la persévérance, par l'aspect du bonheur que lui procureraient son
obéissance aux lois, sa confiance dans ses législateurs, son union et
son dévoûment au maintien de la république.
Ces complots auront la même destinée que tous les autres, si tous les
citoyens secondent le zèle du maire et du commandant général de la
garde nationale parisienne, qui ont pris, dans ces circonstances,
toutes les mesures que doivent prendre deux véritables amis du peuple,
pour le mettre à l'abri de l'attaque des ennemis.
* * * * * * * * *
Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours sur les lenteurs perfides
et calculées du tribunal révolutionnaire avant sa réorganisation,
prononcé au Club des Jacobins le 25 août 1793 (25 août 1793)
Il faut faire une guerre éternelle aux agents de Pitt et de Cobourg qui
infectent nos villes et nos départements. Du sommet de la Montagne, je
donnerai le signal au peuple, et lui dirai: _Voilà tes ennemis; frappe_.
J'ai suivi les formes avocatoires dont s'est entortillé le tribunal
révolutionnaire. Il lui faut des mois entiers pour juger un Custine,
l'assassin du peuple français! Dans vingt-quatre heures, ses
antagonistes seraient écrasés, si la tyrannie pouvait renaître pour ce
temps-là seulement. La liberté doit aujourd'hui user des mêmes moyens;
elle tient le glaive vengeur qui doit enfin délivrer le peuple de ses
plus acharnés ennemis: ceux qui le laisseraient reposer seraient
coupables.
Il ne faut pas qu'un tribunal établi pour faire marcher la révolution
la fasse rétrograder par sa lenteur criminelle; il faut qu'il soit
actif autant que le crime; il faut qu'il soit toujours au niveau des
délits. Il faut que ce tribunal soit composé de dix personnes qui
s'occupent seulement à rechercher le délit et à appliquer la peine; il
est inutile d'accumuler des jurés et des juges, puisqu'il n'existe
qu'une seule sorte de délit à ce tribunal, celui de haute-trahison, et
qu'il n'y a qu'une seule peine, qui est la mort; il est ridicule que
des hommes soient occupés à chercher la peine qu'il faut appliquer à
tel délit, puisqu'il n'en est qu'une, et qu'elle est applicable _ipso
facto_.
Le comité de sûreté générale a bien des torts à se reprocher; mais la
police de Paris en a de même, et il faut la réformer comme lui. Le
comité de sûreté générale a, comme le tribunal révolutionnaire, des
vices de forme et d'organisation. D'abord, il est trop nombreux, et
cela seul doit entraver ses opérations, outre que cela rend plus
difficile la certitude du patriotisme des membres qui le composent.
Il est un autre inconvénient qui souvent fait un grand tort à la marche
des affaires. Le comité de salut public, chargé de déjouer les
complots, de quelque nature qu'ils soient, fait souvent arrêter telle
personne que le comité de sûreté générale, dont les fonctions sont à
peu près les mêmes, avait fait rechercher aussi; il en résulte un
conflit de juridiction, qui devient souvent nuisible au salut de
l'Etat. Le comité de sûreté générale fait mettre en liberté ou absout
celui que le comité de salut public avait incarcéré et condamné, parce
que tous deux ne jugent pas sur les mêmes pièces, et qu'on supprime
avec l'un ce qui a servi de base aux jugements de l'autre, ce qui
laisse toujours une porte à l'intrigue.
Je me résume: réforme du tribunal révolutionnaire, et sa prompte
réorganisation sur de nouvelles formes; il condamnera, dans une époque
déterminée et toujours très prochaine, les coupables ou élargira les
innocents;--Création de plusieurs comités révolutionnaires, qui
jugeront conjointement les nombreux délits qui se forment tous les
jours contre la liberté;--Surveillance générale de la
police;--Renouvellement du comité de sûreté générale, et sa composition
de dix membres seulement, dont les fonctions seront déterminées;--On
tirera une ligne de démarcation entre ses fonctions et celles du comité
de salut public.
* * * * * * * * *
Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours sur diverses questions
d'administration, prononcé au Club des Jacobins le 4 septembre 1793 (4
septembre 1793)
(Robespierre commence par démontrer la nécessité de renouveler
promptement l'administration des postes, puis il ajoute:)
On a voulu empêcher dans la Convention la destitution de ces employés
rolandistes, et on s'est servi pour cela du prétexte qu'un homme
suspect (Duplain) se trouvait sur la liste des remplaçants. Je conviens
que la conduite qu'a tenue Duplain dans l'affaire de Custine lui a fait
perdre l'estime des patriotes, et qu'ils ne le verront pas sans peine
occuper une place quelconque, que lorsqu'il aura réparé ses torts; mais
on a affecté de le confondre avec Duplain, auteur de l'_Echo_. Il est,
sur la liste qu'on a présentée, des hommes sûrs et qui monteront cette
machine d'une manière vraiment républicaine. Il faut renouveler, à
quelque prix que ce soit, cette administration gangrenée, et, quand il
s'y glisserait un homme faible, il n'en résulterait pas d'aussi grands
maux que d'y laisser plus longtemps des conspirateurs et des hommes
infiniment suspects: tout délai est donc dangereux.
(Mais c'est sur un complot d'affamer Paris et de le plonger dans le
sang, complot dont le comité de salut public a des preuves, que
Robespierre veut fixer l'attention de la société. L'orateur développe
les mesures perfides qu'emploient les ennemis du peuple pour amener la
famine, et présente les remèdes qu'on peut y apporter.)
Toulon (ajoute-t-il) est peut-être pris; déjà le bruit s'en est
répandu. Je dois dire pourtant que la nouvelle n'est pas absolument
certaine, et qu'on peut encore élever quelques doutes à cet égard: mais
supposons qu'il le soit, assurément ce serait un grand malheur pour la
république; faudrait-il en désespérer pour cela? Nous vaincrons sans
Toulon, et nos succès ailleurs nous en sont de sûrs garants. Déjà
Marseille est au pouvoir des patriotes; Bordeaux est venu à
résipiscence, et Lyon va s'écrouler sous les efforts des soldats
républicains. Les armées du Nord, du Rhin et de la Moselle sont dans
une situation brillante, et Dunkerque a juré de se défendre jusqu'à la
mort. Le peuple n'a qu'un voeu unanime, c'est de sauver la patrie.
Croyons donc que les succès de nos ennemis seront éphémères, et que la
liberté triomphera....
Quant aux subsistances, nous ferons des lois sages, mais en même temps
terribles, qui, en assurant tous les moyens d'existence, détruiront à
jamais les accapareurs, pourvoiront à tous les besoins du peuple,
préviendront tous les complots, les trames perfides ourdies par les
ennemis du peuple pour l'insurger par la faim, l'affaiblir par les
divisions, l'exterminer par la misère. Si les fermiers opulents ne
veulent être que les sangsues du peuple, nous les livrerons au peuple
lui-même. Si nous trouvions trop d'obstacles à faire justice des
traîtres, des conspirateurs, des accapareurs, nous dirions au peuple de
s'en faire lui-même justice. Réunissons donc ce faisceau redoutable
contre lequel tous les efforts des ennemis du bien public se sont
brisés jusqu'à ce jour. Ne perdons pas de vue qu'ils ne désirent autre
chose que de nous rendre suspects les uns aux autres, et
particulièrement de nous faire haïr et méconnaître toutes les autorités
constituées. Des malveillants, des scélérats, se joignent aux groupes
qu'on voit à la porte des boulangers, et les irritent par des propos
perfides. On alarme le peuple, en lui persuadant que les subsistances
vont lui manquer. On a voulu armer le peuple contre lui-même, le porter
sur les prisons pour y égorger les prisonniers, bien sûr qu'on
trouverait moyen de faire échapper les scélérats qui y sont détenus, et
d'y faire périr l'innocent, le patriote que l'erreur a pu y conduire.
Ces scélérats ont voulu égorger la Convention nationale, les jacobins,
les patriotes. Ils ont cherché à leur aliéner le peuple, en leur
attribuant tous les maux dont ils l'ont rendu victime. On assure que
dans ce moment Pache est assiégé, non pas par le peuple, mais par
quelques intrigants qui l'injurient, l'insultent, le menacent....
* * * * * * * * *
Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours en réponse à une pétition
qui demandait la permanence des sections, prononcé à la Convention
nationale le 17 septembre 1793 (17 septembre 1793)
Le peuple n'a pas dicté la pétition qui vient de vous être présentée;
il avait au contraire provoqué le décret contre lequel on réclame, et,
lorsqu'il fut rendu, il vous témoigna sa reconnaissance par ses
nombreux applaudissements. Vous le savez, citoyens, et vous en avez
acquis la triste expérience, c'est pour anéantir les droits du peuple
que quelques intrigants ont l'air de réclamer pour lui une étendue
illimitée. Et, pour faire l'application de ce principe, n'est-il pas
vrai que pendant la permanence des sections, le peuple ne délibérait
pas sur ses intérêts? En effet, quels étaient ceux qui pouvaient
sacrifier leur temps pour assister aux assemblées: était-ce la classe
industrieuse et estimable des artisans? était-ce les citoyens vivant du
produit de leur travail? Non; c'était les riches, les intrigants, les
muscadins. Le peuple dérobait au plus deux jours par semaine, qu'il
aurait employé à soulager ses besoins, pour exercer son droit de
souveraineté, et pour assurer sa liberté; et, quand il paraissait dans
les assemblées politiques, alors les muscadins étaient muets et
l'aristocratie impuissante.... Je crois me connaître en morale et en
principes aussi bien que l'orateur des pétitionnaires, et j'avoue
hautement que je professe une opinion contraire à la sienne sur
l'indemnité; il n'y a que l'aristocratie qui puisse entreprendre de
faire croire au peuple qu'il est avili, parce que la patrie vient au
devant de ses besoins, et qu'elle tâche de rapprocher la pauvreté de
l'insolente richesse.
Pourquoi donc cet avilissement qu'on prétend jeter sur l'homme qui
reçoit une indemnité de la justice nationale? Sommes-nous donc avilis,
nous, représentants du peuple, en recevant l'indemnité qu'il nous
accorde pour subvenir à nos besoins? Non, sans doute; je m'honore de
l'indemnité que je reçois, parce qu'elle m'est nécessaire, et je
déclare que le jour où, par l'effet d'une motion aristocratique, je me
trouverais privé de cette indemnité, il ne me serait plus possible de
rester au poste où la confiance du peuple m'a appelé, pour la
conservation de ses droits, et que, dès ce moment, la liberté serait
perdue par l'assemblée nationale.
Citoyens, rappelez-vous que le premier moyen qu'employa l'aristocratie
à l'assemblée Constituante, pour la dissoudre, fut de tâcher d'avilir
cette indemnité, parce qu'elle savait bien qu'un grand nombre de
membres ne pourraient supporter les dépenses qu'occasionnait leur
déplacement; mais nous, représentants du peuple, incorruptibles, nous
avons combattu pour conserver cette indemnité qui nous rappelait sans
cesse et nos devoirs et nos engagements. Je demande, au nom de
l'honorable indigence, de la vertu laborieuse et des droits sacrés de
l'homme, l'ordre du jour sur la pétition qui vient de vous être
présentée, et sur laquelle peut-être le peuple fera plus que de passer
à l'ordre du jour.
* * * * * * * * *
Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours sur l'opposition dont le
comité de salut public était l'objet au sein de la Convention, prononcé
à la Convention nationale le 25 septembre 1793 (25 septembre 1793)
Texte en français moderne par Albert Laponneraye, d'après le rapport de
Courtois qui reproduit le manuscrit
Si ma qualité de membre du comité de salut public doit m'empêcher de
m'expliquer sur ce qui s'est passé avec une indépendance entière, je
dois l'abdiquer à l'instant, et après m'être séparé de mes collègues,
que j'estime et que j'honore (et l'on sait que je ne suis pas prodigue
de ce sentiment), je vais dire à mon pays des vérités nécessaires. La
vérité est la seule arme qui reste entre les mains des intrépides
défenseurs de la liberté pour terrasser les perfides agents de
l'aristocratie. Celui qui cherche à avilir, à diviser, à paralyser la
Convention, est un ennemi de la patrie, soit qu'il siège dans cette
enceinte, soit qu'il y soit étranger; qu'il agisse par sottise ou par
perversité, il est du parti des tyrans qui nous font la guerre. Or, il
existe ce projet d'avilissement, il existe dans les lieux même où le
patriotisme devrait régner, dans des clubs qui prétendent être plus que
patriotes. On fait la guerre à la Convention dans la personne de tous
les défenseurs de la liberté. Mais, ce qu'il y aurait de plus
déplorable, ce serait que ce lâche système eût des partisans. Depuis
longtemps le comité de salut public soutient la guerre que lui font
quelques membres, plus envieux et plus prévenus que justes. Quand il
s'occupe jour et nuit des grands intérêts de la patrie, on vient vous
apporter ici des dénonciations écrites, présentées avec astuce.
Serait-ce donc que les citoyens que vous avez voués aux plus pénibles
fonctions auraient perdu le titre de défenseurs imperturbables de la
liberté, parce qu'ils ont accepté ce fardeau? Ceux qui les attaquent
sont-ils plus patriotes, parce qu'ils n'ont pas reçu cette marque de
confiance? Prétendez-vous que ceux qui ont ici défendu la liberté et
les droits du peuple au péril de leur vie, au milieu des poignards,
doivent être traités comme de vils protecteurs de l'aristocratie.
Nous braverons la calomnie et les intrigues. Mais la Convention est
attachée au comité de salut public; votre gloire est liée au succès des
travaux de ceux que vous avez revêtus de la confiance nationale.
On nous accuse de ne rien faire; mais a-t-on donc réfléchi à notre
position? Onze armées à diriger le poids de l'Europe entière à porter,
partout des traîtres à démasquer, des émissaires soudoyés par l'or des
puissances étrangères à déjouer, des administrateurs infidèles à
surveiller, à poursuivre; partout à aplanir des obstacles et des
entraves à l'exécution des plus sages mesures; tous les tyrans à
combattre, tous les conspirateurs à intimider, eux qui se trouvent
presque tous dans une caste si puissante autrefois par ses richesses,
et encore par ses intrigues: telles sont nos fonctions. Croyez-vous que
sans unité d'action, sans secret dans les opérations, sans la certitude
de trouver un appui dans la Convention, le gouvernement puisse
triompher de tant d'obstacles et de tant d'ennemis? Non, il n'y a que
la plus extrême ignorance, ou la plus profonde perversité qui puisse
prétendre que, dans de pareilles circonstances, on ne soit pas un
ennemi de la patrie, alors qu'on se fait un jeu cruel d'avilir ceux qui
tiennent le timon des affaires, d'entraver leurs opérations, de
calomnier leur conduite. Ce n'est pas impunément que vous lasseriez la
force d'opinion nécessaire. Je n'en veux d'autre preuve que les
discussions qui viennent d'avoir lieu.
Le comité de salut public voit des trahisons au milieu d'une victoire;
il destitue un général encore investi de la confiance, et revêtu de
l'éclat d'un triomphe apparent: et on lui fait un crime de son courage
même! Il expulse les traîtres, et jette les yeux sur les officiers qui
ont montré le plus de civisme; il les choisit après avoir consulté les
représentants du peuple qui avaient des connaissances particulières sur
le caractère de chacun d'eux: cette opération demandait du secret pour
avoir son plein succès; le salut de la patrie l'exigeait; on avait pris
toutes les mesures nécessaires pour que ce secret fût gardé, ne fût-ce
que par rapport aux autres armées. Eh bien! au moment où nous sommes
impatients de connaître le résultat de ces mesures, on nous dénonce à
la Convention nationale; on critique notre travail sans en connaître
les motifs. On veut que nous divulguions le secret de la république,
que nous donnions aux traîtres le temps de s'échapper; on cherche à
frapper de défaveur les nouveaux choix, sans doute pour que la
confiance ne puisse se rétablir,
On déclame sans cesse contre les nobles, on dit qu'il les faut
destituer; et, par une étrange contradiction, quand nous exécutons
cette grande mesure de révolution, et que même nous y apportons tous
les ménagements possibles, on nous dénonce. Nous venons de destituer
deux nobles, savoir l'un des hommes de cette caste proscrite les plus
suspects par leurs antiques relations avec la cour, et un autre, connu
par ses liaisons et ses affinités avec les nobles étrangers; l'un et
l'autre d'une aristocratie prononcée: eh bien! on nous accuse de tout
désorganiser. On nous disait qu'on ne voulait voir que de vrais
sans-culottes à la tête des armées, nous avons choisi ceux que des
exploits nouveaux à l'affaire de Bergues et de Dunkerque désignaient à
la reconnaissance nationale, qui ont vaincu malgré Houchard, qui ont
déployé le plus grand talent; car l'attaque de Hondschoote devait faire
périr l'armée française; c'est principalement à Jourdan qu'est dû le
succès étonnant qui a honoré cette armée, qui a forcé la levée du siège
de Dunkerque; c'est cet officier qui, au moment où l'armée ne
s'attendait pas à trouver 18,000 hommes bien retranchés, et où elle
était surprise par la décharge d'une artillerie effrayante, c'est
Jourdan qui s'élança à la tête d'un bataillon dans le camp ennemi, qui
fit passer son courage au reste de l'armée, et la prise de Hondschoote
fut l'effet de ses habiles dispositions et de l'ardeur qu'il sut
inspirer!
Le chef de l'état-major étant justement suspect, nous l'avons remplacé
par un homme dont les talents et le patriotisme ont été attestés par
tous vos commissaires, un homme connu par des exploits qui l'ont
signalé du temps même où les plus odieuses trahisons sacrifiaient cette
armée. Il s'appelle Ernould, il s'est distingué dans la dernière
affaire, et a même reçu des blessures. Et l'on nous dénonce!
Nous avons fait les mêmes changements dans les armées de la Moselle et
du Rhin; tous les choix ont porté sur des hommes du caractère de celui
que je viens de vous dépeindre. Et l'on nous accuse encore!
S'il est quelques présomptions morales qui puissent diriger le
gouvernement et servir de règles aux législateurs, ce sont celles que
nous avons suivies dans ces opérations.
Quelle est donc la cause de ces dénonciations?
Ah! cette journée a valu à Pitt, j'ose le dire, plus de trois
victoires. A quel succès, en effet, peut-il prétendre, si ce n'est à
anéantir le gouvernement national que la Convention a établi, à nous
diviser, à nous faire déchirer de nos propres mains? et si nous passons
dans l'Europe pour des imbéciles ou des traîtres, croyez-vous qu'on
respectera davantage la Convention, qui nous a choisis, qu'on sera même
disposé à respecter les autorités que vous établirez par la suite?
Il est donc important que le gouvernement prenne de la consistance et
que vous remplaciez un comité qui vient d'être dénoncé avec succès dans
votre sein
Il ne s'agit pas ici des individus, il s'agit de la patrie et des
principes. Je le déclare, il est impossible que dans cet état de
choses, le comité puisse sauver la chose publique; et si on me le
conteste, je rappellerai combien est perfide, combien est étendu le
système de nous avilir et de nous dissoudre, combien les étrangers et
les ennemis de l'intérieur ont d'agents payés à cet effet; je
rappellerai que la faction n'est point morte, qu'elle conspire du fond
de ses cachots, que les serpents du Marais ne sont point encore écrasés.
Les hommes qui déclament perpétuellement, soit ici, soit ailleurs,
contre les hommes qui sont à la tête du gouvernement, ont eux-mêmes
donné des preuves d'incivisme ou de bassesse. Pourquoi donc veut-on
nous avilir? quel est celui de nos actes qui nous a mérité cette
ignominie?
Je sais que nous ne pouvons nous flatter d'avoir atteint la perfection;
mais lorsqu'il faut soutenir une république environnée d'ennemis, armer
la raison en faveur de la liberté, détruire les préjugés, rendre nuls
les efforts particuliers contre l'intérêt public; il faut alors des
forces morales et physiques que la nature a peut-être refusées, et à
ceux qui nous dénoncent, et à ceux que nous combattons.
Le comité a des droits à la haine des rois et des fripons; si vous ne
croyez pas à son zèle, aux services qu'il a rendus à la chose publique,
brisez cet instrument; mais auparavant, examinez dans quelles
circonstances vous êtes. Ceux qui nous dénoncent sont dénoncés
eux-mêmes au comité, d'accusateurs qu'ils sont aujourd'hui, ils vont
devenir accusés. Mais, quels sont les hommes qui s'élèvent contre la
conduite du comité, et qui, dans cette séance, ont aggravé vos revers,
pour aggraver leurs dénonciations?
Le premier se déclara le partisan de Custine et de Lamarlière; il fut
le persécuteur des patriotes dans une forteresse importante, et
dernièrement encore, il a osé ouvrir l'avis d'abandonner un territoire
réuni à la république, dont les habitants, dénoncés par lui, se
défendent aujourd'hui avec énergie contre les fanatiques et les Anglais.
Le second n'a pas encore réparé la honte dont il s'est couvert en
revenant d'une place confiée à sa défense après l'avoir rendue aux
Autrichiens. Sans doute, si de tels hommes parviennent à prouver que le
comité n'est pas composé de bons citoyens, la liberté est perdue; car
sans doute ce ne sera pas à eux que l'opinion éclairée donnera sa
confiance, et remettra les rênes du gouvernement. Qu'on ne pense pas
que mon intention est de rendre ici imputation pour imputation. Je
prends l'engagement de ne jamais diviser les patriotes; mais je ne
comprends pas, parmi les patriotes, ceux qui n'en ont que le masque, et
je dévoilerai la conduite de deux ou trois traîtres qui sont ici les
artisans de la discorde et de la dissension.
Je pense donc que la patrie est perdue, si le gouvernement ne jouit
d'une confiance illimitée, et s'il n'est composé d'hommes qui la
méritent. Je demande que le comité de salut public soit renouvelé.
(Non, non! s'écrie-t-on de nouveau dans l'assemblée entière.)
* * * * * * * * *
Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours en réponse à quelques
calomnies qui avaient pour but de diviser les jacobins, prononcé au
Club des Jacobins le 9 novembre 1793 (9 novembre 1793)
Je profite des éclaircissements qu'on vient de vous donner pour vous
soumettre des questions importantes.
Enfin, nous avons purgé les armées de la république des traîtres qui
compromettaient le succès de ses armes.
Enfin, nous avons découvert un petit nombre de guerriers républicains,
auxquels nous avons confié le sort de l'Etat. Nous avons cru pouvoir
nous reposer sur des sans-culottes du soin d'exterminer les satellites
des tyrans.
Le but de nos ennemis a donc dû être de nous faire traiter les généraux
républicains comme nous traiterions des traîtres qui auraient vendu la
république; de là les calomnies que vous avez vu se reproduire sur le
compte des généraux.
Deux espèces d'hommes s'attachent particulièrement à servir nos ennemis
et à perdre la république. Ce sont, d'une part, des patriotes faibles,
égarés, qui ne sont que l'écho des fripons.
De l'autre, des émissaires de nos ennemis, cachés parmi nous.Doute-t-on
qu'il n'y en ait qu'ils entretiennent, avec de grandes dépenses, pour
deviner nos secrets et rendre nul l'effet de nos plus heureuses
résolutions.
D'abord, je vous dirai que nous sommes parvenus à réunir dans l'armée
du Nord trois républicains, qu'il serait peut-être fort difficile de
rencontrer ailleurs. C'est Beauregard, général sans-culotte, dont vous
connaissez les talents;
C'est Renoud, chef de l'état-major, ami de Jourdan; c'est Duquesnoy,
aussi ami de Jourdan. Tous trois s'entendent parfaitement, et l'amitié
de ces trois hommes peut sauver la chose publique.
Un homme que je suppose peu instruit ou trompé est venu vous dire que
Duquesnoy, député, et Duquesnoy, général, étaient des ambitieux qui
voulaient perdre Jourdan. Il m'a dit, à moi, cet homme, qu'il le tenait
de Renoud lui-même; ainsi Renoud devait regarder Duquesnoy comme un
coquin; et j'avais une lettre de Renoud, qui faisait l'éloge de
Duquesnoy, en rendant hommage à ses talents.
Je l'observe ici, l'homme qui me parlait, frappé de ce raisonnement, se
hâta de me quitter et vint vous débiter les mêmes mensonges.