L'amiral Boscawen fit voile d'Halifax, le 28 mai, à la tête d'une

escadre de 20 vaisseaux de ligne, 18 frégates et d'un grand nombre de

transports portant une armée de débarquement de 14,000 hommes, comme on

l'a déjà mentionné, sous les ordres du général Amherst, avec un train

considérable d'artillerie, et arriva le 2 juin devant cette forteresse.

Louisbourg, outre 5 vaisseaux de ligne et 5 frégates ancrés dans son

port, avait une garnison de 2,100 hommes de troupes régulières et de 600

miliciens pour résister à des forces de terre et de mer formant réunies

plus de 30,000 hommes. Le gouverneur, M. de Drucourt, qui avait remplacé

le comte de Raymond au commencement des hostilités, résolut de faire la

défense la plus énergique, et s'il n'était pas secouru, la plus longue

que l'on pouvait attendre de l'état de la place et du nombre de ses

défenseurs.

Les fortifications de Louisbourg tombaient en ruine faute d'argent pour

les réparer. Les revêtemens de la plupart des courtines étaient

entièrement écroulés, et il n'y avait qu'une casemate et une poudrière à

l'abri des bombes. La principale force de la place consistait dans les

difficultés du débarquement et dans le barrage du port. D'ailleurs, ce

qui restait debout des murailles était d'une construction défectueuse,

parce que le sable de la mer, dont on avait été obligé de se servir pour

les bâtir, n'est point propre à la maçonnerie, et l'on devait craindre

l'effet du boulet sur des ouvrages d'une liaison si fragile. Le

gouverneur jugea donc à propos de s'opposer au débarquement.

Il fortifia tous les endroits faibles de la côte aux environs de

Louisbourg jusqu'à la baie de Gabarus, qui en est éloignée d'une

demi-lieue, et où la flotte anglaise avait jeté l'ancre. L'anse au

Cormoran était l'endroit le plus faible de cette ligne. Les Français

l'avaient étayée d'un bon parapet fortifié par des canons dont le feu se

soutenait et par des pierriers d'un gros calibre. En avant on avait fait

un abattis d'arbres si serré qu'on aurait eu bien de la peine à y

passer, quand même il n'aurait pas été défendu. Cette espèce de

palissade, qui cachait tous les préparatifs de défense, ne paraissait

dans l'éloignement qu'une plaine ondoyante (Raynal). On avait placé

aussi une chaîne de bateaux le long du rivage depuis le Cap-Noir

jusqu'au Cap-Blanc, des troupes irrégulières dans toute cette étendue et

des batteries dans tous les lieux où la descente était praticable.

En présence de ces obstacles, le débarquement était une opération fort

difficile et remplie de périls. Mais comme l'ennemi ne pouvait avoir que

des soupçons sur ceux de l'anse au Cormoran, ce fut dans cet endroit-là

même qu'il entreprit de mettre pied à terre le 8 juin. Pour tromper la

vigilance des Français, il prolongea la ligne de ses vaisseaux de

manière à envelopper et menacer toute la côte, et feignant de débarquer

à Laurembec et sur plusieurs autres points du littoral, il se jeta

tout-à-coup à terre, en trois divisions, dans l'anse au Cormoran, tandis

que le général Wolfe faisait gravir un peu plus loin un rocher jugé

jusqu'alors inaccessible par une centaine d'hommes, qui s'y maintinrent

malgré le feu de quelques habitans et sauvages qui accoururent pour les

y attaquer.

Le gouverneur, ne laissant que 300 hommes dans la ville, était sorti

avec le reste de la garnison. 2,000 soldats et quelques Indiens

garnissaient les retranchemens de l'anse au Cormoran, sur lesquels les

troupes comptaient beaucoup plus que sur la place. Les assaillans qui ne

voyaient point le piège dans lequel ils allaient tomber, continuaient à

descendre à terre. La colonie aurait été sauvée, si on leur eût laissé

le temps d'achever leur débarquement et de s'avancer avec la confiance

de ne trouver que peu d'obstacles à forcer. Alors, accablés tout-à-coup

par le feu de l'artillerie et de la mousqueterie, ils eussent

infailliblement péri sur le rivage ou dans les flots, dans la

précipitation du rembarquement, car la mer était dans cet instant fort

agitée. Mais l'impétuosité française, dit Raynal, fit échouer toutes les

précautions de la prudence. A peine les Anglais eurent débarqué une

partie de leurs soldats et se préparaient à faire approcher l'autre du

rivage, qu'on se hâta de découvrir le piège où ils allaient se jeter. Au

feu brusque et précipité qu'on fit sur leurs chaloupes, et plus encore à

l'empressement qu'on eût de déranger les branches d'arbres qui

masquaient les forces qu'on avait tant d'intérêt à cacher, ils

devinèrent le péril et l'évitèrent. Revenant sur leurs pas, ils ne

virent plus d'autre endroit pour descendre que le rocher où le général

Wolfe avait envoyé les cent hommes. Ce général occupé du soin de faire

rembarquer les troupes et d'éloigner les bateaux, ordonna à un officier

de s'y rendre.

Le major Scott s'y porte aussitôt avec les soldats qu'il commande. Sa

chaloupe s'étant enfoncée dans le moment qu'il mettait pied à terre, il

grimpe sur les rochers tout seul. Il ne trouve plus que dix hommes des

cent qui y avaient été envoyés. Avec ce petit nombre, il ne laisse pas

de gagner les hauteurs. A la faveur d'un taillis épais il se maintient

avec un courage héroïque dans ce poste important contre un parti de

Français et de sauvages sept fois plus nombreux. Les troupes anglaises

bravant le courroux de la mer et le feu des batteries françaises qui se

dirigent maintenant sur ce rocher, achèvent de le rendre maître du seul

point qui pouvait assurer leur descente. La position des Français sur le

rivage dès lors ne fut plus tenable. Ils furent tournés, débordés par

les ennemis qui les prirent en flanc et enlevèrent une de leurs

batteries. Dans le même instant le bruit courut quelle général Whitmore

était débarqué au Cap-Blanc et qu'il allait couper de la ville les 2,000

soldats de l'anse au Cormoran. L'on trembla pour Louisbourg, où il

n'avait été laissé, comme on l'a dit, que 300 hommes, et l'on s'empressa

d'y rentrer, après avoir perdu deux, cents tués ou prisonniers dans

cette journée funeste, qui décida du sort du Cap-Breton.

Les Français n'eurent plus rien à faire alors qu'à se renfermer dans la

place avec peu d'espérance de pouvoir s'y défendre long-temps; mais, ils

pensaient qu'une longue résistance aurait au moins l'effet de retarder

l'attaque que les ennemis projetaient de faire contre le Canada,[16] et

ils refusèrent en conséquence la permission que demandait le commandant

des cinq vaisseaux qu'il y avait dans le port de se retirer.

[Note 16: Lettre de M. de Drucourt au ministre, du 23 sept. 1758.]

Les assaillans ne perdirent pas un moment de délai. Le 12 juin le

général Wolfe, à la tête de 2,000 hommes, prit possession de la batterie

du Phare, de la batterie royale et des autres postes extérieurs détachés

abandonnés par les assiégés. La batterie du Phare était importante en ce

qu'elle, commandait le port, les fortifications de la ville et la

batterie de l'île située en face. Les travaux du siége contre le corps

même de la place commencèrent alors. L'attaque fut conduite avec autant

de courage que soutenue avec résolution. Sept mille hommes au plus, en y

comptant les matelots des vaisseaux de guerre et le régiment de Cambis

qui, débarqué au port Dauphin, pénétra dans la ville pendant le siége,

luttèrent contre les forcés quadruples de l'ennemi pendant deux mois

avec une opiniâtreté et une patience admirable.

Les assiégeans avaient porté leurs lignes à 300 toises des murailles,

favorisés par le terrain qui offrait des protections naturelles à leurs

batteries. Ils poussèrent leurs travaux avec la plus grande activité, et

firent échouer toutes les sorties que tentèrent les Français non moins

alertes qu'eux. Le 19 la batterie du Phare, placée sur une hauteur que

les assiégés pouvaient à peine atteindre, commença à tirer. Des deux

côtés le feu fut extrêmement vif, mais les Français furent obligés de

rapprocher leurs vaisseaux de 600 verges de la ville pour les soustraire

aux projectiles de l'ennemi, qui commença aussi alors à bombarder la

muraille du côté opposé à la batterie du Phare. Il établit encore

successivement trois nouvelles batteries, et fit un épaulement d'un

quart de mille de longueur pour faciliter les approches de la ville par

une colline qui la commandait. Le 29 juin, les assiégés craignant que la

flotte anglaise ne s'emparât du port, coulèrent 2 de leurs vaisseaux et

2 frégates dans la partie la plus étroite de l'entrée du havre. Deux

jours après ils coulèrent encore deux autres frégates dont les mâts

restèrent hors de l'eau. Ils continuaient en même temps à faire des

sorties et un feu très vif de tous les remparts. La femme du gouverneur,

madame de Drucourt, s'est acquise pendant ce siège un nom immortel par

son héroïsme. Pour encourager les soldats, elle parcourait les remparts

au milieu du feu, tirait elle-même plusieurs coups de canon tous les

jours, donnait des récompenses aux artilleurs les plus adroits. Elle

pansait les blessés, relevait leur courage par des paroles

bienveillantes, et se rendait aussi chère au soldat qui l'admirait par

son courage que par les vertus plus douces qui appartiennent à son sexe.

Cependant les murailles s'écroulaient de toutes parts sous le feu des

batteries anglaises, qui faisaient d'autant plus d'efforts que les

assiégés mettaient de vigueur à se défendre. Ceux-ci pouvaient à peine

suffire à boucher les plus grandes brèches, lorsque le 21 juillet un

boulet mit le feu à l'un des cinq vaisseaux de guerres qui restaient à

flot dans le port. C'était un 74; il sauta et en incendia deux autres

qui étaient près de lui et qui furent consumés. Les deux derniers

échappèrent ce jour-là aux plus grands périls, étant obligés de passer

entre les batteries ennemies et le canon des vaisseaux embrasés que le

feu faisait partir, mais ce fut pour tomber quelque temps après entre

les mains des assiégeans, qui entrèrent dans le port pendant une nuit

fort obscure, les surprirent, en brûlèrent un et emmenèrent l'autre.

Après ce dernier coup, les Français durent songer à abandonner la lutte.

Le port était ouvert et sans défense. On n'y voyait plus que des débris

de vaisseaux; les fortifications n'étaient plus tenables; toutes les

batteries des remparts étaient rasées; il restait à peine une douzaine

de pièces de canon sur leurs affûts, et la brèche était praticable en

beaucoup d'endroits, tellement que les femmes, après le siège, entraient

par ces brèches dans la ville. 1,500 hommes ou le tiers de la garnison

avaient été tués ou blessés. L'on s'attendait d'une heure à l'autre à

voir les ennemis monter à l'assaut. Les habitans, qui en redoutaient les

suites, pressèrent le gouverneur à capituler. Celui-ci n'attendant plus

de secours dut, le 26 Juillet, accepter les conditions du vainqueur.

Louisbourg qui n'était plus qu'un monceau de ruines, retomba avec les

îles du Cap-Breton et St.-Jean pour la seconde fois au pouvoir de

l'Angleterre. La garnison, formant avec les matelots 5,600 hommes, resta

prisonnière de guerre, et les habitans furent transportés en France.

Cette conquête qui coûta aux Anglais 400 hommes mis hors de combat,

excita des réjouissances extraordinaires dans, la Grande-Bretagne et

dans ses colonies. L'on porta à Londres les trophées de la victoire, en

procession du palais de Kensington à l'église St.-Paul, et des actions

solennelles de grâces furent rendues dans toutes les églises; moins

peut-être pour célébrer ce triomphe que pour faire oublier la perte de

la bataille de Carillon, dont l'on venait de recevoir la nouvelle, mais

qui ne fut rendue publique qu'après celle de la prise de Louisbourg, car

cette ville n'était, après tout qu'une place de guerre, fort

secondaire.[17]

[Note 17: «Louisbourg is a little place and has but one casement in it,

hardly big enough to hold the women. Our artillery made havock among

them (the garrison) and soon opened the rempart: in two days more we

should certainly have, carried it. If this force had been properly

managed, there was an end of the french colony in North America, in one

campaign, for we have exclusive of seamen and mariners, near to forty

thousand men in arms.»--_Lettre du général Wolfe à son oncle le major

Wolfe_, 27 juillet 1758.]

Après cet exploit, la flotte anglaise alla se mettre en possession de

l'île St.-Jean, et détruire les établissemens de Gaspé et de Mont-Louis,

formés dans le golfe St.-Laurent par des Acadiens rt de pauvres pêcheurs

qu'elle emmena. Elle fit aussi une tentative contre Miramichi; puis se

retira vers la mi-octobre. Dans le même temps d'autres Anglais

construisaient de petits forts, comme pour s'y établir à demeure, dans

la partie septentrionale de la baie de Fondy. La destruction de

Louisbourg et la perte du Cap-Breton laissèrent le Canada sans défense

du côté de la mer, et ouvrirent le chemin de Québec aux ennemis pour

l'année suivante.

Mais tandis que le général Amherst et l'amiral Boscawen cueillaient des

lauriers dans l'île du Cap-Breton sur le bord de la mer, le général

Abercromby, tapi au fond du lac St.-Sacrement, sur la frontière centrale

du Canada, dévorait dans l'immobilité et le silence les cuisans chagrins

de la cruelle défaite qu'il venait d'essuyer.

Ce général qui s'était réservé pour lui-même le commandement de l'armée

qui devait agir sur le lac Champlain, parce que c'était, dans le plan de

campagne, la principale opération, avait réuni ses forces, composées de

7,000 hommes de troupes réglées et de 9,000 hommes de troupes

provinciales, dans les environs du lac St.-Sacrement, où le colonel

Johnson vint le rejoindre avec 4 ou 5 cents sauvages. Cette armée qui

avait, comme on l'a déjà fait observer, pour mission de franchir tous

les obstacles qui pouvaient se trouver sur la route de Montréal, faisait

ses préparatifs pour attaquer les lignes des Français. M. de Vaudreuil

ne doutait point qu'avec les forces considérables que l'ennemi avait à

sa disposition, il ne pût attaquer Carillon, même après le départ du

général Amherst pour Louisbourg; mais n'ayant pas encore reçu de vivres

de France, il pensa que le meilleur moyen de défendre cette frontière,

serait de faire une diversion. C'est pourquoi il persistait dans le plan

qu'il avait formé de jeter un gros corps sur la rive méridionale du lac

Ontario, 1° pour faire prononcer définitivement les Iroquois contre

l'Angleterre, 2° pour empêcher le rétablissement d'Oswégo, et 3° pour

faire une irruption vers Schenectady et obliger l'ennemi à se retirer du

lac Champlain. Cette démonstration, à la fois politique et militaire,

était une opération fort délicate. 800 soldats et 2,200 Canadiens et

sauvages des tribus de l'Ouest furent donnés au chevalier de Levis pour

l'accomplir; mais au moment où il allait se mettre en marche; des

nouvelles de M. de Bourlamarque, qui commandait sur la frontière du lac

St.-Sacrement, informèrent, le gouverneur que le général Abercromby,

avec une armée nombreuse et déjà rendue au fort Édouard, était sur le

point d'envahir le Canada. Le départ du chevalier de Levis fut aussitôt

contremandé, et le général Montcalm, après quelques démêlés avec le

gouverneur au sujet de ses instructions, partit de Montréal le 24 juin

avec M. de Pont-Leroy, ingénieur en chef, pour aller se mettre à la tête

des troupes à Carillon, où il arriva le 30. Trois mille soldats s'y

trouvaient rassemblés. Ce fut avec quelque surprise qu'il y apprit que

les Anglais étaient prêts à descendre le lac St.-Sacrement, quoique

depuis le printemps: il appelât lui-même constamment l'attention de M.

de Vaudreuil sur le fort Édouard, et le pressât d'envoyer des renforts à

M. de Bourlamarque afin d'être préparé à tous les événemens. Il manda

sans délai ce qui se passait au gouverneur, qui fit hâter la marche des

secours qu'il lui envoyait et qui étaient déjà en chemin, à savoir:

1,600 Canadiens et des sauvages, et 400 réguliers sous les ordres du

chevalier de Levis. Il expédia en même temps l'ordre aux milices du pays

de se rendre sur le lac Champlain en toute hâte; mais il était

impossible que ces secours pussent arriver avant quelques semaines, une

petite partie seulement put atteindre Carillon à marches forcées avant

la bataille.

Le 1 juillet le général Montcalm se porta en avant, échelonnant ses

troupes depuis le fort Carillon jusqu'au pied du lac St.-Sacrement, afin

d'en imposer à l'ennemi, et de s'opposer à son débarquement s'il se

présentait une occasion favorable de le faire avec quelque chance de

succès.

Dans le même temps (5 juillet) celui-ci s'embarquait à la tête du lac

St.-Sacrement sur 900 berges et 135 bateaux; et, précédé par de nombreux

radeaux garnis de canons, nouvelle espèce de batteries flottantes, il

commença à le descendre. «Le ciel était extrêmement pur, dit le Dr

Dwight, et le temps superbe; la flotte avançait avec une exacte

régularité au son d'une belle musique guerrière. Les drapeaux flottaient

étincelans aux rayons du soleil, et l'anticipation d'un triomphe futur

brillait dans tous les yeux. Le Ciel, la terre, et tout ce qui nous

environnait présentaient un spectacle enchanteur. Le soleil, depuis

qu'il brillait dans les cieux, avait rarement éclairé autant de beauté

et de magnificence.» Ces fiers ennemis ne songeaient guère alors dans

leur admiration qu'avant quatre jours ils remonteraient le même lac

remplis d'épouvante, et comme une troupe fugitive.

L'avant-garde, forte de 6,000 hommes, commandée par lord Howe, atteignit

le pied du lac le 6 au matin, et débarqua au Camp-Brûlé. M. de

Bourlamarque se replia à son approche à la Chute, où était le général

Montcalm, après avoir attendu vainement M. de Trépézée qu'il avait

détaché en avant en observation sur la Mqntagne-Pelée avec 300 hommes.

Cet officier, voyant paraître les ennemis, voulut rejoindre M. de

Bourlamarque, mais s'étant égaré, dans les bois, il perdit du temps, et

au lieu de trouver les Français là où il les avait laissés, il se vit

tout-à-coup cerné par l'avant-garde ennemie, qui l'attaqua sans lui

donner le temps de se reconnaître, et tua, prit ou noya les deux tiers

de son détachement. L'autre tiers qui, formait son arrière-garde et qui

avait pris une autre route parvint, le 7, sans mésaventure à la Chute,

où M. de Trépézée fut apporté blessé mortellement avec un autre

officier. C'est dans cette escarmouche que fut tué lord Howe, jeune

officier anglais plein d'espérance, et dont ses compatriotes

regrettèrent vivement la perte.

Les desseins et la force de l'ennemi étant maintenant pleinement connus,

le général Montcalm fit lever le camp de la Chute, et sous la protection

des troupes de la colonie et de 4 à 5 cents Canadiens qui venaient

d'arriver, il défila, vers les hauteurs de Carillon qu'il avait choisies

pour livrer bataille, étant décidé quelle que fût la disproportion des

deux armées, de ne point abandonner l'entrée du Canada sans combattre.

Il avait d'abord paru incliner pour St.-Frédéric; mais M. de Lotbinière,

qu'il consulta, et qui connaissait très bien le pays, avait recommandé

les hauteurs de Carillon que les ennemis, suivant lui, ne pourraient

passer tant qu'elles, seraient occupées, et qu'il était facile de

fortifier par des retranchemens sous le canon du fort; tandis que les

travaux qu'il faudrait faire pour se couvrir à St.-Frédéric, prendraient

deux mois, et que d'ailleurs Carillon passé, l'ennemî pourrait descendre

le lac Champlain et laisser cette place derrière lui. Le général,

sentant la force de ces raisons, arrivé sur ces hauteurs devenues si

célèbres, fit cesser le mouvement rétrograde des troupes, et leur donna

ordre de prendre position en avant du fort, et de s'y retrancher.

Les hauteurs de Carillon se trouvent dans l'angle formé par la déchargé

du lac St.-Sacrement nommée rivière à la Chute, et le lac Champlain dans

lequel elle va se jeter. Ces buttes du reste, peu élevées, et qui ont

leur point culminant au sommet de l'angle même, s'abaissent en en

gagnant la base, se terminant en pente douce avant d'arriver au lac

Champlain, et en pente plus abrupte du côté de la rivière à la Chute,

sur le bord de laquelle règne un petit fond d'environ 25 toises de

largeur. Dans le fond de l'angle, sur le bord de l'escarpement, il y

avait une petite redoute dont le feu rayonnait sur le lac et la rivière,

et enfilait la pente du terrain le long de ce cours d'eau. Cette redoute

se reliait, par un parapet, au fort Carillon dont on voit encore des

ruines, et qui, pouvant contenir 3 ou 4 cents hommes, se trouvait placé

dans le milieu de l'angle et dominait le centre et la droite du plateau,

ainsi que la plaine au pied du côté du lac Champlain et de la rivière

St.-Frédéric. L'armée passa la nuit du 6 au 7 au bivouac. Les feux de

l'ennemi indiquaient qu'il était en force au portage. Les retranchemens

formés par angles entrans et sortans, commencés le 6 au soir et

continués le 7 avec la plus grande activité, prenaient au fort,

suivaient quelque temps la crête des hauteurs du côté de la rivière à la

Chute, puis tournaient à droite pour traverser l'angle à sa base, en

suivant les sinuosités d'une gorge à double rampe peu profonde qui

traverse le plateau, et enfin descendaient dans le bas fond qui s'étend

jusqu'au lac. Ces retranchemens pouvaient avoir 600 verges de

développement, et 5 pieds de hauteur; ils étaient formés d'arbres ronds

posés les uns contre les autres, avec les grosses branches coupées en

pointes placées en avant en manière de chevaux de frise. Chaque

bataillon, ayant en arrivant pris la place qu'il devait occuper dans

l'action, faisait la partie du retranchement destinée à le protéger.

Tout le monde travaillait avec une ardeur incroyable. Les Canadiens

n'ayant pu recevoir de haches plus tôt, ne commencèrent leur abattis,

dans le bas fond du côté du lac Champlain où leur position fut marquée,

que dans l'après-midi; ils l'achevèrent le lendemain au milieu du jour

au moment où les Anglais paraissaient. Le pays en avant étant couvert de

bois, le général Montcalm fit abattre les arbres jusqu'à une certaine

distance, afin de voir déboucher les assaillans à découvert et de plus

loin.

Dans le même temps le général Abercromby avait débarqué avec toute son

armée. Ayant appris par des prisonniers que les Français se

retranchaient pour attendre un renfort de 3,000 hommes que devait leur

amener le chevalier de Levis, il décida de les attaquer avant la

jonction de ce corps; et sur le rapport d'un ingénieur envoyé en

reconnaissance, que leurs retranchemens n'étaient pas achevés, il se mit

aussitôt en mouvement poussant son avant-garde, sous les ordres du

colonel Bradstreet, le? au soir, jusqu'à 700 toises des Français; et des

deux côtés l'on se prépara pour l'affaire du lendemain.

L'armée anglaise, défalcation faite de quelques centaines d'hommes

laissés à la Chute et à la garde des bateaux au pied du lac, était

encore composée de plus de 15,000 hommes d'élite commandés par des

officiers expérimentés, et marchant au combat avec toute la confiance

que donne une grande supériorité numérique. L'armée française ne

comptait que 3,600 hommes dont 150 Canadiens ou soldats de la marine: il

n'y avait pas de sauvages. Trois cents hommes furent chargés de la garde

du fort, et 3,300 de la défense des retranchemens, que leur peu

d'étendue permit de garnir de troupes sur trois hommes de hauteur.

L'ordre fut donné que chaque bataillon aurait en réserve sa compagnie de

grenadiers et un piquet de soldats: rangés en arrière et prêts à se

porter où le besoin le demanderait. Le chevalier de Levis arrivé du

matin même de sa personne, fut chargé du commandement de l'aile droite,

ayant sous lui les Canadiens formant l'extrême droite sous les ordres de

M. de Raymond; M. de Bourlamarque eut le commandement de l'aile gauche.

Le général Montcalm se réserva celui du centre. Tel fut l'ordre de

bataille des Français.

A midi et demi, les gardes avancées rentrèrent dans les lignes en

fusillant avec les troupes légères anglaises. Un coup de canon tiré du

fort, donna le signal aux troupes de border les ouvrages. L'ennemi

s'ébranlait.

Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours. Tome III · 第 6 / 31 段