Quels mots peuvent exprimer plus décidément l'intention royale? Ne

signifient-ils pas explicitement que le territoire est _quelque temps_

réservé, sous la protection de sa majesté, _pour l'usage des

Indiens_?--Mais comme les Indiens ne fesoient point usage de ces terres,

qui sont bornées à l'occident par la rive sud-est de l'Ohio, et qu'ils

n'y résidoient pas, et n'y fesoient pas la chasse, ils consentirent

volontiers à les vendre; et en conséquence, ils les vendirent au roi, en

novembre 1768. Ce qui donna occasion à cette vente sera clairement

expliqué dans nos observations sur la suite du rapport des lords

commissaires du commerce et des colonies.

Il est naturel de croire que quant à l'établissement des terres

comprises dans la vente dont nous venons de parler, l'effet de la

proclamation n'a pas pu s'étendre au-delà de l'époque de cette vente; M.

George Greenville[53], qui lorsque la proclamation parut, étoit l'un des

ministres, reconnut toujours que le but de cette proclamation étoit

rempli dès que le pays qu'elle désignoit avoit été acquis des Indiens.

Dans leur quatrième paragraphe, les lords commissaires du commerce et

des plantations, donnent deux raisons pour engager sa majesté à traiter

de nouveau avec les Indiens et à faire tracer une ligne de démarcation

plus précise, plus certaine que celle qu'indiquoit la proclamation du

mois d'octobre 1763. Voici ces raisons:

«1º. C'est que la ligne désignée dans la proclamation de 1763, manque de

précision.

»2º. C'est qu'il faut considérer la justice à l'égard de la propriété

des terres.»

Nous croyons avoir suffisamment démontré dans nos observations sur le

troisième paragraphe du rapport que, pour ce qui concernoit les terres

situées à l'ouest des montagnes d'Allegany, la proclamation n'avoit

d'autre but que de les réserver _quelque temps_, sous la protection de

sa majesté, _pour l'usage des Indiens_.--Nous ajouterons que la ligue

désignée dans la proclamation, ne pouvoit pas l'être d'une manière plus

claire et plus précise, relativement à ces terres, car la proclamation

porte:--«Que toutes les terres et territoires situés à l'occident des

sources des rivières qui coulent de l'ouest et du nord-ouest vers la

mer, seront réservés sous la protection de sa majesté.»

Nous sommes loin de penser que sa majesté doive traiter de nouveau avec

les Indiens, pour établir des limites plus précises et plus certaines,

d'après la considération de la justice, relativement à la propriété des

terres. La propriété de la moindre partie du territoire, dont nous

parlons, ne peut être contestée.

Mais pour mieux faire entendre toutes les raisons pour lesquelles on

veut engager sa majesté à traiter de nouveau avec les Indiens, pour

tracer une ligne de démarcation plus précise et plus certaine que celle

que désigne la proclamation du mois d'octobre 1763, nous prendrons la

liberté d'exposer quelques faits.

En 1764, les ministres du roi désiroient d'obtenir un acte du parlement

qui réglât le commerce avec les Indiens, et y mît un impôt, par le moyen

duquel on auroit de quoi fournir aux salaires des surintendans, des

commissaires, des interprètes, et à l'entretien des forts, dans le pays

où l'on traitoit avec les Indiens. Pour éviter à l'avenir, de donner aux

Indiens occasion de se plaindre de ce qu'on usurpoit leur pays de

chasse, on résolut d'acheter d'eux, un vaste territoire, et de reculer,

d'accord avec eux, la ligne des limites, bien au-delà de l'endroit où il

n'étoit pas permis aux sujets de sa majesté de s'établir.

En conséquence, on donna, la même année, des ordres à sir William

Johnson, pour qu'il convoquât les chefs des six Nations, et qu'il leur

fît part du projet des ministres anglais. Sir William Johnson assembla

en effet, dans sa maison, les députés des six Nations, le 2 mai 1765, et

il leur tint ce discours:

FRÈRES,

«La dernière et la plus importante proposition que j'ai à vous

communiquer, est relative à l'établissement des limites entre vous et

les Anglais. Il y a quelque temps que j'envoyai un message à

quelques-unes de vos nations, pour vous avertir que je voulois conférer

avec vous à ce sujet.--Le roi, dont vous avez déjà éprouvé la clémence

et la générosité, désirant de mettre fin à toutes les disputes entre ses

sujets et vous, à l'occasion des terres, et d'être strictement juste

envers vous, a formé le plan d'établir entre nos provinces et celles des

Indiens, des limites qu'aucun homme blanc n'ose franchir; parce que

c'est la plus sûre et la meilleure méthode de terminer les querelles, et

de mettre vos propriétés à l'abri de toute invasion.

»L'intention du roi vous paroîtra, j'espère, si raisonnable, si juste,

et si avantageuse pour vous et pour votre postérité, que je ne doute

nullement que vous ne consentiez avec joie à voir établir une ligne de

démarcation. Nous la tracerons, vous et moi, de la manière la plus

avantageuse pour les hommes blancs et pour les Indiens, et telle qu'elle

conviendra le mieux à l'étendue, à l'accroissement de chaque province,

et aux gouverneurs, que je consulterai à cette occasion, aussitôt que

j'aurai reçu les pouvoirs nécessaires pour cela.--Mais, en attendant, je

désire savoir comment vous voulez étendre cette ligne, et ce que vous

consentez de faire cordialement à cet égard, afin que cela me serve de

règle.--Je dois aussi vous prévenir que quand cette affaire sera

terminée, et qu'on verra que vous aurez eu égard à l'accroissement de

notre population, et à la nécessité de nous céder des terres là où nous

en avons besoin, vous recevrez, pour prix de votre amitié, un présent

très-considérable[54].»

Après avoir conféré quelque temps entr'eux, les Sachems et les guerriers

des six Nations, répondirent à sir William Johnson, qu'ils acceptoient

la proposition des nouvelles limites; et sir William fit parvenir leur

réponse au bureau des lords commissaires du commerce et des colonies.

Soit qu'il y eût un changement dans l'administration, qui avoit formé le

projet d'obtenir un acte du parlement pour régler le commerce avec les

Indiens, et pour reculer la ligne des limites, soit par quelqu'autre

cause que nous ignorons, on ne s'en occupa plus jusqu'à la fin de

l'année 1767. Alors, la négociation relative aux limites fut reprise.

Cependant, entre les années 1765 et 1768, beaucoup d'habitans de la

Virginie, du Maryland et de la Pensylvanie, allèrent s'établir sur les

montagnes; et les six Nations en furent si irritées, qu'en 1766, elles

massacrèrent plusieurs de ces colons, et déclarèrent la guerre aux

colonies du centre de l'Amérique septentrionale. Pour les appaiser et

prévenir une calamité générale, on fit partir du fort Pitt, un

détachement du quarante-deuxième régiment d'infanterie, avec ordre de

ramener les Anglais qui s'étoient établis à la Crique de la

Pierre-Rouge[55].--Mais les efforts et les menaces de ce détachement

furent vaines, et il retourna au fort sans avoir pu exécuter ses ordres.

Les six Nations se plaignirent alors davantage de ce qu'on s'emparoit de

leurs terres sur les montagnes. Le 7 décembre 1767, le général Gage

écrivit à ce sujet au gouverneur de Pensylvanie, et lui manda:--«Vous

êtes témoin du peu d'attention qu'on a fait aux diverses proclamations

qui ont été publiées; vous savez que le soin qu'on a pris, cet été,

d'envoyer une partie de la garnison du fort Pitt, pour faire abandonner

les établissemens des montagnes, n'a presque servi de rien. Nous

apprenons que les colons sont retournés à la Crique de la Pierre-Rouge

et sur les bords de la rivière de la Fraude[56], en plus grand nombre

qu'auparavant.»

Le 5 janvier 1768, le gouverneur de la Pensylvanie envoya un message à

l'assemblée générale de la province avec la lettre du général Gage.--Le

13 du même mois l'assemblée ayant délibéré sur les plaintes des Indiens,

répondit au gouverneur.--«Pour faire cesser les causes du mécontentement

des Indiens, et établir une paix durable entr'eux et les sujets de sa

majesté, nous pensons qu'il est absolument nécessaire qu'on fixe

promptement les limites, et qu'on les satisfasse pour la partie de leur

territoire, qui se trouvera en-deçà de la ligne de démarcation. Par ce

moyen, ils ne se plaindront plus qu'on envahit leurs propriétés, et les

habitans de nos frontières auront assez de pays pour s'établir et pour

chasser, sans se mêler avec ces peuples.»

Le 19 janvier 1768, M. Galloway, orateur de l'assemblée de Pensylvanie

et le comité de correspondance de cette assemblée, écrivirent à Richard

Jackson et à Benjamin Franklin, agens de Pensylvanie à Londres, pour

leur faire part des querelles des colons avec les Indiens.--«Les

Indiens, disoient-ils, se plaignent vivement du délai qu'on a mis à

établir les limites, et de ce que, quoiqu'ils n'aient encore rien reçu

pour les terres, qu'ils sont convenus de céder à la couronne, les

Anglais y forment chaque jour de nouveaux établissemens.»

Au mois d'avril 1768, l'assemblée de Pensylvanie voyant qu'une guerre

avec les Indiens devenoit presqu'inévitable, parce que ce peuple n'avoit

pas vendu les terres des montagnes où l'on formoit des établissemens; et

croyant en outre qu'on recevroit bientôt des ordres d'Angleterre

relativement aux limites, résolut d'employer la somme de mille livres

sterlings en couvertures, etc. d'en faire présent aux Indiens de l'Ohio,

afin de modérer leur ressentiment jusqu'à ce que la cour prît d'autres

mesures. Le gouverneur de Pensylvanie étant alors informé que George

Croghan devoit bientôt faire un traité avec les Indiens, par l'ordre du

général Gage et de sir William Johnson, envoya au fort Pitt, son

secrétaire et une autre personne, en qualité de commissaires de la

province, pour offrir aux Indiens le présent des Pensylvaniens.

Le 2 mai 1768, les députés des six Nations, qui s'étoient rendus au fort

Pitt, tinrent le discours suivant:

FRÈRES,

«C'est avec douleur que nous avons vu nos terres occupées par vous, sans

notre consentement. Il y a long-temps que nous nous plaignons à vous de

cette injustice, qui n'a point encore été redressée. Au contraire, vos

établissemens s'étendent dans notre pays. Quelques-uns se trouvent même

directement dans le chemin de guerre, qui conduit vers le pays de nos

ennemis; et nous en sommes très-mécontens.--Frères, vous avez parmi vous

des loix pour vous gouverner. Vous nous donneriez donc la plus forte

preuve de la sincérité de votre amitié, si vous nous fesiez voir que

vous faites sortir les gens de votre nation de dessus nos terres; car

nous pensons qu'ils auront assez le temps de s'y établir quand vous les

aurez achetées et que le pays vous appartiendra.»

En réponse à ce discours, les commissaires de Pensylvanie informèrent

les six Nations, que le gouverneur de la province avoit fait partir

quatre personnes avec sa proclamation et l'acte de l'assemblée (qui

déclaroit crime de félonie digne de mort sans bénéfice de clergé,

l'occupation des terres des Indiens) pour ordonner à tous les habitans

des montagnes situées dans les limites de la Pensylvanie, d'abandonner

leurs établissemens: mais que cela avoit été inutile.--Ils dirent aussi

que le gouverneur de la Virginie avoit non moins infructueusement fait

une proclamation; et que le général Gage n'avoit pas été plus heureux en

envoyant deux fois des soldats pour forcer les colons à abandonner la

Crique de la Pierre Rouge et les bords du Monongehela.

Aussitôt que M. Jackson et le docteur Franklin eurent reçu les

instructions de l'assemblée générale de Pensylvanie, ils se rendirent

chez le ministre chargé du département de l'Amérique, et lui

représentèrent combien il étoit nécessaire et pressant de faire terminer

l'affaire des limites. En conséquence, le gouvernement donna de nouveaux

ordres à sir William Johnson.

Il est donc certain que la proclamation du mois d'octobre 1763, ne

pouvoit pas, comme l'ont dit les lords commissaires du commerce et des

colonies, signifier que la politique du royaume étoit de ne pas laisser

former des établissemens sur les montagnes d'Allegany, après que le roi

auroit acheté ce territoire, car la véritable raison, qu'on avoit de

l'acheter, étoit d'éviter une rupture avec les Indiens, et de donner

occasion aux sujets du roi de s'y établir légitimement et paisiblement.

Nous allons examiner dans nos observations sur le cinquième paragraphe

du rapport des lords commissaires du commerce et des colonies, s'ils

sont bien fondés à déclarer que l'établissement des terres dont il est

question, ne peut être nullement avantageux au commerce du

royaume.--«Les diverses propositions d'établir de nouvelles colonies

dans l'intérieur de l'Amérique, disent-ils, ont été, d'après l'extension

des limites, soumises à la considération du gouvernement, sur-tout

lorsqu'il s'est agi de cette partie du pays, où sont situées les terres,

dont on demande la concession; et le danger d'accéder à de pareilles

propositions, a paru si évident, que les tentatives à cet égard ont

toujours été infructueuses.»

Comme nous ignorons quelles étoient les propositions, dont parlent les

lords commissaires, et d'après quel principe les tentatives à cet égard

ont été infructueuses, il nous est impossible de juger si cela peut nous

être appliqué.

Cependant nous savons qu'il y a eu en 1768 une proposition faite au

gouvernement pour l'établissement d'une partie des terres en question.

Cette proposition étoit du docteur Leé, de trente-deux Américains et de

deux habitans de Londres. Ils prièrent le roi de leur accorder, gratis,

deux millions cinq cent mille acres de terre sur les montagnes

d'Allegany, en un ou plusieurs arpentages, entre le vingt-huitième et le

quarante-deuxième degré de latitude, à condition de posséder ces terres

douze ans, sans payer aucun cens, et ces douze ans ne devant commencer à

courir que lorsque les deux millions cinq cent mille acres seroient

arpentés. En outre, les concessionnaires ne devoient être obligés

d'établir sur ces terres que deux mille familles dans l'espace de douze

ans.

Surement les lords commissaires ne prétendent pas que cette proposition

ressemble à la nôtre, et puisse s'appliquer au cas où nous nous

trouvons. Ils ont dû, sur-tout, remarquer que le docteur Lée et ses

associés n'offroient point, comme nous, d'acheter les terres, ou de

payer le cens au roi, sans aucune déduction, ou enfin, de faire tous les

frais nécessaires à l'établissement et à l'entretien du gouvernement

civil du pays concédé.

Le sixième paragraphe des lords commissaires dit:--«Que tous les

argumens contre l'établissement des terres, dans la partie du pays dont

on demande la concession, sont rassemblés avec beaucoup de force et de

précision, dans des représentations faites à sa majesté, par les lords

commissaires du commerce et des colonies, au mois de mars 1768.»

Pour bien faire connoître ce qui donna lieu à ces représentations, nous

observerons que dès le premier octobre 1767, et durant tout le temps que

lord Shelburne[57] fut secrétaire d'état au département de l'Amérique

méridionale, on conçut le projet d'établir aux frais de la couronne,

trois nouveaux gouvernemens dans l'Amérique septentrionale; savoir le

premier au détroit, entre le lac Huron et le lac Erié, le second dans le

pays de Illinois, et le troisième dans le bas du pays qu'arrose l'Ohio.

Ce projet fut communiqué aux lords commissaires du commerce et des

colonies, afin de savoir quelle étoit leur opinion à cet égard.

Nous avons tout uniment expliqué la cause des représentations, sur

lesquelles insistent avec tant de force, les lords commissaires du

commerce et des colonies, en disant qu'elles contiennent tous les

argumens contre l'établissement des terres dont il est aujourd'hui

question. À présent, nous exposerons les raisons qui nous font croire

que ces représentations sont si loin de nous être contraires, qu'elles

disent précisément qu'on doit permettre d'établir les terres que nous

demandons.

Trois raisons principales sont énoncées dans les représentations. «Comme

propres à faire sentir l'utilité des colonies dans le continent de

l'Amérique septentrionale.

»La première, c'est qu'elles favorisent la pêche avantageuse qui se fait

sur la côte du Nord.

»La deuxième, c'est qu'on y soigne la culture des bois de construction

et autres matières qui peuvent servir à la marine, et qu'on les échange

pour des marchandises des manufactures anglaises.

»La troisième, c'est qu'on y a toujours du merrein, du bois de

charpente, des farines et d'autres choses nécessaires pour

l'approvisionnement de nos établissemens aux Antilles.»

Nous n'imaginons pas qu'il soit nécessaire de faire beaucoup

d'observations sur la première de ces raisons. Les provinces de

New-Jersey, de Pensylvanie, de Maryland, de Virginie et les colonies

méridionales, n'ont point favorisé, et, d'après leur situation et la

nature de leur commerce, ne favoriseront pas plus la pêche que les

établissemens que nous proposons de faire sur l'Ohio. Cependant, ces

provinces sont utiles au royaume, soit à cause de la culture, soit à

cause de l'exportation de différens articles; et nous osons croire que

la colonie de l'Ohio aura le même avantage, si toutefois la production

des marchandises d'entrepôt peut être regardée comme avantageuse.

Quant à la seconde et à la troisième raison des représentations, nous

remarquerons qu'aucune des possessions anglaises dans l'Amérique

septentrionale, n'exige moins d'encouragement que celle de l'Ohio, pour

cultiver les matières propres à la construction des vaisseaux et à la

marine, et pour approvisionner les Antilles, de bois et de comestibles.

1º. Les terres des bords de l'Ohio sont extrêmement fertiles; le climat

y est tempéré. La vigne, les mûriers et les vers-à-soie, s'y trouvent

par-tout. Le chanvre croît spontanément dans les vallées et dans le pays

bas. Les mines de fer sont communes dans les montagnes; et nulle terre

n'est plus propre que celle de ces contrées, à la culture du tabac, du

lin et du coton.

2º. Le pays est bien arrosé par plusieurs rivières navigables, qui

communiquent entr'elles; et par le moyen desquelles, et d'un transport

par terre de quarante milles seulement, les productions des terres de

l'Ohio, peuvent, même à présent, être envoyées au port d'Alexandrie[58],

sur le Potomack, à meilleur marché qu'il n'en coûte pour transporter de

Northampton à Londres, quelqu'espèce de marchandise que ce soit.

3º. Dans toutes les saisons, de grands bateaux semblables aux barges de

l'ouest de l'Angleterre, peuvent naviguer sur l'Ohio, et il ne faut que

quatre ou cinq hommes pour les conduire. Depuis le mois de janvier

jusqu'au mois d'avril, il est aisé de bâtir de grands vaisseaux sur

cette rivière, et de les envoyer en Angleterre, chargés de fer, de

chanvre, de lin et de soie.

4º. La farine, le bled, le boeuf salé, les planches pour le bordage des

vaisseaux et beaucoup d'autres marchandises, peuvent être envoyées sur

l'Ohio jusqu'à la Floride occidentale, et de là aux Antilles, à meilleur

marché et mieux conservées que celles qu'on expédie de New-York et de

Philadelphie.

5º. Le chanvre, le tabac, le fer, et les autres articles qui tiennent

beaucoup de place, peuvent également être envoyés sur l'Ohio jusqu'à la

mer, à plus de cinquante pour cent meilleur marché que ne coûte leur

transport par terre, dans l'espace de soixante milles, en Pensylvanie,

où les charrois sont pourtant moins chers que dans aucune autre province

de l'Amérique septentrionale.

6º. Les frais de transport des marchandises anglaises, depuis la mer

jusqu'aux établissemens que nous voulons former sur l'Ohio, ne seront

pas aussi considérables que ce qu'on paie et qu'on paiera toujours pour

conduire les mêmes marchandises, dans une grande partie de la

Pensylvanie, de la Virginie et du Maryland.

D'après l'exposition de ces faits, nous espérons qu'on verra clairement

que les terres, dont nous demandons la concession, sont entièrement

propres, par leur fertilité, leur situation et le peu de frais que

coûtera le transport de leurs productions jusqu'en Angleterre,--«à faire

sentir l'utilité d'établir des colonies dans le continent de l'Amérique

septentrionale».--Mais pour éclaircir davantage ce point important, nous

prendrons la liberté de faire encore quelques observations.

Les lords commissaires du commerce et des colonies, ne nient point,

mais, au contraire, ils avouent que le climat et le sol de l'Ohio, sont

aussi favorables que nous l'avons dit.--Quant aux vers-à-soie qui y

viennent naturellement, il est certain qu'au mois d'août 1771, plus de

10,000 livres pesant de cocons, qui en provenoient, furent vendues à la

filature publique de Philadelphie. Il est également sûr que la soie que

produisent les vers de l'Ohio, est belle et très-estimée des

Pensylvaniens.

Pour le chanvre, nous sommes prêts à prouver qu'il est d'une très-bonne

qualité, et qu'il croît spontanément sur les bords de l'Ohio, ainsi que

nous l'avons avancé. Qu'on considère donc que, par rapport au chanvre,

l'Angleterre dépend chaque jour davantage de la Russie, et qu'on n'en a

pas encore exporté des colonies américaines, situées sur le bord de la

mer, parce que leur sol n'en produit pas aisément. Et, certes, alors on

verra que cette dépendance peut avoir des conséquences graves pour la

nation, et mérite toute l'attention du gouvernement.--La nature nous

indique où nous pouvons recueillir promptement et facilement une grande

quantité de chanvre; et par ce moyen, non-seulement nous empêcherons,

chaque année, des sommes considérables de sortir du royaume, mais nous

emploierons nos propres sujets avec beaucoup d'avantage, et nous les

paierons avec des marchandises de nos manufactures.--Voici, en abrégé,

l'état du commerce de Russie.

Depuis l'année 1722 jusqu'en 1731,

l'Angleterre envoya annuellement 250

vaisseaux chercher du chanvre à Petersbourg,

à Narva, à Riga et à Archangel. 250 vais.

Et depuis 1762 jusqu'en 1771, 500 vaisseaux. 500

-----------

Accroissement. 250 vais.

Il est donc évident que dans les dix dernières années, le commerce russe

a doublé. La sagesse, la politique de la nation européenne, qui entend

le mieux le commerce et la navigation, lui permettent-elles d'avoir sans

cesse besoin des étrangers pour se procurer une marchandise dont dépend

l'existence de sa navigation et de son commerce? Non, assurément; et

sur-tout quand Dieu nous a accordé la propriété d'un pays produisant

naturellement cette même marchandise qui nous fait débourser notre

argent, en nous mettant à la merci de la Russie.

Nous n'avons encore parlé que des petits frais de transport entre le

Potomack et l'Ohio. Maintenant nous allons essayer de montrer combien

les lords commissaires du commerce et des colonies se sont trompés, en

disant, dans le cinquième paragraphe de leur rapport: «Que l'Angleterre

ne pouvoit avoir aucune relation avantageuse avec les terres en

question».--Pour qu'on se forme une opinion juste à cet égard, nous

donnerons un état de ce qu'étoient les frais de charroi, même durant la

dernière guerre avec la France, et lorsqu'il n'y avoit point de retour

de l'Ohio à Alexandrie. On verra que ces frais ne s'élevoient alors qu'à

un demi-sou anglais, par livre pesant; et nous le démontrerons de la

manière la plus certaine.

par quintal.

D'Alexandrie au fort Cumberland, par eau. » 1 s. 7 d.

De fort Cumberland à la Crique de la Pierre-Rouge,

à 14 piastres par voiture, portant

1500 livres pesant. » 4 2

» 5 9[59].

Si l'on considère que ce prix de charroi étoit établi en temps de

guerre, et lorsqu'il n'y avoit point d'habitans sur l'Ohio, nous ne

doutons point que tout homme intelligent ne conçoive qu'il est

aujourd'hui beaucoup moindre que ce qu'on paie journellement à Londres,

pour le transport des grosses étoffes de laine, de la quincaillerie et

des ustensiles de fer qu'on y envoie de plusieurs comtés d'Angleterre.

Voici ce que coûtent les charrois de Birmingham et de quelques autres

villes jusqu'à Londres.

De Birmingham. 4 s. par quintal,

De Walsall dans le Staffordshire. 5

De Sheffield. 8

De Warrington. 7

Vie de Benjamin Franklin, écrite par lui-même - Tome 2 suivie de ses œuvres morales, politiques et littéraires · 第 9 / 16 段