général Thomas, afin de se conserver au moins un pied dans la contrée. A
la fin de mai, l'armée révolutionnaire était d'environ 4,000 hommes
répandus dans le district de Montréal; mais elle manquait de tout, à tel
point que les chefs furent obligés de faire prendre de la farine de
force chez les marchands, en promettant de la payer, pour leur
subsistance journalière. Cet ordre reçut la sanction des deux
commissaires, Chase et Carroll, qui le justifièrent auprès du congrès,
en déclarant que c'était pour empêcher un pillage général, qui aurait pu
finir par le massacre des troupes et d'un grand nombre d'habitans. Ces
deux envoyés partirent à la fin de mai de Montréal pour rentrer dans
leur pays. Ils rencontrèrent le général Sullivan à St.-Jean, qui amenait
un nouveau renfort de 1,400 hommes, avec lequel il s'avanca jusqu'à
Sorel; ce qui porta l'armée américaine à 5,400 bayonnettes. Mais elle
était hors de proportion avec l'armée arrivée d'Angleterre, où la
nouvelle des soulèvemens en Amérique avait causé la plus grande
sensation.
L'aspect des affaires coloniales avait amené la résignation d'une partie
du ministère anglais, quoique la grande majorité du parlement impérial
se fût prononcée pour la soumission des rebelles par la force des armes.
Le gouvernement craignant que la cause américaine ne trouvât trop de
sympathie chez le peuple anglais, et que la désertion ne se mît dans ses
propres troupes, attendu que plusieurs de leurs anciens officiers
commandaient les soldats révolutionnaires, le gouvernement traita avec
le duc de Brunswick et d'autres petits princes allemands, pour avoir un
corps de 15 ou 16 mille auxiliaires, instrument passifs et sans
sympathie avec les rebelles. Une division de ces troupes sous les ordres
des généraux Reidesell et Specht fut en conséquence embarquée pour le
Canada avec dix bataillons anglais, et des artilleurs, formant en tout 7
à 8 mille hommes environ. Cette armée, commandée par le général
Burgoyne, partisan du ministère, et qui lui avait promis dans la chambre
des communes dont il était membre, des triomphes et la destruction des
insurgés, s'échelonna en arrivant à Québec sur les bords du St.-Laurent,
pour être prête à entrer en campagne au premier ordre. Le corps le plus
avancé occupait les Trois-Rivières. Le général Sullivan, qui épiait de
Sorel les mouvemens des royalistes, crut qu'il aurait bon marché de
cette petite ville s'il pouvait l'attaquer avant qu'elle fût secourue.
Il fit embarquer en conséquence, à Nicolet, le général Thompson avec
1,800 hommes pour traverser le lac St.-Pierre, débarquer à la
Pointe-du-Lac et y marcher rapidement. La nouvelle de leur débarquement
fut apportée aux Trois-Rivières par un capitaine de milice, le 8 juin à
4 heures du matin. Aussitôt les troupes qui y étaient déjà rendues
prirent les armes ainsi que celles qui venaient d'arriver dans le port
et qui furent débarquées sur-le-champ, pour marcher au-devant de
l'ennemi. Nombre de volontaires canadiens, fervens royalistes, les
joignirent; de sorte qu'ils se trouvèrent très supérieurs en nombre aux
Américains, et ils étaient de plus munis d'une bonne artillerie. Ils
rencontrèrent ceux-ci près d'une forêt, à une demi-lieue de la ville, et
après une assez longue résistance, les repoussèrent, et un second corps
les ayant pris en flanc, les dispersèrent totalement dans un bois
marécageux situé au nord du lac St.-Pierre. Leur général, avec 200
hommes, tomba entre les mains des vainqueurs. Le reste aurait été pris
ou aurait péri dans les bois si le pont de la rivière du Loup ne leur
eût offert une issue, la seule voie qui leur restait ouverte pour
échapper, et encore ce ne fut qu'avec beaucoup de peine, et grâce aux
talens du colonel St.-Clair, qu'ils parvinrent, au bout de plusieurs
jours, à rejoindre le corps d'armée du général Sullivan.
Les troupes royales s'avancèrent, le 14, à Sorel, que Sullivan évacua en
se retirant sur Chambly. Le gouverneur ordonna alors au général Burgoyne
de le poursuivre avec une partie de l'armée et les royalistes canadiens
qui s'offraient comme volontaires. Sullivan se voyait toujours pressé
mit le feu au fort Chambly et retraita sur St.-Jean, où le colonel
Arnold arrivait avec la garnison de Montréal, après s'être vu sur le
point d'être intercepté par le général Carleton, qui continuait de
remonter le fleuve par la rive gauche, et dont les troupes étaient déjà
rendues à Varennes. Ayant détruit le fort St.-Jean, l'armée
révolutionnaire se replia encore, sur l'île aux Noix, et enfin à
St.-Frédéric et à Carillon, d'où elle était partie huit mois auparavant,
et où, elle revenait après une campagne dont les succès comme les
défaites avaient varié selon l'opinion elle-même des Canadiens. Quelque,
temps auparavant plus de 500 rebelles, dont 31 officiers, retranchés aux
Cèdres sur la rive droite de la rivière des Outaouais, s'étaient rendus
au capitaine Foster, qui les avait attaqués à la tête de 4 à 500 hommes.
Cette perte qui entraîna le massacre de plusieurs prisonniers par les
sauvages, fut très sensible aux Américains, qui l'attribuèrent à la
lâcheté de leur commandant; car ce poste n'était pas sans importance
pour eux à cause de sa situation dans le voisinage des tribus indiennes.
Le général Carleton après avoir repoussé les Américain hors des
frontières, jugea qu'il était de la plus grande importance d'obtenir la
Suprématie sur le lac Champlain. Il travailla en conséquence à s'y
former une flottille. Il fit armer trois vaisseaux qui avaient été
envoyés d'Angleterre par pièces prêtes à assembler, et une vingtaine de
chaloupes canonnières, outre un grand nombre de barges et autres
embarcations. Le tout, prêt à mettre à la voile dans les premiers jours
d'octobre, fut placé sous les ordres du capitaine, depuis l'amiral
Pringle. Les Américains se hâtèrent de leur côté d'armer deux corvettes,
deux brigantins et une douzaine de petits bâtimens qu'ils mirent sous le
commandement du général Arnold, pour disputer la possession du lac aux
Anglais. Les deux flottilles se rencontrèrent le 11 octobre sous l'île
de Valcourt, et aprés un combat très vif, le vent empêchant une partie
des forces anglaises de se mettre en ligne, le capitaine Pringle ordonna
la retraite. Arnold, quoique vainqueur, avait perdu un vaisseau qui
s'était échoué et une barque qui avait été coulée bas. Afin de
proportionner ses forces à celles de l'ennemi, il voulut se retirer sous
les batteries de la Pointe-à-la-Chevelure; mais il fut atteint en chemin
par la flottille anglaise, qui profitant du vent, recommença l'attaque
le 13 avec la plus grande vigueur. L'action dura 2 heures environ, et
Arnold, abandonné par quatre de ses bâtimens qui s'enfuirent et par un
cinquième qui amena son pavillon, échoua le reste de sa flottille sur le
rivage, y mit le feu, fit sauter le fort St.-Frédéric et se replia sur
Carillon vers le haut du lac.
La saison des opérations tirait à sa fin. Carleton retourna à St.-Jean,
d'où il descendit ensuite à Québec par la rivière Richelieu. L'armée
anglaise rentra dans ses quartiers d'hiver, qui s'étendaient depuis
l'île aux Noix jusqu'à Québec, et fut logée chez les habitans où elle
vécut à discrétion, traitant ceux-ci, royalistes ou républicains,
militairement et sans qu'ils pussent obtenir justice (Sanguinet).
Les Anglais furent moins heureux dans les colonies du Sud, où devait se
conduire une des trois opérations de la campagne ordonnées par le
ministère. Ils furent repoussés de devant Charleston qu'ils voulaient
assiéger, et obligés d'abandonner entièrement la Caroline. Ils avaient
été forcés aussi d'évacuer Boston; mais lord Howe avait remporté une
victoire importante à Long-Island, où les Américains firent des pertes
considérables, et qui les obligèrent d'évacuer ensuite la ville de
New-York et de se retirer derrière la Delaware; ce qui aurait compensé
l'échec des Anglais à Boston si le général Washington n'avait lavé la
honte de la défaite de Long-Island d'abord dans la brillante affaire de
Trenton, où il fit mille prisonniers, puis dans une seconde bataille
livrée sur les hauteurs voisines, et enfin dans la dispersion d'un corps
royaliste à Stony-Brook, où il enleva encore huit cents soldats et du
canon; de sorte que le résultat général de la campagne de 76 se trouva
favorable à la cause de l'indépendance.
Pendant que la Grande-Bretagne faisait agir ses armées, elle envoyait
des commissaires pour faire des propositions d'arrangement aux colonies.
Les chefs de l'insurrection craignant la lassitude et le découragement
du peuple, et jugeant qu'il était temps de fixer ses opinions; redoutant
d'ailleurs l'effet des offres des commissaires anglais qui devaient être
sans doute des plus séduisantes, ces chefs furent d'avis que le temps
était enfin venu de se déclarer. Le congrès commença par publier un
manifeste qui contenait tous les griefs des colons contre la métropole,
et qui créa une immense sensation. Il le fit suivre peu après du fameux
pamphlet de Thomas Payne, intitulé «_Common Sense,_» plaidoyer plein de
sarcasmes amers contre les institutions monarchiques et la tyrannie des
métropoles, et qui, du même coup, écrasa le parti royaliste, et fit des
républicains ardens des hommes qui s'étaient montrés jusque-là froids et
indifférens. Les esprits ayant été ainsi habilement préparés, Lee fit
motion, le 7 juin (76), de proclamer l'indépendance de l'Amérique. Les
voix furent d'abord également partagées; mais le lendemain, la majorité
pencha en faveur de cette proposition, et aussitôt le congrès se déclara
chambre des représentans des Etats-Unis d'Amérique. Le 4 juillet il
publia la déclaration d'indépendance, acte qui consomma la séparation
des treize anciennes provinces anglaises de leur métropole, et qui
termina la seconde partie du drame sanglant commencé entre l'Ancien et
le Nouveau-Monde avec la guerre de Sept ans.
L'armée anglaise établie dans ses quartiers d'hiver, le général Burgoyne
passa en Angleterre pour régler avec le ministère le plan des opérations
de la prochaine campagne. C'était un officier d'une suffisance et d'une
ambition que ses talens pour la guerre ne justifiaient point. Le parti
politique auquel il appartenait lui avait fait, à l'occasion de sa
conduite en Portugal, où il avait remporté quelques succès, une
réputation exagérée, qui ne fit que rendre sa chute plus éclatante
lorsqu'il passa, lui et son armée, sous les fourches caudines de
Saratoga.
Le projet du gouvernement était de faire pénétrer l'armée du Canada dans
la Nouvelle-Yorke, pour lui faire opérer sa jonction à Albany avec celle
du général Howe, et de séparer avec ces forces la Nouvelle-Angleterre
des provinces méridionales. Burgoyne proposa d'ajouter que, dans le cas
où le mouvement par l'Hudson serait impraticable ou trop hasardeux, on
le fit par le Connecticut, ou bien qu'on embarquât l'année du Canada sur
le St.-Laurent, et que l'on formât la jonction en mer. Le ministère
repoussa ces deux alternatives, et s'en tint à son premier, plan. Mais
il nomma pour commander en chef l'armée du Canada ce général lui-même,
qui sollicitait cet honneur avec tant d'ardeur qu'il fut accusé d'avoir
cherché à supplanter dans ce poste dangereux le gouverneur Carleton, à
qui il semblait appartenir de droit, suivant l'usage.
L'on sait que George III était l'homme de son royaume le plus acharné
contre les Américains. Les difficultés de cette guerre amenèrent encore
des changemens dans le ministère; mais lord North, appuyé, dit Gibbon
dans ses mémoires, d'un côté sur le sens majestueux de Thurlow, et de
l'autre sur l'éloquence adroite de Wedderburne, garda toujours son
portefeuille, et les chambres se montrèrent disposées à appuyer sa
politique contre les rebelles. En effet elles votèrent les vaisseaux,
les soldats, les subsides qu'il voulut bien lui demander, malgré la
véhémence de l'opposition. «Depuis trois ans, dit Chatham,
qu'avons-nous-fait? Nous avons gagné quelques postes, et surtout nous
avons appris à nos adversaires l'art de faire la guerre. Croyez-moi,
luttez-vous, hâtez-vous de redresser les griefs des Américains; écoutez
leurs plaintes, reconnaissez-leur le droit de disposer de leur propre
argent. Cette reconnaissance sera un messager de paix: elle ouvrira la
voie aux traités; car si nous continuons la guerre, si nous marchons à
la conquête sous le canon de la France, nous marcherons sous une
batterie masquée, qui s'ouvrira bientôt pour nous balayer du sol
américain.»
Si Chatham haïssait la France, le duc de Choiseul ne haïssait pas moins
l'Angleterre. Une seule pensée le dominait depuis 63, c'était de venger
la honte du traité de Paris. Quoiqu'il ne fût pas dans le ministère, il
le dominait par l'ascendant qu'il avait sur la reine Marie-Antoinette. A
force de volonté et d'efforts, il avait donné une marine redoutable à sa
patrie, et malgré l'opposition d'une partie des ministres, il finit par
entraîner l'indolent Louis XVI dans le parti des insurgés américains.
Dés la fin de 75, Lee avait ouvert une correspondance secrète avec un M.
Dumas, négociant établi à la Haye: il avait vu aussi à Londres
l'ambassadeur français, et ensuite un agent envoyé exprès de Paris,
Beaumarchais, le fameux auteur du _Mariage de Figaro_, lequel avait
déclaré que son gouvernement était disposé à fournir des armes, des
munitions et de l'argent jusqu'à concurrence de £200,000 sterling. On
rapporte que M. de Vergennes voulait profiter de cette occasion pour se
faire restituer le Cap-Breton, le Canada et la Louisiane; mais le reste
des ministres français ne parut point goûter cette suggestion, ni
appréhender comme celui qui la faisait, si vraiment elle a été faite,
que les provinces révoltées, après avoir secoué le joug de l'Angleterre,
seraient en état de faire la loi à la France et à l'Espagne dans toute
l'Amérique, et d'envahir leurs possessions au moment où elles y
penseraient le moins.[62] M. de Vergennes, quoiqu'anticipant l'avenir,
ne prévoyait pas encore toute la rapidité avec laquelle les événemens
marchaient dans le Nouveau-Monde. Au reste, ces premières ouvertures ne
furent pas plus tôt connues du congrès américain, que ce corps
s'empressa d'envoyer un de ses membres en France, M. Silas Deane, pour
entrer en négociation directe avec ce pays; et après mille obstacles de
tous genres, les secours furent embarqués pour l'Amérique, dont la cause
devint alors si populaire en France que l'on vit le jeune marquis de
Lafayette et plusieurs autres seigneurs de son âge, partir pour servir
comme volontaires dans les armées révolutionnaires du congrès. Franklin,
Deane et Lee furent nommés officiellement commissaires auprès de la cour
de France. Les dispositions bienveillantes de cette grande nation, et
l'espérance de secours plus réels encouragèrent puissamment la jeune
république dans ses efforts.
[Note 62: Mémoire historique et politique sur la Louisiane, par M. de
Vergennes, ministre de Louis XVI, etc., 1802.]
Cependant le général Burgoyne était de retour à Québec au commencement
de 77. Il s'occupa immédiatement des préparatifs de son expédition. Le
gouverneur retint 3000 hommes pour garder la province, et il lui donna
le reste des troupes, environ 8,500 hommes y compris les officiers, et
500 Indiens sous les ordres de M. de St.-Luc, pour envahir la
Nouvelle-Yorke et aller se réunir au général Howe à Albany. Cette armée
se trouva rassemblée à la Pointe-à-la-Chevelure, le 30 juin, avec un
parc considérable d'artillerie. On avait compté y adjoindre beaucoup de
Canadiens; mais la masse de ce peuple qui avait si bien accueilli
d'abord l'insurrection, était, malgré son refroidissement et
l'incertitude de l'avenir, peu disposée à aller la combattre. Burgoyne
ne put Se faire suivre que par deux compagnies formant 150 hommes. Les
habitans continuèrent d'être accablés de corvées; il y eut jusqu'à 1,200
hommes employés aux travaux des chemins, ou sur les bateaux, qu'ils
furent obligés, à peine d'amende, de conduire dans l'automne, au milieu
des glaces, jusqu'à cent lieues de Montréal, sans aucune espèce de
rémunération. Il n'y avait que les Anglais, royalistes ou non, qui
fussent exempts de ce fardeau. Burgoyne se mit en mouvement au
commencement de juillet. Le 6, Carillon et le Mont-Indépendance étaient
tombés en son pouvoir avec 128 pièces de canon, plusieurs vaisseaux
armés et une grande quantité de bagages et de munitions de guerre et de
bouche. Ce facile succès le remplit de joie et augmenta outre mesure la
confiance qu'il avait dans sa capacité et la bravoure de ses troupes.
Ayant ordonné à une partie de l'armée et à ses bagages de prendre la
route du lac George, il laissa lui-même ce lac à sa droite avec le gros
de ses forces et 42 bouches à feu, ef s'avança vers le Grand-Marais
(South Bay) et Sekenesborough, le corps du général Fraser mettant en
déroute, chemin faisant, 15,000 Américains à Huberton. Le lendemain
l'avant-garde, sous les ordres du général Phillips, atteignait le fort
Anne et repoussait, après un combat assez vif, les républicains, qui
évacuèrent le fort après y avoir mis le feu, brisèrent ensuite les
chemins pour les rendre impraticables, et se replièrent sur le fort
Édouard, où le général Putnam arriva avec un renfort considérable de
troupes fraîches. C'était le point que Burgoyne avait marqué à son armée
pour opérer sa jonction. Mais il lui fallut tout le reste du mois pour
réparer les routes et relever les ponts; et il ne parut devant le fort
Édouard, sur l'Hudson, que le 28 juillet. Pendant que le général
Burgoyne opérait ainsi sur l'Hudson, le colonel St.-Léger devait faire
une diversion à la tête d'environ 800 hommes, réguliers ou miliciens, et
d'un gros parti de sauvages. Il était chargé de remonter le St.-Laurent
et le lac Ontario jusqu'à Oswégo, d'enlever le fort Stanwix, bâti en
1758 sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui la petite ville de Rome
dans le comté d'Oneida, et d'aller se réunir en descendant par la
rivière Mohawk, au corps d'armée de Burgoyne, à Albany. Il n'arriva que
le 3 août devant le fort Stanwix, qu'il investit immédiatement. Mais
après un long siège, pendant lequel un combat très vif eut lieu à
Oriskany entre une partie de ses forces, sous les ordres de sir John
Johnson, et 800 rebelles commandés par le général Herkiner, qui venaient
au secours de la place, et qui furent entièrement défaits, il fut
abandonné des sauvages et obligé, dans une panique qui s'empara de ses
troupes, de fuir avec tant de précipitation, que les Canadiens du brave
capitaine Lernoult, qui occupaient un poste jeté en avant pour couvrir
le siège, eurent à peine le temps d'être rappelés.[63] Le général
Schuyler, trop faible pour résister à l'armée de Burgoyne, et craignant
l'arrivée du colonel St-Léger sur ses derrières, fit brûler la flottille
du lac George, évacuer le fort qui en commande la tête, et se retira
d'abord à Stillwater sur la rive droite de l'Hudson, et ensuite dans
l'île de Van Schnick au confluent de la rivière Mohawk, où il se
fortifia.
[Note 63: Lettre du colonel St.-Léger au général Burgoyne.--_An
original, &c. and corrected account of Burgoyne's campaign, &c.,_ par
Charles Neilson, Esq.]
Le général Burgoyne, désirant poursuivre les ennemis tandis qu'ils
étaient encore remplis de terreur, résolut de détacher le colonel Baume
avec 500 hommes tant réguliers que Canadiens, sauvages et royalistes
américains pour s'avancer dans l'intérieur du pays vers la gauche,
ravager les campagnes, relever par sa présence, le courage des
royalistes et en recruter le corps des provinciaux, ramasser des vivres,
des voitures, des chevaux pour la cavalerie, et des bêtes de trait,
enfin pour faire prisonniers tous les fonctionnaires nommés par le
congrès et frapper les villes de contributions, etc. Le colonel Baume
avait pénétré jusqu'à Bennington, où les ennemis avaient rassemblé leurs
magasins, lorsqu'il fut cerné par le général Stark et les républicains
très supérieurs en nombre, le 16 août. Après un combat de deux heures,
au commencement duquel les sauvages l'abandonnèrent, il fut tué et le
reste de son détachement haché en pièces ou dispersé. Le colonel Breynan
qui avait été envoyé à son secours avec un gros corps de troupes,
n'arriva que pour recueillir quelques fuyards; et, attaqué à son tour
par l'ennemi, qui avait reçu de nouveaux renforts, il manqua de
munitions et n'échappa qu'en laissant son artillerie et des soldats
entre les mains du vainqueur, qui fit prisonnier dans les deux combats
plus de 700 hommes, dont un grand nombre d'officiers. Ce fût le
commencement des désastres de l'armée royale. Burgoyne se trouvait alors
à la rivière Battenkill, et conséquemment presque coupé de sa ligne
d'opération. Sur ces entrefaites les insurgés surprirent encore tous les
postes anglais du lac George et de sa décharge jusqu'à Carillon, et
enlevèrent un brig armé, des chaloupes canonnières et plus de 200
bateaux, tandis que le général Gates, auquel ie général Schuyler venait
de remettre le commandement des troupes, de cette frontière, se portait
de nouveau à Stillwater sur les hauteurs de Braemer, où il se retrancha.
Les milices qui accouraient de toutes parts, grossissaient
continuellement ses forces; et c'est alors qu'il vit arriver à son camp
le fameux patriote polonais Kosciusko, qui venait servir la cause de la
liberté en qualité de volontaire. Les Anglais qui avaient traversé sur
la rive droite de l'Hudson, s'avançaient lentement vers Albany,
lorsqu'ils furent arrêtés par les retranchemens de Gates. Une partie des
deux armées se livra à Freeman's Farm, le 19 septembre, un combat
long-temps disputé; mais enfin le champ de bataille resta aux
royalistes. La perte de chaque côté fut d'environ 3 ou 400 hommes.
Cependant le général Burgoyne ne pouvant emporter les retranchemens
ennemis, resta en position à une portée de canon jusqu'au 7 octobre, que
le manque de vivres le força de sortir de son camp pour tenter le sort
des armes. Il fut complètement battu, rejeté dans ses lignes, dont même
un quartier fut enlevé par l'intrépide Arnold, et perdit 700 hommes. La
nuit seule mit fin au combat, et sauva les restes de l'armée anglaise,
qui, sans cela, aurait été écrasée par la grande supériorité numérique
des révolutionnaires. La nouvelle de la retraite du colonel St.-Léger
acheva d'ôter tout espoir à ses troupes.
Il dut alors songer h rétrograder, et il n'y avait pas un moment à
perdre; car déjà sa sûreté était gravement compromise. Dès le lendemain
au soir, abandonnant ses blessés et ses malades à la générosité des
vainqueurs, et laissant son camp tendu et les leux allumés pour mieux
cacher sa fuite, il commença sa retraite au milieu de l'obscurité et du
silence. C'était humiliant pour celui qui s'était écrié avec orgueil en
traversant l'Hudson, à la tête de son armée: «Les Bretons ne reculent
jamais.» En effet, il ne retraita pas long-temps non plus. Il fut
atteint, complètement entouré sur les hauteurs de Saratoga par seize
mille hommes, et obligé de mettre bas les armes le 16 octobre. Les
Anglais, au nombre de 5,800 hommes, furent transportés à Boston, où ils
restèrent long-temps, le congrès ayant exigé qu'avant l'embarquement la
capitulation fut ratifiée par la métropole, et celle-ci ne pouvant se
résoudre à donner une sanction qu'elle regardait comme moins humiliante
encore pour l'honneur de ses armes que pour la prétention de sa
suprématie sur des colons rebelles.