[242] Le peuple s’empare à l’hôtel de ville de douze mille maillets

de plomb, que Hugues Aubriot avait autrefois fait faire en prévision

d’une guerre (_Chronographia_, t. III, p. 23); les insurgés, au

nombre de 4,000, se rassemblent sur la place de Grève.

[243] L’émeute avait des partisans, même parmi les sergents du guet:

l’un d’eux, Jean Évrart, «fut un des principaulx rompeurs et briseurs

de noz prisons du Chastellet» (_Arch. nat._, JJ 138, p. 123).

[244] Les Maillotins tuent plusieurs gens de justice

(_Chronographia_, t. III, p. 23-24), portent le pillage «à

Montmartre, à Sainte Katherine, à Saint Éloy et en l’ostel» du

duc d’Anjou (_Arch. nat._, JJ 136, fol. 1 vº). Le peuple profite

du désordre pour tuer et piller de nouveau. Les Juifs ne sont pas

épargnés à Paris (_Ibid._, JJ 122, fol. 55, et JJ 136, fol. 114),

non plus qu’à Mantes (_Ibid._, JJ 122, fol. 96 vº) «et en aucunes

autres villes» (_Ibid._, JJ 136, fol. 113): on les tue, on les robe

«de toutes leurs chevances tant d’or, d’argent, de joyaux et autres

meubles, comme de leurs lettres et obligations en quoy leurs debteurs

estoient tenuz à eux» (_Ibid._).

[245] Bourguignon d’origine, Hugues Aubriot intervient en 1360

(Froissart, t. V, p. LXVII, note 2) avec six autres bourgeois au

traité par lequel le roi d’Angleterre s’engage à respecter la

Bourgogne, moyennant une somme garantie par les dits bourgeois.

Bailli de Dijon en 1362 (Moranvillé, _Étude sur Jean le Mercier_,

p. 85, note 2), il l’est encore en 1366 (Petit, _Itinéraires_, p.

469). Charles V le fait alors venir auprès de lui. Prévôt de Paris

en 1367, il embellit et assainit la ville, mais indispose contre

lui les clercs de l’Université par ses règlements de police. Il est

créé chevalier par le roi et devient maître des comptes en 1378

(_Arch. nat._, P 2295, fol. 529). Aux obsèques de Charles V, il

entre en lutte ouverte avec l’Université (_Chr. des Quatre Valois_,

p. 288); accusé d’hérésie, de liaison avec des Juives et d’autres

crimes encore (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 102-104), il est

arrêté, obligé de désavouer ses erreurs (_Chronographia_, t. III, p.

5) le 17 mai 1381 et condamné à la prison perpétuelle. Délivré le

1er mars 1382 par les Maillotins, qui veulent en faire leur chef,

il s’enfuit d’abord en Bourgogne, puis à Sommières en Languedoc, où

le pape lui assigne résidence (voy. la notice de Le Roux de Lincy,

_Bibl. de l’Éc. des chartes_, t. XXIII, p. 173-213, et _Ist. et chr.

de Flandre_, t. II, p. 255-256). D’après les _Grandes Chroniques_

(t. VI, p. 475), il «demoura toujours prevost de Paris» jusqu’à sa

condamnation. Une quittance (_Bibl. nat., Clair._ vol. 7, nº 139)

en date du 9 novembre 1375 nous apprend quels étaient les gages

d’Aubriot, qui, pour le terme de la Toussaint, reçoit 150 livres,

2 sols et 7 deniers.

Effrayé de cette émeute, le roi se décide à envoyer aux Parisiens le

sire de Couci[246], pour traiter avec eux. P. 152, 153, 350.

[246] L’intervention d’Enguerran de Couci eut lieu deux fois: d’abord

le 1er mars 1382, et plus tard au mois d’avril, après la répression

de l’émeute de Rouen. Froissart supprime tous les faits qui se sont

passés entre ces deux dates. Le 1er mars 1382, à la première nouvelle

de la révolte, le roi envoie le duc de Bourgogne et le sire de Couci

pour apaiser le peuple. Sur le refus du roi de supprimer les impôts,

les troubles continuent: on ouvre les prisons du Châtelet, dont

on incendie les papiers, de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain.

L’émeute dure jusqu’au 4 mars. Après des pourparlers assez longs, le

roi finit par obtenir des bourgeois, terrorisés par le peuple et les

troupes menaçantes du duc d’Anjou, la punition des coupables. Dans

la nuit du 10 au 11, on arrête un grand nombre de Maillotins qui, du

12 au 15, sont décollés ou pendus, à l’indignation croissante des

Parisiens. La paix semble rétablie, sans que le roi ait obtenu de

subsides: il part pour Rouen (_Chronographia_, t. III, p. 24-30).

Sans autre suite que sa domesticité ordinaire, le sire de Couci se

rend à Paris, descend à son hôtel et entre en négociations avec les

chefs des émeutiers. En échange de la suppression des aides, ceux-ci

s’engagent à payer chaque semaine à un receveur spécial du roi la somme

de 10,000 francs, destinée uniquement à la solde des gens d’armes. Le

roi, espérant mieux de l’avenir, accepte ce marché, mais reste éloigné

de Paris[247]. P. 153 à 155, 350, 351.

[247] Après son départ de Rouen, le roi s’arrête à Compiègne, où il

convoque vers le milieu d’avril (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p.

148) les trois États de la province de Reims, qui ne lui accordent

pas entièrement ce qu’il désire (_Chronographia_, t. III, p. 32).

Il demande alors aux Parisiens sur quelle aide il peut compter

de leur part. Le sire de Couci part de Meaux, où est le roi (20

avril), pour chercher une réponse. Paris offre 12,000 francs pour

les besoins personnels du roi. Le 18 mai, une conférence a lieu à

Saint-Denis entre les représentants du roi, à la tête desquels se

trouve le président au Parlement Arnaud de Corbie, et ceux de la

ville, dirigés par l’avocat Jean Desmarès. Moyennant une amnistie

générale remontant au 1er mars et la renonciation à toute aide, la

ville accorde au roi une taille de 80,000 francs (le _Religieux de

Saint-Denis_ dit 100,000), dont 12,000 pour le roi et 8,000 pour les

réparations de la ville; les 60,000 autres, destinés à la solde des

gens de guerre, doivent rester entre les mains d’un receveur spécial

(_Chronographia_, t. III, p. 36-37). «Et par ce furent pour lors paix

et accort entre le roi et eulx» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 302).

Le roi, mécontent de cette solution, ne fit son entrée à Paris que le

1er juin et se hâta d’aller ensuite à Maubuisson (p. 303).

Même insurrection à Rouen au sujet des aides; meurtres du châtelain et

des collecteurs. Craignant que l’exemple ne soit contagieux pour les

autres villes, le roi arrive à Rouen, apaise la révolte et obtient pour

chaque semaine une somme qui sera payée à un receveur spécial[248].

P. 155, 156, 351.

[248] L’émeute de Rouen précéda celle de Paris et commença le lundi

24 février, jour de la Saint-Mathias, «pour ce que le roy et son

conseil revoudrent avoir toutes les aides comme devant» (_Chronique

de Pierre Cochon_, p. 163), et dura trois jours, pendant lesquels

il y eut «infractions de prisons, maisons rompues, murtres,

larrecins, monopoles, conspiracions, assemblées, sons de cloches,

portes fermées, pors d’armes, crimes de lese majesté, infractions

de sauvegarde, sacrileges et infractions d’eglises et lieux saints,

et autres maulx et inconveniens» (_Arch. nat._, JJ 122, fol. 56

vº). Les Rouennais, ayant à leur tête un drapier du nom de Jean le

Cras (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 130), obtiennent par

la force du chapitre de Notre-Dame et des religieux de Saint-Ouen

le renoncement à leurs droits (_Ibid._, p. 164-165; _Chr. des

Quatre Valois_, p. 298), puis envoient demander au roi des lettres

de rémission. Le roi part de Vincennes le 17 mars et séjourne à

Pont-de-l’Arche du 23 au 27 (Petit, _Séjours de Ch. VI_, p. 13).

Avant de faire une entrée triomphale à Rouen, il fait mettre à

mort les plus compromis des émeutiers et déposer toutes les armes

au château, puis, proclamant son pardon, il entre dans la ville le

samedi 29, veille des Rameaux, et y reste jusqu’au 6 avril, jour de

Pâques. Le maire de la ville est suspendu et sa mairie mise entre les

mains du bailli de Rouen (_Chr. de Pierre Cochon_, p. 166). «Le roy

estant à Rouen, fut par les barons et prelas et bourgois de Normendie

acordée l’imposicion eu cas que les autres provinces du royaume de

France l’acorderoient» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 301).

Désireux de conquérir le royaume, dont le pape Clément l’a déclaré

héritier, le duc d’Anjou prépare sa campagne d’Italie[249]. Ne

négligeant rien pour se faire bienvenir des Parisiens, dont il espère

obtenir des subsides, il s’entend avec le duc de Savoie[250], qui,

moyennant 500,000 florins, lui fournira mille lances pour un an. Le

duc, de son côté, engage à sa solde 9,000 hommes d’armes[251] et

s’occupe de tous les préparatifs nécessaires à un long voyage. P. 156,

157, 351, 352.

[249] Les hésitations du duc d’Anjou furent grandes avant de se

décider à aller en Italie. Malgré la prise d’Arezzo par Charles de

la Paix, que le pape Urbain avait reconnu roi de Sicile, malgré les

appels de la reine Jeanne (4 juin 1381), qui lui promettait de le

faire couronner roi dès son arrivée en Italie (_Bibl. nat., coll.

Dupuy 845_, 2e partie, fol. 26), malgré l’entrée à Rome (8 juin) de

Charles, qui se fait couronner par Urbain et s’empare de Naples (16

juillet), le duc attend toujours, «illam guerram arripere trepidans»

(_Chronographia_, t. III, p. 15 et 20). Dans un conseil du roi tenu

à Créci les 26-28 juillet (_Journal de Jean le Fèvre_, p. p. H.

Moranvillé, t. I, p. 8), il avait été alloué au duc 60,000 francs

sur les aides; le roi lui donnait de plus 50,000 francs en pièces

d’argenterie, «subsides auxquels il convient de joindre 32,000 francs

que Louis s’était appropriés à la mort de son frère» (Valois, _La

France et le grand schisme d’Occident_, t. II, p. 14-15). Décidé

pour le moment à envoyer des secours pécuniaires à la reine Jeanne

(_Journal de Jean le Fèvre_, t. I, p. 9-10), il apprend le 25

septembre qu’assiégée dans Castel Nuovo, elle s’est rendue à Charles

de la Paix après la défaite de son mari, Othon de Brunswick; tout

le pays, devenu urbaniste, s’est soumis au nouveau roi (Valois, _La

France et le grand schisme_, t. II, p. 11-12). Le duc semble renoncer

à ses projets définitivement; mais, à la fin d’octobre, il cherche

à se renseigner auprès du pape sur les dispositions des Provençaux

à son égard; enfin, le 8 janvier 1383, il s’engage à risquer

l’entreprise malgré tout et envoie à Avignon son chancelier Jean le

Fèvre (_Journal de Jean le Fèvre_, t. I, p. 11-14).

[250] Avant de partir pour l’Italie, le duc d’Anjou avait essayé,

mais en vain, de contracter une alliance avec les Bolonais, les

Florentins et les Génois. Ses ambassadeurs avaient été plus heureux

avec les Visconti de Milan. Un projet de mariage avait été ébauché

entre Louis, fils aîné du duc d’Anjou, et une des filles de Bernabo.

Ce dernier s’engageait à payer pendant six mois la solde de 2,000

lances, commandées par un de ses fils. Même réussite auprès d’Amédée,

comte de Savoie, auquel le duc abandonnait sur son futur royaume le

Piémont et quelques villes. Le comte, en échange, suivait le duc en

Italie avec 1,200 lances (Valois, _La France et le grand schisme_, t.

II, p. 29-35).

[251] La majeure partie des troupes recrutées par le duc d’Anjou se

composait des «gens d’armes de Bertram du Guesclin, qui encore se

tenoyent ensemble» (_Ist. et ch. de Flandre_, t. II, p. 173).

Pendant que le comte de Cambridge et ses gens se reposent à Lisbonne,

on célèbre le mariage de Jean[252], fils du comte de Cambridge, et de

Béatrice, fille du roi de Portugal, tous deux âgés de dix ans ou à peu

près. Les enfants sont couchés nus dans le même lit.

[252] Les fiançailles d’_Édouard_, et non de _Jean_, fils du comte

de Cambridge, avec la princesse Béatrice, furent solennellement

célébrées. Couchés dans le même lit, _suivant la coutume anglaise_,

ils furent bénis par l’évêque de Lisbonne et reçurent le serment de

fidélité des nobles de Portugal (D. Nuñez, _Cronicas_, t. II, p.

321).

Après les fêtes du mariage[253], le roi assigne comme garnison au comte

de Cambridge et à ses gens la ville d’Estremoz[254]; aux chevaliers

anglais et gascons Villa Viçosa[255], leur recommandant de ne faire

aucune chevauchée sans sa permission. Pendant ce temps, le roi de

Castille[256], séjournant à Séville, fait venir des renforts de France.

P. 157 à 159, 352.

[253] Les troupes anglaises se livrèrent à Lisbonne à des excès et à

des désordres sans nombre; se conduisant en hommes qui viendraient,

non pas défendre le pays, mais le ruiner, ils pillaient les villes

et violaient les femmes (F. Lopes, dans la _Collecâo de libros

ineditos_ de José Correa de Serra, t. IV, p. 413). Le roi de Portugal

chercha alors à les éloigner; il aurait voulu les voir s’établir sur

les rives de la Guadiana, à la frontière même; mais ils restèrent à

Villa Viçosa, où ils continuèrent à exaspérer les populations, qui

ne pouvaient se venger d’eux qu’en cachette (D. Nuñez, t. II, p.

323-324).

[254] Portugal, prov. d’Alentejo.

[255] Portugal, prov. d’Alentejo, près de la frontière d’Espagne.

[256] Après la prise d’Almeida, le roi de Castille était venu à Coca.

Le 9 décembre 1381, il est à Madrigal; le 31 à Avila (Ayala, t. II,

p. 155).

Désireux de ne pas rester inactifs dans leur garnison de Villa

Viçosa, le Chanoine de Robersart et les autres chevaliers gascons et

anglais[257] envoient un des leurs, Jean de Sandwich, demander au roi

l’autorisation de faire une chevauchée en pays ennemi. Refus du roi.

Les chevaliers décident d’agir quand même, et, avec 400 hommes d’armes

et 400 archers, ils partent un jour, sous les ordres du Chanoine, pour

aller assiéger le château de Higuera[258], défendu par les frères

Pierre et Barthélemi Gouse[259]. P. 159 à 161, 352, 353.

[257] Les chevaliers qui accompagnent le Chanoine de Robersart ont

déjà été énumérés plus haut, p. XXIV-XXV. Froissart ajoute seulement

ici les noms de Raymonnet de Marsan et de Jean Soustrée, que

Johnes appelle Sounder. Ce chevalier, que les historiens désignent

simplement comme un bâtard d’Angleterre (F. Lopes, t. IV, p. 448;

D. Nuñez, t. II, p. 319), devait être un bâtard de Thomas de Holand

(cf. Kervyn, t. XI, p. 389, et t. XII, p. 96). Ce n’est donc que par

extension qu’il pouvait être considéré comme frère bâtard du roi, ce

dernier ayant pour mère Jeanne de Kent, qui avait précédemment épousé

Thomas de Holand.--C’est par erreur que Froissart donne ici le prénom

d’_Adam_ à _Thomas_ Simond.

[258] Higuera-la-Real, bourg d’Espagne, prov. de Badajoz.

[259] Ces deux frères ne figurent pas dans les chroniques espagnoles

et portugaises.

L’assaut est donné, où se distingue tout particulièrement un jeune

écuyer de Hainaut nommé Froissart Meulier[260]. Les Espagnols,

ayant perdu un de leurs chefs, Barthélemi Gouse, parlementent[261]

et livrent le château, où ils laissent leurs armes et bagages. Ils

se dirigent vers Xérès[262], espérant y trouver le grand maître de

Saint-Jacques[263], qui, de son côté, à la tête de 400 hommes d’armes,

cherche les Anglais pour les combattre. P. 161 à 163, 353, 354.

[260] Un Froissart _le_ Meulier est cité dans un document de 1517

comme ancien propriétaire d’un pré (_Monuments pour servir à

l’histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxembourg_, t.

III, p. 626).

[261] D’après Froissart, ce fut à Matthieu de Gournai, connétable de

l’armée, et à Guillaume de _Windsor_, maréchal de l’armée, que se

rendit ce château. Il faut évidemment lire _Beauchamp_ au lieu de

_Windsor_, Guillaume de Beauchamp étant alors maréchal de l’armée

(voy. p. XXIV), et Guillaume de Windsor se trouvant à cette époque en

Angleterre (cf. plus loin, p. L, note 273).

[262] Jerez de los Caballeros, ville d’Espagne, prov. de Badajoz.

[263] Don Fernando Osorès, d’après F. Lopes.

Les Anglais laissent une garnison à Higuera et retournent en trois

routes à Villa Viçosa. La route commandée par le Chanoine de Robersart

aperçoit en chemin, entre Olivenza[264] et Alconchel[265], les gens

du grand maître de Saint-Jacques, qui, malgré leur nombre, n’osent

attaquer. P. 163, 164, 354, 355.

[264] Ville forte d’Espagne, prov. de Badajoz.

[265] Bourg d’Espagne, prov. de Badajoz.

Tout l’hiver se passe sans nouvelle chevauchée[266]. Le roi Jean de

Castille demande alors secours au roi de France, qui lui envoie Olivier

du Guesclin et autres chevaliers[267] de toutes les provinces de

France. Ces nouvelles troupes traversent l’Aragon pour se rendre auprès

du roi Jean. P. 164, 165, 355.

[266] Durant cet hiver, nous trouvons la mention de l’envoi en

Angleterre de deux messagers, Guillaume Bettenham, écuyer de

Guillaume de Beauchamp, et Alph. Seyns, espagnol, «ad prosequendum

versus dominum regem et consilium suum quedam negocia tangencia moram

dicti Willelmi et aliorum militum de comitiva sua in guerra regis

ibidem» (_Rec. Off., Issue Rolls 304_, m. 14; _Warr. for issues_,

bundle 5). Ils reviennent en Portugal avec des lettres pour le comte

de Cambridge. Vers le milieu de l’année 1382, une autre ambassade, où

figure le chancelier de Portugal, se rend auprès du duc de Lancastre

(_Ibid., Issue Rolls 305_, m. 14).

[267] Froissart nomme plus loin (p. 198-199) quelques-uns des

chevaliers qui accompagnèrent Olivier du Guesclin en Castille.--En

automne 1381, le roi de Castille avait reçu la visite de Charles de

Navarre, autorisé par le roi de France (_Arch. nat._, PP 109, p. 522)

à se rendre en Castille et en Navarre avec tous ses gens. En passant

par Montpellier (24 à 27 octobre), Charles avait reçu de nouveau

du duc de Berri la seigneurie de la terre de Montpellier (_Petit

Thalamus_, p. 402-403).

Grâce aux négociations de Simon Burley[268], le mariage du roi

d’Angleterre et d’Anne de Bohême est décidé. La sœur du roi des

Romains[269], accompagnée du duc de Tesschen[270] et de nombreux

chevaliers, s’achemine vers Bruxelles, où elle est reçue avec joie par

le duc et la duchesse de Brabant[271] et séjourne plus d’un mois par

crainte des bateaux normands qui croisent en vue des côtes.

[268] Les gages de Simon Burley pour ses voyages en Flandre et en

Bohême sont ordonnancés à la date du 28 février 1382 (_Rec. Off.,

Warr. for issues_, bundle 5).

[269] Froissart donne à tort au roi des Romains le nom de _Charles_,

au lieu de _Wenceslas_.

[270] A côté du duc de Teschen et de ses deux compagnons Conrad de

Kreyg et Pierre de Vaterbery, qui devaient remporter l’argent octroyé

à Wenceslas à l’occasion du mariage (_Rec. Off., Issue Rolls 304_,

m. 12), il faut citer Here Poto, chevalier banneret de Bohême, qui

accompagna la reine en Angleterre (_Ibid. 305_, m. 14).

[271] Wenceslas de Bohême et Jeanne de Brabant, sa femme.

Le duc envoie alors à la cour de France deux messagers[272] chargés

d’obtenir un sauf-conduit, ce qui est facilement accordé. La jeune

princesse, escortée par 100 lances brabançonnes, se rend à Gand,

puis à Bruges, où le comte de Flandre lui fait bon accueil; de là à

Gravelines, puis à Calais, où elle entre en compagnie des 500 lances et

des 500 archers[273] que les comtes de Salisbury et de Devonshire lui

ont amenés entre Gravelines et Calais[274]. P. 165 à 168, 355, 356.

[272] L’un de ces messagers, Jean de Rotselaer, appartient à une

famille bien connue de Brabant.

[273] Parmi les chevaliers qui vinrent à Calais au-devant de la reine

était Guillaume de Windsor, auquel l’ordre avait été donné de se

préparer à cette mission dès le 20 septembre 1381 (_Rec. Off., Issue

Rolls 303_, m. 15).

[274] Les ambassadeurs anglais chargés de recevoir à Calais la reine

Anne étaient Jean de Montaigu, Simon Burley et Jean de Holland, frère

du roi (Rymer, t. VII, p. 236). Ils étaient porteurs d’une certaine

somme, empruntée à Nicolas Brembre et destinée «à diverses chivalers,

esquiers et autres officiers venantz en la compaignie de Anne, la

soere du roy des Romayns et de Boeme, nostre compaigne future, de

son paiis tant que à Calais et retournantz d’illueques à leur paiis

susditz» (_Rec. Off., Issue Rolls 304_, m. 12 et 15; _Warr. for

issues_, bundle 5).

Anne de Bohême quitte bientôt Calais[275] grâce à un vent favorable

et débarque à Douvres[276]. De là elle se rend à Cantorbéry, où elle

est reçue par le comte de Buckingham, enfin à Londres[277]. (Depuis

Maestricht, la nouvelle reine est escortée par Robert de Namur.) Le

roi l’épouse à Westminster le 14 janvier 1382, au milieu de grandes

réjouissances[278], et l’emmène auprès de sa mère à Windsor, où se

trouve aussi la duchesse de Bretagne, Marie, qu’on ne veut pas laisser

retourner auprès de son mari, accusé de pactiser avec le roi de France.

On propose alors aux deux fils de Charles de Blois, Jean et Gui,

prisonniers en Angleterre sous la garde de Jean d’Aubrecicourt, de leur

rendre l’héritage paternel sous condition d’en faire hommage au roi

d’Angleterre; l’aîné épouserait Philippine, fille du duc de Lancastre

et de la duchesse Blanche[279]. Les deux princes refusent, préférant

mourir en prison que d’abandonner leur qualité de bons Français. P.

168, 169, 356, 357.

[275] La reine emmenait avec elle en Angleterre 55 chevaux de selle

et de trait, qui nécessitèrent pour leur passage l’affrètement de

trois bateaux de Dunkerque (_Rec. Off., Issue Rolls 305_, m. 8).

[276] Anne fut reçue à Douvres par le «connétable» du château, Robert

d’Asheton, qui s’occupait déjà depuis quelque temps des préparatifs

de cette réception (_Rec. Off., Issue Rolls 304_, m. 14 et 15; _Ibid.

305_, m. 6). L’arrivée de la reine en Angleterre fut accompagnée

d’un tremblement de terre, dont on ne manqua pas de tirer présage

(Walsingham, t. II, p. 46).

[277] Arrivée à Londres, la reine demande, le 13 décembre 1381,

une amnistie générale, qui est accordée aux rebelles des communes

(Rymer, t. VII, p. 337). Convocation est envoyée «diversis episcopis,

prelatis et certis magnatibus de essendo apud Westm. in diebus

maritagii et coronacionis domine regine» (_Rec. Off., Issue Rolls

304_, m. 16).

[278] Walsingham (t. II, p. 47) ne précise pas la date des noces

royales qui furent faites, dit-il, après l’Épiphanie de 1382. Ce fut

l’archevêque de Cantorbéry qui célébra le mariage et couronna la

reine.

[279] Cette princesse épousa en 1386 Jean, roi de Portugal.

Ayant besoin d’argent pour la solde des gens d’armes qu’il envoie au

secours du roi de Castille, le roi demande au receveur de Paris, à qui

chaque semaine, comme cela est convenu, est payée une certaine somme

de florins, de lui avancer 100,000 francs. Celui-ci refuse de le faire

sans le consentement de la commune de Paris. Mécontent, le roi demande

l’argent à ses bonnes villes de Picardie[280].

[280] Froissart fait sans doute ici allusion à la convocation des

Trois États, qui eut lieu à Compiègne vers le milieu d’avril 1381, où

«aucuns des bonnes villes», à l’exception de Reims, Châlons, Laon,

Soissons et Tournai (_Chronographia_, t. III, p. 32), «acorderent

l’imposicion» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 301); voy. plus haut, p.

XLV, note 247.

Tandis que le roi, ne venant point à Paris, réside soit à Meaux,

soit à Senlis, soit à Compiègne[281], le duc d’Anjou se fait le

défenseur des Parisiens et sait si bien leur parler que, pour sa

campagne d’Italie, il obtient d’eux 100,000 francs sur les sommes

recueillies par le receveur royal, auxquelles ni le roi ni ses autres

oncles ne peuvent toucher[282] (le duc avait, dit-on, rassemblé à

Roquemaure[283], près d’Avignon, deux millions de florins).

[281] Depuis le 1er juin (voy. plus haut, p. XLV, note 247) jusqu’à

sa rentrée définitive à Paris, avant la campagne de Flandre, le roi

séjourna principalement à Melun (11 au 28 juin), à Compiègne (8 à 11

juillet), à Senlis (13 et 15), à Maubuisson, à Soissons; il était le

22 août à Meaux (Petit, _Séjours de Charles VI_, p. 14). Le 23, il

allait coucher au Louvre et, s’apprêtant à continuer en Guyenne la

guerre contre les Anglais, présentait son frère Louis de Valois comme

son lieutenant (_Chronographia_, t. III, p. 38-39; cf. _Chr. des

Quatre Valois_, p. 305).

[282] Quand éclata l’émeute des Maillotins, le duc d’Anjou était

déjà, depuis près d’une semaine, à Avignon, où il était arrivé le 22

février, ce qui rend assez invraisemblable l’assertion de Froissart

relative à l’octroi des subsides par les Parisiens. Le fait n’est du

reste pas mentionné par d’autres chroniqueurs.

[283] Gard, arr. d’Uzès, sur un bras du Rhône.

Ses préparatifs faits, au commencement du printemps, le duc part pour

Avignon[284], où il est bien reçu par le pape[285]; les villes de

Provence, excepté Aix[286], lui font hommage. A Avignon ont lieu les

paiements convenus au comte Amédée de Savoie et aux chevaliers qu’il a

amenés[287].

Chroniques de J. Froissart, tome 10/13 · 第 5 / 36 段