les uns le faisant venir d’Essex, les autres de Kent: en réalité, il
y eut, parmi les insurgés, deux personnages de ce nom (voy. Bémont,
dans _Histoire générale_ de MM. Lavisse et Rambaud, t. III, p.
388, note 1). Un Wat Tyler est signalé comme «manens in Ketleston,
from which we may perhaps infer that he was not a resident in the
district» (Powell, _The Rising in East Anglia in 1381_, p. 34-35).
Le jour de leur arrivée à Londres, les gens de Kent rencontrent en
chemin la mère du roi[153], qui revenait de Cantorbéry. Molestée par
eux, elle se hâte de se rendre auprès de son fils. Elle le trouve
entouré de son conseil, du comte de Salisbury, de l’archevêque de
Cantorbéry[154], de Robert de Namur, de Jean de Gommegnies et d’autres
qui, depuis longtemps déjà, avaient connaissance de ce mouvement
populaire et auraient dû y pourvoir[155]. P. 97 à 99, 329 à 331.
[153] Jeanne de Kent, princesse de Galles, malgré un premier mariage
contracté avec Thomas Holand, avait été forcée, pendant l’absence
de son mari, à épouser le comte de Salisbury. Ce second mariage fut
déclaré nul par le pape. Veuve de Thomas Holand, en décembre 1381,
elle avait été recherchée et épousée par le prince de Galles, père de
Richard II.
[154] Simond de Sudbury, archevêque de Cantorbéry depuis le mois de
mai 1375.
[155] C’est à tort que Froissart reproche au roi de ne pas avoir pris
de précautions contre l’émeute menaçante. Les mesures prises à cet
égard furent même en partie causes de l’échec du comte de Buckingham
en Bretagne, car les renforts qu’il attendait durent rester en
Angleterre et furent rappelés à Londres dès le commencement des
troubles. C’est ainsi que Thomas Felton et autres chevaliers, engagés
dès le 1er mars 1381, retournent auprès du roi (_Rec. Off., Lord
Treas. Rem., For. Acc._ 5, m. 11 rº et 20 vº; _Issue Rolls, 4 Rich._
II, m. 20).
C’est le lundi 10 juin 1381 que les bandes commandées par Jean Ball,
Wat Tyler et Jack Straw entrent à Cantorbéry et envoient des émissaires
dans les autres comtés pour leur donner rendez-vous le jour de la
Fête-Dieu (13 juin) ou le lendemain, sous les murs de Londres; elles
pillent les abbayes de Saint-Thomas et de Saint-Vincent[156], et, le
lendemain, prennent le chemin de Rochester, abattant les maisons des
gens de loi et entraînant à leur suite les habitants des villages.
[156] Kervyn (t. XXIV, p. 164) estime que Froissart, ici comme
ailleurs, désigne ainsi à tort l’abbaye de Saint-Augustin.
Arrivés à Rochester, les insurgés, bien accueillis par la population,
s’emparent de Jean Newton[157], capitaine de la ville, et l’emmènent
avec eux sous menace de mort.
[157] Walsingham (t. II, p. 464) fait jouer à Jean Newton un certain
rôle le jour de la mort de Wat Tyler. Insulté et menacé par le chef
des insurgés, il va être frappé, quand s’interpose le maire de
Londres, Guillaume Walworth.
Dans toutes les autres parties de l’Angleterre, jusqu’à Lynn[158]
et à Yarmouth[159], les mêmes violences se produisent, et des
chevaliers tels que Thomas de Morley[160], Étienne de Hales[161] et
Étienne de Cosyngton sont contraints de marcher avec les révoltés. P.
100 à 102, 331, 332.
[158] King’s Lynn, port du Norfolkshire sur la mer du Nord.
[159] Port du Norfolkshire sur la mer du Nord.--D’après une note
communiquée par notre confrère Petit-Dutaillis, note qu’il a bien
voulu extraire pour nous de la thèse manuscrite du regretté André
Réville, qu’il doit bientôt publier, _sur le soulèvement des paysans
d’Angleterre... dans les comtés de Hertford, Suffolk et Norfolk en
1381_, la révolte s’étendit plus au nord encore que la ligne de
démarcation que lui assigne Froissart. Les positions de la thèse
d’André Réville ont été publiées en 1390 (_Positions des thèses
soutenues par les élèves de la promotion de 1890, pour obtenir le
diplôme d’archiviste-paléographe_, p. 139-148).
[160] Ce chevalier, que Walsingham nomme _Guillaume_ de Morlee, fut
envoyé avec Jean Brewes à Londres, par les insurgés de Norfolk, pour
demander au roi les lettres d’affranchissement (t. II, p. 6). En
1405, il fait partie d’une expédition contre la France (Rymer, t.
VIII, p. 403); en 1406, il intervient dans l’acte par lequel le roi
règle sa succession (_Ibid._, p. 463).
[161] Ce personnage figure aussi dans Walsingham (t. II, p. 5) parmi
les chevaliers «qui eos sequi compulsi sunt,» à côté de Jean Brewes
et Robert de Salle. Le fait ne semble pas prouvé pour ce dernier
(Powell, _The Rising in East Anglia in 1381_, p. 31).
Les insurgés partent de Rochester et s’acheminent vers Londres;
ils passent la rivière à Brentford[162], puis s’établissent sur la
montagne de Blackheath[163], à quatre lieues de Londres. Le maire,
Jean Walworth[164], et les notables font fermer et garder la porte du
pont de la Tamise. Plus de 30,000 habitants partagent les idées des
émeutiers.
[162] Froissart a évidemment confondu ici Brentford sur la Tamise
avec Dartford sur la Darent, où la tradition place la première
explosion de colère des paysans à propos des vexations des
collecteurs de la _poll-tax_. Pour aller de Rochester à Blackheath,
on passe en effet par Dartford et non par Brentford.
[163] Ce nom est porté aujourd’hui par une petite localité des
environs de Greenwich, dont le parc est encore borné de bruyères au
sud et au sud-est.
[164] Le prénom du maire de Londres était _Guillaume_ et non pas
Jean, comme en témoignent les documents officiels du _Record
Office_ (_Patent Rolls_ 311, nos 4 vº et 5) et un procès-verbal des
_Guildhall Records_ (_Letter Book_ H, fol. 133).
Ces derniers députent Jean Newton vers le roi, pour lui demander de
venir les trouver et pour se plaindre du mauvais gouvernement du
royaume. Le roi leur promet de venir les voir le lendemain jeudi 13
juin. P. 102 à 104, 332, 333.
Le comte de Buckingham ne quitte pas, durant tout ce temps, le pays
de Galles, où sa femme[165], fille du comte de Northampton, possède
des terres[166]. Le bruit court cependant à Londres qu’il accompagne
les émeutiers, et cela à cause d’un certain Thomas, de Kent, qui lui
ressemble.
[165] Éléonore de Bohun, fille du comte de Hereford et Northampton,
avait épousé Buckingham en 1374.
[166] A son retour de Bretagne, le comte de Buckingham avait appris
le mariage de son neveu Henri de Lancastre avec sa belle-sœur, Marie
de Bohun, qu’il espérait voir entrer en religion, pour être maître de
toute la fortune revenant à sa femme. Il en fut fort mécontent «and
never after loved the ducke of Lancaster as he had hitherto done».
C’est ainsi que Johnes s’exprime dans un passage qu’il est seul à
reproduire (t. I, p. 623-624). Dans ce passage, Froissart donne aux
deux sœurs, filles du comte de Northampton, les noms fautifs de
Blanche et d’Isabelle, au lieu d’Éléonore et de Marie.
Le comte de Cambridge et ses barons, craignant de voir arrêter leur
expédition par cette révolution, mettent à la voile malgré le vent et
sont obligés de jeter l’ancre devant Plymouth.
Le duc de Lancastre, malgré les craintes qu’il ressent pour lui-même
du mauvais état des choses, car il se sait peu aimé, n’en continue pas
moins à traiter avec les barons écossais, les comtes de Douglas, de
Moray, de Sutherland, Thomas d’Erskine[167] et autres, qui se montrent
d’autant plus difficiles qu’ils sont au courant de ce qui se passe. P.
104 à 106, 333.
[167] Thomas d’Erskine, que nous voyons en 1357 prisonnier des
Anglais (Rymer, t. VI, p. 35), intervient au traité de la rançon du
roi David, le 3 octobre 1357 (_Ibid._, p. 48). Il va en Angleterre en
1366 et 1367 (_Ibid._, p. 534 et 576) avec 12 chevaliers et a un duel
retentissant avec Jean de Douglas en 1367 (_Ibid._, p. 582, 583);
en 1369, il se rend en France et en Angleterre (_Ibid._, p. 614) et
intervient aux trêves qui sont signées pour quatorze ans (_Ibid._, p.
632). Nous le retrouvons ici négociant de nouvelles trêves, de même
qu’en 1384 et 1390 (Rymer, t. VII, p. 434 et 683).
Le jour de la Fête-Dieu arrive (13 juin); le roi entend la messe et,
accompagné des comtes de Salisbury, de Warwick, d’Oxford et de quelques
chevaliers, il se dirige en bateau vers la rive droite du fleuve,
du côté de son château de Rotherhithe[168]. Plus de 10,000 hommes
l’accueillent par des cris; très effrayé, il n’aborde pas, et rentre au
château de Londres.
[168] Cette ancienne résidence royale a donné son nom à un quartier
du Londres actuel.
Furieux de leur déconvenue, les émeutiers envahissent les faubourgs de
Londres, saccagent les maisons des gens d’église et de cour, abattent
la prison des Maréchaussées[169], délivrent les prisonniers et se
présentent aux portes de la ville.
[169] La prison de Marshalsea, qui est démolie aujourd’hui, était
située dans le quartier de Southwark, près de l’emplacement où fut
bâtie au XVIe siècle l’église actuelle de Saint-George. Elle existait
encore en 1826; Dickens y a placé le lieu d’action de son roman
_Little Dorrit_.
Le peuple leur ouvre les portes[170]; et ces gens affamés se jettent
sans mesure sur les vivres et sur les boissons qu’on leur donne pour
les apaiser.
[170] Les insurgés entrèrent du côté d’Aldgate et de Southwark
(_Guildhall Records, Letter Book_ H, fol. 133).
Jean Ball, Jack Straw et Wat Tyler, avec une troupe de plus de 30,000
compagnons, brûlent l’hôtel de Savoie[171], propriété du duc de
Lancastre, la maison des Hospitaliers connue sous le nom de Saint-Jean
de Clerkenwell[172]; puis parcourent les rues, tuent les Flamands[173]
qu’ils aperçoivent, forcent et pillent les habitations des Lombards;
enfin, rencontrant un riche homme, Richard Lyons[174], qui avait
autrefois, pendant les guerres de France, battu Wat Tyler, son valet
alors, ils lui coupent la tête, qu’ils promènent en trophée par toute
la ville. P. 106 à 108, 333, 334.
[171] L’hôtel de Savoie, construit au milieu du XIIIe siècle, sous le
règne de Henri III, par Pierre de Savoie, oncle de la reine, était
bientôt devenu la propriété de la maison de Lancastre. Longtemps
après l’incendie de 1381 (1505-1511), on bâtit sur son emplacement la
Savoy-Chapel, restaurée en 1864.
[172] Ce quartier de Londres possède encore la crypte de l’église
Saint-John. D’après Walsingham (t. I, p. 457) l’incendie dura sept
jours.
[173] Cette haine du peuple anglais pour les étrangers, et surtout
pour les Flamands, a été tout particulièrement signalée par A.
Réville (_Positions... de la promotion de 1890_, p. 144, 145 et 146).
Les Flamands, massacrés le vendredi 14 _et non le jeudi_, étaient au
nombre de 40 (_Guildhall Records, Letter Book_ H, fol. 133).
[174] Impliqué en 1376, en même temps que Latymer, dans une affaire
de concussion, Richard Lyons, après avoir vainement essayé de se
faire bienvenir du prince de Galles en lui envoyant un baril plein
d’or, avait été condamné à la prison perpétuelle, en la Tour de
Londres, «pur certaines mesprisons par lui faitz dont il est convict»
(Rymer, t. VII, p. 113-114), puis gracié (Knyghton, col. 2636; cf.
aussi un passage d’une chronique anonyme publié par Kervyn, t. VIII,
p. 469). C’est sans doute en suivant Latymer en France, lors de
l’expédition de Buckingham (1380-1381), qu’il avait eu pour valet un
Wat Tyler. Richard Lyons fut décapité le jour suivant, vendredi 14.
Son château d’Overhall avait été détruit par les insurgés de Suffolk
(Powell, _The Rising in East Anglia in 1381_, p. 10).
Le soir, les insurgés campent sur la place Sainte-Catherine[175],
devant la Tour et le château de Londres; ils veulent, disent-ils, que
le roi écoute leurs doléances et que le chancelier rende compte de tout
l’argent qui, depuis cinq ans, a été levé dans le pays.
[175] En aval de la Tour de Londres; le nom est resté aux Saint
Katherine’s Docks.
Le roi et son conseil, se tenant dans la Tour de Londres, sont prêts
à écouter l’avis de Walworth, qui veut à minuit tomber sur tout ce
monde et le massacrer. Robert Knolles a plus de 120 compagnons sous ses
ordres; de même Perducat d’Albret. Avec ses chevaliers, les notables
de la ville et leurs valets, le roi peut opposer au moins 7 ou 8,000
hommes aux 60,000 émeutiers. Mais le peuple de Londres n’est pas sûr;
mieux vaut, comme le conseillent le comte de Salisbury et d’autres,
accorder ce que demandent ces gens. On n’attaque donc point. P. 108 à
110, 334, 335.
Le vendredi matin, le peuple demande à parler au roi; il menace
d’assiéger le château. Le roi leur fait dire par le maire d’aller hors
de Londres, à Mile-End[176], où il ira les trouver et leur accordera ce
qu’ils réclament.
[176] Ce nom, donné alors à une grande plaine, a été conservé à une
rue située à l’extrémité est de Londres.
Les émeutiers quittent donc peu à peu la ville, mais non pas tous.
Aussitôt que le roi, ses deux frères et les barons de sa suite sont
sortis, 400 bandits, conduits par Jean Ball, Jack Straw et Wat Tyler,
pénètrent dans les chambres du château[177] et massacrent l’archevêque
de Cantorbéry, Simond de Sudbury, chancelier d’Angleterre; de même sont
tués le grand prieur des Hospitaliers[178], un frère mineur, médecin du
duc de Lancastre[179], et Jean Leg[180], sergent d’armes du roi; les
quatre têtes sont placées sur le pont de Londres[181].
[177] Walsingham dit que le roi avait permis aux insurgés d’entrer
dans la Tour (t. I, p. 458).
[178] Robert de Hales, trésorier du roi, dont le palais de Hybery,
situé à deux lieues de Londres, fut détruit complètement (Knyghton,
col. 2636).
[179] Ce frère mineur se nommait Guillaume Appelton (_Guildhall
Records, Letter Book_ H, fol. 133).
[180] Jean Leg, chargé, en 1380, de lever l’impôt de la _poll-tax_,
était, en 1370, sergent d’armes du roi; il avait dû, à cette époque,
s’occuper de rassembler des bateaux pour l’expédition de Robert
Knolles en France (Rymer, t. VI, p. 659). En 1373, on lui avait
confié la garde des deux fils de Charles de Blois (_Ibid._, t. VII,
p. 26).
[181] A ces noms, il faut ajouter un certain Richard Somenour, qui,
avec les autres, fut décapité sur le Tower hill, où avaient lieu les
exécutions pour crime de haute trahison (_Guildhall Records, Letter
Book_ H, fol. 133).
Les misérables entrent aussi dans la chambre de la mère du roi, dont
ils mettent le lit en pièces; la malheureuse femme, à demi morte de
peur, est transportée en bateau à la Tour royale, à la Garde-robe de la
reine[182], où elle reste toute la journée et la nuit suivante[183]. P.
110 à 112, 335, 336.
[182] La Tour royale, où était la Garde-robe de la reine, était
située sur la rive gauche de la Tamise, non loin du pont actuel des
Blackfriars.
[183] Le procès-verbal des _Guildhall Records_, qui semble ici
incomplet intentionnellement (il ne parle pas des chartes octroyées
par le roi à Mile-End), reste muet aussi sur les outrages faits à la
reine mère, qui se serait rendue de la Tour à la Garde-robe non pas
en bateau, mais en suivant le roi en char.
Le roi s’avance avec une faible escorte sur la place de Mile-End, où
l’abandonnent ses deux frères et Jean de Gommegnies. Il s’adresse alors
au peuple, et, après des pourparlers, il promet l’abolition du servage;
chaque village aura sa charte d’affranchissement et sa bannière; tout
est pardonné. L’apaisement se fait, les insurgés rentrent à Londres,
et, à mesure que sont écrites les chartes[184], ils les emportent et
rentrent dans leurs pays. Tous cependant ne partent pas; près de 30,000
restent à Londres avec Wat Tyler, Jack Straw et Jean Ball, attendant
une occasion de pillage[185].
[184] Ces lettres, dont la teneur est donnée par Walsingham (t. I, p.
467), sont datées du 15 juin: non seulement elles affranchissent les
serfs, mais encore leur pardonnent tous leurs crimes et délits.
[185] Sous le prétexte de discuter les termes des chartes
d’affranchissement (Walsingham, t. I, p. 463).
Le roi, voyant la rébellion un moment apaisée, se rend à la Tour royale
pour rassurer sa mère: il y passe la nuit du vendredi. P. 112 à 114,
336.
Les mêmes scènes de désordre se présentent ailleurs, à Norwich[186],
entre autres, où les bandes de Lynn, de Cambridge et de Yarmouth,
conduites par Guillaume Lister[187], ne pouvant persuader au capitaine
de la ville, Robert Sall[188], de venir avec elles, le tuent lâchement,
le jour même de la Fête-Dieu, alors qu’à Londres on brûle l’hôtel de
Savoie et qu’on brise les portes de la prison de Newgate[189]. P. 114 à
116, 336, 337.
[186] D’après A. Réville, c’est le 17 juin que la bande de _Geoffrey_
Listere, «recrutée dans la région de Holt et de North Walsham,»
marcha sur Norwich (_Positions de thèses..._, p. 145). Au dire de
Walsingham (t. II, p. 5), le nombre des chevaliers entraînés par les
insurgés fut considérable en Norfolk.
[187] _Geoffroy_ Listere, un teinturier de Norwich, qui «apud North
Walsham et nomen et potestatem regiam exercebat» (_Chr. a monacho
Sancti Albani_, p. 310), était réellement de Felmingham (Powell, _The
Rising in East Anglia in 1381_, p. 27).
[188] C’est en refusant de suivre les insurgés que Robert Sall fut
tué (_Chr. a monacho Sancti Albani_, p. 305). Frappé tout d’abord
par Henry Rise, il fut achevé par Adam Blak, William Broom, etc.
(_Communication de M. Petit-Dutaillis, d’après les papiers d’André
Réville_). Les rôles municipaux de Norwich consultés par A. Réville
ne disent nullement que Robert Sall fût _capitaine_ de la ville. Fait
chevalier par Édouard III, Robert Sall représentait au Parlement le
comté de Norfolk (Powell, _The Rising in East Anglia in 1381_, p.
29).
[189] La principale prison de Londres porte encore aujourd’hui ce
nom.
Le samedi matin, 15 juin, le roi quitte la Tour royale, va à
Westminster faire ses dévotions, mais n’ose entrer à Londres; arrivé
près de l’abbaye de Saint-Barthélemi[190], il tombe, à Smithfield[191],
au milieu des partisans de Wat Tyler, qui, au nombre de 20,000, munis
de leurs nouvelles bannières, s’apprêtent à piller la ville, avant que
les autres bandes, conduites par Guillaume Lister et Thomas Baker[192],
ne soient arrivées des autres comtés.
[190] Il ne reste aujourd’hui du prieuré de Saint-Barthélemi que
l’église, bien modifiée au XVIe siècle.
[191] Sur la place de Smithfield se donnaient autrefois les tournois
et se tenait la foire de Saint-Barthélemi; on y faisait aussi les
exécutions capitales.
[192] Ce Thomas Baker n’est autre sans doute que Roger Bacon,
lieutenant de G. Listere, qui «déchire la charte des privilèges
de Yarmouth, vide la prison, massacre trois prisonniers, pille
les collecteurs des coutumes royales» (A. Réville, _Positions des
thèses... de 1890_, p. 145). Ce Bacon était chevalier (Powell, _The
Rising in East Anglia in 1381_, p. 26).
Wat Tyler s’avance au-devant du roi, se prend de querelle avec un
des écuyers et est frappé par le maire de Londres, Jean Walworth: un
écuyer, Jean Standish[193], descend de cheval et l’achève. La foule se
montre hostile et va faire un mauvais parti au roi, quand des renforts
lui arrivent, 7 à 8,000 hommes, amenés par Robert Knolles, Perducat
d’Albret, les neuf échevins fidèles et Nicolas Brembre. Fort de cet
appui, le roi crée trois nouveaux chevaliers[194]: Jean Walworth, Jean
Standish et Nicolas Brembre[195], et fait redemander aux insurgés, par
ces trois chevaliers, les bannières qui leur avaient été distribuées.
Les bannières sont rendues, déchirées sur place, et la foule rentre
sans résistance dans Londres, au grand déplaisir de Robert Knolles,
qui eût voulu tuer tout ce monde[196]. Le roi rentre à la Tour royale
pour revoir sa mère. Défense est faite à quiconque n’est pas natif de
Londres ou n’y demeure pas depuis un an d’y séjourner plus tard que le
dimanche suivant, sous peine de mort. Chacun s’en retourne donc dans
son pays[197]. Jean Ball[198] et Jack Straw[199], découverts dans leur
cachette, sont décapités, ainsi que Wat Tyler[200]. Ces exécutions
arrêtent la marche des bandes qui, appelées par les gens du Kent, se
disposaient à venir à Londres. P. 116 à 124, 337 à 340.
[193] Ce jeune écuyer du roi ne peut sans doute pas être le même que
le Jean Standisch, qui était chargé, en 1346, de conduire à la Tour
de Londres un prisonnier écossais (Rymer, t. V, p. 534), d’autant que
son vrai prénom est _Raoul_ et non _Jean_ (voy. la note suivante).
[194] Les noms ne sont pas les mêmes dans le procès-verbal, où il
est dit que le roi «dictum majorem et dominum Nicholaum Brembre et
dominum Johannem Phelipot, pridem majores dictæ civitatis, dominum
Robertum Launde ordine militari suis propriis manibus decoravit»
(_Guildhall Records, Letter Book_ H, fol. 133). On lit dans Knyghton
(col. 2637): «Tunc rex dicto Johanni de Walworth et Radulpho de
Standiche vicem rependens, ipsos cum aliis .IIII. burgensibus de
civitate militari cingulo sublimavit, scilicet dominos Johannem
Philipote, Nicholaum de Brembre, et Johannem Lande, Nicholaum
Twyford.»
[195] Nous voyons Nicolas Brembre prêter de l’argent au roi «in
magnis et urgentibus necessitatibus,» probablement en 1381 (Rymer, t.
VII, p. 459); il est membre du conseil du roi en 1388 (_Ibid._, p.
566).
[196] Dans la compagnie du roi se trouvait encore un jeune chevalier
de Hainaut, compagnon de Robert de Namur, Henri de Sansselles, que
Johnes cite dans une addition à notre texte (t. I, p. 663, en note).
Froissart l’a nommé plus haut p. 103.
[197] Le roi, qui avait, le jour même du 15 juin, ajourné le
Parlement (Rymer, t. VII, p. 311), donne la garde de la cité de
Londres à Guill. Walworth, le maire, Robert Knolles, Jean Philipot,
Nicolas Brembre et Robert Launde (_Rec. Off., Patent Rolls_ 311, m.
5), auxquels il adjoint, le 20 juin, Robert Bealknapp et Guillaume
Cheyne (_Ibid._, m. 4 vº). A cette date, de nombreuses arrestations
sont faites à Londres et ordre est donné à Robert d’Asheton,
capitaine de Douvres et garde des Cinq-Ports, à Jean de Clynton, à
Thomas Trivet et à Ét. de Valence de s’armer contre les rebelles
(_Ibid._).
[198] Arrêté, non pas à Londres, le 15 juin, mais plus tard à
Coventry, Jean Ball fut jugé à Saint-Albans, vers le 15 juillet,
par Robert Tresilian et condamné à être écartelé, puis pendu; son
corps, coupé en quatre morceaux, fut exposé en différents quartiers
de la ville (Walsingham, t. II, p. 34; Knyghton, col. 2644). Il avait
avoué qu’il avait été poussé à la rébellion par des personnes «of the
highest rank and power» (Johnes, t. I, p. 664, en note).
[199] Jack Straw fut pris à Londres: amené devant le maire, il fit
sa confession, où il indiqua que son projet était de supprimer le
roi, les nobles et les ordres religieux, sauf les frères mendiants,
et de s’emparer du pouvoir en nommant un roi à la tête de chaque
comté (Walsingham, t. I, p. 9-10; _Chr. a monacho Sancti Albani_, p.
308-310). Il fut décapité.
[200] Wat Tyler avait été tué à Smithfield, par Guillaume Walworth,
le 15 juin.
En Écosse, le duc de Lancastre a conclu une trêve de trois ans[201];
muni d’un sauf-conduit donné par les barons écossais, il veut entrer à
Berwick, mais l’entrée de la ville lui est interdite par le capitaine
Matthieu Redman[202], au nom du duc de Northumberland, qui a donné
ordre de ne laisser pénétrer qui que ce fût dans les villes[203].
[201] C’est le 18 juin 1381 que la nouvelle trêve fut signée entre le
duc de Lancastre et Jean, comte de Carrick, fils aîné du roi; elle
devait prendre fin le jour de la Purification (2 février 1383), et
fut proclamée le 10 février 1382 (Rymer, t. VII, p. 312 et 344).
[202] En 1373, Matthieu Redman intervenait au traité d’alliance entre
l’Angleterre et le Portugal, et, en 1375, négociait une trêve en
Bretagne (Rymer, t. VII, p. 19 et 78).
[203] D’après Knyghton (col. 2641), qui est très sensiblement partial
en sa faveur, le duc de Lancastre reçut du duc de Northumberland
un envoyé par lequel il lui fit dire qu’il ne pouvait le recevoir
dans le château de _Bamborough_, avant de savoir si le roi était
bien disposé pour lui. Le duc de Northumberland avait du reste été
chargé de la garde des frontières d’Écosse, au sujet desquelles
Thomas Seyvill lui était envoyé en juillet 1381 (_Rec. Off., Lord
Treas. Rem., For. Rolls_, nº 2). Une addition de Johnes (t. I, p.
664, en note) montre que cette interdiction était spéciale au duc
de Lancastre, compromis par les révélations de Jean Ball et de ses
complices.
Le duc dissimule la colère qu’il ressent de cet affront et se retire à
Roxburgh, dont le châtelain lui appartient. P. 124 à 127, 340, 341.