[31] Le caractère du podestat a été peint avec esprit et énergie par

Duclos, dans le roman de la _Baronne de Luz_. Le juge libertin de Duclos

s'appelle Thuring; celui de la _Gazza ladra_ doit être joué avec une

teinte de bouffonnerie chargée, qu'aucun chanteur italien n'ose hasarder

devant un public sévère et hautain, qui n'entend pas la plaisanterie. Il

faut faire ressortir la qualité de goguenard.

[32] Le plaisir _dramatique_ ne se voit plus que chez le peuple, à la

Porte-Saint-Martin, à la Gaieté, etc.

[33] Exemple frappant du défaut de Rossini dans sa _seconde manière_; il

écrit un air avec les _agréments_ que son chanteur exécute avec

facilité.

[34] Artifice fréquent chez Rossini, et au moyen duquel

l'accompagnement, quoique fort surchargé, ne couvre pas la voix. Mozart

n'a pas su éviter cet inconvénient en mille endroits, et, par exemple,

dans l'air: _Batti, batti, o bel Mazetto_ de _Don Juan_.

[35] Les gens communs sont accessibles à cette passion. Voir les phrases

de Bossuet. En 1520 pour un homme qui goûtait Raphaël, il y en avait

cent à qui Michel-Ange faisait peur. Canova n'eût joui d'aucun succès en

1520.

[36] «Faites tomber ma tête, je suis votre prisonnier; mais ne vous

couvrez pas du sang d'une pauvre jeune fille qui ne sait pas même se

défendre.»

Paroles fort belles, sans doute; mais il fallait dire: C'est moi qui ai

donné un couvert à vendre à ma fille; faites rechercher ce couvert, etc.

On dira que j'attaque un pauvre libretto italien en vrai littérateur

français. Ces messieurs attaquent les _paroles_ d'un libretto; voyez la

grande colère du _Miroir_ contre le cra, cra du Taddeo de l'_Italiana in

Algeri_. Pour moi, je m'attaque aux _situations_ fausses; les paroles

d'un libretto sont toujours fort bien à mes yeux, je ne les écoute pas.

J'ai lu celles de la _Gazza_ pour la première fois, en écrivant la

présente notice, dans laquelle j'ai le malheur de ne pouvoir rappeler

les chants de Rossini qu'à l'aide des paroles qui les accompagnent. On

eût trouvé ridicule de mettre, au lieu des paroles, une ligne de musique

en note au bas de la page, pour nommer un air.

Depuis le milieu du premier acte de la _Gazza_, tout est tristesse et

désespoir; et, pour faire variété, nous avons de l'_horreur_; le

podestat dans la prison faisant des propositions à Ninette. Dans un

sujet à peu près semblable (_le Déserteur_), Sedaine évita toutes ces

sensations noires par la jolie création du caractère de Montauciel,

l'une des choses les plus difficiles que l'art dramatique ait osé

exécuter en France. Rossini était digne de trouver un Sedaine. Si ce

maçon fût né avec deux cents louis de rente, la littérature française

compterait un homme de génie de plus.

La protection d'un ministre pouvait réparer les torts du hasard; il

fallait payer à Sedaine chacun de ses opéras six mille francs. Il eut,

au contraire, grand'peine à être de l'Académie Française. Rien de plus

inutile pour les arts que la protection des sots riches et

l'établissement des académies; Marmontel et La Harpe étaient les

personnages les plus marquants de cette Académie qui eut de la peine à

admettre Sedaine; jugez des autres.

[37] Voilà le secret de la répugnance des romantiques pour les vers

alexandrins dans la tragédie; à chaque instant le vers de Racine altère

un peu la vérité _simple_ et _une_ de la parole de l'homme passionné.

Cent cinquante années d'études philosophiques nous ont appris quelle est

cette parole. Racine altère pour orner; les moeurs de 1670 lui

demandaient cette preuve de talent que repoussent celles de 1823. Nous

voulons des tableaux beaucoup plus près de la nature. _Guillaume Tell_

de Schiller, traduit en prose, nous fait plus de plaisir qu'_Iphigénie

en Aulide_.

[38] «Conduisez l'un en prison, et l'autre au supplice.»

[39] Prison de l'historien Giannone.

[40] Dans trente ans, l'on demandera aux peintres de décorations de

vouloir bien supprimer la quantité de petits détails spirituels dont ils

se croient obligés de charger leurs toiles. Peut-être alors aurons-nous

échangé beaucoup de vanité contre un peu d'orgueil. Nous prenons, sans

honte, du _café_, quoiqu'il ne vienne pas en France; pourquoi

n'appellerions-nous pas de Milan MM. Sanquirico, Tranquillo ou leurs

successeurs?

[41] On dit que le motif de l'air de la cloche est pris dans _Otello_.

[42] L'_honneur national!_ grand argument musical du _Miroir_

d'aujourd'hui, comme des ennemis de Rousseau en 1765; c'est tout

bonnement l'art d'en appeler aux _passions_ des gens trop _occupés_ pour

avoir une opinion.

[43] Il y a quelque temps que, dans _Tancrède_, l'orchestre de Louvois

exécuta sans difficulté, et sur le simple avertissement de son chef, le

duetto _Ah! se de'mali miei_, un demi-ton plus haut que la note écrite;

il est on ut, on le chante en _re_. En 1765, le bâtonnier de l'Opéra

criait: _Messieurs, attention au démanché!_

[44] Le lendemain du 18 brumaire, deux mille gens riches avaient intérêt

à le louer.

[45] Ce sont les classes inférieures de la société et les provinciaux

nouvellement débarqués, admirateurs nés de tout ce qui _coûte bien

cher_, qui garnissent les banquettes du grand Opéra. Ajoutez-y dans les

loges quelques Anglais arrivant de leurs terres, et au balcon quelques

gens de plaisir qui viennent admirer les danseuses; voilà, avec les six

cent mille francs du gouvernement, ce qui soutient l'Opéra. Le premier

ministère de bon sens mettra les Italiens rue Le Peletier, vers l'an

1830.

[46] _Nous n'aurions personne si nous agrandissions notre théâtre;_

voilà ce que tout le monde répète quand on représente qu'on est au

supplice dans les loges, et que les deux maisons voisines appartenant à

l'administration, l'on pourrait changer les corridors actuels en loges à

_l'italienne_, et faire d'autres corridors latéraux.

[47] Voir _la Renommée_ des premiers jours de septembre 1819, autant que

je puis m'en souvenir, et les autres journaux.

[48] Voir ci-après les chapitres relatifs au _chant_ tel qu'il était en

1770 et tel qu'il est aujourd'hui, chapitres dont j'ai recueilli les

idées dans les conversations dont je viens de parler.

[49] Par respect pour la Bible, l'on n'a pas osé donner _Moïse_ à

Londres, au théâtre du Roi (l'Opéra-Italien). On a fait de la musique de

_Moïse_ un _Pierre l'Ermite_, 1823. Cet essai me plaît; j'espère qu'on

fera des _libretti_ passables pour quatre ou cinq opéras de Rossini dont

les situations actuelles sont tellement absurdes qu'elles rebutent

l'imagination. On trouverait difficilement une page dans les trente

journaux littéraires d'Angleterre qui ne soit sanctifiée par quelque

allusion à la Bible. Que dirai-je de M. Irving? un tel être est

impossible en France, même à Toulouse.

[50] Abondance d'idées en répétant vingt-six fois de suite le même

chant! Excellente critique.

[51] Nous sommes accoutumés à voir les montagnes _faire ombre_ sur le

ciel; première scène de _Don Juan_, à la reprise de septembre 1823.

[52] C'est ainsi qu'il faut exécuter cet opéra; le miracle doit s'opérer

durant la prière, à un signe de Moïse qui se tourne vers la mer.

[53] Les passions et les amours vulgaires qui remplissent chaque année

des centaines de romans nouveaux, sont ce qu'il faut à la musique; elle

se charge, à proportion du génie du maestro, de leur ôter l'air vulgaire

et de les élever au sublime. Le superbe poëme _Job, le Lévite

d'Ephraïm_, l'épisode de _Ruth_, sont faciles à arranger en _opera

seria_. Je ne parle pas, par respect, de la mort de Jésus, l'un des plus

beaux sujets que l'on puisse présenter aux peuples modernes. L'auteur a

essayé une tragédie intitulée: _la Passion de Jésus_.

[54] Du solo de clarinette si touchant et si noble dans l'ouverture

d'_Otello_, Rossini a fait un air pour _Osiride_.

[55] Je demande pardon au lecteur d'avoir conservé plusieurs mots

italiens; je ne trouve pas en France d'usages correspondants, et toute

traduction eût été fort inexacte.

[56] Je cède à la tentation de placer ici quelques traits de ces

conversations, si intéressantes pour moi, que je rencontrais quelquefois

à Naples. Si l'on trouve quelques idées agréables ou utiles dans les

chapitres suivants, elles appartiennent en entier à M. le chevalier de

Micheroux, ancien ministre à Dresde. Je dois à cet amateur éclairé des

notes pleines de bonté sur plusieurs erreurs où j'étais tombé dans les

autres parties de cette biographie. La musique ne laisse pas de traces

en Italie; les articles de journaux sont des hymnes ou des philippiques,

et, du reste, présentent rarement quelque chose de positif. Cet

ouvrage-ci étant composé d'un grand nombre de petits faits, doit

contenir bien des erreurs. Il y a telle date d'une première

représentation qui m'a coûté la peine d'écrire vingt lettres, et encore

ne suis-je pas trop sûr de l'époque que j'ai adoptée.

[57] Les gens qui viennent d'applaudir durant quatre-vingts

représentations de suite les insolences de Sylla envers les Romains,

c'est-à-dire les mépris de Napoléon pour le peuple français.

[58] Davide le père, qui fut un chanteur aussi célèbre que son fils,

reproche vivement à celui-ci de ne pas mettre assez de _douceur_ dans

son chant, et de trop sacrifier à l'agilité; un jour, à ce propos, il a

voulu le battre. J'ai vu Davide le père chanter au théâtre de Lodi en

1820; il avait, disait-on, soixante-dix ans. Il habite Bergame, ainsi

que le bon Mayer, l'auteur de _Ginevra di Scozia_.

[59] Les peuples entre la Meuse et la Loire sentent fort peu la musique;

le sentiment pour cet art renaît déjà vers Toulouse comme dans les

environs de Cologne.

[60] C'est par le _mouvement_ que la musique élève l'âme jusqu'aux

sentiments les plus délicats, et parvient à les rendre sensibles à des

yeux souvent assez grossiers. Un gros millionnaire, ému, arrive à sentir

un instant comme un homme d'esprit.

C'est par l'_immobilité_ que la sculpture parvient à faire concevoir ce

même sentiment délicat. Rossini avait promis, un soir qu'il était

sensible, de traduire par un beau duetto ce groupe sublime de Vénus et

Adonis que nous admirions à la lueur d'une torche. Je me souviens que le

marquis Berio le fit jurer par les mânes de Pergolèse.

J'oserai peut-être imprimer un jour un traité sur le beau idéal dans

tous les arts. C'est un ouvrage de deux cents pages, assez

inintelligible, et surtout manquant tout à fait de transitions comme le

présent chapitre.

[61] Voir les singuliers raisonnements du _Journal des Débats_

d'aujourd'hui (18 septembre 1823). Un homme qui ne sent pas les

beaux-arts ne peut jamais arriver, par le raisonnement, qu'à la théorie

du récitatif; le _chant_ lui échappe; une âme sèche ne le sent pas, et

le raisonnement ne peut y conduire.

[62] Les compositeurs sifflés sont les ennemis les plus dangereux de la

musique. Les vrais juges en France sont, avant tout, les jeunes femmes

de vingt-cinq ans.

[63] _Mémorial de Sainte-Hélène_, de M. le comte de Las-Cases, tome IV;

révoltes et enthousiasme de Brescia, de Bergame, de Vérone, etc.; le

tout suivi, en 1799, de treize mois d'une réaction féroce. Aventures

curieuses des patriotes déportés aux Bouches du _Cattaro_, décrites par

M. Apostoli, de Padoue, dans ses _Lettere Sirmiensi_, 1809.

[64] _Natum pati et agere fortia_, vers fait pour saint Ignace de

Loyola.

[65] Plus tard, madame Catalani a chanté les variations de Rode; il est

vrai que le ciel a oublié de placer un coeur dans le voisinage de ce

gosier sublime.

[66] Stendhal, dans tout ce passage, pense en italien, _biscroma_ y veut

dire double croche. N. D. L. E.

[67] Instrument favori de Rossini. (C'est la petite flûte, N. D. L. E.)

[68] Et les premiers essais de Rossini: _la Cambiale di Matrimonio_,

_l'Equivoco stravagante_, _Ciro in Babilonia_, _la Scala di seta_,

_l'Occasione fa il ladro_, _il Figlio per azzardo_.

[69] Il avait vingt-deux ans.

[70] L'opéra lui-même n'eut pas de succès. Velluti avait eu une dispute

avec le célèbre Alessandro Rolla, chef de l'orchestre de la Scala, et il

bouda comme un enfant tout le temps des représentations de

l'_Aureliano_: il a, dans le fait, tout le caractère d'un enfant, et est

entièrement mené par un valet de chambre.

[71] Autant il est agréable d'essayer en français l'analyse des

mouvements du coeur ou des opérations de l'esprit, autant l'on trouve de

difficultés à écrire sur l'art du chant. Puisque je ne trouve pas de

_mots français_ pour traduire avec exactitude et clarté les noms des

diverses espèces de roulades ou d'ornements, je demande la permission de

me servir quelquefois des _mots italiens_. Je suis obligé de sacrifier à

la précision et à la clarté.

[72] Rossini a écrit pour Naples neuf de ses principaux opéras:

_Elisabetta_, _Otello_, _Armida_, _Mosè_, _Ricciardo e Zoraïde_,

_Ermione_, _la Donna del Lago_, _Maometto secondo_, et _Zelmira_; 1815 à

1822.

[73] L'air _di tanti palpiti_ a été chanté avec succès, sous nos yeux,

en trois _tons_ différents.

[74] Marchesi changeait chaque soir toutes les _fioriture_ de ses rôles.

(Milan, 1794.)

[75] Pourquoi? C'est un problème que je soumets au savant docteur

Edwards.

[76] Calculés sur nos besoins _actuels_; cette musique est éminemment

_romantique_.

[77] La Gabrielli ne chantait bien que lorsque son amant était dans la

salle. On fait cent histoires en Italie de ses caprices incroyables.

Elle était Romaine.

[78] Les grands chanteurs ne changeaient pas le motif des airs, ils le

donnaient avec assez de simplicité, puis commençaient à broder. Ils

avaient à la fin de chaque air vingt mesures pour les _Gorgheggi_ et

autres agréments légers, et enfin l'air de bravoure comme _pria che

spunti_ dans le _Mariage secret_. Rossini eût écrit les agréments de cet

air. Il est du genre qu'on appelle à Naples _aria di narrazione_.

[79] Je trouve une difficulté presque insurmontable à parler du chant en

français. Voici ce petit passage en italien; «Le ombreggiature per le

messe di voce, il cantar di portamento, l'arte di fermare la voce per

farla fluire eguale nel canto legato, l'arte di prender fiato in modo

insensibile e senza troncare il lungo periodo vocale delle arie

antiche.»

[80] Paganini, le premier violon d'Italie et peut-être du monde, est

dans ce moment un jeune homme de trente-cinq ans, aux yeux noirs et

perçants, et à la chevelure touffue. Cette âme ardente n'est pas arrivée

à son talent sublime par huit ans de patience et de conservatoire, mais

par une erreur de l'amour qui, dit-on, le fit jeter en prison pour de

longues années. Solitaire et abandonné dans une prison qui pouvait finir

par l'échafaud, il ne lui resta dans les fers que son violon. Il apprit

à traduire son âme par _des sons_; et les longues soirées de la

captivité lui donnèrent le temps d'être parfait dans ce langage. Il ne

faut pas entendre Paganini lorsqu'il cherche à lutter avec des violons

du Nord dans de grands concertos, mais lorsqu'il joue des caprices, une

soirée qu'il est en verve. Je me hâte d'ajouter que ces caprices sont

plus _difficiles_ qu'aucun concerto.

[81] Velluti prépare trois espèces d'agréments pour le même passage; au

moment de l'exécution, il emploie celui pour lequel il se sent de la

facilité; au moyen de cette précaution, ses agréments ne sont jamais

_stentati_ (forcés).

[82] Je viens de rencontrer un jeune homme de vingt-deux ans, qui a fait

une tragédie reçue aux Français; son grand soin, en me parlant, a été de

se moquer beaucoup du système tragique dans lequel il a travaillé.

[83] Il me semble qu'à Genève l'on fait assez peu de cas de Rousseau; en

revanche, la réputation de ce Voltaire si léger, si moqueur, si

anti-religieux, si anti-Genevois, me semble croître chaque jour; c'est

qu'après tout Voltaire a fini par mourir avec quatre-vingt mille livres

de rente.

[84] Il ne s'agit pas de la voix particulière pour laquelle Rossini a

noté tous les agréments. Mademoiselle Colbrand doit à Rossini une partie

de sa gloire.

[85] On dirait en italien: _Una voce pura o velata, debole o forte,

piena o soltile, stridula o smorzata._

[86] Pacchiarotti lui-même a bien voulu me donner ces idées en me

montrant son joli jardin anglais et sa tour du cardinal Bembo, près le

_Prato della Valle_, à Padoue, 1817. Voir le Voyage intitulé _Rome,

Naples et Florence en_ 1817.

[87] Et bien souvent du premier; Crivelli et Velluti ne voyagent plus

qu'avec l'_Isolina_ de Morlacchi, opéra qu'ils donnent partout.

[88] En Italie on appelle ces chanteurs qui lisent difficilement,

_orecchianti_; la qualité contraire est exprimée par le mot

_professore_. On vous dira à Florence: _Zuchelli è un professore_; ce

qui ne veut nullement dire que Zuchelli donne des leçons, mais qu'il

sait fort bien la musique.

[89] J'ai trouvé, en octobre 1822, un opéra charmant à Varèse, ville de

Lombardie aussi grande que Saint-Cloud, et dont les habitants sont

remarquables par une obligeance parfaite envers les étrangers.

[90] Un entrepreneur n'eût jamais eu l'audace de donner _les Horaces_

avec les voix qu'on nous a présentées. Il faut mettre Louvois en

entreprise comme _la Scala_.

[91] Quels plaisirs ravissants ne devrions-nous pas à Romberg par son

violoncelle, s'il avait l'âme passionnée de Werther au lieu de l'âme

candide et honnête d'un bon bourgeois allemand! Mademoiselle de

_Schauroth_, âgée de neuf ans, et pianiste célèbre, annonce toute la

folie du génie.

[92] Transcrire dans la partition des _Horaces_, les paroles de l'air

célèbre: _Quelle pupille tenere_, telles qu'elles sont chantées.

[93] C'est un tour de force qui fait, a chaque fois, l'étonnement des

dilettanti, que de voir la même voix chanter un soir Tancrède, et trois

jours après Desdemona.

[94] Je pense que madame Pasta est destinée à faire la fortune du

compositeur qui fera pâlir l'étoile de Rossini. Elle est sublime dans le

_genre simple_, et c'est par là qu'il faut attaquer la gloire de

l'auteur de _Zelmire_.

[95] C'est ce qu'elle a prouvé en chantant Tancrède et le rôle de

_Curiazio_ dans _les Horaces_ de Cimarosa: Roméo et Médée.

[96] La clarinette, par exemple, a deux _registres_. Les sons bas ne

semblent pas de la même famille que les sons aigus. Je placerai ici un

fait d'histoire naturelle observé à Londres cette année: les sons aigus

de la clarinette et du piano ne troublent nullement les animaux féroces,

le lion, le tigre, etc., tandis que les sons bas les font entrer en

fureur sur-le-champ. Il semble que pour l'homme l'effet contraire aurait

lieu. Peut-être les sons bas ressemblent-ils à des rugissements. _Voir_

les expériences faites au Jardin-des-Plantes vers 1802; on donna un

concert aux éléphants. Je ne sais si les naturalistes eurent assez de

bon esprit pour rapporter avec _simplicité_ les résultats de cet essai,

et pour laisser échapper une si belle occasion de faire de l'éloquence.

Ce sont de terribles gens quand ils veulent être sublimes, et qu'ils

voient une croix de plus au bout d'une phrase sonore.

[97] Madame Todi chanta à Venise en _1795_ ou _1796_, et à Paris en

1799. Il y a, comme vous savez, des gens qui soutiennent que la musique

la plus nouvelle est toujours la meilleure, et l'on est bien loin d'être

d'accord sur l'excellence de la musique des diverses époques du dernier

siècle. Tout le monde pense, au contraire, que de 1730 à 1780, le chant

a atteint le plus haut degré de perfection; cet art délicieux n'existait

plus que chez des gens fort âgés, à la fin du XVIIIe siècle.

Aujourd'hui il y a plusieurs belles voix, et cinq ou six talents pour le

chant: Velluti, madame Pasta, Davide, mademoiselle Pisaroni, madame

Belloc, etc. Leur goût est plus sage et plus pur, et peut-être leur

habileté moins grande que celle des soprani qui florissaient vers 1770.

[98] Cette _pacatezza_ des gestes et du chant distingue madame Pasta de

toutes les grandes actrices que j'ai vues.

[99] Le maître à chanter de madame Pasta, M. Scappa de Milan, est dans

ce moment à Londres, où sa méthode a le plus grand succès.

[100] Soirée du 2 octobre 1823; jamais peut-être madame Pasta n'a eu

dans son chant des inspirations plus sublimes; j'ai reconnu dans la

_Rosa bianca_ plusieurs agréments de la prière de Desdemona.

[101] Dans l'amour-passion, on parle souvent un langage qu'on n'entend

pas soi-même; l'âme se rend visible à l'âme, indépendamment des paroles

employées. Je soupçonnerais qu'il y a souvent un effet semblable dans le

chant; mais comme en amour le _naturel_ est indispensable, il faut que

la vois exécute une chose _inventée pour elle_, qui ne la gêne pas, et

que l'âme du chanteur trouve _délicieuse_, au moment où il chante.

[102] Voir _le Corsaire_ du 3 octobre 1823.

[103] C'est envers de tels artifices de chant que l'imperturbable et

savante rigidité de l'orchestre de Louvois est cruelle. Cet orchestre,

composé de gens cent fois plus habiles que les symphonistes italiens de

1780, eût rendu impossibles Pacchiarotti et Marchesi. Il contrariera

tous les grands chanteurs que nous pourrions avoir à Paris; et pour peu

que ceux-ci soient intimidés par la science trop réelle de nos

symphonistes, nous ne verrons jamais la _partie improvisée_ du beau

chant.

[104] Les sots applaudissent quand la majorité applaudit; mais pour être

transporté d'admiration, il faut avoir une âme, chose rare.

[105] Le _beau idéal_ dans tous les genres n'a qu'une mesure

_raisonnable_; c'est le degré de notre émotion.

[106] _Voir_ dans le _Mémorial de Sainte-Hélène_, tome IV, un passage

intéressant sur madame Grassini. J'ai vu hier douze lettres de l'amour

le plus passionné; elles sont de la main de Napoléon, et adressées à

Joséphine; l'une d'elles est antérieure à leur mariage. A propos de la

mort imprévue d'un M. Chauvel, ami intime de Napoléon, il y a une

boutade singulière et tout à fait digne de Platon ou de Werther sur

l'immortalité de l'âme, la mort, etc. Plusieurs de ces lettres si

passionnées sont sur de grand papier officiel portant en tête: _Liberté,

égalité_. Napoléon méprise les victoires, et n'est inquiet que des

rivaux qu'il peut avoir auprès de Joséphine. «Aime-les si tu veux, lui

dit-il, tu n'en trouveras jamais qui t'adoreront comme moi.» Puis il

ajoute: «On s'est battu hier et aujourd'hui; je suis plus content de

Beaulieu que des autres, mais je le battrai à plate couture.» Il est à

craindre qu'à la mort de M. le comte de B***, ces douze lettres ne

soient vendues à l'épicier.

[107] Je trouve plus de difficulté vaincue dans Mozart, et un effet plus

clair et plus agréable chez Rossini.

[108] Erreur, dit M. Prunières. Cet opéra a une ouverture. N. D. L. E.

[109] Tel de mes voisins qui préfère _Mosè_ à _Tancrède_, aimera mieux

la _Semiramide e sempre bene_; si nous sommes de bonne foi, nous avons

tous deux raison.

[110] Il existe sans doute des voix de contralto en France; mais, dès

qu'une jeune personne ne peut pas monter au _sol_ ou au _la_, on dit ici

qu'elle n'a pas de voix. Voir un fort bon article de M*** dans les

_Débats_ de juillet 1823.

[111] M. Fauriel, écrivain du goût le plus pur, et, de plus, homme

d'esprit, vient de nous donner une excellente traduction du _Comte de

Carmagnola_ (1823). Que ne donneraient pas les amateurs pour avoir un

_Shakspeare_ traduit de ce style! C'est dans le _Comte de Carmagnola_

que se trouve la plus belle ode qui ait encore été faite au XIXe

siècle, du moins à mon avis:

I fratelli hanno ucciso i fratelli!

[112] On m'écrit de Turin que madame Pasta y a donné. _Odoardo e

Cristina_ avec le plus grand succès (1822). On a placé dans _Odoardo_

les plus beaux morceaux des opéras de Rossini, inconnus à Turin.

[113] «Je ne puis être gai quand j'entends une douce mélodie.»

[114] Surtout dans les opéras écrits à Naples pour mademoiselle

Colbrand.

[115] Si je cite souvent _le Mariage Secret_, c'est qu'il est au nombre

des trois ou quatre opéras parfaitement bien connus des quatre ou cinq

cents dilettanti auxquels je m'adresse.

[116] En napolitain, le pédant dit à la marchande de modes: C'est une

belle idée que tu as là de m'aimer! Tu auras beau courir le monde, que

pourras-tu trouver de comparable à moi? Sera-ce en Asie?..... sera-ce en

Amérique? etc.

[117] Voyage de Sharp et d'Eustace, proclamation de lord Bentinck aux

Génois; les amiraux Nelson et Caraccioli. Anecdote du cadavre debout sur

la mer.

La vie de Rossini, tome II · 第 15 / 16 段