alors aux barons d’Écosse de le recevoir dans leur pays; ils viennent
le chercher avec 500 lances et l’accompagnent à Édimbourg, où, logé au
château, il attend de meilleures nouvelles d’Angleterre.
Le bruit court cependant que le duc a trahi le roi et a embrassé
le parti écossais; propos haineux et mensongers propagés par les
mêmes hommes qui, à Londres, brûlent l’hôtel de Savoie, propriété du
duc[204]. P. 127 à 129, 341, 342.
[204] Les châteaux du duc à Leicester et à Tutbury avaient été
saccagés; sa femme, la duchesse Constance, fuyant l’émeute, s’était
vu refuser l’entrée de son château de Pontefract et avait été
contrainte de se réfugier à Knaresborough. Knyghton prétend (col.
2642) qu’ému par tous ces désastres, où il voyait un châtiment
de Dieu, le duc aurait à ce moment fait vœu de renoncer à sa vie
de désordre et d’éloigner sa maîtresse Catherine de Swinford. Il
l’épousait néanmoins en 1396, deux ans après la mort de la duchesse
Constance.
Quand le calme est rétabli, que Baker à Saint-Albans[205], Lister à
Stafford[206], Tyler, Ball et Straw à Londres ont payé de leurs vies
leur rébellion, le roi décide qu’il parcourra son royaume pour punir
les coupables et reprendre les lettres d’affranchissement qu’il n’avait
accordées que contraint et forcé. Il part pour le comté de Kent avec
500 lances[207], et arrive à Ospringe[208]: sept des coupables sont
pendus, les lettres sont déchirées. Les mêmes exécutions (plus de
1,500) ont lieu à Cantorbéry, à Sandwich, à Yarmouth, à Orwell[209] et
ailleurs[210].
[205] Froissart parle à peine de la révolte de Saint-Albans, où la
lutte fut vive entre les rebelles commandés par William Grindecob
et l’abbé Thomas de la Mare (Walsingham, t. I, p. 467-479). Roger
Bacon, qui fut un des chefs de l’insurrection en Norfolk, fut jugé
et emprisonné à la Tour de Londres; finalement, il fut amnistié à
l’occasion du mariage du roi (Powell, _The Rising in East Anglia in
1381_, p. 39).
[206] Fait prisonnier par l’évêque de Norwich, Henri Spencer, qui
s’était mis à la tête des chevaliers de son comté, Lister fut pendu
(Walsingham, t. II, p. 8) avec douze complices (Johnes, t. I, p. 664,
en note).
[207] Dans cette armée figurait Thomas Trivet «et certains hommes
d’armes et archiers chivalchant en sa compaignie» (_Rec. Off., Issue
Rolls 304_, m. 2; _Warr. for issues_, bundle 5).
[208] Village du comté de Kent.
[209] Village du comté de Cambridge.
[210] Aussitôt l’émeute apaisée à Londres, le roi était parti pour
le Kent, sous prétexte d’un pèlerinage à Cantorbéry, accompagné
des comtes de Salisbury, de Suffolk et de Devonshire. Il passe par
Rochester où, après enquête faite par J. Newton, de nombreux rebelles
sont exécutés; de même à Ospringe et à Cantorbéry (Johnes, t. II,
p. 667-668). Le roi se rend alors en Essex, d’où, en date du 23
juin et jours suivants, il envoie à tous les comtés d’Angleterre
une proclamation déclarant que les rebelles n’ont point agi par son
ordre, comme ils veulent le faire croire, et doivent être poursuivis
partout où on les trouvera (_Rec. Off., Patent Rolls 312_, m. 39 vº);
des commissaires sont nommés pour chaque comté; le duc de Lancastre
est un de ceux du comté d’York; le comte de Buckingham un de ceux
du comté d’Essex. De Waltham-Abbey, le roi va à Havering-at-Bower,
où de nombreux ordres d’arrestations sont donnés (_Ibid._, m. 33
vº) à partir du 28 juin; le 2 juillet, de Chelmsford, il révoque
ses lettres d’affranchissement (Rymer, t. VII, p. 317) et continue
ses enquêtes (_Rec. Off., Patent Rolls 312_, m. 33 vº). Revenu à
Londres pour quelques jours, le 8 juillet, il s’occupe d’organiser
la résistance contre les rebelles dans les différents comtés (_Issue
Rolls 303_, m. 9). Le 15, il est à Saint-Albans, où il ordonne
plusieurs enquêtes (_Patent Rolls 312_, m. 29 vº), et assiste
au supplice de Jean Ball; le 16, il convoque, pour le lundi 16
septembre, le Parlement (_Close Rolls 228_, m. 40 vº; _Issue Rolls
303_, m. 10), que, plus tard, il proroge aux premiers jours de
novembre (_Close Rolls 228_, m. 39 vº; _Issue Rolls 303_, m. 14);
le 20, étant toujours à Saint-Albans, il reçoit, avant de se rendre
à son château de Berkhampstead, le serment de fidélité des gens du
Hertford (Walsingham, t. II, p. 39). Il s’occupe enfin, d’accord avec
les évêques de Norwich et d’Ely et le comte de Suffolk, des enquêtes
et des poursuites à faire dans le Norfolk et le Suffolk (_Rec. Off.,
Issue Rolls 303_, m. 11; _Lord Treas. Rem., For. Rolls_, nº 2).
Le roi envoie alors un de ses chevaliers, Nicolas Carnefelle, vers le
duc de Lancastre, pour lui donner ordre de revenir[211]. Le duc obéit,
quitte Édimbourg et va à Roxburgh remercier de leur bon accueil les
barons écossais, qui l’accompagnent jusqu’à Melrose; puis il s’achemine
vers Londres par Newcastle, Durham et York[212].
[211] Dès le commencement de l’insurrection, le roi avait envoyé au
duc de Lancastre Jean Orewell, porteur d’une «quadam billa facta per
communes qui insurrexerunt contra pacem» (_Rec. Off., Lord Treas.
Rem., For. Rolls_, nº 2). Se sentant soupçonné de pactiser avec les
rebelles (Johnes, t. I, p. 664, en note), ou tout au moins avec les
barons écossais, qui lui avaient offert des troupes pour marcher
contre les révoltés (Walsingham, t. II, p. 42), le duc écrit au
roi pour lui expliquer sa «migrationem in Scotiam.» Richard, sur
les conseils du comte de Warwick (Johnes, t. I, p. 668), invite à
revenir son oncle, qu’il déclare lui être toujours resté fidèle,
contrairement aux bruits qui ont couru (3 juillet 1381.--Rymer,
t. VII, p. 318), lui donne un sauf-conduit (_Rec. Off., Patent
Rolls 312_, m. 35) et, à la date du 5 juillet, ordonne au duc de
Northumberland de lui faire escorte (Rymer, t. VII, p. 319).
[212] D’après la rédaction de Johnes (t. II, p. 668), c’est
à Newcastle que le duc de Lancastre rencontra le comte de
Northumberland, avec lequel il se réconcilia. D’York, en passant par
Rothingham et Leicester, le duc arriva à Reading, où il trouva le roi
(Knyghton, col. 2641).
A cette époque, meurt Guichard d’Angle, comte de Huntingdon, aux
obsèques duquel assistent le roi et toute la cour[213]. P. 129 à 132,
342, 343.
[213] Froissart revient ici avec des détails complémentaires sur la
mort de Guichard d’Angle, dont il a déjà parlé (t. IX, p. 236; voy.
la note 2 de la p. XCVIII).
De retour en Angleterre, le duc de Lancastre expose au roi ce qu’il a
fait au sujet des trêves d’Écosse, mais garde en son cœur rancune au
comte de Northumberland, qui lui a fermé les portes de Berwick. Les
fêtes de l’Ascension (15 août) arrivent; le roi tient cour plénière à
Westminster. Désireux d’aller à Reading[214], à Oxford et à Coventry
châtier les rebelles, comme en Sussex et en Kent, il crée de nouveaux
chevaliers: le jeune comte Jean de Pembroke[215], Robert Brembre[216],
Nicolas Twyford[217] et Adam Fraunceys[218]. A cette solennité
assistent de nombreux barons. En leur présence, le duc de Lancastre
reproche son action au comte de Northumberland et le défie. Le roi
s’interpose et justifie le comte, qui n’a agi que par ses ordres. Ses
ordres étaient formels; on a seulement oublié de faire une exception en
faveur du duc, la faute en est à un scribe négligent. Ces explications
et les supplications des barons décident le duc à faire la paix avec le
comte[219]. Le roi part le surlendemain avec 500 lances et 500 archers,
pour de nouvelles exécutions[220]. P. 132 à 135, 343, 344.
[214] Capitale du comté de Berks.
[215] Jean de Pembroke, que nous retrouvons en 1386, dans Froissart
(Kervyn, t. XXII, p. 341-342), chargé de la défense d’Orwell et de
Sandwich, mourut très jeune encore en 1386, à Woodstock, mortellement
blessé dans un tournoi.
[216] Il s’agit ici non pas de Robert _Brembre_, mais de Robert
_Launde_, qui figure plus haut (p. XXXIV, note 197), et que Knyghton
nomme à tort _Jean_ Launde.
[217] Nicolas Twiford, orfèvre de Londres, est chargé, en 1370, d’un
essai d’or (Rymer, t. VI, p. 611); en 1389, il était maire de Londres
et un des collecteurs du roi en cette ville (_Ibid._, VII, p. 634 et
646).
[218] Adam Fraunceys, marchand de Londres, fut chargé de l’essai de
l’or de la rançon du roi Jean, en janvier 1361 (Rymer, t. VI, p.
307); le 22 juin 1372, il est un de ceux qui prêtent de l’argent à la
reine Marguerite d’Écosse (_Ibid._, p. 727). En 1405, mentionné comme
chevalier, il est collecteur pour le Middlesex (_Ibid._, t. VIII, p.
413); il devint plus tard maire de Londres (_Ibid._, t. XI, p. 29).
[219] D’après Walsingham (t. II, p. 44-45), le duc et le comte
comparurent devant le roi à Berkhampstead. Le comte fut d’abord
arrêté, puis relâché sous caution des comtes de Warwick et de
Suffolk, à condition de se présenter devant le Parlement au
commencement de novembre. Le duc de Lancastre, craignant un
mauvais accueil à Londres, différa toujours sa comparution, et,
l’affaire n’aboutissant pas, le roi força les deux adversaires à se
réconcilier.
[220] Le 18 août 1381, le roi avait donné pouvoir au duc de Lancastre
pour faire les enquêtes sur l’insurrection (Rymer, t. VII, p. 323;
_Rec. Off., Pat. Rolls 312_, m. 26 vº). La répression continua. Le
20, on arrêta un drapier de Londres, Stephen Hull, accusé d’avoir
participé à l’incendie de l’hôtel de Savoie (_Rec. Off., Close
Rolls 228_, m. 40); le 30, le roi demande le rôle des sentences
prononcées dans les divers comtés contre les insurgés (_Ibid._); le
14 septembre, on instruit le procès des gens d’Essex accusés d’avoir
pillé et brûlé les domaines de la reine mère (_Id., Pat. Rolls 312_,
m. 23 vº). Enfin, le Parlement s’ouvre à la Toussaint (_Rotuli
Parliamentorum_, t. III, p. 98). Les lettres d’affranchissement sont
révoquées et une amnistie, à laquelle de nombreuses exceptions sont
faites, est accordée aux communes rebelles, en échange d’une taxe sur
les «leynes, peaulx, lanutz et quirs,» votée difficilement pour cinq
ans par le Parlement (_Id._, p. 103) dans les commencements de 1382.
A cette date, on peut considérer l’insurrection comme finie.
Le vent se montre enfin favorable, et le comte de Cambridge cingle
vers Lisbonne. Sa flotte est assaillie le troisième jour par une
tempête terrible, qui sépare les navires. Le comte de Cambridge et la
majeure partie de son expédition entrent dans le port de Lisbonne[221],
ignorant ce que sont devenus les chevaliers gascons Castelnau, la
Barthe, le syndic de Latrau et quarante hommes d’armes.
[221] Le comte de Cambridge n’arriva à Plymouth qu’après le 12
mai 1381, date où fut faite la montre des troupes partant pour le
Portugal (Rymer, t. VII, p. 305). D. Nuñez (t. I, p. 319) dit qu’il
arriva à Lisbonne le 19 juillet 1381; nous avons cependant un état de
solde daté du 2 août, où il est parlé du départ prochain des Anglais
(_Rec. Off., Issue Rolls 303_, m. 12). Les bateaux qui emportaient
les 3,000 hommes de l’expédition étaient au nombre de quarante et
provenaient: sept de Bristol, quatre de Plymouth, un de Lynn, onze
de Dartmouth, deux de Bayonne, treize de Lisbonne et deux d’Oporto,
comptant en plus près de 1,200 marins (_Rec. Off., Accounts, Queen’s
Rem._ 39/17).
Le roi Ferdinand, qui caresse le projet de marier sa fille[222] avec
le jeune fils du comte de Cambridge[223], accueille avec joie les
chevaliers anglais, qui, au milieu de toutes les réjouissances qu’on
leur prodigue[224], songent à leurs compagnons perdus, jetés peut-être
par la mer sur les côtes mauresques. Les chevaliers gascons, en effet,
ballottés sur les côtes du Maroc et du royaume de Tlemcen, risquent,
pendant quarante jours, d’être pris par les Sarrasins. Le vent les
ramène enfin dans la mer d’Espagne. Ils se dirigent d’abord sur
Séville, où, sur la foi de marchands rencontrés en mer, ils croient que
le roi de Castille est assiégé par le roi de Portugal et les Anglais.
Détrompés par la vue tranquille de la ville, ils arrivent à Lisbonne
et entrent au port, juste au moment où, les croyant morts, leurs
compagnons célèbrent un service funèbre en leur honneur dans l’église
Sainte-Catherine[225]. La joie est grande de leur retour. P. 135 à 139,
344, 345.
[222] Béatrice de Portugal (voy. la note suivante).
[223] _Édouard_ et non _Jean_, comme le nomme Froissart, n’eut jamais
pour femme que Philippine de Mohun. Ses fiançailles, décidées depuis
longtemps avec Béatrice de Portugal (voy. plus haut, p. XXII, note
127), furent rompues en 1383 (voy. p. LVIII, note 369) par le mariage
de cette princesse avec le roi Jean de Castille.
[224] Le comte de Cambridge fut logé à San Domingo. Les Anglais
n’ayant pas amené de chevaux avec eux, le roi Ferdinand s’occupa de
leur en procurer et fit don au comte de Cambridge de douze chevaux,
et à la comtesse de douze mules richement garnies (D. Nuñez, t. II,
p. 319-320).
[225] L’église actuelle de Sainte-Catherine, bâtie sur la colline de
même nom, domine le côté ouest du port.
CHAPITRE XIV.
_1381, juillet_. LE COMTE DE FLANDRE ASSIÈGE DE NOUVEAU GAND.--MORT
DE GAUTHIER D’ENGHIEN.--_Octobre_. CONFÉRENCES D’HAERLEBEKE.--_1382,
janvier._ MEURTRES DE SIMON BETTE ET DE GILBERT DE GRUTERE; PUISSANCE
DE PHILIPPE D’ARTEVELDE. (§§ 228 à 234[226]).
Philippe d’Artevelde, une fois maître du pouvoir à Gand[227], suit
les conseils de Pierre du Bois, qui le pousse à la cruauté, et fait
tuer douze des meurtriers de son père; il consolide sa puissance en
s’appuyant surtout sur les gens sans aveu. Du reste, tous les partis
sont d’accord dans la ville et se soutiennent mutuellement.
[226] Nous nous sommes arrêté dans ce paragraphe à la fin de la l. 12
de la p. 152.
[227] Ce n’est que plus tard, le 24 janvier 1382, d’après Meyer (fol.
180 rº), que Philippe d’Artevelde fut nommé _rewaert_ de Gand, après
le meurtre de Gilles le Foulon. C’est à cette date que nous trouvons
la mention de sommes touchées par Philippe d’Artevelde (_Rekeningen_,
p. 278 et 310).
Tandis que le doyen des tisserands, chez qui on trouve de la poudre
de mine toute mouillée, est accusé de trahison et mis à mort[228],
le comte de Flandre s’apprête à faire de nouveau le siège de Gand
et convoque ses vassaux. Sa mère, la comtesse d’Artois, vient de
mourir[229]. P. 139 à 141, 345.
[228] Ce doyen des tisserands, accusé de trahison, se nommait Liévin
Walrave (Meyer, fol. 179 rº).
[229] Marguerite, comtesse de Flandre, fille du roi Philippe le Long,
avait toujours exercé sur son fils une influence utile à la France.
Elle ne mourut que l’année suivante, en 1382. Son corps fut transféré
à Saint-Denis le 9 mai 1382 (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p.
158); les obsèques, auxquelles le roi Charles VI assista, eurent lieu
le 18 mai (_Chronographia_, t. III, p. 36). Les diverses chroniques
ne parlent que plus tard de la présence d’Artésiens dans l’armée du
comte.
Gauthier d’Enghien se garde de manquer à l’appel et, durant le
siège de Gand, il se distingue dans maintes escarmouches, lui et ses
chevaliers de Hainaut. C’est ainsi qu’un dimanche de juin, il prend et
brûle la ville de Grammont, y tue plus de 500 hommes, et vient recevoir
les félicitations du comte sous les murs de Gand[230]. P. 141, 142, 346.
[230] Ce nouveau siège de Gand commença dans les premiers jours de
juillet 1381 et le sac de Grammont, qui le précède, doit sans doute
être daté du 30 juin, dimanche suivant la Saint-Jean (_Ist. et chr._,
t. II, p. 245). D’après certaines chroniques le siège ne dura guère
que trois semaines; d’après d’autres, le comte le leva vers le 1er
octobre.
Un mois après, un jeudi, accompagné de plusieurs chevaliers, il est
surpris par une embuscade de Gantois et massacré[231]. Avec lui
sont tués le seigneur de Montigni, son fidèle compagnon, le bâtard
d’Enghien, son frère, et Gilles du Trisson. Blessé grièvement, Michel
de la Hamaide, cousin de Gauthier d’Enghien, n’est sauvé que grâce à
Hustin du Lai. Le corps du seigneur d’Enghien est rendu par les Gantois
contre paiement de 1,000 francs: on l’enterre à Enghien[232]. P. 142 à
145, 346, 347.
[231] La date de la mort de Gauthier d’Enghien, qui varie suivant les
chroniques, est fixée vraisemblablement par Meyer au jeudi 18 juillet
1381.
[232] Gauthier d’Enghien fut enterré, non pas à Enghien, mais dans
une chartreuse près de Bruges, en octobre 1381. Il fut payé pour ses
obsèques à «sire François, l’aumônier et capellain Monseigneur,» la
somme de 60 livres (_Arch. du Nord_, pièce citée par Le Glay, _Chr.
rimée_, p. 102).
Désespéré de la mort de Gauthier d’Enghien, le comte lève le siège de
Gand et s’en retourne à Bruges, après avoir établi des garnisons dans
les villes voisines. Il ne peut obtenir des Liégeois qu’ils renoncent à
ravitailler les Gantois; il est plus heureux auprès du duc de Brabant.
Le duc Aubert transmet ses ordres à son bailli de Hainaut, Simon de
Lalaing[233], qui les fait exécuter en Hainaut, mais non en Hollande et
en Zélande[234].
[233] Voy. une généalogie de la maison de Lalaing dans les _Pièces
originales_ de la _Bibl. nat._, vol. 1622.
[234] La levée du siège de Gand fut pour les habitants de cette
ville le commencement d’une période de troubles et d’anarchie. Pour
bien accentuer leur séparation complète du reste de la Flandre,
les Gantois se déclarèrent urbanistes et nommèrent un évêque de
cette opinion (voy. plus loin, p. LXXII; _Ist. et chr._, t. II, p.
175); et, sous la conduite de Gilles le Foulon, ils se livrèrent au
pillage de la campagne environnante; mais, harcelés sans cesse par
les garnisons voisines, ravitaillés imparfaitement par leurs amis de
Hollande et du Liégeois, pressés par le duc Aubert de faire la paix,
ils s’y seraient résolus dès septembre 1381, si les exigences du
comte, qui ne cherchait qu’à différer, n’avaient pas été si grandes
(Meyer, fol. 179 vº). Après de nouvelles hostilités et malgré les
résistances du parti révolutionnaire, les conférences de Haerlebeke
eurent lieu du 30 septembre au 2 octobre et du 5 au 7 octobre 1381
(_Rekeningen_, p. 272-273). Elles avaient été précédées d’autres
conférences tenues à Oedelem, près de Bruges, le 8 juin, et du 13 au
20 août (_Ibid._, p. 186 et 271).
Cependant, des conférences s’ouvrent à Haerlebeke, où le comte et
les villes de Flandre envoient des représentants[235], comme aussi
les pays de Brabant, de Hainaut et de Liège. Les Gantois sont au
nombre de douze, parmi eux Gilbert de Grutere[236] et Simon Bette. La
paix, désirée par tous les gens paisibles, est décidée sous certaines
conditions; et les Gantois rentrent dans leur ville. Gilbert de Grutere
et Simon Bette annoncent à leurs amis que bientôt la paix sera signée,
joyeuse pour les honnêtes gens, mais funeste pour les mauvais citoyens.
P. 145 à 147, 347, 348.
[235] Les représentants du comte aux conférences de Haerlebeke furent
messire de la Gruthuse, Josse de Halewin, messire Jean de Halewin,
maître Pierre de la Zeppe, le receveur et Gilles le Souton, «envoyés
par deux fois ou mois d’octobre l’an IIIIxx et I à Haerlebeke pour
tenir journée contre chiaus de Gand.» Les frais de cette ambassade
montèrent à 142 livres, 13 sous, d’après un compte des archives de
Lille, cité par Le Glay (_Chr. rimée_, p. 102).
[236] Gilbert de Grutere n’assista qu’aux dernières conférences, du 5
au 7 octobre (_Rekeningen_, p. 272).
Informé de ce qui se passe et voyant dans les paroles de Gilbert de
Grutere et de Simon Bette une menace pour lui, Pierre du Bois, d’accord
avec Philippe d’Artevelde, convoque ses gens pour le jour où le traité
doit être rendu public dans la halle de Gand. P. 147 à 149, 348, 349.
Le jour dit, à neuf heures du matin, les échevins et les notables de
la ville se réunissent pour entendre ceux d’entre eux qui sont allés
à Haerlebeke. Gilbert de Grutere et Simon Bette prennent la parole et
expliquent comment, grâce à l’intervention des ducs de Brabant et de
Bavière, le comte consent à la paix, sous la condition que dans les
quinze jours on lui livre 200 otages, qu’il désignera lui-même, pour
aller à Lille se mettre à sa merci. Pierre du Bois se montre alors et
reproche à Gilbert Grutere d’avoir trahi la ville en disposant ainsi de
la vie de 200 de ses concitoyens: tirant sa dague, il le frappe à mort;
Philippe d’Artevelde poignarde de son côté Simon Bette. Une émeute
semble poindre; elle se calme bientôt, tandis que le comte, apprenant
à Bruges ces deux meurtres, jure de se venger[237]. P. 149 à 151, 349,
350.
[237] D’après le _Memorie Boek_ de Gand, cité par Kervyn (t. IX, p.
566), un mouvement populaire se produisit le 26 janvier 1382. Simon
Bette, premier échevin de la Keure, ne périt que le jeudi 30.
Les Gantois pleurent tout bas ces deux victimes, mais ils sont
terrorisés[238] et continuent à souffrir de la guerre, exposés à être
faits prisonniers par les garnisons qui les guettent, et ne recevant
plus de vivres ni du Brabant ni du Hainaut. P. 151, 152, 350.
[238] Maître de la ville, Philippe d’Artevelde édicte de nouvelles
lois et fait nommer quatre tribuns: Pierre du Bois, Jacques le Riche,
doyen des tisserands, Jean de Heyst et Rasse Vande Voorde (Meyer,
fol. 180 vº). Voy. Kervyn, t. IX, p. 566-567.
CHAPITRE XV.
_1382, 24 février._ RÉVOLTE A ROUEN.--_1er mars._ ÉMEUTE DES
MAILLOTINS.--_14 janvier._ MARIAGE DU ROI RICHARD II ET D’ANNE
DE BOHÊME.--_22 février._ LE DUC D’ANJOU ARRIVE A AVIGNON.--_13
juin._ IL PART POUR L’ITALIE.--_14 octobre._ IL PÉNÈTRE SUR LE
TERRITOIRE NAPOLITAIN.--_Mai-juin._ CHEVAUCHÉE DES ANGLAIS EN
ESTRAMADURE.--_Août._ COMMENCEMENT DES POURPARLERS DE PAIX ENTRE LE
PORTUGAL ET LA CASTILLE.--_Octobre._ DÉPART DU COMTE DE CAMBRIDGE
(§§ 234[239] à 262).
Les Parisiens, eux aussi, s’insurgent à la même époque contre le roi,
qui veut rétablir les aides et autres impôts dont la suppression,
accordée par feu Charles V, avait été confirmée lors du couronnement à
Reims[240].
[239] Ce paragraphe ne commence dans ce chapitre qu’à la ligne 13 de
la page 152.
[240] La suppression des aides accordée à Paris le 15 novembre 1380
(voy. plus haut, p. V, note 23) avait été accueillie avec joie. La
fin du règne de Charles V fut en effet marquée par une augmentation
sensible des impôts, dont on souffrit vivement: «Dyablement y ait
part,» disait en parlant du feu roi un homme du peuple, «quant il
a vescu si longuement, car il nous feust mieulx, s’il feust mort
passé a.X. ans!» (_Arch. nat._, JJ 136, fol. 13 vº). «Maudite soit
l’heure que il fu onques nez ne sacrez!» disait un autre (_Ibid._,
JJ 144, fol. 169 vº). Aussi, quand le 4 mars 1381 «ont esté mandé à
Paris les gens des trois estas de la Languedouyl et a esté assemblée
à Paris pour avoir ayde pour le fait de la guerre» (_Ibid._, X1a
1471, fol. 443), les États refusèrent l’aide. De même à Compiègne et
à Senlis. Le roi dut se contenter d’une taille accordée à Paris et
dans le diocèse de Sens et de subsides du clergé obtenus par le pape
en septembre 1381. Après un accord fait avec le prévôt des marchands
et les bourgeois de Paris en janvier, il est décidé qu’au 1er mars
prochain un impôt sera perçu sur le vin et sur le sel et 8 deniers
(12, d’après d’autres chroniques) par livre de toute marchandise
(_Chronographia_, t. III, p. 3-8). L’ordonnance est publiée au mois
de janvier à huis-clos au Châtelet; on afferme les impôts, et le
dernier jour de février on a recours à une ruse pour l’annoncer au
peuple (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 134).
Le roi et son conseil sont forcés de se réfugier à Meaux[241]; le
peuple de Paris prend les armes[242], massacre les collecteurs, ouvre
les portes des prisons[243], pille les maisons[244] et délivre Hugues
Aubriot[245], ancien prévôt du Châtelet, condamné à la prison pour ses
méfaits dignes du feu: il se hâte de fuir en Bourgogne.
[241] Les détails donnés par Froissart sur la révolte des Maillotins
sont assez confus et incomplets; ils doivent être rectifiés
et complétés par d’autres chroniques, principalement par la
_Chronographia regum francorum_, p. p. M. H. Moranvillé. Lorsque, le
1er mars 1382, la révolte éclata au sujet du recouvrement de l’impôt,
la cour, forcée de fuir à la hâte, se réfugia non pas à Meaux, mais
à Vincennes (_Œuvres d’Eustache Deschamps_, t. III, p. 139), où
était le roi, qui n’alla à Meaux qu’en avril, après la répression de
l’émeute de Rouen (Petit, _Séjours de Charles VI_, p. 13).