Duclos, dans le roman de la _Baronne de Luz_. Le juge libertin de Duclos
s'appelle Thuring; celui de la _Gazza ladra_ doit être joué avec une
teinte de bouffonnerie chargée, qu'aucun chanteur italien n'ose hasarder
devant un public sévère et hautain, qui n'entend pas la plaisanterie. Il
faut faire ressortir la qualité de goguenard.
[32] Le plaisir _dramatique_ ne se voit plus que chez le peuple, à la
Porte-Saint-Martin, à la Gaieté, etc.
[33] Exemple frappant du défaut de Rossini dans sa _seconde manière_; il
écrit un air avec les _agréments_ que son chanteur exécute avec
facilité.
[34] Artifice fréquent chez Rossini, et au moyen duquel
l'accompagnement, quoique fort surchargé, ne couvre pas la voix. Mozart
n'a pas su éviter cet inconvénient en mille endroits, et, par exemple,
dans l'air: _Batti, batti, o bel Mazetto_ de _Don Juan_.
[35] Les gens communs sont accessibles à cette passion. Voir les phrases
de Bossuet. En 1520 pour un homme qui goûtait Raphaël, il y en avait
cent à qui Michel-Ange faisait peur. Canova n'eût joui d'aucun succès en
1520.
[36] «Faites tomber ma tête, je suis votre prisonnier; mais ne vous
couvrez pas du sang d'une pauvre jeune fille qui ne sait pas même se
défendre.»
Paroles fort belles, sans doute; mais il fallait dire: C'est moi qui ai
donné un couvert à vendre à ma fille; faites rechercher ce couvert, etc.
On dira que j'attaque un pauvre libretto italien en vrai littérateur
français. Ces messieurs attaquent les _paroles_ d'un libretto; voyez la
grande colère du _Miroir_ contre le cra, cra du Taddeo de l'_Italiana in
Algeri_. Pour moi, je m'attaque aux _situations_ fausses; les paroles
d'un libretto sont toujours fort bien à mes yeux, je ne les écoute pas.
J'ai lu celles de la _Gazza_ pour la première fois, en écrivant la
présente notice, dans laquelle j'ai le malheur de ne pouvoir rappeler
les chants de Rossini qu'à l'aide des paroles qui les accompagnent. On
eût trouvé ridicule de mettre, au lieu des paroles, une ligne de musique
en note au bas de la page, pour nommer un air.
Depuis le milieu du premier acte de la _Gazza_, tout est tristesse et
désespoir; et, pour faire variété, nous avons de l'_horreur_; le
podestat dans la prison faisant des propositions à Ninette. Dans un
sujet à peu près semblable (_le Déserteur_), Sedaine évita toutes ces
sensations noires par la jolie création du caractère de Montauciel,
l'une des choses les plus difficiles que l'art dramatique ait osé
exécuter en France. Rossini était digne de trouver un Sedaine. Si ce
maçon fût né avec deux cents louis de rente, la littérature française
compterait un homme de génie de plus.
La protection d'un ministre pouvait réparer les torts du hasard; il
fallait payer à Sedaine chacun de ses opéras six mille francs. Il eut,
au contraire, grand'peine à être de l'Académie Française. Rien de plus
inutile pour les arts que la protection des sots riches et
l'établissement des académies; Marmontel et La Harpe étaient les
personnages les plus marquants de cette Académie qui eut de la peine à
admettre Sedaine; jugez des autres.
[37] Voilà le secret de la répugnance des romantiques pour les vers
alexandrins dans la tragédie; à chaque instant le vers de Racine altère
un peu la vérité _simple_ et _une_ de la parole de l'homme passionné.
Cent cinquante années d'études philosophiques nous ont appris quelle est
cette parole. Racine altère pour orner; les moeurs de 1670 lui
demandaient cette preuve de talent que repoussent celles de 1823. Nous
voulons des tableaux beaucoup plus près de la nature. _Guillaume Tell_
de Schiller, traduit en prose, nous fait plus de plaisir qu'_Iphigénie
en Aulide_.
[38] «Conduisez l'un en prison, et l'autre au supplice.»
[39] Prison de l'historien Giannone.
[40] Dans trente ans, l'on demandera aux peintres de décorations de
vouloir bien supprimer la quantité de petits détails spirituels dont ils
se croient obligés de charger leurs toiles. Peut-être alors aurons-nous
échangé beaucoup de vanité contre un peu d'orgueil. Nous prenons, sans
honte, du _café_, quoiqu'il ne vienne pas en France; pourquoi
n'appellerions-nous pas de Milan MM. Sanquirico, Tranquillo ou leurs
successeurs?
[41] On dit que le motif de l'air de la cloche est pris dans _Otello_.
[42] L'_honneur national!_ grand argument musical du _Miroir_
d'aujourd'hui, comme des ennemis de Rousseau en 1765; c'est tout
bonnement l'art d'en appeler aux _passions_ des gens trop _occupés_ pour
avoir une opinion.
[43] Il y a quelque temps que, dans _Tancrède_, l'orchestre de Louvois
exécuta sans difficulté, et sur le simple avertissement de son chef, le
duetto _Ah! se de'mali miei_, un demi-ton plus haut que la note écrite;
il est on ut, on le chante en _re_. En 1765, le bâtonnier de l'Opéra
criait: _Messieurs, attention au démanché!_
[44] Le lendemain du 18 brumaire, deux mille gens riches avaient intérêt
à le louer.
[45] Ce sont les classes inférieures de la société et les provinciaux
nouvellement débarqués, admirateurs nés de tout ce qui _coûte bien
cher_, qui garnissent les banquettes du grand Opéra. Ajoutez-y dans les
loges quelques Anglais arrivant de leurs terres, et au balcon quelques
gens de plaisir qui viennent admirer les danseuses; voilà, avec les six
cent mille francs du gouvernement, ce qui soutient l'Opéra. Le premier
ministère de bon sens mettra les Italiens rue Le Peletier, vers l'an
1830.
[46] _Nous n'aurions personne si nous agrandissions notre théâtre;_
voilà ce que tout le monde répète quand on représente qu'on est au
supplice dans les loges, et que les deux maisons voisines appartenant à
l'administration, l'on pourrait changer les corridors actuels en loges à
_l'italienne_, et faire d'autres corridors latéraux.
[47] Voir _la Renommée_ des premiers jours de septembre 1819, autant que
je puis m'en souvenir, et les autres journaux.
[48] Voir ci-après les chapitres relatifs au _chant_ tel qu'il était en
1770 et tel qu'il est aujourd'hui, chapitres dont j'ai recueilli les
idées dans les conversations dont je viens de parler.
[49] Par respect pour la Bible, l'on n'a pas osé donner _Moïse_ à
Londres, au théâtre du Roi (l'Opéra-Italien). On a fait de la musique de
_Moïse_ un _Pierre l'Ermite_, 1823. Cet essai me plaît; j'espère qu'on
fera des _libretti_ passables pour quatre ou cinq opéras de Rossini dont
les situations actuelles sont tellement absurdes qu'elles rebutent
l'imagination. On trouverait difficilement une page dans les trente
journaux littéraires d'Angleterre qui ne soit sanctifiée par quelque
allusion à la Bible. Que dirai-je de M. Irving? un tel être est
impossible en France, même à Toulouse.
[50] Abondance d'idées en répétant vingt-six fois de suite le même
chant! Excellente critique.
[51] Nous sommes accoutumés à voir les montagnes _faire ombre_ sur le
ciel; première scène de _Don Juan_, à la reprise de septembre 1823.
[52] C'est ainsi qu'il faut exécuter cet opéra; le miracle doit s'opérer
durant la prière, à un signe de Moïse qui se tourne vers la mer.
[53] Les passions et les amours vulgaires qui remplissent chaque année
des centaines de romans nouveaux, sont ce qu'il faut à la musique; elle
se charge, à proportion du génie du maestro, de leur ôter l'air vulgaire
et de les élever au sublime. Le superbe poëme _Job, le Lévite
d'Ephraïm_, l'épisode de _Ruth_, sont faciles à arranger en _opera
seria_. Je ne parle pas, par respect, de la mort de Jésus, l'un des plus
beaux sujets que l'on puisse présenter aux peuples modernes. L'auteur a
essayé une tragédie intitulée: _la Passion de Jésus_.
[54] Du solo de clarinette si touchant et si noble dans l'ouverture
d'_Otello_, Rossini a fait un air pour _Osiride_.
[55] Je demande pardon au lecteur d'avoir conservé plusieurs mots
italiens; je ne trouve pas en France d'usages correspondants, et toute
traduction eût été fort inexacte.
[56] Je cède à la tentation de placer ici quelques traits de ces
conversations, si intéressantes pour moi, que je rencontrais quelquefois
à Naples. Si l'on trouve quelques idées agréables ou utiles dans les
chapitres suivants, elles appartiennent en entier à M. le chevalier de
Micheroux, ancien ministre à Dresde. Je dois à cet amateur éclairé des
notes pleines de bonté sur plusieurs erreurs où j'étais tombé dans les
autres parties de cette biographie. La musique ne laisse pas de traces
en Italie; les articles de journaux sont des hymnes ou des philippiques,
et, du reste, présentent rarement quelque chose de positif. Cet
ouvrage-ci étant composé d'un grand nombre de petits faits, doit
contenir bien des erreurs. Il y a telle date d'une première
représentation qui m'a coûté la peine d'écrire vingt lettres, et encore
ne suis-je pas trop sûr de l'époque que j'ai adoptée.
[57] Les gens qui viennent d'applaudir durant quatre-vingts
représentations de suite les insolences de Sylla envers les Romains,
c'est-à-dire les mépris de Napoléon pour le peuple français.
[58] Davide le père, qui fut un chanteur aussi célèbre que son fils,
reproche vivement à celui-ci de ne pas mettre assez de _douceur_ dans
son chant, et de trop sacrifier à l'agilité; un jour, à ce propos, il a
voulu le battre. J'ai vu Davide le père chanter au théâtre de Lodi en
1820; il avait, disait-on, soixante-dix ans. Il habite Bergame, ainsi
que le bon Mayer, l'auteur de _Ginevra di Scozia_.
[59] Les peuples entre la Meuse et la Loire sentent fort peu la musique;
le sentiment pour cet art renaît déjà vers Toulouse comme dans les
environs de Cologne.
[60] C'est par le _mouvement_ que la musique élève l'âme jusqu'aux
sentiments les plus délicats, et parvient à les rendre sensibles à des
yeux souvent assez grossiers. Un gros millionnaire, ému, arrive à sentir
un instant comme un homme d'esprit.
C'est par l'_immobilité_ que la sculpture parvient à faire concevoir ce
même sentiment délicat. Rossini avait promis, un soir qu'il était
sensible, de traduire par un beau duetto ce groupe sublime de Vénus et
Adonis que nous admirions à la lueur d'une torche. Je me souviens que le
marquis Berio le fit jurer par les mânes de Pergolèse.
J'oserai peut-être imprimer un jour un traité sur le beau idéal dans
tous les arts. C'est un ouvrage de deux cents pages, assez
inintelligible, et surtout manquant tout à fait de transitions comme le
présent chapitre.
[61] Voir les singuliers raisonnements du _Journal des Débats_
d'aujourd'hui (18 septembre 1823). Un homme qui ne sent pas les
beaux-arts ne peut jamais arriver, par le raisonnement, qu'à la théorie
du récitatif; le _chant_ lui échappe; une âme sèche ne le sent pas, et
le raisonnement ne peut y conduire.
[62] Les compositeurs sifflés sont les ennemis les plus dangereux de la
musique. Les vrais juges en France sont, avant tout, les jeunes femmes
de vingt-cinq ans.
[63] _Mémorial de Sainte-Hélène_, de M. le comte de Las-Cases, tome IV;
révoltes et enthousiasme de Brescia, de Bergame, de Vérone, etc.; le
tout suivi, en 1799, de treize mois d'une réaction féroce. Aventures
curieuses des patriotes déportés aux Bouches du _Cattaro_, décrites par
M. Apostoli, de Padoue, dans ses _Lettere Sirmiensi_, 1809.
[64] _Natum pati et agere fortia_, vers fait pour saint Ignace de
Loyola.
[65] Plus tard, madame Catalani a chanté les variations de Rode; il est
vrai que le ciel a oublié de placer un coeur dans le voisinage de ce
gosier sublime.
[66] Stendhal, dans tout ce passage, pense en italien, _biscroma_ y veut
dire double croche. N. D. L. E.
[67] Instrument favori de Rossini. (C'est la petite flûte, N. D. L. E.)
[68] Et les premiers essais de Rossini: _la Cambiale di Matrimonio_,
_l'Equivoco stravagante_, _Ciro in Babilonia_, _la Scala di seta_,
_l'Occasione fa il ladro_, _il Figlio per azzardo_.
[69] Il avait vingt-deux ans.
[70] L'opéra lui-même n'eut pas de succès. Velluti avait eu une dispute
avec le célèbre Alessandro Rolla, chef de l'orchestre de la Scala, et il
bouda comme un enfant tout le temps des représentations de
l'_Aureliano_: il a, dans le fait, tout le caractère d'un enfant, et est
entièrement mené par un valet de chambre.
[71] Autant il est agréable d'essayer en français l'analyse des
mouvements du coeur ou des opérations de l'esprit, autant l'on trouve de
difficultés à écrire sur l'art du chant. Puisque je ne trouve pas de
_mots français_ pour traduire avec exactitude et clarté les noms des
diverses espèces de roulades ou d'ornements, je demande la permission de
me servir quelquefois des _mots italiens_. Je suis obligé de sacrifier à
la précision et à la clarté.
[72] Rossini a écrit pour Naples neuf de ses principaux opéras:
_Elisabetta_, _Otello_, _Armida_, _Mosè_, _Ricciardo e Zoraïde_,
_Ermione_, _la Donna del Lago_, _Maometto secondo_, et _Zelmira_; 1815 à
1822.
[73] L'air _di tanti palpiti_ a été chanté avec succès, sous nos yeux,
en trois _tons_ différents.
[74] Marchesi changeait chaque soir toutes les _fioriture_ de ses rôles.
(Milan, 1794.)
[75] Pourquoi? C'est un problème que je soumets au savant docteur
Edwards.
[76] Calculés sur nos besoins _actuels_; cette musique est éminemment
_romantique_.
[77] La Gabrielli ne chantait bien que lorsque son amant était dans la
salle. On fait cent histoires en Italie de ses caprices incroyables.
Elle était Romaine.
[78] Les grands chanteurs ne changeaient pas le motif des airs, ils le
donnaient avec assez de simplicité, puis commençaient à broder. Ils
avaient à la fin de chaque air vingt mesures pour les _Gorgheggi_ et
autres agréments légers, et enfin l'air de bravoure comme _pria che
spunti_ dans le _Mariage secret_. Rossini eût écrit les agréments de cet
air. Il est du genre qu'on appelle à Naples _aria di narrazione_.
[79] Je trouve une difficulté presque insurmontable à parler du chant en
français. Voici ce petit passage en italien; «Le ombreggiature per le
messe di voce, il cantar di portamento, l'arte di fermare la voce per
farla fluire eguale nel canto legato, l'arte di prender fiato in modo
insensibile e senza troncare il lungo periodo vocale delle arie
antiche.»
[80] Paganini, le premier violon d'Italie et peut-être du monde, est
dans ce moment un jeune homme de trente-cinq ans, aux yeux noirs et
perçants, et à la chevelure touffue. Cette âme ardente n'est pas arrivée
à son talent sublime par huit ans de patience et de conservatoire, mais
par une erreur de l'amour qui, dit-on, le fit jeter en prison pour de
longues années. Solitaire et abandonné dans une prison qui pouvait finir
par l'échafaud, il ne lui resta dans les fers que son violon. Il apprit
à traduire son âme par _des sons_; et les longues soirées de la
captivité lui donnèrent le temps d'être parfait dans ce langage. Il ne
faut pas entendre Paganini lorsqu'il cherche à lutter avec des violons
du Nord dans de grands concertos, mais lorsqu'il joue des caprices, une
soirée qu'il est en verve. Je me hâte d'ajouter que ces caprices sont
plus _difficiles_ qu'aucun concerto.
[81] Velluti prépare trois espèces d'agréments pour le même passage; au
moment de l'exécution, il emploie celui pour lequel il se sent de la
facilité; au moyen de cette précaution, ses agréments ne sont jamais
_stentati_ (forcés).
[82] Je viens de rencontrer un jeune homme de vingt-deux ans, qui a fait
une tragédie reçue aux Français; son grand soin, en me parlant, a été de
se moquer beaucoup du système tragique dans lequel il a travaillé.
[83] Il me semble qu'à Genève l'on fait assez peu de cas de Rousseau; en
revanche, la réputation de ce Voltaire si léger, si moqueur, si
anti-religieux, si anti-Genevois, me semble croître chaque jour; c'est
qu'après tout Voltaire a fini par mourir avec quatre-vingt mille livres
de rente.
[84] Il ne s'agit pas de la voix particulière pour laquelle Rossini a
noté tous les agréments. Mademoiselle Colbrand doit à Rossini une partie
de sa gloire.
[85] On dirait en italien: _Una voce pura o velata, debole o forte,
piena o soltile, stridula o smorzata._
[86] Pacchiarotti lui-même a bien voulu me donner ces idées en me
montrant son joli jardin anglais et sa tour du cardinal Bembo, près le
_Prato della Valle_, à Padoue, 1817. Voir le Voyage intitulé _Rome,
Naples et Florence en_ 1817.
[87] Et bien souvent du premier; Crivelli et Velluti ne voyagent plus
qu'avec l'_Isolina_ de Morlacchi, opéra qu'ils donnent partout.
[88] En Italie on appelle ces chanteurs qui lisent difficilement,
_orecchianti_; la qualité contraire est exprimée par le mot
_professore_. On vous dira à Florence: _Zuchelli è un professore_; ce
qui ne veut nullement dire que Zuchelli donne des leçons, mais qu'il
sait fort bien la musique.
[89] J'ai trouvé, en octobre 1822, un opéra charmant à Varèse, ville de
Lombardie aussi grande que Saint-Cloud, et dont les habitants sont
remarquables par une obligeance parfaite envers les étrangers.
[90] Un entrepreneur n'eût jamais eu l'audace de donner _les Horaces_
avec les voix qu'on nous a présentées. Il faut mettre Louvois en
entreprise comme _la Scala_.
[91] Quels plaisirs ravissants ne devrions-nous pas à Romberg par son
violoncelle, s'il avait l'âme passionnée de Werther au lieu de l'âme
candide et honnête d'un bon bourgeois allemand! Mademoiselle de
_Schauroth_, âgée de neuf ans, et pianiste célèbre, annonce toute la
folie du génie.
[92] Transcrire dans la partition des _Horaces_, les paroles de l'air
célèbre: _Quelle pupille tenere_, telles qu'elles sont chantées.
[93] C'est un tour de force qui fait, a chaque fois, l'étonnement des
dilettanti, que de voir la même voix chanter un soir Tancrède, et trois
jours après Desdemona.
[94] Je pense que madame Pasta est destinée à faire la fortune du
compositeur qui fera pâlir l'étoile de Rossini. Elle est sublime dans le
_genre simple_, et c'est par là qu'il faut attaquer la gloire de
l'auteur de _Zelmire_.
[95] C'est ce qu'elle a prouvé en chantant Tancrède et le rôle de
_Curiazio_ dans _les Horaces_ de Cimarosa: Roméo et Médée.
[96] La clarinette, par exemple, a deux _registres_. Les sons bas ne
semblent pas de la même famille que les sons aigus. Je placerai ici un
fait d'histoire naturelle observé à Londres cette année: les sons aigus
de la clarinette et du piano ne troublent nullement les animaux féroces,
le lion, le tigre, etc., tandis que les sons bas les font entrer en
fureur sur-le-champ. Il semble que pour l'homme l'effet contraire aurait
lieu. Peut-être les sons bas ressemblent-ils à des rugissements. _Voir_
les expériences faites au Jardin-des-Plantes vers 1802; on donna un
concert aux éléphants. Je ne sais si les naturalistes eurent assez de
bon esprit pour rapporter avec _simplicité_ les résultats de cet essai,
et pour laisser échapper une si belle occasion de faire de l'éloquence.
Ce sont de terribles gens quand ils veulent être sublimes, et qu'ils
voient une croix de plus au bout d'une phrase sonore.
[97] Madame Todi chanta à Venise en _1795_ ou _1796_, et à Paris en
1799. Il y a, comme vous savez, des gens qui soutiennent que la musique
la plus nouvelle est toujours la meilleure, et l'on est bien loin d'être
d'accord sur l'excellence de la musique des diverses époques du dernier
siècle. Tout le monde pense, au contraire, que de 1730 à 1780, le chant
a atteint le plus haut degré de perfection; cet art délicieux n'existait
plus que chez des gens fort âgés, à la fin du XVIIIe siècle.
Aujourd'hui il y a plusieurs belles voix, et cinq ou six talents pour le
chant: Velluti, madame Pasta, Davide, mademoiselle Pisaroni, madame
Belloc, etc. Leur goût est plus sage et plus pur, et peut-être leur
habileté moins grande que celle des soprani qui florissaient vers 1770.
[98] Cette _pacatezza_ des gestes et du chant distingue madame Pasta de
toutes les grandes actrices que j'ai vues.
[99] Le maître à chanter de madame Pasta, M. Scappa de Milan, est dans
ce moment à Londres, où sa méthode a le plus grand succès.
[100] Soirée du 2 octobre 1823; jamais peut-être madame Pasta n'a eu
dans son chant des inspirations plus sublimes; j'ai reconnu dans la
_Rosa bianca_ plusieurs agréments de la prière de Desdemona.
[101] Dans l'amour-passion, on parle souvent un langage qu'on n'entend
pas soi-même; l'âme se rend visible à l'âme, indépendamment des paroles
employées. Je soupçonnerais qu'il y a souvent un effet semblable dans le
chant; mais comme en amour le _naturel_ est indispensable, il faut que
la vois exécute une chose _inventée pour elle_, qui ne la gêne pas, et
que l'âme du chanteur trouve _délicieuse_, au moment où il chante.
[102] Voir _le Corsaire_ du 3 octobre 1823.
[103] C'est envers de tels artifices de chant que l'imperturbable et
savante rigidité de l'orchestre de Louvois est cruelle. Cet orchestre,
composé de gens cent fois plus habiles que les symphonistes italiens de
1780, eût rendu impossibles Pacchiarotti et Marchesi. Il contrariera
tous les grands chanteurs que nous pourrions avoir à Paris; et pour peu
que ceux-ci soient intimidés par la science trop réelle de nos
symphonistes, nous ne verrons jamais la _partie improvisée_ du beau
chant.
[104] Les sots applaudissent quand la majorité applaudit; mais pour être
transporté d'admiration, il faut avoir une âme, chose rare.
[105] Le _beau idéal_ dans tous les genres n'a qu'une mesure
_raisonnable_; c'est le degré de notre émotion.
[106] _Voir_ dans le _Mémorial de Sainte-Hélène_, tome IV, un passage
intéressant sur madame Grassini. J'ai vu hier douze lettres de l'amour
le plus passionné; elles sont de la main de Napoléon, et adressées à
Joséphine; l'une d'elles est antérieure à leur mariage. A propos de la
mort imprévue d'un M. Chauvel, ami intime de Napoléon, il y a une
boutade singulière et tout à fait digne de Platon ou de Werther sur
l'immortalité de l'âme, la mort, etc. Plusieurs de ces lettres si
passionnées sont sur de grand papier officiel portant en tête: _Liberté,
égalité_. Napoléon méprise les victoires, et n'est inquiet que des
rivaux qu'il peut avoir auprès de Joséphine. «Aime-les si tu veux, lui
dit-il, tu n'en trouveras jamais qui t'adoreront comme moi.» Puis il
ajoute: «On s'est battu hier et aujourd'hui; je suis plus content de
Beaulieu que des autres, mais je le battrai à plate couture.» Il est à
craindre qu'à la mort de M. le comte de B***, ces douze lettres ne
soient vendues à l'épicier.
[107] Je trouve plus de difficulté vaincue dans Mozart, et un effet plus
clair et plus agréable chez Rossini.
[108] Erreur, dit M. Prunières. Cet opéra a une ouverture. N. D. L. E.
[109] Tel de mes voisins qui préfère _Mosè_ à _Tancrède_, aimera mieux
la _Semiramide e sempre bene_; si nous sommes de bonne foi, nous avons
tous deux raison.
[110] Il existe sans doute des voix de contralto en France; mais, dès
qu'une jeune personne ne peut pas monter au _sol_ ou au _la_, on dit ici
qu'elle n'a pas de voix. Voir un fort bon article de M*** dans les
_Débats_ de juillet 1823.
[111] M. Fauriel, écrivain du goût le plus pur, et, de plus, homme
d'esprit, vient de nous donner une excellente traduction du _Comte de
Carmagnola_ (1823). Que ne donneraient pas les amateurs pour avoir un
_Shakspeare_ traduit de ce style! C'est dans le _Comte de Carmagnola_
que se trouve la plus belle ode qui ait encore été faite au XIXe
siècle, du moins à mon avis:
I fratelli hanno ucciso i fratelli!
[112] On m'écrit de Turin que madame Pasta y a donné. _Odoardo e
Cristina_ avec le plus grand succès (1822). On a placé dans _Odoardo_
les plus beaux morceaux des opéras de Rossini, inconnus à Turin.
[113] «Je ne puis être gai quand j'entends une douce mélodie.»
[114] Surtout dans les opéras écrits à Naples pour mademoiselle
Colbrand.
[115] Si je cite souvent _le Mariage Secret_, c'est qu'il est au nombre
des trois ou quatre opéras parfaitement bien connus des quatre ou cinq
cents dilettanti auxquels je m'adresse.
[116] En napolitain, le pédant dit à la marchande de modes: C'est une
belle idée que tu as là de m'aimer! Tu auras beau courir le monde, que
pourras-tu trouver de comparable à moi? Sera-ce en Asie?..... sera-ce en
Amérique? etc.
[117] Voyage de Sharp et d'Eustace, proclamation de lord Bentinck aux
Génois; les amiraux Nelson et Caraccioli. Anecdote du cadavre debout sur
la mer.