_Spectacle de la Nature_, doivent aussi occuper les écoliers de la
troisième classe, et être continuées dans les suivantes, par la lecture
d'antres livres du même genre; car ce genre d'étude est, après celui des
devoirs de l'homme, le plus utile et le plus agréable. Il apprend au
marchand à mieux connoître une foule d'objets, qui ont rapport à son
commerce; il apprend à l'artisan à perfectionner son travail, par des
instrumens nouveaux, et par le mélange de différentes matières; il donne
enfin, des idées pour l'établissement de nouvelles manufactures, et
l'amélioration du sol; ce qui peut être du plus grand avantage pour un
pays.
QUATRIÈME CLASSE.
C'est dans cette classe qu'on doit enseigner la composition. Bien écrire
sa propre langue est, pour un homme, le talent le plus nécessaire après
celui de la bien parler. Il faut que le maître à écrire prenne soin que
les enfans aient un beau caractère d'écriture et forment leurs lignes
bien droites et bien égales. Mais former leur style et être attentif à
ce qu'ils ponctuent bien et emploient à propos les lettres capitales,
est du devoir du maître d'anglais. Les élèves doivent être mis en
concurrence pour écrire des lettres sur divers sujets, et composer des
morceaux d'après leur imagination, soit de petites histoires, soit des
observations sur ce qu'ils ont lu et sur les passages des auteurs qui
leur plaisent le plus, ou enfin, des lettres de félicitation, de
compliment, de sollicitation, de remerciement, de recommandation,
d'exhortation, de consolation, de plainte, d'excuse. On leur apprendra à
s'exprimer, dans ces lettres, avec clarté, d'une manière concise et
naturelle, et à éviter les grands mots et les phrases ampoulées.
Tout ce qu'ils écriront passera sous les yeux du maître, qui leur fera
remarquer leurs fautes, les corrigera, et donnera des éloges aux
endroits qui en mériteront. Quelques-unes des meilleures lettres
publiées dans notre langue, telles que celles de sir William Temple, de
Pope, de ses amis, et quelques autres, seront données pour modèle aux
élèves; et le maître, en les leur fesant copier, leur en fera remarquer
les beautés.
Les élèves liront les _Élémens de Morale_[41] du docteur Johnson; et le
maître les leur expliquera, afin de graver dans leur ame des principes
solides de vertu et de piété.
Comme les élèves de la quatrième classe continueront à lire l'histoire,
on leur donnera, à certaines heures, de nouvelles leçons de chronologie,
et le maître de mathématiques leur enseignera cette partie de la
géographie qui est nécessaire pour bien connoître les cartes et la
sphère armillaire. On leur apprendra aussi les noms modernes des lieux
dont parlent les anciens auteurs. On continuera de temps en temps à les
former dans l'art de bien lire et de bien parler.
CINQUIÈME CLASSE.
Ici, les élèves se perfectionneront dans la composition. Non-seulement
ils continueront à écrire des lettres, mais ils feront de petits traités
en prose, et ils s'essaieront en vers; non qu'on en veuille faire des
poëtes, mais parce que rien n'est si utile à un jeune homme pour
apprendre à varier ses expressions, que la nécessité de trouver des mots
et des phrases, qui conviennent à la mesure, à l'harmonie et à la rime
des vers, et qui, en même-temps, rendent bien le sentiment qu'il doit
peindre.
Le maître examinera ces divers essais, et en indiquera les fautes, pour
que l'élève les corrige lui-même. Les élèves, dont le jugement ne sera
pas assez formé pour cette composition, recevront du maître le sens d'un
discours du _Spectateur_, et l'écriront le mieux qu'ils pourront. On
leur donnera aussi le sujet d'une histoire pour qu'ils l'arrangent d'une
manière convenable. On leur fera abréger quelques paragraphes d'un
auteur diffus, ou amplifier des morceaux trop concis.--On leur fera lire
les _Premiers Principes des Connoissances Humaines_[42] du docteur
Johnson, contenant la logique ou l'art de raisonner; et on leur
expliquera les difficultés qu'ils pourront y trouver.
On continuera encore, dans cette classe, à former les élèves dans l'art
de bien lire et de bien parler.
SIXIÈME CLASSE.
Indépendamment de l'histoire, qui sera continuée dans la sixième classe,
les élèves y étudieront la rhétorique, la logique, la morale, la
physique; et on leur fera lire les meilleurs écrivains anglais, tels que
Tillotson, Milton, Locke, Addisson, Pope, Swift, les discours les plus
élégans du _Spectateur_ et du _Tuteur_, et les meilleures traductions
d'Homère, de Virgile, d'Horace, du Télémaque et des Voyages de Cirus.
Il y aura, chaque année, un exercice général, en présence des curateurs
du collége et de tous les citoyens qui voudront y assister. Alors, de
beaux livres, bien reliés et dorés sur tranche, seront distribués aux
élèves qui se distingueront et surpasseront leurs camarades dans quelque
genre de science. Il y aura trois degrés de comparaison. Le meilleur
prix sera donné à l'élève qui excellera; le second, à celui qui viendra
immédiatement après, et le troisième, au suivant. Des éloges, des
encouragemens, des avis seront le partage du reste. Car il faut leur
faire espérer qu'avec de l'assiduité, ils pourront, une autre fois,
avoir le prix. Les noms de ceux qui l'auront remporté, seront imprimés
tous les ans.
Les heures du travail seront, chaque jour, distribuées de manière que le
maître à écrire et le maître de mathématiques, puissent donner des
leçons aux diverses classes; car il faut que tous les élèves continuent
à se perfectionner dans l'écriture, et apprennent l'arithmétique, la
partie des comptes, la géographie, l'usage de la sphère, le dessin et la
mécanique. Tandis qu'une partie d'entr'eux sera occupée de ces sciences,
les autres étudieront sous le maître d'anglais.
Instruits de cette manière, les élèves qui sortiront du collége, seront
propres à toute espèce de profession, excepté celles qui exigent la
connoissance des langues mortes et des langues étrangères. Mais s'ils ne
savent point ces langues, ils sauront au moins parfaitement la leur, qui
est d'un usage plus immédiat et plus utile, et ils auront acquis
plusieurs autres connoissances précieuses.
Le temps qu'on consacre souvent infructueusement à apprendre les langues
mortes et étrangères, sera ici employé à acquérir des connoissances et
des talens qui, convenablement perfectionnés, mettront les élèves en
état de remplir toutes les places de la vie civile, d'une manière utile
et glorieuse pour eux-mêmes et pour leur pays.
[41] Ethices Elementa.
[42] Noetica.
SUR LA THÉORIE DE LA TERRE.
À L'ABBÉ S....
Passy, le 22 septembre 1782.
MONSIEUR,
Je vous renvoie votre écrit, avec quelques corrections.--Je n'ai point
vu de mines de charbon sous les rochers calcaires du Derby-Shire. J'ai
seulement remarqué que la partie inférieure des montagnes de rochers,
qu'on peut y voir, est mêlée d'écailles d'huître et de pierres. Les
endroits élevés du comté de Derby sont, je crois, autant au-dessus du
niveau de la mer, que les mines de charbon de Whitehaven sont
au-dessous; ce qui semble prouver un grand bouleversement dans la
surface de l'Angleterre. Quelques parties de cette île se sont enfoncées
dans la mer, tandis que d'autres, qu'elle couvroit, se sont beaucoup
élevées au-dessus d'elle.
Si le centre du globe étoit composé d'une masse solide, il me semble que
de tels changemens ne s'appercevroient pas à sa surface. C'est pourquoi
j'imagine que les parties intérieures de la terre sont un fluide plus
dense et d'une gravité plus spécifique qu'aucun des solides que nous
connoissons, et qui, par conséquent, peuvent nager dans ce fluide, ou
flotter au-dessus. Ainsi la surface du globe n'est qu'une espèce de
coquille, qui peut être brisée et mise en désordre, par les violens
mouvemens du fluide sur lequel elle repose. L'on a trouvé, par le
secours de l'art, le moyen de comprimer l'air, de manière à le rendre
deux fois aussi dense que l'eau; or, si cet air se trouvoit renfermé
avec de l'eau dans un vase de verre très-fort, il se rendroit bientôt au
fond et l'eau flotteroit au-dessus. Mais nous ne savons pas jusqu'à quel
degré de densité l'air peut être comprimé. M. Amontons a calculé que sa
densité croît à mesure qu'elle approche du centre, dans une proportion
relative à celle de la surface, et qu'à la profondeur de quelques lieues
il doit être plus pesant que l'or: ainsi il est possible que le fluide
dense, qui forme la partie intérieure du globe, ne soit que de l'air
comprimé; et comme, quand l'air dense est échauffé, son expansion a de
la force en raison de sa densité, cet air central peut être cause qu'un
autre agent bouleverse la surface du globe, pendant qu'il sert lui-même
à tenir en activité les feux souterrains. Cependant, la raréfaction
soudaine de l'eau peut, ainsi que vous l'observez, être sans le secours
de ces feux, assez forte pour cela, lorsqu'elle agit entre la terre, qui
la presse, et le fluide sur lequel elle repose.
Si l'on pouvoit s'abandonner à son imagination pour expliquer comment le
globe a été formé, je dirois que tous les élémens étoient divisés en
petites parties et confusément mêlés, qu'ils occupoient un grand espace,
et qu'aussitôt que l'Être Suprême a ordonné l'existence de leur gravité,
c'est-à-dire, l'attraction mutuelle de certaines parties, et la
répulsion mutuelle des autres, tous ont tendu vers leur centre commun.
Je dirois que l'air étant un fluide, dont les parties repoussent toutes
celles qui leur sont étrangères, il a été entraîné vers le centre
commun, par sa gravité, et devoit être plus dense à mesure qu'il
approchoit plus de ce centre; que conséquemment tous les corps, plongés
dans cet air et plus légers que ces parties centrales, ont dû s'éloigner
du centre et s'élever jusqu'à cette région, où la gravité spécifique de
l'air étant la même que la leur, ils se sont arrêtés; tandis que
d'autres matières mêlées avec un air plus léger, sont descendues, et se
rencontrant avec les premières, ont formé la coquille de la terre, et
laissé l'atmosphère qui est au-dessus, presqu'entièrement dégagé de
toutes les parties hétérogènes.
Le premier mouvement des parties de l'air vers leur centre commun, a dû
occasionner un tourbillon, qui a été continué par la rotation du globe
nouvellement formé, et le plus grand diamètre de la coquille s'est
trouvé à l'équateur. Ensuite, si par quelqu'accident l'axe du globe a
été changé, le fluide dense et intérieur a dû, en changeant de forme,
crever la coquille, et jeter les diverses substances, qui la composent,
dans la confusion où nous la voyons.
Je ne veux pas, à présent, vous fatiguer de mes idées sur la manière
dont a été formé le reste de notre systême terrestre. Les esprits
célestes sourient de nos théories, et de la présomption avec laquelle
nous osons les faire.
Je ne dois pas négliger de vous dire que votre observation sur la nature
ferrugineuse de la lave que vomissent les volcans, m'a fait très-grand
plaisir. Je me suis imaginé, depuis très-long-temps, que le fer contenu
dans la substance du globe, l'a rendu propre à être, comme il est en
effet, un grand aimant; que le fluide du magnétisme existe, peut-être,
dans tout l'espace; de sorte que l'Univers a, ainsi que notre globe, un
nord et un sud magnétique; et si un homme avoit la faculté de voler
d'une étoile à l'autre, il pourroit diriger sa route par le moyen de la
boussole. Je crois, enfin, que c'est par le pouvoir de ce magnétisme
général, que le globe terrestre est devenu un aimant particulier. Dans
du fer ramolli, ou chaud, le fluide magnétique est également répandu:
mais quand il est sous l'influence d'un aimant, il est attiré à l'une
des extrémités du fer, de laquelle la densité augmente, tandis que celle
de l'extrémité opposée diminue.
Pendant que le fer est ramolli et chaud, il n'est qu'un aimant
momentané: s'il se refroidit et qu'il se durcisse dans cet état, il
devient un aimant perpétuel; parce que le fluide magnétique ne reprend
pas aisément son équilibre. Peut-être est-ce parce que le globe a acquis
un magnétisme permanent, qu'il n'avoit point d'abord, que son axe est à
présent retenu dans une ligne parallèle avec lui, et qu'il n'est plus
sujet aux changemens qu'il a jadis éprouvés, et qui, en brisant sa
coquille, ont occasionné la submersion de quelques terres,
l'exhaussement de quelques autres, et le désordre des saisons. À présent
que le diamètre de la terre à l'équateur, diffère de près de dix lieues
de celui des pôles, il est aisé de concevoir, qu'en cas que quelque
pouvoir changeât graduellement l'axe et parvînt à le placer où se trouve
actuellement l'équateur, tandis que l'équateur passeroit où sont les
pôles, il est aisé de concevoir, dis-je, quel écoulement d'eau auroit
lieu dans les régions qui sont sous la ligne, et quel exhaussement de
terres s'opéreroit dans celles qui sont sous les pôles. Beaucoup de
terres, qui sont à présent sous les eaux, resteroient à découvert, et
d'autres seroient submergées, puisque l'eau s'élèveroit ou s'enfonceroit
de près de cinq lieues dans les extrémités opposées. Une telle opération
est peut-être cause qu'une grande partie de l'Europe, et, entr'autres
endroits, la montagne de Passy, où je demeure, et qui est composée de
pierre à chaux, de roc et de coquilles de mer, a été abandonnée par cet
élément, et que son climat est devenu tempéré, de chaud qu'il semble
avoir été.
Le globe étant maintenant un aimant parfait, nous sommes peut-être à
l'abri de voir désormais changer son axe, mais nous sommes encore
exposés à voir arriver, à sa surface, des accidens occasionnés par le
mouvement du fluide intérieur; et ce mouvement est lui-même l'effet de
l'explosion violente et soudaine que produit sous la terre la rencontre
de l'eau et du feu. Alors, non-seulement la terre qui se trouve
au-dessus, est enlevée, mais le fluide, qui est au-dessous, est pressé
avec la même force, et éprouve une ondulation qui peut se faire sentir à
mille lieues de distance, soulevant ou ébranlant successivement toutes
les contrées au-dessous desquelles elle a lieu.
Je ne sais pas si je me suis expliqué assez clairement, pour que vous
puissiez comprendre mes rêveries. Si elles occasionnent quelques
nouvelles recherches, et produisent une meilleure hypothèse, elles ne
seront pas tout-à-fait inutiles. Vous voyez que je me suis laissé
emporter par mes idées. Cependant j'approuve beaucoup plus votre façon
de philosopher, procédant d'après des observations, rassemblant des
faits, et ne concluant que d'après ces faits. Mais dans les
circonstances où je me trouve actuellement, cette manière d'étudier la
nature de notre globe n'est pas en mon pouvoir; c'est pourquoi je me
suis permis d'errer un peu dans les déserts de l'imagination.
Je suis avec beaucoup d'estime, etc.
B. FRANKLIN.
P.S. J'ai ouï dire que les chimistes pouvoient décomposer le bois et la
pierre, et qu'ils tiraient de l'un une grande quantité d'air, et de
l'autre une grande quantité d'eau. De là il est naturel de conclure que
l'air et l'eau entrent dans la composition originale de ces substances;
car l'homme n'a le pouvoir de créer aucune espèce de matière. Ne
pouvons-nous pas supposer aussi que quand nous consumons des
combustibles, et qu'ils produisent la chaleur et la clarté, nous ne
créons ni cette chaleur ni cette clarté; mais nous décomposons seulement
une substance, dans la formation de laquelle elles étoient entrées?
La chaleur peut donc être considérée comme étant originairement dans un
état de fluidité: mais attirée par les corps organisés, pendant leur
croissance, elle en devient une partie solide. En outre, je conçois que
dans la première agrégation des molécules, dont la terre est composée,
chacune de ces molécules a porté avec elle sa chaleur naturelle, et
quand toute la chaleur a été pressée ensemble, elle a formé sons la
terre, le feu qui y existe actuellement.
PENSÉES SUR LE FLUIDE UNIVERSEL, etc.
Passy, le 25 juin 1784.
La vaste étendue de l'Univers paroît, dans tout ce que nous pouvons en
découvrir, remplie d'un fluide subtil, dont le mouvement ou la vibration
s'appelle _lumière_.
Ce fluide est, peut-être, le même que celui qui, attiré par une matière
plus solide, la pénètre, la dilate, en sépare les parties constitutives,
en rend quelques-unes fluides, et maintient la fluidité de quelques
autres. Quand nos corps sont totalement privés de ce fluide, on dit
qu'ils sont gelés. Quand ils en ont une quantité nécessaire, ils sont
dans un état de santé, et propres à remplir toutes leurs fonctions: il
est alors appelé _chaleur naturelle_. Lorsqu'il est en très-grande
quantité, on le nomme _fièvre_. S'il en entre beaucoup trop dans le
corps, il sépare, brûle, détruit les chairs, et est appelé _feu_.
Tandis qu'un corps organisé, soit animal, soit végétal, augmente en
croissance ou remplace ce qu'il perd continuellement, n'est-ce pas en
attirant et en consolidant ce fluide, appelé _feu_, de manière à en
former une partie de sa substance? Et n'est-ce point la séparation des
parties de cette substance, c'est-à-dire la dissolution de son état
solide, qui met ce fluide subtil en liberté, quand il reparoît comme
feu?
Le pouvoir de l'homme, relativement à ce fluide, se borne à le diviser,
à en mêler les diverses espèces, ou à changer sa forme et ses
apparences, par les différentes manières dont il le compose. Mais il ne
peut ni créer une nouvelle matière, ni anéantir celle qui existe. Or, si
le feu est un élément, ou une sorte de matière, la quantité qu'il y en a
dans l'univers, est fixée et doit y rester. Il ne nous est possible ni
d'en détruire la moindre partie, ni d'y faire la moindre addition. Nous
pouvons seulement le séparer de ce qui le contient, et le mettre en
liberté, comme par exemple, quand nous brûlons du bois; ou le faire
passer d'un corps solide dans l'autre, comme lorsque nous fesons de la
chaux, en brûlant de la pierre; parce qu'alors la pierre conserve une
partie du feu, qui sort du bois. Lorsque ce fluide est en liberté, ne
peut-il pas pénétrer dans tous les corps, soit organisés, soit non
organisés, abandonner totalement ces derniers, et quitter en partie les
autres, tandis qu'il faut qu'il y en reste une certaine quantité jusqu'à
ce que le corps soit dissous?
N'est-ce pas ce fluide qui sépare les parties de l'air et leur permet de
se rapprocher, ou les écarte davantage, à proportion de ce que sa
quantité est diminuée ou augmentée? N'est-ce pas parce que les parties
de l'air ont plus de gravité, qu'elles forcent les parties de ce fluide
à s'élever avec les matières auxquelles il est attaché, comme la fumée
ou la vapeur?
N'a-t-il pas une grande affinité avec l'eau, puisqu'il quitte un corps
solide pour s'unir avec elle, et s'élever en vapeur, laissant le solide,
froid au toucher et à un degré qu'on peut mesurer par le thermomètre?
La vapeur attachée à ce fluide s'élève avec lui. Mais à une certaine
hauteur, ils se séparent presqu'entièrement. La vapeur conserve très-peu
de ce fluide quand elle retombe en pluie; et encore moins quand elle est
en neige ou en grêle. Que devient alors ce fluide? S'élève-t-il
au-dessus de notre atmosphère, et se mêle-t-il également avec la masse
universelle de la même matière? ou une couche sphérique de cette
matière, plus dense que l'air, ou moins mêlée avec lui, attirée par
notre globe, et repoussée seulement jusqu'à une certaine hauteur par la
pesanteur de l'air, enveloppe-t-elle la terre, et suit-elle son
mouvement autour du soleil?
En ce cas, comme il doit y avoir une communication continuelle de ce
fluide avec la terre, n'est-ce pas par le mouvement qu'il reçoit du
soleil, que nous sommes éclairés? Ne se peut-il pas que chacune de ses
infiniment petites vibrations, frappant la matière commune avec une
certaine force, il en pénètre la substance, y est retenu par
l'attraction, et augmenté par des vibrations nouvelles, jusqu'à ce que
la matière en ait reçu toute la quantité qu'elle est susceptible de
contenir?
N'est-ce pas ainsi que la surface de ce globe est continuellement
échauffée par les vibrations qui se répètent pendant le jour; et
rafraîchie quand la nuit les fait cesser, ou que des nuages les
interrompent?
N'est-ce pas ainsi que le feu est amassé, et compose la plus grande
partie de la substance des corps combustibles?
Peut-être que quand notre globe fut créé, et que ses parties
constitutives prirent leur place à différens degrés de distance du
centre, et proportionnément à leur plus ou moins de gravité, le fluide
du feu attiré vers ce centre, pouvoit, comme très-léger, être en grande
partie forcé de prendre place au-dessus du reste, et former ainsi
l'enveloppe sphérique, dont nous avons parlé plus haut. Elle doit,
ensuite, avoir été continuellement diminuée par la substance qu'elle a
fournie aux corps organisés; mais en même-temps ses pertes se sont
réparées, lorsque ces corps ont été brûlés ou détruits.
La chaleur naturelle des animaux n'est-elle pas produite, parce que la
digestion sépare les parties des alimens et met leur feu en liberté?
N'est-ce pas la sphère du feu qui allume les globes errans qu'elle
rencontre, lorsque la terre fait sa révolution autour du soleil, et qui
après avoir enflammé leur surface, les fait crever aussitôt que l'air
qu'ils contiennent est très-raréfié par la chaleur?
OBSERVATIONS SUR LE RAPPORT FAIT PAR LE BUREAU DU COMMERCE ET DES
COLONIES, POUR EMPÊCHER L'ÉTABLISSEMENT DE LA PROVINCE DE L'OHIO[43].
Le premier paragraphe du rapport semble établir deux propositions comme
faits; savoir:
La première, c'est que l'espace de terre, spécifié avec les commissaires
de la trésorerie, contient une partie de la province de Virginie.
La seconde, c'est qu'il s'étend à plusieurs milles à l'ouest de la
chaîne des montagnes d'Allegany.
À l'égard de la première proposition, nous remarquerons seulement
qu'aucune partie de cet espace de terre, n'est située à l'orient des
montagnes d'Allegany, et que ces montagnes doivent être considérées
comme les vraies limites occidentales de la Virginie; car le roi n'avoit
aucun droit sur le pays situé à l'ouest de ces montagnes, jusqu'en 1768,
qu'il l'acheta des six Nations; et depuis cette époque, on ne l'a réuni,
ni en totalité, ni en partie, à la province de Virginie.
Quant à la seconde proposition, nous observerons que les lords
commissaires du commerce et des colonies, nous paroissent ne s'être pas
moins trompés sur cet objet que sur le premier; car ils disent que
l'espace de terre, dont il s'agit, s'étend à plusieurs degrés de
longitude à l'ouest. La vérité est qu'il n'y a pas plus d'un degré et
demi de longitude depuis la chaîne occidentale des montagnes d'Allegany,
jusqu'à la rivière de l'Ohio.
D'après le second paragraphe du rapport des lords commissaires, il
semble qu'ils craignent que les terres situées au sud-ouest des limites
tracées sur la carte, soient réclamées par les Cherokées, comme leur
pays de chasse, ou même que ce soit là que chassent les six Nations et
leurs confédérés.
Les Cherokées n'ont aucun droit sur ce pays. C'est une opinion nouvelle,
qui ne peut être défendue, et dont on n'a entendu parler qu'en 1764,
lorsque M. Steward fut nommé inspecteur des colonies méridionales. Nous
allons le démontrer par le rapport exact des faits; et nous ferons voir,
en même-temps, que le roi a un droit incontestable à la rive méridionale
de l'Ohio, jusqu'à la rivière des Cherokées, par la cession qu'en ont
faite les six Nations, dans le congrès qui a eu lieu au fort Stanwix, en
novembre 1768. En un mot, le pays qui s'étend depuis le grand Kenhawa
jusqu'à la rivière des Cherokées, n'a jamais été habité par les
Cherokées, ni servi à leurs chasses. Il fut autrefois habité par les
Schawanesses, et il leur appartint jusqu'au moment où les six Nations en
firent la conquête.