois et aux négociations engagées entre Philippe d’Artevelde et le
roi d’Angleterre.
Des négociations s’engagent alors entre Martin, évêque de
Lisbonne[310], et Pierre Moniz, grand maître de l’ordre de Calatrava,
don Pierre de Mendoça, don Pero Ferrandez de Velasco[311], Fernand
d’Osorès, grand maître de l’ordre de Saint-Jacques, et Jean de Mayorga,
évêque d’Astorga[312]: la paix est signée[313] à l’insu du comte
de Cambridge et des Anglais, qui reprochent au roi de Portugal sa
dissimulation[314]. P. 194 à 196, 366.
[310] Martin, cardinal, fut évêque de Lisbonne du 5 mai 1379 au 6
décembre 1383, date à laquelle il fut tué.
[311] Grand chambellan de Castille. Ce personnage est le seul de
tous ceux que cite Froissart qui soit officiellement intervenu comme
plénipotentiaire dans la signature du traité de paix. Il avait pour
collègue castillan Pero Sarmento. Le roi de Portugal était représenté
par dom Alvaro Perez de Castro, comte d’Arraiolos, et Gonçalo Vasquez
de Azeuedo (Lopez de Ayala, t. II, p. 158; F. Lopes, t. IV, p. 459;
D. Nuñez, t. II, p. 345).
[312] L’évêque d’Astorga était chancelier de Castille.
[313] La principale clause du traité de paix fut les fiançailles de
Ferdinand, deuxième fils du roi de Castille, avec l’infante Béatrice,
dont le mariage avec le fils du comte de Cambridge était ainsi rompu.
Le roi Jean s’engageait à rendre sans rançon les vingt galères prises
à la flotte portugaise et à fournir des bateaux pour rapatrier les
mercenaires anglais (Lopez de Ayala, t. II, p. 159; D. Nuñez, t. II,
p. 345).
[314] Les chroniqueurs portugais mentionnent la colère des Anglais
de voir signer la paix; ils se disaient trompés (F. Lopes, t. IV, p.
464; D. Nuñez, t. II, p. 348).
Après une joute brillante entre Tristan de Roye, jeune chevalier
français du roi de Castille, et Miles de Windsor, chevalier anglais,
les deux armées se séparent. P. 196 à 198, 366.
Une partie des chevaliers français, parmi eux Tristan de Roye, Geoffroi
de Charni le jeune, Pierre de Villaines et Robert de Clermont,
prennent congé du roi de Castille pour se mettre au service du roi de
Grenade[315], alors en guerre avec les rois de Barbarie[316] et de
Tlemcen[317]. Quelques Anglais se joignent à eux, mais en petit nombre;
les autres regagnent l’Angleterre avec le comte de Cambridge[318] et le
jeune prince, mari de la princesse de Portugal.
[315] Mohammed V était monté sur le trône de Grenade en 1354, où il
resta jusqu’en 1391, après un interrègne entre 1359 et 1360.
[316] Le roi de Tunis était alors Abou-’l-Abbas-Ahmed (1370-1394).
[317] Abou-Hammou Mouça II (1359-1386).
[318] Le comte de Cambridge avait pris le chemin de Rio Maior
pour venir à Santarem; il était à Almada le 1er septembre 1382, prêt
à s’embarquer sur les bateaux castillans (D. Nuñez, t. II, p. 349);
mais il ne partit qu’en octobre, après avoir été ravitaillé par Othe
de Granson et Jean de Gruyères (_Rec. Off., Early Chanc. Rolls_ 327,
m. 23; _Issue Rolls_ 305, m. 3).--Un chroniqueur nous apprend que,
dans l’acte où il s’engageait à renvoyer au roi de Castille ses
bateaux, le comte de Cambridge avait pris le titre de _fils du roy
de France et d’Angleterre_. Le roi n’accepta pas cette rédaction,
à laquelle il fit substituer les mots: _fils du roy d’Angleterre_
(_Ist. et chr. de Flandre_, t. II, p. 260).
Un an après meurt la reine d’Espagne, Éléonore d’Aragon[319]. Le roi,
devenu veuf, épouse Béatrice de Portugal[320], dont le pape annule le
mariage avec le fils du comte de Cambridge; il en a un fils[321].
[319] Le 27 octobre 1382, le roi Jean de Castille était à Madrid
quand il apprit la mort de sa femme, la reine Éléonore d’Aragon
(Lopez de Ayala, t. II, p. 160). Cette princesse était fille du roi
Pierre IV d’Aragon et avait épousé Jean Ier en 1375.
[320] Aussitôt après la mort de la reine de Castille, le roi de
Portugal propose au roi Jean de lui donner en mariage sa fille
Béatrice, qui, en vertu du traité de paix, devait épouser son second
fils Ferdinand. Le roi Jean accepte; l’archevêque de Saint-Jacques
reçoit pleins pouvoirs (mars 1383) pour faire annuler les fiançailles
ayant eu lieu avec le fils du comte de Cambridge; les dispenses du
pape sont obtenues et le mariage, hâté par le roi Ferdinand, qui se
sent malade à Salvaterra, est célébré par procureur le 30 avril 1383
(L. de Ayala, t. II, p. 161; F. Lopes, t. II, p. 469; D. Nuñez, t.
II, p. 350-351). La nouvelle reine arrive à Elvas le 13 mai 1383 (D.
Nuñez, t. II, 359).
[321] Ce prince mourut en bas âge.
Le roi Ferdinand de Portugal meurt peu de temps après[322]; mais les
Portugais, ne voulant pas être gouvernés par le roi d’Espagne, nomment
roi le frère bâtard de Ferdinand, Jean, grand maître de l’ordre
d’Avis[323]. De là les nombreuses guerres qui divisèrent l’Espagne et
le Portugal. P. 198 à 200, 366, 367.
[322] Déjà malade depuis quelque temps, le roi Ferdinand mourut le 22
octobre 1383, à l’âge de cinquante-trois ans passés.
[323] Froissart raconte avec plus de détails dans son troisième livre
la lutte du roi Jean de Castille, soutenu par la reine régente de
Portugal, Éléonore Tellez, contre le frère bâtard du roi Ferdinand,
qui devait bientôt porter le nom de Jean Ier de Portugal.
De retour en Angleterre, le comte de Cambridge explique au duc de
Lancastre comment le roi de Portugal, ne voyant pas arriver les
renforts annoncés, a dû se résoudre à la paix sans combattre. Pour lui,
quoi qu’il puisse arriver, il a ramené avec lui son fils, croyant avoir
agi pour le mieux[324]. P. 200, 201, 367, 368.
[324] Peu de temps avant sa mort, au moment du mariage de sa fille
avec le roi de Castille, le roi Ferdinand avait envoyé en Angleterre
un écuyer nommé Ruy Cravo, pour s’excuser d’avoir été forcé de
renoncer à marier sa fille avec le prince Édouard, fils du comte de
Cambridge, et pour protester de son amitié (F. Lopes, t. IV, p. 478;
D. Nuñez, t. II, p. 358).
CHAPITRE XVI.
_1382, avril._ CONFÉRENCE DE TOURNAI; PROPOSITIONS INACCEPTABLES DU
COMTE DE FLANDRE.--_3 mai._ BATAILLE DE BEVERHOUTSVELD; VICTOIRE DES
GANTOIS; PRISE DE BRUGES; FUITE DU COMTE.--_Commencement de juin._
SIÈGE D’AUDENARDE PAR PHILIPPE D’ARTEVELDE.--_Août._ ASSEMBLÉE A
COMPIÈGNE DES NOBLES ET DES PRÉLATS.--_Septembre-octobre._ PHILIPPE
NÉGOCIE AVEC L’ANGLETERRE.--_3 novembre._ LE ROI DE FRANCE ARRIVE À
ARRAS POUR PRÊTER SECOURS AU COMTE DE FLANDRE ET S’APPRÊTE À ENTRER
EN FLANDRE AVEC SON ARMÉE (§§ 263 à 312).
La guerre de garnisons continue entre les Flamands fidèles au comte et
les Gantois, qui ne reçoivent de vivres que du comté d’Alost et des
Quatre-Métiers; encore ceux d’Alost, poursuivis et harcelés par les
gens de Termonde, ne peuvent-ils continuer à les secourir.
D’accord avec le duc Aubert et le duc de Brabant, le comte empêche le
blé de pénétrer dans la ville de Gand; la famine est imminente[325] et
Philippe d’Artevelde fait ouvrir les greniers des abbayes et des riches
bourgeois et vendre le blé à un taux fixé[326].
[325] Les Gantois ne pouvaient se procurer des vivres qu’à
grand’peine «et furent de si près guettiés toute celle saison d’yver
et jusques à l’entrée de may que vivres deffailloient en Gand, si que
plus n’avoient que mengier» (_Ist. et chr._, t. II, p. 245).
[326] Philippe d’Artevelde avait, en mars 1382, commandé une
expédition qui était allée chercher des vivres dans les environs
d’Audenarde et de Courtrai (Kervyn, t. X, p. 455).
Malgré quelques secours venus de Hollande, de Zélande et parfois de
Brabant, la ville manque de tout à l’époque du carême.
Douze mille hommes, poussés par la faim, s’acheminent alors vers
Bruxelles et Louvain, où ils trouvent des vivres[327]. Leur chef,
François Ackerman[328], demande aux Liégeois et à leur évêque, Arnould
de Hornes[329], d’intervenir auprès du comte et de leur laisser faire
de copieuses provisions. P. 201 à 204, 368, 369.
[327] Ce n’est que le 16 avril que les Gantois purent aller à Liège
et à Louvain chercher des provisions. Dès le 1er du mois, ils avaient
envoyé à Louvain des députés qui, accompagnés du bourgmestre et de
quatre échevins, avaient obtenu de l’évêque des vivres et la promesse
de s’entremettre pour eux auprès du comte (Kervyn, t. X, p. 455).
[328] Sur François Ackerman, que nous avons déjà cité comme _rewaert_
de Gand en 1381 (p. XX, note 119), et que nous retrouvons à la tête
d’une flotte en 1382 (p. LXXI, note 386), voy. dans Kervyn (t. X, p.
454-455, et t. XX, p. 2-5) plusieurs actes du _Record Office_. Ce
personnage, qui joue dans la suite un rôle important comme amiral
de Flandre, est nommé _Francion_ et qualifié de _dux ignobilis_
par le _Religieux de Saint-Dénis_ (t. I, p. 370); une rédaction
des _Chroniques de Flandre_ (_Ist. et chr._, t. II, p. 223-225) le
confond avec Jean Yoens et lui attribue en 1379 l’incendie du château
du comte de Flandre.
[329] Évêque de Liège de 1378 jusqu’à sa mort en 1390. La plupart des
manuscrits, et d’après eux Meyer, offrent à tort la leçon Arnould
d’Erclé pour _Jean_ d’Arkel, prédécesseur d’Arnould de Hornes
(1364-1378) sur le siège épiscopal de Liège. Une longue généalogie
de la famille Hornes, dans laquelle figure l’évêque de Liège, a
été imprimée à Paris en 1722; elle est conservée à la Bibliothèque
nationale (_Pièces orig._, vol. 1533).
La permission est accordée; en deux jours, six cents chars sont remplis
de farine et de blé. François Ackerman songe alors au retour; mais,
en passant par Vilvorde[330], il s’avise d’aller trouver à Bruxelles,
au palais de Caudenberg[331], la duchesse de Brabant. Celle-ci, en
l’absence du duc, promet aux Gantois d’intercéder pour eux auprès du
comte et de provoquer à Tournai la réunion d’une conférence en vue de
la paix. P. 205, 206, 369, 370.
[330] Belgique, prov. de Brabant.
[331] Le palais de Caudenberg «dominait de ses créneaux et de ses
tourelles la ville industrielle placée au-dessous» (Kervyn, _Étude
littéraire sur le XIVe siècle_, t. I, p. 93). Le nom de l’hôtel
de la duchesse de Brabant est rappelé aujourd’hui par l’église de
Saint-Jacques-sur-Caudenberg, située tout près du palais royal.
Ces vivres permettent aux Gantois de prolonger quelques jours la lutte,
mais bientôt ils n’en souffrent pas moins. On était en carême (mars
et avril 1382): le comte décide alors[332] de mettre le siège devant
Gand et de châtier les Quatre-Métiers. Il convoque ses bonnes villes de
Flandre et ses chevaliers de Hainaut, voulant être prêt à partir après
la procession de Bruges (3 mai 1382). P. 206 à 208, 370.
[332] C’est, d’après Meyer (fol. 182 vº), le 6 avril 1382 que le
comte résolut d’assiéger la ville de Gand.
Cependant, la conférence de Tournai est fixée au dimanche 13
avril[333]. Le comte de Flandre s’est engagé à s’y rendre. L’évêque
de Liège est représenté par douze notables et le chevalier Lambert
d’Oupey; le Brabant a envoyé ses députés, le Hainaut les siens, avec le
bailli Simon de Lalaing; les Gantois ont choisi douze des leurs, ayant
Philippe d’Artevelde à leur tête. Ils sont résolus à accepter toutes
les conditions du comte, sauf les sentences de mort. P. 208, 209, 370.
[333] Les _Chroniques_ ne fournissent pas de grands détails sur ces
conférences de Tournai, où furent «le conseil des bonnes villes de
Flandres, du Franc et de tout le plat pays;» du côté du comte «y
furent pluiseurs nobles et gentils hommes dudit pays, et aussi y
furent l’evesque du Liége et son conseil, pour traiter de l’acord
dudit comte de Flandres et de ceuls de Gand; mais on n’y peut paix
trouver» (_Ist. et chr._, t. II, p. 177). Meyer prétend que l’évêque
de Liège arriva à Tournai le 6 avril (fol. 182 rº), mais cette date
est démentie par les comptes de Louvain cités par Kervyn (t. X, p.
455), d’après lesquels l’évêque, se rendant à Tournai, n’était encore
à Louvain que le 22. Il partit le lendemain pour Bruxelles pour se
joindre aux députés du Brabant. Les échevins de Louvain ne purent
obtenir un sauf-conduit du comte pour les accompagner (_Ibid._, p.
456).
On attend le comte trois jours; puis on lui envoie en députation le
seigneur de Crupelant, Lambert d’Oupey, Guillaume d’Hérimez[334] et six
bourgeois des villes de Flandre. Le comte leur répond qu’il leur fera
bientôt part à Tournai de ses décisions.
[334] Sur les familles d’Oupey et d’Hérimez, voy. Kervyn, t. XXII, p.
317-318, et t. XXI, p. 544-547.