[118] S'il convient jamais à M. Rossini de contester quelque phrase de

ces chapitres, je la désavoue par avance; je serais au désespoir de

manquer de délicatesse envers l'un des hommes pour qui j'ai le respect

le plus senti. Je n'admets qu'une _noblesse_, celle des talents, ensuite

celle de la haute vertu; les gens qui ont fait de grandes choses ou qui

sont immensément riches peuvent être admis ensuite.

[119] Le comique, en Italie, c'est se tromper dans la route du bonheur

que l'on brûle d'atteindre, et ce bonheur n'est pas toujours et

uniquement placé dans l'imitation des manières de la haute-société.

[120] La musique ne laisse aucun monument en Italie; je me suis vu

souvent dans la nécessité d'écrire vingt lettres pour savoir avec

précision l'époque de la composition d'un opéra, et souvent l'on m'a

donné en réponse trois ou quatre dates également probables. J'ai des

lettres qui me disent que _Ciro_, opéra de Rossini, a été représenté

pour la première fois en deux villes et en trois années différentes. Par

ces considérations, je prie le lecteur bénévole de pardonner quelques

erreurs de détail; il fallait beaucoup plus de temps et de patience que

je n'en ai pour lui présenter une véritable histoire de Rossini,

inattaquable dans toutes ses assertions. Tout ce que je puis espérer,

c'est que les conclusions générales que l'auteur tire des faits

montreront que suivant sa manière de voir et de sentir, il les a

envisagés d'une manière correcte.

[121] Je laisse leurs noms italiens aux saisons théâtrales; nous n'avons

point d'usages correspondants, et par conséquent toute traduction serait

inexacte. On sait qu'à chaque saison les troupes chantantes se

renouvellent. La _stagione del carnovale_ commence le 26 décembre; la

_primavera_ commence le 10 avril, et l'_autunno_ le 15 août. Dans

certaines villes, les époques de l'_autunno_ et de la _primavera_

varient un peu: à Milan, il y a quelquefois un _autunnino_. Quant au

carnaval, il commence invariablement le jour de la seconde fête de Noël.

[122] Qui chante encore avec succès, en 1823, au théâtre de _la Scala_;

sa voix est aussi belle qu'il y a dix ans. Madame Belloc, fille d'un

officier cisalpin chassé de sa patrie, a débuté à Bourg en Bresse au

mois de janvier 1800.

[123] A trois voix, dit M. Prunières. N. D. L. E.

[124] Les notes relatives à ce chapitre, qui sont désignées par des

lettres capitales, ont été fournies par un ancien administrateur des

théâtres. L'auteur prévient, dans la première édition, qu'il a cru ne

pas devoir changer une seule expression à ces notes écrites au crayon en

marge de son manuscrit. (_Note de l'édition de_ 1854.)

C'est pour ce chapitre que Stendhal avait obtenu la collaboration de son

ami le baron de Mareste. N. D. L. E.

[125] Je me règle d'après le budget du Théâtre du Roi (Opéra-Italien) à

Londres. Ce budget est fort bon à connaître. La dépense totale est de

1.200.000 fr. à Londres. J'ai consulté le cahier des charges du théâtre

de _la Scala_ de Milan.

[126] J'insiste sur cette somme de vingt mille francs. J'ai tout lieu de

croire que ce qui _désespère_ l'administration subalterne, c'est qu'il y

a bénéfice sur le théâtre de Louvois.

[127] Engager tout simplement Sanquirico et un de ses élèves, à tant par

an ou tant par décoration; il y aura encore économie. Ici je croîs qu'il

faudrait dire un mot de l'immense supériorité des décorations italiennes

sur les nôtres, et ajouter quelques détails exacts sur la différence des

prix. Si, par exemple, on pouvait établir comme fait que les décorations

de _la Lampe merveilleuse_ ont coûté cent mille francs, et que le même

nombre de toiles, en somme les mêmes décorations, n'auraient coûté que

douze mille francs à Milan; que, sous le rapport de l'art, les

décoration italiennes auraient été bien supérieures{*}, il me semble que

ce simple exposé frapperait tous les lecteurs non intéressés. Mais que

de gens sont intéressés à déguiser l'abus que je signale! Interroger M.

Aumer, l'auteur du ballet d'_Alfred le Grand_, sur le pris des

décorations à Milan.

{*} Voir _Rome Naples et Florence en_ 1817, page 10.

Si l'on ne veut pas de Sanquirico par esprit national, que l'on engage

Daguerre; il a beaucoup de talent, et qu'on le fasse peindre à détrempe

et non à l'huile; que toute décoration soit mise de côté après avoir

servi cent fois. C'est encore traiter le public de Paris avec bien de la

mesquinerie. En Italie, les décorations sont barbouillées après quarante

représentations au plus, souvent après trois jours.

Le ventilateur du théâtre Louvois vient de coûter trente-huit mille

francs, et l'on y prend mal à la tête au bout d'une heure. Je serais

curieux de voir le compte de cette dépense de trente-huit mille francs.

Les abus sur l'achat du bois sont peut-être encore plus comiques. Il

faudrait acheter vingt thermomètres, et que le commissaire de police les

fit maintenir au degré indiqué d'après là température extérieure.

Pourquoi allumer du feu quand l'air extérieur est à dix degrés? Le gaz

échauffe beaucoup.

[128] Cette somme devrait donc être portée au budget de la ville de

Paris, dont les habitants ont le plaisir de la musique, et dont

l'_octroi_ fait des bénéfices par la présence de dix mille étrangers

riches.

[129] L'élection peut se faire de la manière la plus simple, au moyen

d'un registre déposé à l'administration du théâtre.

[130] Comme l'esprit français est un peu moutonnier en affaires de

spectacles, il faudrait appuyer de divers exemples l'organisation de

cette commission, et dire que de temps immémorial le grand théâtre de

Turin, l'un des premiers de l'Italie, est sous la direction d'une

société de nobles (_dei cavalieri_) qui ont à peu près les fonctions que

l'auteur attribuerait aux propriétaires de loges à l'année du théâtre de

Louvois. Je crois qu'il en est de même à Bologne pour le théâtre

Communal (le grand théâtre). _La Pergola_ de Florence est pareillement

sous l'inspection des notables; et j'ai ouï dire qu'il en est de même

dans plusieurs autres villes d'Italie. Le théâtre du Roi à Londres est

dirigé par la haute noblesse, qui le donne à entreprise. L'auteur ne

propose rien qui ne soit raisonnable, et dont on n'ait éprouvé ailleurs

les bons résultats depuis nombre d'années. Voici les noms des personnes

chargées de l'administration du Théâtre-Italien à Londres pour 1824:

Les lords Hertford,

Lowther,

Aylesford,

Mountedgecumb,

et M. le comte Santantonio, noble sicilien.

Le théâtre de _la Scala_ eut pour entrepreneur, de 1778 à 1788, M. le

comte de Castelbarco, les marquis Fagnani et Calderara, et le prince di

Rocca-Sinibalda. Actuellement, l'usage a prévalu de mettre l'entreprise

sous le nom d'un commis. (_Testa di Ferro._)

[131] Si l'on veut que le goût de la musique italienne se perfectionne

en France, il faut ajouter deux professeurs et une classe de chant

italien au Conservatoire, et y adjoindre un maître de langue et de

déclamation italienne. Pellegrini ou Zuchelli seraient des hommes très

précieux pour donner des leçons; mais bientôt nous verrions un Français

remplir la place de professeur de chant italien. Nul doute qu'avec des

maîtres italiens, le Conservatoire de Paris ne fournit des sujets

distingués; on les enverrait passer deux ou trois ans dans les théâtres

d'Italie pour se perfectionner, comme a _fait_ notre madame

Mainvielle-Fodor. Il faudrait mettre trois ou quatre pairs de France,

amateurs riches, à la tête du Conservatoire.

Il faudrait recruter dans nos provinces méridionales, particulièrement

vers les Pyrénées, des enfants de douze à quinze ans, ayant de belles

voix. Il n'y a pas de raison pour que la nature ait placé de plus belles

voix au delà des Alpes que dans le midi de la France{*}. La différence

qu'il y a, c'est 1º que l'enfant italien de douze ans entend bien

chanter à l'église et dans la rue; 2º il entend mettre au-dessus de tout

le talent du chant.

{*} On doit la mention la plus honorable à M. Choron, qui, par son zèle

pour la musique, a fait d'immenses sacrifices. Un ministre de

l'intérieur, jaloux de faire son métier, protègerait efficacement ce bon

citoyen.

[132] Sans doute il serait à désirer que l'on donnât deux

représentations par mois au grand Opéra; mais l'administration

supérieure n'y consentira jamais. Au bout d'un an et non de vingt,

l'Opéra-Français serait perdu de ridicule et abandonné{*}. Cependant, on

pourrait présenter ceci comme moyen de recette, et dans le cas ou

l'entreprise de Louvois aurait à se couvrir de dépenses extraordinaires.

{*} En 1823, les chanteurs de l'Opéra sont hors d'état de chanter un

_quartetto_ de la _Gazza ladra_ ou de la _Camilla_; aussi ce théâtre ne

produit-il pas le _tiers_ de ce qu'il coûte.

[133] Je crois qu'il faudrait terminer le chapitre en indiquant un moyen

de salut pour le Théâtre-Italien, qui me paraît immanquable: c'est

d'engager Rossini pendant deux ans, en lui faisant écrire trois opéras

par an. Nul doute que Rossini ne vint avec plaisir si l'engagement était

avantageux. Il composerait pour le grand Opéra, pour Feydeau. Il ferait

pour ce dernier théâtre un opéra par semaine; sa fortune serait assurée.

Nicolo s'est bien fait jusqu'à trente mille francs par an avec ses

oeuvres: jugez du succès de Rossini.

L'arrivée de Rossini et son établissement à Paris rehausserait à

l'étranger le théâtre de Louvois; les chanteurs feraient _à pugni_ pour

y être engagés, et la troupe serait bientôt complète. M. Caraffa, qui

est à Paris, et dont la _Gabrielle de Vergy_ a soutenu deux ans de suite

la concurrence avec l'_Elisabeth_ de Rossini, travaillerait pour

Louvois: et, si l'on commençait à vouloir de la musique nouvelle à

Paris, les fondations du Théâtre-Italien seraient inébranlables. Les

auteurs de libretti italiens auraient des droits pécuniaires égaux à la

moitié de ceux de Feydeau. A ce prix, vous auriez les écrivains les plus

distingués d'Italie{*}.

{*} Je connais de M. Pellico, maintenant en prison au Spielberg, et le

premier poète tragique d'Italie, quatre ou cinq opéras _série_ et

_buffe_ qui me semblent des chefs-d'oeuvre; il y a des foules de

situations fortes esquissées avec hardiesse.

La mise en scène des ouvrages de Rossini actuellement représentés

gagnerait infiniment. L'oeil du maître verrait une infinité de taches,

telles qu'altérations des temps par l'orchestre, tapage hors de propos

dudit orchestre, etc., etc. L'engouement des badauds serait prodigieux,

et les recettes s'en ressentiraient. Veut-on payer Rossini sans bourse

délier et très-généreusement? que les premières représentations de ses

opéras soient données rue Le Peletier et _à son bénéfice_. A trois

opéras par an, il aura environ quarante-cinq mille francs. Ajoutez à

ceci les concerts, les pièces qu'il ferait pour Feydeau, la vente de sa

musique, qui est au pillage en Italie, et qui est ici une propriété

très-lucrative. Il gagnerait près de soixante mille francs par an.

[134] _Sujets que l'on pourrait engager._

D'abord et avant tout autre, madame Mainvielle; elle chante fort bien,

et d'ailleurs elle est Française. Beaucoup de gens disent du mal de

Louvois par patriotisme.

Davide, tenore.

Donzelli, _idem._

Lablache, buffo cantante.

Debegnis, buffo comico.

Ambrosi, basso.

Curioni, tenore, fort joli homme, ce qui ne gâte rien.

L. Mari, tenore, chanta fort bien dans _l'Aureliano

in Palmira_, à Milan en 1814.

MESDAMES

Pisaroni, contralto.

Schiassetti, prima donna à Munich.

Dardanelli, prima donna buffa.

Schiva.

Fabbrica.

Ronzi Debegnis, prima donna buffa.

Mariani, contralto excellent.

Mombelli, prima donna.

Et plusieurs autres qui ont débuté depuis deux ans, mais dont les succès

n'ont pas encore passé les Alpes. M. Benelli, l'un des entrepreneurs du

théâtre de Londres, est actuellement en Italie (octobre 1823), occupé à

recruter. Il nous manque un agent de l'adresse de M. Benelli, et un

surveillant comme M. le chevalier Petrachi. Le noble Vénitien possesseur

du théâtre de _San-Luca_ pourrait nous donner de bons avis; l'on s'est

bien trouvé à Londres des conseils de M. le marquis de Santantonio.

[135] Si vous voulez bâtir une salle de spectacle à Paris, ce à quoi il

faudra bien en venir d'ici à trente ans, vous trouverez les proportions

exactes de _la Scala_ dans un ouvrage publié en 1819 par M. Landriani, à

Milan. La façade est bien au-dessous de celle de _San-Carlo_; les

corridors sont étroits et sans air, et le parterre trop horizontal; au

demeurant, c'est le premier théâtre du monde. Une salle de spectacle

parfaite serait isolée comme le théâtre Favart, et environnée des quatre

côtés par des portiques comme ceux de la rue Castiglione. Tel était, ce

me semble le théâtre de Moscou, que nous ne vîmes que pendant

vingt-quatre heures. Par cette disposition simple, cent voitures peuvent

charger à la fois.

Je vois une place superbe pour une salle digne de la capitale de

l'Europe et du monde, vis-à-vis du boulevard de la Madeleine, entre la

rue du Faubourg-Saint-Honoré et la rue de Surène.

S'il s'agit de faire une petite salle excellente pour la musique, copiez

la salle _Carcano_ à Milan, en y joignant la façade du théâtre de

Como{*}.

{*} M. Canonica, architecte renommé, qui a construit plusieurs théâtres

en Lombardie, disait un jour en ma présence que les lois de l'acoustique

sont encore peu connues. Le théâtre _Carcano_ à Milan s'est trouvé

excellent pour la musique, on l'y entend beaucoup mieux qu'au théâtre

_Ré_; tous les deux cependant ont été construits avec les mêmes soins et

par le même architecte, M. Canonica. La salle de la rue Le Peletier est

fort sonore; elle est construite en bois.

Si vous voulez une salle plus grande, copiez le charmant théâtre de

Brescia; rien n'est plus joli. (Le _joli_ d'Italie est le _magnifique_

en France; le _beau_ d'Italie semble lugubre aux Français.) Si vous

voulez une salle infiniment petite prenez le théâtre de Volterra ou

celui de Como. Le plagiat est permis en architecture, à moins toutefois

que nos architectes ne nous le défendent au nom de l'honneur national.

M. Bianchi de Lugano, architecte, a de beaux plans de salles de

spectacle; M. Bianchi a relevé le théâtre de _San-Carlo_ en 1817.

[136] Un établissement de ce genre manque aux agréments de la

civilisation de Paris. Il faudrait un foyer trois fois plus grand que

celui de la salle de la rue Le Peletier, et louer tout l'étage

correspondant de la maison voisine pour y établir un cabinet littéraire,

un café, des billards. L'essentiel serait qu'on établit des abonnements.

Dans l'intérêt de la société et non des _privilégiés_, je propose un

privilège. Cet abonnement devrait être fort cher, et se réduirait au

quart pour les gens payant mille francs d'impôt, pour les membres de

l'Institut, pour les avocats de Paris, etc., etc., et autres notabilités

sociales. La chose essentielle dans un salon public est d'éloigner les

jeunes gens sans fortune, qui finissent par y établir un ton grossier.

[137] Rome doit la plupart de ses embellissements, sous Napoléon, à M.

Martial Daru, intendant, de la couronne, amateur fort éclairé et ami

intime de Canova; et entre autres les travaux de la colonne Trajane.

[138] Il venait au théâtre, en 1806, indiquer aux chanteurs le vrai

_mouvement_ de certains morceaux de Cimarosa. C'est un homme d'esprit,

mais qui, de 1818 à 1823, a eu peur du parti _ultrâ_, et a voulu, avant

tout, rester ministre.

[139] M. le cardinal Consalvi a fait faire le buste de Cimarosa par

Canova; ce buste était placé, en 1816, au Panthéon, à côté du buste et

du tombeau de Raphaël. Mais le cardinal Consalvi, cédant de plus en plus

au parti _ultrâ_, et, malheureusement pour sa réputation, cédant en des

choses de plus d'importance, a consenti que le buste de son ami fut

exilé au Capitole, parmi des centaines de bustes antiques. Il était

monument au Panthéon, et touchait les coeurs nés pour les arts; au

Capitole, il n'est plus qu'objet de curiosité.

[140] Beau libretto rempli de situations fortes; musique qui est bien

loin d'être sans génie.

[141] La prison des carbonari est tout près dans une île voisine de

Venise.

[142] Quand la piété le permet. Réponse connue d'un grand personnage:

_Non voglio abbrucciar le mie chiappe per voi._

[143] Cassel, à la fin de 1823, comparé à Darmstadt, où l'opéra nouveau

est le grand intérêt.

[144] A Paris, les jeux, entre autres choses, fournissent des pensions

aux écrivains dévots qui écrivent sur la morale. Le drôle de siècle que

le nôtre!

[145] Salvatore Viganò a donné, en 1804, _Coriolan_; 1805, _Tamiri_, _la

Vanarella_; 1812, _les Strelitz_, _Richard Coeur-de-Lion_, _Clotilde_,

_il Noce di Benevento_, _l'Alunno della Giumenta_; 1813, _Prométhée_,

_Samandria liberata_; 1815, _les Hussites_, _Numa Pompilius_, _Myrrha ou

la Vengeance de Vénus_, _Psammi roi d'Égypte_, _les Trois Oranges_;

1818, _Dedale_, _Otello_ et _la Vestale_. Il ne reste de ces

chefs-d'oeuvre que la musique arrangée par Viganò. Je conseille de

prendre chez Ricordi, à Milan, la musique d'_Otello_, de _la Vestale_ et

de _Myrrha_.

[146] Un opéra bien chanté est différent tous lès jours, à cause des

nuances et agréments du chant.

[147] Je voudrais bien que l'on imprimât huit volumes in-8º, formés par

deux mille lettres dans lesquelles Diderot rend compte à sa maîtresse de

tout ce qui se passait, de son temps, à Paris. C'est ce que Diderot a

fait de mieux.

[148] A l'exception de M. Dragonetti et de deux ou trois autres

symphonistes, le théâtre de Londres n'a pas de grands talents; la nation

est plus insensible; et cependant tout va beaucoup mieux pour la musique

à Londres qu'à Paris: c'est qu'il n'y a pas de parti contraire ni

d'_honneur_.

[149] Les miniatures maniérées, sans effet et sans grandiose, que l'on

nous donne à Louvois et à l'Opéra, coûtent cinq ou six fois davantage.

Se rappeler la _vue de Rome_ à la reprise des _Horaces_, le 14 août

1823. On voit bien que David est absent; la peinture tombe, et revient

au galop au genre _national_ de Boucher. Voir l'exposition de

l'industrie en 1823.

[150] Sanquirick est la prononciation milanaise du mot italien

_Sanquirico_.

[151] Rien de plus funeste qu'une fausse application des sciences; on

marche alors dans l'erreur avec une raideur de persuasion bien ridicule.

Voyez les mathématiques appliquées aux probabilités; voyez les

raisonnements d'un philosophe français sur le duetto, cités plus haut.

Des gens, fournis d'ailleurs d'une très-bonne dialectique, raisonnent

fort conséquemment sur des faits qui leur sont invisibles. Le

raisonnement en musique ne conduit jamais qu'au _récitatif obligé_; le

chant, l'_aria_ est un _art nouveau_ dont il faut _avoir le sentiment_.

Or, ce sentiment est fort rare en France au nord de la Loire. Il est

fort commun à Toulouse et dans les Pyrénées. Rappelez-vous les petits

polissons qui chantaient sous nos fenêtres de Pierrefite{*}, et que vous

fîtes monter. Toulouse, par ses chants, par ses idées religieuses, par

je ne sais quelle couleur sombre, me rappelle toujours une ville de

l'État du Pape. On justifie en 1829 la condamnation de Calas.

{*} Route de Cauterets.

[152] Gens pleins d'éloquence, et au moins égaux en talent à tout ce

qu'on possède en France ou en Angleterre depuis la mort de Sheridan ou

de Grattan.

[153] J'espère, en arrivant à cette partie de ma brochure, que les cinq

sixièmes des gens pour qui elle n'est pas écrite auront fermé le livre.

Je me permets ici plusieurs idées que j'aurais effacées dans les

premières pages. Pouvons-nous espérer de la perfectibilité de l'esprit

humain que l'on inventera pour le public l'art de choisir les écrivains

qui lui conviennent, et pour les auteurs l'art de choisir leur public?

Avez-vous lu avec délices les romans de Walter Scott et les brochures de

M. Courier? j'écris pour vous. Avez-vous lu avec délices l'Histoire de

Cromwel, les Mélanges de M. Villemain et les Histoires de MM. Lacretelle

ou Raoul Rochette? fermez ce livre-ci, il est chimérique, inconvenant et

plat.

[154] Stendhal veut dire un _jettatore_. N. D. L. E.

[155] Il ne peut être question de vanité et du plaisir d'être distingué

en public par une femme à la mode, dans un pays où la première nécessité

est de se faire oublier d'une douzaine de ministres fort méchants, et

qui n'ont rien à faire. Quand tout cela serait faux aujourd'hui, cela

était vrai il y a cinquante ans, lorsqu'on faisait mourir en prison

l'historien Giannone; or les lois ne passent dans les moeurs qu'au bout

d'un siècle.

[156] Saint Philippe Neri invente l'oratorio en 15... Voir la scène du

moine dans la _Mandragora_, excellente comédie de Machiavel. Le moine se

plaint de ce qu'on ne fait plus de processions le soir.

[157] Lettre de M. Courier sur la tache d'encre, le savant Furia et le

chambellan Pulcini, 1812.

[158] Les Casaciello sont comme les Vestris; celui qui règne aux

_Florentins_, le Feydeau de Naples, est le troisième du nom.

[159] Un sot à mes côtés est content du mauvais spectacle qu'on nous

donne ce soir au Gymnase, me dit Guasco; il n'a rien vu d'aussi amusant

de toute la journée. Moi, j'ai vu des choses charmantes et souvent d'une

angélique beauté, grâce à mon imagination folle. Il est vrai que j'ai eu

l'air gauche dans un salon.

[160] Le jeune Kreutzer de Vienne a fait une cantate sublime; c'est une

des espérances de la musique. Si la vanité ou l'avarice ne gâtent pas

Delphine Shaurott, et si elle va en Italie, elle sera la Paganini du

piano.

[161] Madame la comtesse de ****, près Halberstadt. Le _Freyschütz_ est

une tradition populaire dont J. Paul a fait un roman touchant, et Maria

Weber un opéra bruyant.

[162] On m'a montré à Liverpool des enfants de quatorze ans qui

travaillaient de seize à dix-huit heures par jour Je me promenais par

hasard ce jour-là avec des dandies de dix-huit ans qui ont cent mille

francs de rente et pas une idée, pas même celle de jeter un schelling à

ces pauvres petits malheureux. L'Italien est tyrannisé, mais il a tout

son temps à lui; le lazzarone de Naples suit librement ses passions

comme un sanglier au fond des forêts; je le tiens pour moins malheureux

et surtout pour moins abruti que l'ouvrier de Birmingham. Et

l'abrutissement moral est un mal contagieux; la grossièreté de l'ouvrier

est bien loin d'être sans influence sur le lord.

[163] Traduction de leurs cris, que mon cicérone me fit impromptu.

[164] _Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase_, page 56. (Page 49 de

l'édition du _Divan_. N. D. L. E.).

[165] Un préfet, sous Napoléon, fait appeler un élève de M. le

professeur Broussonet à Montpellier, et lui dit gravement: _Monsieur, la

thèse que vous avez soutenue hier n'est pas catholique._ Cette thèse

avait rapport à une maladie du bas-ventre qui rend triste; il fallait

dire que c'était l'_âme_ qui rend triste.

[166] Préface aux derniers chants de _Don Juan_. Ces derniers chants

sont ce que j'ai lu de plus beau en poésie depuis vingt ans. L'assaut

d'Ismaïl m'a fait oublier tout l'ennui de Caïn.

[167] Nous avons reproduit scrupuleusement, pour cette lettre de

Mademoiselle de Lespinasse, sur laquelle se termine l'édition originale

de _La Vie de Rossini_, le texte donné par Stendhal, et nous n'avons pas

voulu lui substituer celui des éditions critiques. N. D. L. E.

[168] Cette note et la liste suivante apparaissent seulement pour la

première fois dans l'édition de 1854, due aux soins de Romain Colomb.

Préparées ou non par des notes de Stendhal, elles n'en sont pas moins

utiles et intéressantes. N. D. L. E.

[169] _Biographie des musiciens_, t. VII, p. 485.

[170] Rossini devint en effet à cette époque le conseiller intime, l'âme

de l'Opéra, alors dirigé par M. Lubbert. On peut, en consultant les

journaux et surtout les feuilles satiriques du temps, juger, d'après les

plaisanteries dont il fut l'objet, de l'importance du rôle qu'on lui

attribuait dans la direction de l'Académie royale de musique.

[171] Le théâtre Italien était alors à la salle Favart.

[172] Cet incendie eut lieu au mois de janvier 1838.

[173] Cette notice se trouve dans la deuxième édition de la _Vie de

Rossini_ (1824) à la suite de la préface. N. D. L. E.

[174] Le _finale_ dont je parle rend sensible cette vérité, que la

tranquillité est la condition essentielle d'un certain genre de beauté,

par exemple la beauté de Dresde durant une belle journée d'automne. Ce

_finale_ est l'un des morceaux ou la musique se rapproche le plus de la

sculpture antique vue à Rome dans un musée solitaire et silencieux.

La vie de Rossini, tome II · 第 16 / 16 段