de ses gages et de ceux de deux chevaliers et neuf écuyers de sa
compagnie, au service de Louis de Sancerre. On le retrouve en 1380
figurant dans une revue à Hesdin, le 19 juillet, et à Corbeil, le
1er septembre; il est sous les ordres du seigneur de Couci (_Bibl.
nat., Clair._ vol. 40, nos 192, 193 et 195). En différend depuis
quelque temps déjà avec les bourgeois de Valenciennes, au sujet de la
mort de son écuyer tué dans cette ville, il soumet son cas au comte
de Blois et au seigneur de Couci à la fin de 1382 (_Arch. du Nord_,
série B, t. I, p. 184). Le 13 septembre 1386, nous le retrouvons au
service du duc de Bourgogne, comte de Flandre, dans une montre passée
à Thérouanne, où il figure avec huit chevaliers et soixante et un
écuyers (_Bibl. nat., Clair._ vol. 40, nº 199).
[110] Un _heer_ van Leewerghem paraît dans les comptes de la ville de
Gand en 1380 (_Rekeningen_, p. 177).
Rasse d’Herzeele et Jean de Launoit, assaillis par une armée quadruple
de la leur, se replient en désordre sur la ville. Rasse d’Herzeele se
fait tuer en défendant l’église où Jean de Launoit[111] est brûlé vif
avec tous ceux qui s’y sont réfugiés. P. 68 à 70, 318, 319.
[111] D’après Meyer (fol. 178 rº), Jean de Launoit ne meurt pas à
Nevele, mais est banni après le combat.
Des 6,000 hommes de Jean de Launoit et de Rasse d’Herzeele, à peine
en survit-il 300[112]. Pierre du Bois, qui a assisté au combat, sans
pouvoir y prendre part, s’achemine vers Gand, où les fuyards ont déjà
annoncé la mauvaise nouvelle, se plaignant de l’inaction de Pierre du
Bois.
[112] Les Gantois perdirent 6,000 hommes (_Ist. et chr._, t. II, p.
174). Une quinzaine de jours après l’affaire de Nevele, le comte
«envoya le baniere des Gantois, qui avoit esté gaingnie, à le
comtesse d’Artois, se mere» (_Ist. et chr._, t. II, p. 199).
Aussi, quand ce dernier, bien que poursuivi par le seigneur d’Enghien,
arrive à Gand, est-il assez mal accueilli et a grand’peine à se
disculper. De là cette haine, dont Gilbert de Grutere et Simon Bette
sentirent bientôt les effets. P. 70 à 74, 319, 320.
Le comte retourne à Bruges et licencie son armée; il renvoie le
seigneur d’Enghien à Audenarde[113].
[113] Le combat de Nevele fut suivi d’une accalmie qui ne se
prolongea guère. Le comte de Hainaut s’interposa pour arriver à
conclure la paix; mais les Gantois s’y refusaient (_Ist. et chr._,
t. II, p. 243), et le comte exigeait des conditions trop onéreuses
(Meyer, fol. 178 rº).
Les Gantois, au nombre de 15,000, au moment de la fête de Bruges (mai
1381), vont brûler les faubourgs de Courtrai[114], que le comte se
contente de munir d’hommes d’armes.
[114] Cette attaque des Gantois, qui doit être placée avant le combat
de Nevele, eut lieu le 2 mai 1381. Quant aux événements qui suivent,
relatifs à Audenarde et à Eenaeme, on a déjà vu qu’ils sont de
beaucoup antérieurs. Voy. plus haut, p. XVI, note 102.
Sous les murs d’Audenarde, les attaques de Pierre du Bois et de ses
gens sont repoussées par les chevaliers.
Trois jours après, Arnould de Clerk et 1,200 _chaperons blancs_
viennent tenir garnison à Gavre, pour faire échec aux gens d’Audenarde;
ils en sortent bientôt pour surprendre une route conduite par le
seigneur d’Escornai, Blanchard de Calonne[115] et autres, leur font
perdre plus de 60 hommes et s’emparent de la ville et de l’abbaye
d’Eenaeme[116]; Pierre de Steenhuyse est tué. P. 74 à 77, 320, 321.
[115] Nous retrouvons plus tard, après la campagne de Flandre de
1383, ce _Blanchard_ de Calonne, chargé par le roi, ainsi que Jacques
de Calonne, dit Riflart, «de pranre et recevoir les biens des Flamans
et de ceux qui tenoient leur partie et aussi des Urbanistes» (_Arch.
nat._, X1a 1472, fol. 62, X2a 10, fol. 163 et 11, fol. 49).
[116] Belgique, prov. de Flandre orientale.
Le lendemain, les chevaliers d’Audenarde marchent sur Eenaeme,
surprennent les Gantois, les tuent presque tous, et, parmi eux, Arnould
de Clerk; ils retournent ensuite à Audenarde. Ces nouvelles comblent le
comte de joie. P. 77 à 79, 321, 322.
Désespérés de ces échecs, les Gantois songent à faire leur soumission,
mais ils n’osent, par crainte de Pierre du Bois et de ses partisans,
qui les imposent et les obligent à continuer la lutte, sous prétexte
de défendre leurs franchises. Les honnêtes gens sont ainsi victimes
de leur faiblesse, témoin Jean de la Faucille[117], qui, pour éviter
d’être compromis, s’exile, mais n’en est pas moins accusé par Simon
Rym[118], qui le tue en duel à Lille. P. 79 à 81, 322, 323.
[117] Sur Jean de la Faucille, voy. t. IX, p. LXIV, note 1, et le
_Cartulaire des comtes de Hainaut_, t. II, p. 311-331. Il était
accusé par Simon Rym d’avoir été la cause de la mort de son oncle.
Voy. plus haut, p. XVII, note 104.
[118] Le Simon Rym qui paraît en 1360 comme caution d’un hôtelier (J.
Huyttens, _Recherches sur les corporations gantoises_, p. 54) est
sans doute l’oncle de celui-ci. Voy. la note précédente.
Voyant que les notables de Gand sont fatigués de la guerre, et que,
d’autre part, il ne peut traiter avec le comte sans risquer sa vie,
Pierre du Bois imagine de s’adjoindre un autre chef capable de
gouverner la ville de Gand avec lui[119]. Il propose à la nomination
des Gantois Philippe d’Artevelde, fils de Jacques d’Artevelde, si
populaire autrefois. P. 81 à 85, 323 à 325.
[119] Après Nevele, Pierre du Bois et François Ackerman avaient été
nommés capitaines de Gand (_Ist. et chr._, t. II, p. 243). Ce dernier
fut même rewaert de Gand du 30 juillet au 6 août 1381 (_Rekeningen_,
p. 202 et 211). Il eut pour successeur Gilles le Foulon jusqu’en
janvier 1382.
Après bien des hésitations voulues, Philippe se rend aux instances de
Pierre du Bois, de Pierre de Wintere et de Sohier d’Herzeele[120]; il
accepte et fait donner au seigneur d’Herzeele, ruiné par la guerre, une
partie des revenus que le comte possédait dans la ville de Gand. P. 85,
86, 325.
[120] C’est à tort que le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 172)
prétend que Sohier d’Herzeele aida Philippe d’Artevelde seulement à
partir du siège d’Audenarde, au courant de 1382.
CHAPITRE XIII.
_1381, 14 mai._ TRAITÉ D’ALLIANCE ENTRE LE PORTUGAL ET
L’ANGLETERRE.--HOSTILITÉS ENTRE LE PORTUGAL ET LA CASTILLE.--_10
juin._ INSURRECTION EN ANGLETERRE; LES BANDES INSURGÉES MARCHENT
SUR LONDRES.--_13 juin._ PILLAGE, MEURTRES ET INCENDIES DANS LA
VILLE.--_15 juin._ MORT DE WAT TYLER.--_18 juin._ NOUVELLE TRÊVE
CONCLUE AVEC L’ÉCOSSE PAR LE DUC DE LANCASTRE.--RÉPRESSION DE
L’INSURRECTION DANS LES COMTÉS.--_Août._ ARRIVÉE DU COMTE DE
CAMBRIDGE ET DE SON ARMÉE A LISBONNE (§§ 209 à 227).
La mort du roi Henri de Castille ne met pas fin à la guerre entre la
Castille et le Portugal. Aussitôt couronné, lui et sa femme[121],
Jean est attaqué par Ferdinand, qui soutient les droits au trône
de Castille de ses deux cousines, Constance et Isabelle, filles de
Pèdre le Cruel, et mariées, l’une au duc de Lancastre, l’autre au
comte de Cambridge. Le roi Jean se défend avec l’aide des chevaliers
français[122], qui sont venus se mettre à son service depuis l’entrée
des Anglais en Bretagne: le Bègue de Villaines, Pierre[123], son fils,
Jean de Berguettes, Guillaume de Nailhac[124], Gauthier de Passac[125],
Bertrand de Terride[126], Jean et Tristan de Roye, d’autres encore.
Le roi de Portugal songe alors à envoyer en ambassade en Angleterre
Jean-Fernandez[127], pour demander au duc de Lancastre de venir à son
secours avec une nombreuse armée. Jean-Fernandez s’embarque à Lisbonne
et arrive à Plymouth, alors que les troupes du comte de Buckingham,
venant de Bretagne, débarquaient en Angleterre après avoir essuyé une
violente tempête. Buckingham et l’ambassadeur de Portugal font route
ensemble jusqu’à Londres, où est le roi. P. 86 à 89, 326, 327.
[121] Éléonore d’Aragon.
[122] Depuis son avènement au trône de Castille (30 mai 1379), Jean
était resté l’allié du roi de France, avec lequel il avait renouvelé
les traités conclus par son père. Une première fois, en 1379, il
envoie une flotte en aide à Charles V; une seconde fois, en 1380,
ses vaisseaux entrent dans la Tamise. La guerre semble cependant
suspendue pour quelque temps, et des fiançailles sont même décidées
entre Henri, infant de Castille, et Béatrice de Portugal. Mais, tout
à coup, le roi Jean, retenu à Salamanque par les obsèques de sa mère,
morte le 27 mars 1381, apprend que le roi de Portugal s’apprête à
une nouvelle lutte pour laquelle il attend d’Angleterre des troupes
commandées par le comte de Cambridge. Jean renouvelle alors à
Vincennes, le 22 avril 1381, par ses ambassadeurs Lopez de Ayala et
Fernando Alfonso de Algana, les traités antérieurs conclus avec le
roi de France (Rymer, t. VII, p. 285). Il décide de s’opposer tout
d’abord à l’arrivée des renforts anglais, ce qu’il ne peut cependant
faire, malgré la victoire navale que remporte son amiral, Fernao
Sanchez de Toar, sur la flotte portugaise commandée par Juan Alfonso
Tello, le 17 juillet 1381. Sur terre, les Portugais ne sont pas plus
heureux: ils voient leurs villes ruinées par Fernando Osorez et leurs
châteaux pris par le roi Jean lui-même, qui manque mourir sous les
murs d’Almeida (Lopez de Ayala, _Cronicas_, t. II, p. 125-153; Duarte
Nuñez, _Cronicas_, t. II, p. 308-317).
[123] Pierre de Villaines figure en 1388 comme écuyer dans une montre
de son père, le Bègue de Villaines, avant de partir pour l’expédition
de Gueldre (_Bibl. nat., Pièces orig._ vol. 3001); en 1386, il est
envoyé par Charles VI au secours du roi de Castille (_Religieux de
Saint-Denis_, t. I, p. 440).
[124] Guillaume, seigneur de Naillac, du Blanc et de Châteaubrun,
vicomte de Bridiers, conseiller et chambellan du roi et du duc de
Berri, surnommé le Preux, paraît comme chevalier en 1376 (_Bibl.
nat., Clair._ vol. 80, nº 153), prend part en 1382 à la campagne
de Flandre (_Chr. du bon duc Loys_, p. 170), est créé sénéchal de
Saintonge et gouverneur de la Rochelle le 16 avril 1383 (Guérin,
_Arch. hist. du Poitou_, t. XXIV, p. 201, note 1), et nommé garde
du château de Taillebourg en 1385 (_Chr. du bon duc Loys_, p. 140);
le 5 février 1387, il s’engage avec Gauthier de Passac, moyennant
100,000 fr., à mener en Castille 2,000 hommes d’armes contre le duc
de Lancastre (Douët d’Arcq, _Choix de pièces inédites_, t. I, p.
76-78); en mars 1396, il reçoit du duc de Bourgogne, à la maison
duquel il appartenait aussi, une livrée pour assister à une réception
d’ambassadeurs (E. Petit, _Itinéraires_, p. 552).
[125] Gauthier de Passac, que nous trouvons chevalier bachelier
en 1372 (_Bibl. nat., Pièces orig._ vol. 2209), assiste, avec le
duc de Bourbon, à la prise de Brive-la-Gaillarde en 1374 et de la
Roche-Senadoire en 1375 (_Chr. du bon duc Loys_, p. 58 et 102); il
est sénéchal de Limousin en 1376 (_Bibl. nat., Clair._ vol. 83, nº
217) et conseiller du roi en 1381 (_Bibl. nat., Pièces orig._ vol.
2209); en 1382, il fait la campagne de Flandre, assiste à la bataille
de Rosebecque (_Chr. du bon duc Loys_, p. 169 et 172), fait partie de
l’armée de l’Écluse (p. 185) et part avec Guillaume de Naillac (voy.
la note précédente) pour l’Espagne en 1387. Il était chambellan du
roi (_Bibl. nat., Clair._ vol. 84, nº 3) et vivait encore en 1405
(_Ibid._, nº 6).
[126] Bertrand de Terride, fils de Bertrand de Terride, seigneur de
Penneville et sénéchal de Bigorre (_Bibl. nat., Pièces orig._ vol.
2809), était chambellan du duc d’Orléans en 1403 et chambellan du roi
en 1410 (_Bibl. nat., Ibid._).
[127] Juan Fernandez d’Andeiro, qui devait jouer un peu plus tard un
rôle considérable comme favori de la reine Éléonore, avait été exilé
en Angleterre par suite du traité intervenu entre la Castille et le
Portugal. Ayant reçu du roi les pouvoirs nécessaires pour traiter
avec le Portugal (Rymer, t. VII, p. 253), il était revenu secrètement
auprès de Ferdinand, qui s’engageait, le 15 juillet 1380, à payer
un prix raisonnable pour trois mois les 1,000 hommes d’armes et les
1,000 archers que lui amènerait le comte de Cambridge; il promettait
de plus de marier sa fille Béatrice au fils du comte (Rymer, t.
VII, p. 263), qui devait succéder à son beau-père sur le trône de
Portugal. Le 14 mai 1381 a lieu à Westminster le renouvellement de
l’alliance entre l’Angleterre et le Portugal (Rymer, t. VII, p. 307).
Jean-Fernandez est bien accueilli par le roi et ses oncles; il assiste
aux fêtes de Saint-Georges (23 avril) à Windsor, en même temps que
Robert de Namur, venu auprès du roi _relever_ ses fiefs anglais[128].
Le parlement s’assemble à Westminster et décide que le comte de
Cambridge ira en Portugal avec 500 lances et 500 archers, tandis que
le duc de Lancastre partira pour l’Écosse et tâchera d’obtenir pour
trois ans une prolongation de la trêve qui prend fin au 1er juin; cela
fait, il pourra, en août ou en septembre, aller retrouver en Portugal
son frère le comte de Cambridge[129]. Sa présence en Angleterre est, du
reste, rendue nécessaire par les négociations du mariage du roi avec la
sœur du roi des Romains[130]. P. 89 à 91, 327.
[128] En 1346, lors du siège de Calais, Robert de Namur avait reçu
du roi d’Angleterre «trois cens livres à l’estrelin, qui valent dix
huit cent frans de Franche... Adonc fist hommaige le dit conte au roy
d’Engleterre» (Froissart, t. IV, p. 260). Le 12 mai 1376, il reçut du
roi, pour _hommage_, la confirmation d’une pension annuelle de 1,200
florins (Rymer, t. VII, p. 102-103).
[129] Le 6 septembre 1380, le duc de Lancastre avait déjà reçu un
pouvoir général pour aller en Écosse réformer les attentats aux
trêves antérieures (Rymer, t. VII, p. 268). Les attentats avaient
été réparés le 1er novembre, les trêves confirmées le 1er décembre
(_Ibid._, p. 276 et 278) et le comte de Northumberland avait reçu
l’ordre de payer comme réparations au comte de Douglas la somme de 59
livres, qui lui étaient remboursées le 8 février 1381 (_Rec. Off.,
Close Rolls_ 227, m. 21).
[130] Simon Burley s’était occupé, depuis le 18 juin 1379, avec
Richard de Braybroke, des négociations de ce mariage (_Rec. Off.,
Lord Treas. Rem., For. Rolls_, nº 2), pour lequel il fit de nombreux
voyages. Nous l’avons vu, à la fin de juillet 1380, revenir
d’Allemagne (t. IX, p. CI, note 7) avec les ambassadeurs de Wenceslas
et traverser la France; il était accompagné de Robert de Braybroke,
plus tard évêque de Londres (_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 13).
Un passage d’un ms. connu de Johnes seul nous apprend que l’envoyé
de Wenceslas, qu’il nomme duc de Saxe, se rendait en Angleterre «to
observe the State of England and to make inquiries concerning the
dower, and how it was to be settled on the Queen» (_Chronicles_,
translated... by Thomas Johnes, 1862, t. I, p. 622-624). Le duc
de Tesschen repart bientôt pour l’Allemagne, accompagné, nous dit
Froissart, de Pileo de Prata, archevêque de Ravenne; Simon Burley,
qui a reçu ses pouvoirs le 26 décembre (Rymer, t. VII, p. 280),
part avec lui, emmenant Adam Houghton, évêque de Saint-David. Le
23 janvier 1381, Anne de Bohême nomme les trois plénipotentiaires
chargés de négocier son mariage: Przenislas, duc de Tesschen, Conrad
Kreyger et Pierre de Wartenberg (Rymer, t. VII, p. 282). L’acte par
lequel le roi d’Angleterre s’engage à épouser Anne de Bohême et à
verser à Wenceslas la somme de 80,000 florins, payables à Bruges, est
signé à Nuremberg le 1er février 1381 (Rymer, t. VII, p. 290). Les
plénipotentiaires repartent alors pour aller faire ratifier à Londres
(2 mai 1381) (_Ibid._, p. 294) cet acte, dans lequel intervient le
comte de Cambridge. Des pensions viagères sont accordées par le roi
d’Angleterre aux ambassadeurs de Wenceslas (Rymer, t. VII, p. 288,
et _Rec. Off., Patent Rolls_, nº 311, m. 17); et, vers le milieu de
mai 1381, Simon Burley et les envoyés de Wenceslas retournent «versus
partes Alemannie ad regem Romanorum» en compagnie de Walter Skirlawe
(_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Rolls_, nº 2), pour aller
chercher la jeune reine, qui doit être conduite à Calais.
Le duc de Lancastre part; quinze jours plus tard, le comte de
Northumberland le suit, pour se rendre à son poste de gouverneur
du pays de Northumberland et de l’évêché de Durham, jusqu’à la
Severn[131]. De son côté, le comte de Cambridge fait à Plymouth[132]
tous ses préparatifs de départ pour le Portugal[133]. Il emmène
avec lui sa femme, la princesse Isabelle, et son fils Jean[134].
Les chevaliers qui doivent l’accompagner sont nombreux; ce sont
Matthieu de Gournai[135], connétable de l’armée, le Chanoine de
Robersart[136], Raimond de Castelnau[137], Guillaume de Beauchamp[138],
maréchal de l’armée, le syndic de Latrau[139], Jean de la Barthe,
Richard Talbot[140], Guillaume Elmham, Thomas Simond[141], Miles de
Windsor[142], Jean de Sandwich[143] et d’autres encore[144]; parmi
eux, Jean-Fernandez[145], le chevalier portugais. L’expédition compte
500 hommes d’armes et 500 archers[146]. Ils attendent plus de trois
semaines à Plymouth un vent favorable.
[131] Fleuve qui, prenant sa source dans le nord du pays de Galles,
se jette dans le canal de Bristol.
[132] Froissart place à tort Plymouth dans le Berkshire, alors qu’il
est dans le Devonshire. De Dartmouth devaient aussi partir un certain
nombre de bateaux (_Rec. Off., Issue Rolls_ 303, m. 12).
[133] Depuis la fin de décembre 1380, grâce aux soins de Thomas
Seyville, Walter Leicester, Thomas Credy et Will. Lokyngton, de
nombreux bateaux avaient été retenus pour le passage des troupes en
Portugal (_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 13; 303, m. 1; _Early
Chanc. Rolls_ 325, m. 16; _Queen’s Rem., Misc., Nuncii_ 632/12).
Jean Cokefeld, dès le 6 avril 1381, avait été chargé de préparer, à
Plymouth et à Dartmouth, les logements de l’armée (_Rec. Off., Issue
Rolls_ 302, m. 25; _Early Chanc._ Rolls 325, m. 12); Robert Crull et
Will. Lokyngton étaient préposés au paiement des gages (_Ibid., Issue
Rolls_ 303, m. 4, et _Accounts Queen’s Rem._ 39/17).
[134] Le comte de Cambridge emmenait avec lui, outre 4 chevaliers
bannerets et 16 bacheliers, 500 hommes d’armes et 500 archers (_Rec.
Off., Issue Rolls_ 302, m. 20 et 24). S’étant endetté pour faire
ses préparatifs, il obtenait, le 4 mai, que ses pensions, en cas de
décès, fussent payées pendant un an à ses héritiers (_Ibid._, 303,
m. 2); le 10, il chargeait de le représenter, pendant son absence,
son frère le duc de Lancastre et le comte Richard d’Arundell (_Early
Chanc._ Rolls 325, m. 7).
[135] Matthieu de Gournai commandait à 250 hommes d’armes et à 250
archers (_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 20 et 24). Le 1er mars
1381, il recevait son sauf-conduit (_Early Chanc._ Rolls 325, m. 13);
ses compagnons le 4. Le 8 mai, il obtenait la remise d’un procès
(_Privy Seals_ 470, nº 1770) et, le 9, la confirmation du don de
Tortas (_Ibid._, nº 1794).
[136] Thierri, dit le Chanoine de Robersart, était à la tête de 100
hommes d’armes et de 100 archers (_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 20
et 24).
[137] Il s’agit bien ici de Raimond et non de Jean de Castelnau,
comme l’indiquent certains mss., ce personnage étant désigné dans la
suite par le titre de _seigneur_ de Castelnau, qui convient seul à
Raimond, l’aîné.
[138] Guillaume de Beauchamp, dernier fils du comte de Warwick,
recevait une pension de 200 marcs les 3 décembre 1380 et 20 février
1381 (_Rec. Off., Privy Seals_ 467, nº 1485, et 469, nº 1606); il
emmenait en Portugal 250 hommes d’armes et 250 archers (_Ibid., Issue
Rolls_ 302, m. 20 et 24).
[139] Le syndic de Latrau commandait à 100 hommes d’armes et à 100
archers (_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 20 et 24). Le 4 mai 1381,
on lui faisait une avance de 200 livres sur sa solde (_Ibid._, 303,
m. 2); le 18 mai, le roi d’Angleterre lui confirmait une rente de
200 écus à Bordeaux, dont il donnait quittance le 23 (_Ibid., Privy
Seals_ 470, nº 1794, et _Close Rolls_, 227, m. 6 vº).
[140] Richard Talbot, qui était allé en France en 1359 (Rymer, t. VI,
p. 137) et avait accompagné en Italie Lionnel, duc de Clarence, lors
de son mariage avec Yolande Visconti (_Ibid._, p. 587), participe, en
1385, aux expéditions de Portugal et d’Écosse (_Ibid._, t. VII, p.
454 et 475).
[141] Thomas Simond avait avec lui 20 hommes d’armes et 20 archers
(_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 20 et 24). Il fit plus tard, en
1386, partie de l’expédition de Castille (Rymer, t. VII, p. 491).
[142] Miles de Windsor, fils de Guillaume de Windsor, devait, en
1386, suivre le duc de Lancastre en Castille (Kervyn, t. XI, p. 455).
[143] Peut-être faut-il lire ici, comme plus loin (p. 159), Jean de
Cavendisch.
[144] Aux noms donnés par Froissart, il faut ajouter les suivants:
l’évêque de Dax (Jean Guitier), avec 70 hommes d’armes et 70 archers,
Thomas Fichet, avec 40 hommes d’armes et 40 archers, et les barons
espagnols Fernand Rodrigues et Jean Alphonse, avec 50 hommes d’armes
et 50 archers (_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 20 et 24, et _Early
Chanc. Rolls_ 325, m. 12).
[145] Jean-Fernandez avait avec lui 120 hommes d’armes et 120 archers
(_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 20 et 24).
[146] Ce chiffre est tout à fait au-dessous de la réalité et ne doit
s’appliquer qu’aux troupes que le comte de Cambridge commandait
personnellement. L’expédition comptait 1,500 hommes d’armes et 1,500
archers, réduits, au moment du départ, à 1,379 hommes d’armes et
1,483 archers, sans compter les chefs, 4 chevaliers bannerets et 37
bacheliers (_Rec. Off., Accounts Queen’s Rem._ 39/17).
Pendant ce temps, le duc de Lancastre arrive à Berwick[147], obtient un
sauf-conduit du roi Robert et s’achemine par Roxburgh vers l’abbaye de
Melrose, où il attend que les Écossais soient réunis au Lammerlaw, pour
entamer les négociations, qui durent plus de quinze jours. P. 91 à 94,
327, 328.
[147] Les nouveaux pouvoirs du duc de Lancastre, pour réformer les
attentats commis contre les trêves d’Écosse, datent du 1er mai 1381
(Rymer, t. VII, p. 288). Parmi les chevaliers qu’il emmenait figure
Robert Rous, ancien capitaine de Cherbourg, aux gages d’une livre
par jour (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Rolls_, nº 2); avec lui
étaient aussi l’évêque de Hereford, Jean Gilbert, et maître Jean
Waltham (_Ibid., Warr. for issues_, bundle 5).
Une révolution éclate en Angleterre, qui met le royaume bien près de sa
perte. Les serfs des comtés de Kent, d’Essex, de Sussex et de Bedford
se soulèvent et prétendent être payés de leur travail[148].
[148] La cause déterminante de l’insurrection fut la perception de
l’impôt personnel, qui, fixé à 4 deniers par personne en 1380 et
modifié en 1381, n’avait pas donné ce qu’on espérait. Jean Leg,
chargé de la perception, avait exaspéré par ses abus les populations
déjà épuisées par les impositions des années précédentes (Knyghton,
dans _Hist. angl. script. ant._, t. II, col. 2632-33).
Ils sont poussés à cet esprit de révolte par un prêtre de Kent, Jean
Ball[149], puni, à plusieurs reprises, par l’archevêque de Cantorbéry,
qui prêche l’égalité de tous les hommes[150], excite le peuple à la
haine des riches et des nobles et engage ses auditeurs à aller à
Londres demander justice au roi. Les habitants de Londres murmurent de
leur côté et appellent à eux les gens des provinces. P. 94 à 97, 328,
329.
[149] Déjà soumis à la justice ecclésiastique à la fin du règne
d’Édouard III, Jean Ball, chanoine excommunié, fut poursuivi de
nouveau en décembre 1380 par l’archevêque de Cantorbéry (_Ordonn.
royale_, citée par Kervyn, t. IX, p. 561), qui dirigea contre lui
un mandement, à la date du 26 avril 1381. Jean Ball était en prison
à Maidstone, quand il fut délivré par les bandes de Wat Tyler
(Knyghton, col. 2634), sans doute le 11 juin 1381, comme il le
prédisait lui-même (Walsingham, t. II, p. 32).
[150] Partisan des doctrines de Wiclef, Jean Ball prêchait contre la
dîme: personne, selon lui, ne pouvait espérer gagner le ciel s’il
était né hors mariage (Walsingham, t. II, 32).
Cet appel est entendu; les gens de Kent, d’Essex, de Sussex, de Bedford
et des pays environnants, au nombre de 60,000, se dirigent sur Londres.
Ils ont pour chefs Jean Ball, Jack Straw[151] et Wat Tyler[152], un
couvreur en tuiles, le plus populaire des trois. A leur approche, les
habitants de Londres, sauf ceux qui partagent ces idées, ont peur
et songent à fermer leurs portes; mais, craignant l’incendie des
faubourgs, ils laissent pénétrer dans leur ville ces bandes de paysans,
qui, venues parfois de cent lieues, ne savent guère ce qu’ils
veulent et ne demandent qu’à voir le roi. Effrayés, les nobles
s’apprêtent à la lutte.
[151] Jack Straw, qui était à la tête des insurgés de l’Essex, a été
confondu par plusieurs historiens, entre autres par Knyghton (col.
2636), avec Wat Tyler; mais un acte de Rymer (t. VII, p. 311) les
distingue positivement.